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lundi 28 juillet 2014

Coupures à Radio-Canada : Requiem pour les régions



En parallèle avec ce blogue, je navigue sur le site Mauvaise herbe depuis septembre 2013. J'y accoste au moins une fois par mois. Lorsque je publie une nouvelle chronique sur MH, je redonne un second souffle à la chronique du mois précédent.

Mon texte, publié le 28 juin 2014 : Requiem pour les régions

La radio a une place importante dans mon univers audible. Elle m’accompagne en voiture ou lorsque je suis fourmi ménagère ou abeille cuisinière. La radio m’informe sur ce qui se passe dans le monde (du moins c’est ce que j’en attends), sur ce qui se passe dans mon pays et, le plus important, dans ma région. La radio m’offre souvent le plaisir de découvrir de nouvelles voix, une autre façon de dire, mais aussi la parole qui survit au-delà du temps, la musique de toutes les époques.

Hier, la voiture a été mon lieu de vie majeur. De multiples déplacements agrémentés par cette radio qui est la mienne depuis très longtemps, Radio-Canada. Ma préférée parce qu’il n’y a pas de publicité. Et je suis prête à payer de mes impôts pour avoir une radio sans publicité. Ce que je fais d’ailleurs.

Hier, j’écoutais Radio-Canada… de moins en moins d’ICI. Il y avait PM avec Philippe Masbourian, lequel a finalement réussi à m’apprivoiser. Jusqu’à ce que des nouvelles en continu occupent toute la place pour parler des embouteillages sur les routes métropolitaines. Je me suis dit, c’est vraiment pour cela que j’ai renoncé à syntoniser les nouvelles télévisées, tout poste confondu qui semble ignorer qu’il y a de la vie aussi en dehors de Montréal. Ras-le-bol de tout ce temps consacré à parler de la circulation sur les routes. Je compatis et comprends que cela intéresse les usagers de cette partie du Québec, mais pour plus de 3 millions de Québécois, il y a bien d’autres sujets de préoccupations. Je préfère, et de beaucoup, le 18 h au Saguenay-Lac-Saint-Jean qui est, à mon oreille, une des meilleures émissions télévisées d’information avec un contenu varié, international, national et surtout régional incluant une chronique culturelle et sportive équilibrée.

Bref, j’étais à l’écoute de mon poste favori, patiente malgré tout, sachant qu’à 16 h, j’allais avoir enfin des nouvelles de ma région. L’Heure de pointe est toujours au programme. Encore heureux! Je tremble à l’idée que la gangrène lacroisienne, après ses ravages à Espace Musique, atteigne cette émission et aille ensuite s’attaquer à Café, boulot, dodo.

Hélas! Je n’avais pas anticipé combien ce samedi matin me laisserait un goût amer. Un sentiment de deuil. Une colère aussi. Ici Radio-Montréal qui ignore tout de vous. La voix, cette voix magnifique de Paule Therrien, s’est tue. Plus personne pour nous rappeler les activités en cours au Saguenay–Lac-Saint-Jean, par exemple, le 175e de Saint-Fulgence où on a le sens de l’Histoire, du Camp musical du Lac-Saint-Jean, de cette surprenante Folk Sale de Sainte-Rose-du-Nord, de nos théâtres d’été. En dépouillant les régions du temps d’antenne, déjà très réduit, qui leur était alloué, c’est notre existence qui est ainsi niée. Si personne ne parle de vous, de ce que vous faites, de ce que vous dites, vous n’exister pas dans la pensée des autres. Votre parole, votre opinion, votre créativité, tout cela est occulté. Le paysage médiatique devient monochrome.

Les hommes de main des fossoyeurs de la radio d’État peuvent aller de l’arrière allègrement. Ils ont choisi la bonne saison pour leur travail de sape. Avec l’appui - totalement désintéressé??? – des postes privés qui ne se vantent pas, on le comprend, d’être eux-mêmes généreusement subventionnés par nos impôts. Des subventions de 900 millions aux privés contre un milliard à SRC/CBC.

Le plus odieux dans ces coupes, est la destruction des emplois. D’ici 2 ans à Radio-Canada, 657 postes suprimés dont 312 au service français. On prévoit 1500 postes perdus en 2020. Cela s’ajoute au rapport fédéral du printemps 2014 qui dénombre l’abolition de 20 000 emplois dans la fonction publique et en annonce 10 000 autres avant 2017.  L’économie que l’on croit ainsi réaliser ne tient pas compte que ces travailleurs retournent une partie substantielle de cette « dépense » en impôts et taxes. Radio-Canada (et donc le gouvernement) ne semble pas comprendre que des Canadiens au travail sont une richesse. Sinon pourquoi subventionner les entreprises privées sous le prétexte qu’elles créent, ou du moins, maintiennent les emplois? 

Selon une étude publiée le 13 mai 2014 par l’Institut Fraser : les subventions au privé ont été de 24,4 milliards de dollars en 2009 seulement. 

On y apprend que, de 1980 à 2009, « Le total des subventions, soit 684 milliards de dollars, est constitué de subventions fédérales (342,6 milliards de dollars), provinciales (287 milliards de dollars) et locales (54,2 milliards). L’examen de leur évolution au fil du temps révèle qu’elles ont atteint un pic de 34,8 milliards de dollars en 1984 et un point bas de 11,6 milliards de dollars en 1998, pour remonter à 24,4 milliards de dollars en 2009. Cette année-là, les subventions représentaient 1 507 $ par contribuable.

Pour les seules pétrolières, selon une étude de l'Institut international du développement durable (Le Devoir 9 novembre 2013), les gouvernements fédéral et provinciaux subventionnent ces compagnies à raison de 2,8 milliards de dollars par année.

Tout cela pour créer des emplois? Allez comprendre…

Évoluer, progresser, s’adapter, s’ouvrir aux nouvelles technologies, on y croirait, avec un peu de naïveté, s’il n’était pas si évident que l’objectif ultime est d’abord de favoriser une idéologie politique, en l’occurrence celle des conservateurs, qui ne peut s’instaurer sans heurt si le peuple, trop bien informé, revendique son droit de parole, voire son droit de contester.



samedi 28 juin 2014

Nous sommes responsables de la survie de nos institutions culturelles



En parallèle avec ce blogue, je navigue sur le site Mauvaise herbe depuis septembre 2013. J'y accoste au moins une fois par mois. Lorsque je publie une nouvelle chronique sur MH, je redonne un second souffle à la chronique du mois précédent.

Mon texte, publié le 28 avril 2014 : Nos choix déterminent notre avenir


Samedi dernier, 25 avril, l’Orchestre symphonique du Saguenay–Lac-Saint-Jean présentait La Traviata devant une salle comble. Pendant que tout en moi exultait de plaisir à entendre le magnifique mariage des voix de la soprano Aline Kutan et du baryton Jean-François Lapointe, j’ai anticipé le fracas d’une fissure menaçant l’avenir de notre conservatoire.  Victime d’une décroissance, où le nombre de 125 élèves en 1980 est de 45 en 2014, l’institution est-elle appelée à disparaître? Une des options envisagées par le ministère de la Culture, dont les médias ont fait état au début d’avril, consisterait à exiler les élèves du collégial et de l’université à Montréal et à Québec, tandis que ceux du cours préparatoire devraient s’inscrire au privé. 

Jacques Clément, directeur artistique
Chef de l'Orchestre symphonique du Saguenay–Lac-Saint-Jean

Les conséquences seraient désastreuses, confirment en chœur Claude Tanguay, président du syndicat des professeurs de l’État du Québec et Jacques Clément, chef de l’Orchestre symphonique SLSJ.  « On pourrait mettre aussi en péril l'avenir des orchestres en région, parce que dans toutes les régions, les professeurs et les étudiants participent à la vie de l'orchestre symphonique. »

Opter pour une amputation « curative » provoquera certes des pertes d’emplois – encore! – mais pire, dépouillera la région de cet ancrage nécessaire au maintien d’une vitalité musicale que tant de parents ont contribué à construire pour nos enfants. Que deviendraient notre orchestre symphonique, notre chœur symphonique et notre Quatuor Alcan? Peut-on poser la question?

Avant de tuer le corps, sous prétexte d’une décroissance, ne devrait-on pas d’abord s’interroger sur la cause de cette décroissance? Qu’avons-nous fait de nos cours de musique dans nos écoles? Quelle culture musicale proposons-nous dans nos radios?

Hier se continue

Ce matin, furetant dans les archives de 38 ans de carrière journalistique dans le domaine des arts, un texte, publié dans le Progrès-Dimanche du 1er mai 2005, a surgi sur mon écran.  Hier se continue. Le propos de 2005 n’a rien perdu de son sens. J’en reprends les grandes lignes (en italique), adaptant certains énoncés aux faits présents.
 
Devant le déferlement des fermetures et pertes d’emplois au Saguenay–Lac-Saint-Jean serons-nous assez lucides pour, plutôt que de gémir, se demander si nous n’avons pas chacun notre part de responsabilité. Quand les présidents des grandes entreprises, banques et sociétés d’état, du haut de leur salaire de plusieurs millions consentis par des administrateurs complaisants (et actionnaires reconnaissants), ferment les yeux sur les conséquences des emplois sacrifiés sur l’autel de la croissance du profit, ne fait-on pas la même chose en demeurant sourds aux appels répétés de ces toutes petites entreprises qui demandent si peu pour donner beaucoup à notre région. Des exemples?  Les entreprises culturelles.

Certaines sont des PME (petites et moyennes entreprises), la majorité sont des PTPE (petites et très petites entreprises).


Samedi soir, 25 avril 2014, au dernier concert de l’Orchestre symphonique, j’ai vu quelques 800 personnes applaudir à tout rompre devant la prestation remarquable d’artistes de la région, musiciens et choristes accompagnant des solistes réputés sur la scène internationale. En achetant leurs billets, ces personnes auront contribué individuellement à donner leur soutien à ces artistes. Une contribution tangible qui s’ajoute à celle, oh! combien indispensable!, des commanditaires. Par sa présence, lors d’une production régionale, le public contribue au maintien de nos sociétés artistiques, que ce soit en musique, en théâtre, en danse ou, lors d’événement honorifiques dédiés aux artistes de la région comme le Gala de l’Ordre du Bleuet. Imaginons une présence accrue à chaque production locale. Combien d’emplois assurés?

Pour chaque production, pensons au nombre de personnes qui ainsi travaillent. Aux artistes engagés pour pratiquer leur métier, là où ils veulent vivre et élever leurs enfants. Aux enseignants des écoles privées et publiques dévoués à la formation de la relève. Somme toute, ce sont des millions de dollars qui circulent ici, en région. Vous voulez parlez d’économie? Les productions artistiques ont une réelle importance dans notre économie régionale.

Nous sous-utilisons nos forces et nos talents. Même dans nos célébrations historiques nous réservons les cachets les plus généreux à des artistes de l’extérieur. Nous surexploitons nos artistes résidents. Et, à si mal les rétribuer, ils doivent trop souvent s’exiler pour survivre. Nous avons des comédiens, des auteurs, des musiciens, des scénographes, des danseurs, des metteurs en scène (oh! combien talentueux!). Ils sont jeunes, créatifs, doués. Qui plus est, ils veulent rester dans leur région. Ils ne demandent rien. Ils nous offrent ce qu’ils sont, ce qu’ils font, provoquant par leur présence des retombées économiques et culturelles. Sur la glace d’une patinoire ou sur les planches d’une scène le spectacle prend son sens dans le regard du spectateur qui, pour le prix d’un billet, permet à l’artiste comme à l’athlète de continuer sa quête.

Bien sûr, la richesse collective croît parce que nos artistes créent. Est-il encore besoin de dire que les œuvres d’art, les créations littéraires et musicales, les arts de la scène, sont l’héritage de nos sociétés depuis des millénaires. Nos grands pontifes de la finance devraient, les premiers, favoriser le soutien aux arts, corporatif ou individuel, permettant de déduire, au même titre que les dons, les sommes déboursées pour les billets de spectacle (productions surtout régionales). Le but ultime étant l’émergence et le développement d’une société où les entreprises culturelles seront reconnues pour leur force économique au service de l’enrichissement du patrimoine collectif. L’objectif immédiat et non le moindre sera de maintenir et de multiplier des emplois pour nos jeunes artistes.
 
Finalement, l’avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est nous. Ce serait bien d’en être conscients!


lundi 28 avril 2014

LE BONHEUR PLEURE



En parallèle avec ce blogue, je navigue désormais sur le site Mauvaise herbe. J'y accoste au moins une fois par mois.

Mon septième texte, publié le 28 mars 2014 :

Le bonheur est un oiseau en liberté. Surtout ne pas le retenir. Il faut savoir le laisser partir. Il reviendra. Peut-être. Sinon ce sera un autre.

Quand le bonheur est un oiseau apprivoisé, il picore sa nourriture au creux de notre main. Son chant nous ravit bien souvent, voyant là notre plaisir alors qu’il est le cri du ralliement, le son de l’appropriation d’un territoire, l’appel à sa semblable pour donner vie. Son vol nous séduit, voyant dans chaque battement d’ailes un peu comme une caresse au fond des yeux.

Le bonheur est un oiseau libre qui se pose au cœur de nous. Comme sur la branche d’un arbre. Et sur l’arbre aux multiples branches peuvent se poser de multiples oiseaux.

Mais voilà… Le bonheur est un oiseau en liberté. Quand il s’envole pour ne plus revenir, la branche est dénudée, le cœur est déserté. Et ce poids qui nous semblait si léger crée un vide bien lourd.

J’avais trois ans. L’univers était une maison de briques rouges embellie d’un jardin où vivait un géant dont les bras protecteurs ne m’avaient jamais fait défaut. Jusqu’au jour fatidique où il a dénoué mes doigts serrés derrière son cou, cherchant à le retenir. Ce jour-là, le bonheur s’est envolé.

J’avais trois ans. Un trou au cœur. Un arbre que le vent fouette pour arracher ses dernières feuilles. Feuille-maman, feuilles-frères envolées, emportées dans un ailleurs temporaire qui a duré des années. J’étais arbre en hiver dans un grand champ désert.

J’avais quatre ans. Il a suffi de quelques mots, une réponse. Pourquoi je suis ici? « Parce que je t’aime ». Le bonheur m’a enlacée pendant six ans.

J’avais neuf ans. L’univers était un territoire où cohabitaient mes certitudes. Là-bas, très loin, le géant sans retour. Plus près, à quelques kilomètres, la porte ouverte sur ma famille. Ici, le lieu des rires et des chants d’un présent frémissant au bruissement des feuilles sous le vent doux de la tendresse d’une mère d’accueil. Et puis soudain, tout est saccagé. Arbre déraciné, frappé par la foudre d’un départ imposé. Les romanciers en feraient sans doute une magnifique histoire d’amour où une femme traverse l’océan pour retrouver l’homme aimé et père de ses enfants. Une petite fille de neuf ans n’y a vu que la brutalité d’une amputation sans anesthésie de cette vie reconstruite.

J’avais 11 ans. Arbre sans racines qui s’ébroue comme cheval sauvage refusant que s’y pose tout oiseau de passage. Sur une route pavée de bonnes intentions, je me retrouve enfermée dans un pensionnat. Pendant cinq ans. J’aurais pu me noyer dans toutes mes larmes versées. Sur une feuille d’azur des mots ont franchi l’Atlantique, faisant le pont entre deux cœurs : « Si l’océan qui nous sépare nous fait tant de peine, faisons-en, entre nous deux, un océan de tendresse. » Mon talisman.

Sur l’océan de la vie, bien des oiseaux se sont posés sur le bastingage de mon vaisseau de bois. J’ai appris à écouter leur chant sans chercher à les retenir. Non, cela ne fait pas moins mal quand ils s’envolent. Cela rend juste plus intense le moment, le temps de leur présence.

Et pourtant… pourtant, malgré toute la science acquise de la résilience, l’inattendu nous confronte à nos limites. Depuis des mois, il y avait une joie très grande qui fleurissait, promesse de vie. Comment dire autrement tout ce que représente la seule idée d’ouvrir nos bras à l’enfant attendu? Avant que d’être né, il est déjà là. On sécurise la maison, on orchestre le temps, on anticipe les sourires, on cherche ses traits sur les visages des parents, on fantasme sur son caractère, on rivalise de projets pour ses futures expériences. Le cœur s’agrandit. On pourrait même croire que les bras sont plus grands, le geste plus large. Les mains s’impatientent des caresses à donner. Pur bonheur!

Et puis…

Ce poids qui nous semblait si léger crée un vide bien lourd.

Le bonheur est un oiseau en liberté. Surtout ne pas le retenir. Il faut savoir le laisser partir.


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vendredi 28 mars 2014

Démocratie dites-vous?



En parallèle avec ce blogue, je navigue désormais sur le site Mauvaise herbe. J'y accoste au moins une fois par mois.

Mon sixième texte, publié le 28 février 2014 : Démocratie dites-vous?

Nos aspirations à une démocratie qui soit réellement démocratique ne demeurent-elles pas utopiques? À partir du moment où les prétendants à la députation adhèrent à un parti, ils ne sont plus la voix du peuple, mais bien les défenseurs des idées partisanes. Une fois élu, un député n’est plus le représentant des gens de son comté, mais le porte-voix d’une ligne de pensée unique. La dissidence sans permission préalable entraîne l’exclusion.

Fatima Houda-Pépin en est un exemple marquant. Dans ce propos, peu importe le sujet de la divergence de la députée de La Pinière, le fait est qu’elle a refusé de se taire, qu’elle a revendiqué le droit de défendre son point de vue et, par là, celui des gens qui l’ont élue. Inadmissible selon le chef du parti libéral qui précise : « Il s'agit d'un geste sérieux dont les conséquences pourraient être sérieuses s'il n'est pas corrigé rapidement. Un geste de “rupture” envers les “lignes d'autorité” du parti […] ». Le choix de cet exemple n’est pas partisan. Chaque parti peut coiffer ce chapeau.

Le plus odieux dans la partisanerie, c’est le détournement du pouvoir donné. Une fois les bulletins de vote dépouillés, après une campagne électorale qui occulte trop souvent la vérité au profit de la médisance, voire la calomnie, chaque citoyen doit se résigner à être représenté par le « gagnant » qu’il soit dans le parti au pouvoir, dans l’opposition officielle ou l’opposition silencieuse. Une loterie où, malgré tout, je continue de croire en une majorité bien intentionnée, dévouée et déterminée à bien représenter… le parti? … le citoyen?

Les bonnes intentions se heurtent, hélas!, au souci obsédant de « garder » ou de « reprendre » le pouvoir. C’est là que le citoyen risque d’être totalement écarté des enjeux. Quand les décisions sont bradées contre l’étalon-or politique : le vote du clan le plus nombreux.

Des élections — encore! — se préparent au Québec. Combien je me désole devant la trop courte survie d’un gouvernement minoritaire, alors qu’évitant la dictature d’une majorité partisane, l’opposition aurait pu assurer un débat et, dans le meilleur des cas, une action concertée basée sur le meilleur intérêt de la nation.

Malheureusement, à quoi assiste-t-on? Dès le lendemain des élections, la machine des spéculations se met en branle pour développer la stratégie d’une mise à mort, sans égard à son bien fondé. Le but : prendre le pouvoir. Rien à voir avec la bonne gouvernance encore moins d’être au service du peuple. Sur la scène parlementaire, les « comédiens » se campent dans leur rôle. D’un côté, on tente de garder l’équilibre sachant que quoique l’on fasse, les autres multiplieront les crocs-en-jambe. Dans les coulisses, c’est pire. Il s’agit de saisir le meilleur moment pour donner le coup fatal, provoquer la chute dans l’espoir de s’emparer du trône. Ne soyons pas naïfs. Ils s’accuseront les uns les autres d’avoir précipité les élections. Si le parti au pouvoir prend l’initiative, il sera accusé d’opportunisme. S’il ne le fait pas, l’opposition provoquera la chute selon que le moment lui soit propice. Et le grand perdant demeure le peuple. Pendant tout ce temps gaspillé, le fort délaissé par ses gardiens, un pouvoir occulte et souterrain étend toujours plus loin ses tentacules.

Faut-il s’étonner de la désaffection de plus en plus grande des personnes qui choisissent de ne pas user de leur droit de vote? Nous sommes nombreux à subir ce tragique dilemme de ne pouvoir voter pour quelqu’un, trop occupés à voter contre quelqu’un.

À quoi me sert d’élire la meilleure personne, la plus compétente, la plus dévouée, si elle se retrouve condamnée à l’obéissance aveugle, privée de la liberté d’exprimer ses doutes, dépouillée de son sens critique? Quelle est la valeur de mon choix s’il me met à la merci d’une autorité absolue, puisque mon représentant sera contraint de se soumettre?

Dans mes délires nocturnes, il m’arrive de penser que ce serait bien de n’avoir à choisir que des candidats indépendants. À chacun de me convaincre qu’il saura défendre les intérêts de ma région mieux que quiconque auprès d’un chef d’État élu préalablement par tous les citoyens. J’ai bien écrit délires nocturnes.

Il est plus que temps d’une réforme. Et pour la réussir, il faudra que tous partis confondus franchissent le pas qui permettra cette réforme. Y songer suppose une indépendance d’esprit au-delà de toute partisanerie. Hélas! Hélas!

… Pour qui sonne le glas?


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vendredi 28 février 2014

Ce monde que nous voulions différent



En parallèle avec ce blogue, je navigue désormais sur le site Mauvaise herbe. J'y accoste au moins une fois par mois.

Mon cinquième texte, publié le 28 janvier 2014 : Ce monde que nous voulions différent



J’ai plus de questions que de réponses. À ma naissance, marraine fée, ou peut-être sorcière, a dû tatouer « Pourquoi? » au fond de mes rétines. Impossible de voir la vie sans interroger le sens de tout ce que je vois et ne vois pas. J’ai dévoré des milliers de livres, questionné jusqu’à l’exaspération ceux qui me précédaient, franchi bien des interdits pouvant entraver ma quête de savoir, bravé les censeurs d’une pensée libre. J’ai trouvé des réponses et chacune d’elle engendrait un nouveau « Pourquoi? ».

J’entends le bruit des bombes de nos guerres — elles sont nôtres par nos choix politiques — dont les enjeux ont moins à voir avec la liberté, la défense des droits de l’homme et la paix que l’occupation stratégique d’un territoire pour sa position, ses richesses ou ses alliances économiques. Sinon, pourquoi serions-nous si complaisants envers des États qui désavouent ouvertement les droits et la liberté de sa population?

Nous affirmons haut et fort la reconnaissance d’une égalité des droits entre toutes les personnes et du même souffle nous permettons que soit enseigné le contraire. Pire, nous payons cet enseignement.

Nous prétendons nous être affranchis de l’ignorance, compréhensible jadis, inadmissible aujourd’hui, sans oser remettre en question notre tolérance envers les dérives des croyances subversives.

Pourquoi est-il plus facile de mobiliser un continent pour la défense des animaux que des humains? L’Union européenne et la Russie interdisent le commerce des produits dérivés du phoque sous prétexte de cruauté. Pourquoi ne parvient-on pas à se mobiliser pour défendre l’exploitation des enfants? Qui interdit les produits dérivés du cacao de Côte-d’Ivoire ou du Ghana exploitant 1,8 million d’esclaves de moins de 15 ans? Qui interdit les produits de l’Inde, de la Chine et d’autres pays pour cruauté envers les esclaves? Le 17 octobre 2013, plusieurs médias diffusaient les résultats d’une enquête menée par l’organisation Walk Free :

Après l’Inde, la Chine arrive au deuxième rang, avec 2,9 millions d'esclaves, suivie du Pakistan avec plus de 2 millions. Viennent ensuite le Nigeria, l'Éthiopie, la Russie, la Thaïlande, la République démocratique du Congo (RDC), la Birmanie et le Bangladesh. Ces dix pays comptent à eux seuls la majorité des quelque 30 millions d'esclaves dans le monde.

Rien de cruel dans ces industries du tapis, du jouet, du vêtement?

Nous aspirons à un monde plus juste et nous déconsidérons ceux qui revendiquent le maintien des acquis de hautes luttes. La nouvelle norme dans le monde du travail consiste à privilégier le lockout en réponse aux dissensions, sans réelle volonté de négocier. Dans l’éloquente démonstration du déséquilibre entre les forces patronales et syndicales des lockouts successifs imposées aux journalistes de nos médias (Journal de Montréal, Journal de Québec, Le Réveil, etc.), il devenait impérieux de modifier le Code du travail afin de l’adapter aux réalités du présent. « Interdire le recours aux services et produits du travail provenant de l'extérieur d'un établissement qui est en grève ou en lockout » avait promis le Parti québécois en août 2012. En 2014, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, plus de 400 travailleurs, mécaniciens des garages de nos concessionnaires automobiles vivent leur 11e mois de lockout. Tout ce temps, aucune rencontre ni même volonté de négocier, malgré la demande du syndicat qui souhaitait un médiateur. Sachant que le médiateur est un spécialiste expérimenté en relation du travail, rompu aux techniques de négociation et de résolution de problèmes, pourquoi ce refus?

Escamoter ses revenus à l’impôt en les plaçant dans des abris fiscaux suscite moins de mépris qu’un travailleur saisonnier osant réclamer l’assurance emploi qu’il a payée. En 2010, l'Institut international du développement durable de Winnipeg chiffrait à 2,8 milliards par année les subventions aux pétrolières, dont celles de l'Alberta (1,1 milliard), mais ce sont les plus démunis de notre société que certains animateurs traitent de BS sur le ton de l’insulte.

Qu’avons-nous fait de ce monde que nous voulions différent? Que sont devenus les espoirs de nos 20 ans? À quel marché de dupes avons-nous sacrifié ce « grand jardin qu’on appelait la Terre »?

Aujourd’hui je me demande pourquoi je persiste à questionner, à vouloir comprendre, à trouver la réponse ultime. Tout ce que je sais, ou crois savoir, c’est que ma quête du Graal ne se terminera que lorsqu’une main rabattra mes paupières sur mon regard devenu fixe à jamais.

Et encore! Je risque de miser sur la jeunesse.

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lundi 30 décembre 2013

L'âme en berne


En parallèle avec ce blogue, je navigue désormais sur le site Mauvaise herbe. J'y accoste au moins une fois par mois.

Mon quatrième texte, publié le 30 décembre 2013 : L’âme en berne

L’année 2013 arrive à son terme. Voilà donc 14 ans accomplis dans ce XXIe siècle qu’on espérait lumineux, forts que nous sommes des avancées de la science, de l’accessibilité à la connaissance et surtout de l’évolution de cette humanité en marche.

Voiture à énergie solaire

Au siècle dernier, notre imagination ne tarissait pas sur les couleurs de ce futur. Nous pensions chevaucher des coursiers de métal volant, pour rencontrer nos frères humains sur une planète aux frontières abolies. On a même cru pouvoir éradiquer la faim et taire à jamais le bruit des canons. Nous avions les moyens de guérir, d’instruire et de chérir. Un véritable délire de science-fiction!

Le 31 décembre, dans la chaleur de mon foyer, entourée de mes amours — mon amoureux, nos enfants, petits-enfants, amis — je ferai la fête à l’année moribonde. Un deuil festif afin d’ouvrir grand les bras à 2014, mon optimisme suffisamment naïf pour la croire l’année de tous les possibles.

Mais ce deuil sera aussi corrosif. Si 2013 a été une année des plus heureuses, parée de moments intenses, de présences chaleureuses, de partages généreux, d’enthousiasmes fréquents, d’une énergie retrouvée, c’est aussi l’année de nombreuses déceptions quand, par la fenêtre ouverte de mon navigateur, j’entends les cris du monde. L’écho charrie un sombre présage. Cette humanité en marche est en train de reculer.


Fjord Saguenay

Dans cette terre au nord de l’Amérique, dans cette région si belle qu’on oublie que la laideur existe, dans le confort d’un foyer que j’ai construit, fruit de mon travail et de ma prévoyance — plus encore de ma chance d’avoir eu un travail et les moyens de prévoir — je peux facilement vivre dans le déni de ce qui se passe de l’autre côté du miroir. Moi, Alice au pays des merveilles sous la protection d’un grand lapin blanc, je n’ose suivre Celia aux pays des horreurs saccagés par de grands requins noirs.

Lac-Mégantic 2013


Depuis 14 ans, j’assiste à la ruée vers une exploitation anarchique de tout ce qui peut se traduire par une croissance de profits insensés. L’appât du gain est si fort qu’il aveugle une cohorte de gestionnaires, assurés de revenus et primes de retraite indécents, voués à réduire les emplois. Soutenus par des discours où les pontifes de l’économie, insouciants des ravages d’une spéculation débridée, bêlent leur mépris des syndiqués osant défendre un travail décent, de nombreux employeurs s’acharnent à fragiliser les emplois. La précarité et la peur au service de la docilité et de l’exploitation. Concurrence, croissance du profit sont leur credo. Qu’importe le prix humain!… Après avoir plongé l’économie mondiale dans une crise qui se prolonge, les banquiers se targuent de leur bonne gestion :

« Les grandes banques canadiennes ont encore une fois engrangé des profits considérables au cours des douze derniers mois, en raison notamment de l’augmentation des frais bancaires. […] Au total, près de 30,3 G$ ont été amassés en bénéfice net par les six grandes banques canadiennes. Cela est conforme aux prévisions des analystes publiées en début de semaine. » (source Jean-François Rousseau/Argent)

Des frais bancaires qui ne cessent d’augmenter. Et moins vous avez d’argent, plus élevés ils sont. La logique?



Ces dernières années, si révélatrices de la corruption endémique de dirigeants, sont les années où la répression de l’État n’a cessé de s’imposer brutalement et de se légaliser. Légal n’est pas synonyme de juste. Les droits des citoyens s’amenuisent. Le pouvoir de se défendre aussi. Que peut-on contre une minière qui convoite votre sous-sol? Que peut-on contre la spéculation immobilière qui explose les évaluations et du même souffle les taxes? Une spéculation qui a également une incidence dramatique sur la hausse du coût des loyers. Indignez-vous en silence. Le droit de manifester son mécontentement est muselé à peine murmuré. Une démarche légale peut être déclarée illégale et vous voilà soudainement à la merci d’une décision arbitraire des policiers. (Règlement P-6 à Montréal. Même modèle à Québec, Saguenay et Alma). L’Espagne prépare un projet de loi pire encore. Cette même Espagne qui, sous la pression idéologique des religieux, en revient à criminaliser l’avortement. Démontrant que rien n’est acquis dans le domaine des droits de la personne.

Nos droits, quels sont-ils dans un monde où des mafieux connus circulent en toute liberté dans nos cités tandis qu’un Claude Robinson a dû investir 18 ans de sa vie et accumuler une dette de plus de trois millions de dollars pour faire reconnaître ses droits de créateur? Une victoire où le héros dépouillé doit affronter les vaincus dans leur forteresse protégée afin de récupérer ce qui lui est dû.

2013 tire à sa fin. Mon âme est en berne.

Le 31 décembre, je vais célébrer avec les miens. Je veillerai à ne pas leur dire que je suis enragée et que je fais miens ces mots de Félix Leclerc dans L’alouette en colère, pour dire que moi Qui ne croit ni à dieu, ni à diable, ni à moi, j'ai un fils écrasé par les temples à finances où il ne peut entrer et par ceux des paroles d'où il ne peut sortir. J'ai un fils dépouillé […] locataire et chômeur dans son propre pays. Moi qui suis révoltée, je sens en moi dans le tréfonds de moi, malgré moi, malgré moi pour la première fois, malgré moi, malgré moi, entre la chair et l'os, s'installer la colère. 

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samedi 28 décembre 2013

Un côté sombre. Un côté lumineux.





En parallèle avec ce blogue, je navigue désormais sur le site Mauvaise herbe. J'y accoste au moins une fois par mois.

Mon troisième texte, publié le 28 novembre 2013 : Un côté sombre. Un côté lumineux

Par quelles curieuses ramifications cérébrales suis-je en train de laisser mes doigts danser sur les lettres du clavier d’où jaillissent les mots qui vont suivre? Comment la somme de mes lectures de moult verbiages (?), pardon! opinions sur les femmes, les religions, les libertés et les violences accaparant l’espace médiatique de ce mois m’amènent à ne plus voir qu’un seul mot? Et que ce mot s’impose à mon esprit comme une urgence à dire? Et que ce dire se révèle plus viscéral que rationnel?

Patience, je vais vous l’écrire ce mot.

Mais comment? Il est le dénominateur commun du meilleur et du pire, la cause et la solution. L’omniprésence. La complémentarité essentielle. Le contraire parfois. L’indispensable alliance.

Ce mot virevolte à l’intérieur de ma tête comme un papillon autour d’une lumière. Une pensée comme une étincelle qui a surgi au cours d’une discussion passionnée, comme elles le sont souvent. J’ai l’impression d’être défiée, confrontée à un impératif présent. Pétrie du doute que cela soit perçu tel que ressenti et pourtant certaine que d’oser en révélera un sens. Et si nous parlions de l’homme?

Qui suis-je sinon cette femme taillée dans plusieurs décennies de vie, l’esprit modelé au contact des innombrables personnes qui ont traversé mon existence? Qui suis-je sinon la fille d’un homme, la compagne d’un homme, la mère d’un homme?

Interpellée par l’écho des débats successifs sur l’égalité des hommes et des femmes, sur la violence faite aux femmes, le trafic humain pour fin de prostitution, l’incroyable prolifération de réseaux pédophiles (750 000 connectés selon l’ONU) et tutti quanti, j’ai presque failli hurler en silence cette question d’Aragon : « Mais est-ce ainsi que les hommes vivent? »

Serais-je l’aveugle inconsciente en plein déni de la réalité? Ou l’actualité occulterait-elle la réalité?

Seule fille dans une famille de trois garçons, je me voyais interdire ce qui leur était permis, privée d’une liberté qui leur était acquise. J’ai affronté un père qui ne voyait pas l’intérêt des études collégiales pour une fille destinée à s’occuper de ses enfants et d’un mari. J’ai choisi d’afficher ma soif des livres plus que des parures et du maquillage. J’ai contesté avec succès le banquier qui voulait m’imposer la tutelle d’un endosseur. J’ai claqué la porte d’un employeur qui me refusait un salaire égal à celui de mes confrères. J’ai mené, en privé d’abord puis collectivement, une révolution qui a changé mon monde. Mais pas seule.

À mes côtés, j’ai découvert un père, enfin dépouillé du carcan machiste de son propre dressage, aller au front pour l’égalité des droits; des frères me faire découvrir les écrits de Simone de Beauvoir, Virginia Woolf et Denise Boucher; des confrères risquant leur emploi pour instaurer des conditions de travail égalitaires.

Cette société où je vis dans ce Québec d’aujourd’hui, nous l’avons construite ensemble, femmes et hommes, aspirant les uns comme les autres à une vie différente de celle de nos parents où le féminin et le masculin étaient confinés à un rôle prédéterminé.

Au fil du temps, j’ai vu des hommes de plus en plus nombreux contribuant à une évolution sociale où les petits garçons et les petites filles avancent main dans la main avec confiance; des jeunes pères soucieux d’être auprès de leurs enfants dès leur naissance; des hommes sachant conjuguer femme et amitié; des hommes magnifiques de tendresse dans la joie comme dans la maladie. Je vois cela et je me dis que c’est bon et beau, que c’est ainsi que nous voulons vivre.

Je n’oublie pas le côté sombre. Je sais que nous sommes à la croisée des chemins dont la diversité des origines influe sur nos décisions. Mais dans le tumulte qui anime les médias, je ne veux surtout pas oublier le côté lumineux.

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jeudi 28 novembre 2013

Charte – Laïcité – Droits des femmes

En parallèle avec ce blogue, je navigue désormais sur le site Mauvaise herbe. J'y accoste au moins une fois par mois.

Mon second texte, publié le 28 octobre 2013 : Charte – Laïcité – Droits droits des femmes

Depuis des semaines des torrents de mots frappent indistinctement rochers des convictions et terre friable des aspirations. Je me voulais touriste dans cet univers chaotique où s’affronte l’expression de nos différences. Je m’imposais de n’être qu’une observatrice non partisane. J’aspirais au silence, l’esprit usé, trop flagellé de décennies de combats menés pour atteindre l’ultime objectif : l’affirmation politique, juridique, sociale et universelle que les hommes et les femmes sont égaux.

Mais la rumeur est montée telle une marée charriant le meilleur et le pire de tout ce qui jonche les fonds marins du monde où je vis. Avant même la publication du projet d’une charte des valeurs québécoises, ils ont hurlé au loup. Si rien n’oblige à prendre le risque de la parole, tout m’oblige à réfléchir sur les assauts de ce débat sur mes propres convictions.  Libre à moi de les taire ou de les exprimer. Libre au lecteur de les entendre ou de les ignorer.

Après avoir lu, sous ses diverses formes, courtes et longues, ce « document d’orientation en matière d’encadrement des demandes d’accommodement religieux, d’affirmation des valeurs de la société québécoise ainsi que du caractère laïque des institutions de l’État » j’ai choisi de signer la pétition du Rassemblement pour la laïcité dont la démarche répond mieux à mes aspirations.

 Je me croyais bien informée. Me voilà estomaquée de lire dans le document d’orientation du ministre Drainville que la Charte québécoise des droits et libertés de la personne a été modifiée en 2008 seulement afin d’y inscrire, explicitement, l’égalité entre les femmes et les hommes. Dès lors, j’ai compris l’urgence d’agir pour passer le l’écrit à l’état de fait.

Aujourd’hui plus que jamais, je crois impérieuse la promulgation d’une charte de la laïcité dans ce Québec du XIXe siècle. Tout comme je crois inéluctable – et même facteur de progression – la cohabitation « multi ethnies » au sein d’une société forte de son identité; cette identité issue des racines de son passé, de son histoire, de sa langue. Une identité forgée à la flamme des luttes menées pour son évolution. Une cohabitation où le droit de la collectivité prévaut sur le droit individuel pour une intégration respectueuse autant que réussie.

Oui, je souhaite une charte de la laïcité. Oui, je suis pour une démarche qui « au-delà des clivages idéologiques, évitant le dogmatisme, cheminera sur la voie d’une laïcité des institutions publiques, garante de l’égalité de toutes et de tous, et source de cohésion sociale. » Oui, je veux que soit affirmée la neutralité de l’État et le caractère laïque de ses institutions. Je veux que soit définie la notion raisonnable des accommodements. Je veux surtout que soit encadré tout accommodement afin qu’il ne soit pas en contradiction avec l’affirmation de l’égalité des hommes et des femmes. J’irai plus loin. J’aspire à une société qui ne sacrifiera pas la liberté de penser, de questionner, de douter, de s’instruire à l’endoctrinement… surtout des enfants.

Pourquoi le projet d’une charte des valeurs québécoises – qui n’aurait pas dû renoncer à se nommer charte de la laïcité puisque seul cet aspect n’a pas été légiféré – a-t-il provoqué une telle vindicte médiatisée à outrance? Il ne s’agissait après tout que d’une invitation à débattre d’un contenu perfectible.

Pourquoi, de tous les signes religieux ostentatoires cités en exemple (malgré le regrettable droit de s’y soustraire inclus en plusieurs cas) le voile est-il devenu le plus proéminent ?

Pourquoi exprimer son désarroi, voire son incompréhension devant la prolifération des revendications et des accommodements aboutit à des invectives et des accusations de racisme et de xénophobie? 

Comment peut-on vouloir limiter notre perception des enjeux en niant la pertinence d’entendre et voir ce qui se vit au-delà de nos frontières? 

Comment concilier notre désir de respecter la liberté de chacun et d’aspirer à ce que chacun respecte notre liberté d’établir des règles?

Dans ma tête, mille et une questions s’affrontent face à cette tempête verbale.  Elle me heurte de pleins fouets au cœur de mes idéaux, jamais abandonnés, et me confrontent à mes contradictions.

Je rêvais d’un monde sans frontière, d’une humanité en marche où l’on scanderait le bruit de nos pas au rythme de cette merveilleuse utopie (?) que sont les mots liberté, égalité, fraternité. Je croyais au partage, à l’accueil, à l’hymne planétaire réunissant toutes les musiques, où le pas militaire se transformerait en pas de danse. Je voulais être la compagne de l’homme et non son adversaire, convaincue qu’ensemble nous protégerions tous les enfants du monde.

La femme de ces rêves n’a pas renoncé. Et pourtant, aujourd’hui, je vis l’étrange paradoxe où je peux, à la fois, avec respect, amour et tolérance accepter l’autre avec sa différence, ses croyances et, en même temps, combattre les rites contraires à nos lois et les symboles quand ils représentent la négation de ce qui m’est plus sacré que tout ce qu’on peut dire sacré : la femme est l’égale de l’homme.

Quand ma tolérance et mon respect est en contradiction avec mes valeurs, mes convictions et le combat de ma vie, que dois-je choisir?

http://www.mauvaiseherbe.ca/



lundi 28 octobre 2013

L'amarante


En parallèle avec ce blogue, je navigue désormais sur le site Mauvaise herbe. J'y accosterai au moins une fois par mois.

Mon premier texte : L'amarante

Depuis plus d’un an je promène mes yeux dans le sillon des mots publiés sur le site Mauvaise Herbe. Séduite bien souvent. Avant même d’en découvrir le contenu, incontestablement alimenté par des passionnés recrutés par Marielle Couture et Joël Martel, mon esprit était titillé par l’heureux mariage de ces deux mots évocateurs « Mauvaise herbe ». À l’heure d’une quête identitaire qui frappe de nombreux pays occidentaux, confrontés au choc des cultures inévitablement accéléré, sinon accentué, par la mondialisation des marchés et de la main d’œuvre, je coiffe volontiers l’idée de m’affirmer comme Mauvaise Herbe. En répondant à l’invitation de collaborer à cette tribune je reconnais avec fierté vouloir demeurer le souci des malherbologues.
 Qu’est-ce donc qu’une mauvaise herbe sinon une plante dont on n’a pas encore découvert les vertus ? D’ailleurs l’intégralité des plantes adventices possède une grande valeur botanique et écologique. Elles favorisent la biodiversité, elles permettent de rééquilibrer le sol et de l’enrichir en matière organique. 
Lisant cette phrase sur le site Alsagarden créé par un jeune horticulteur alsacien Lucas Heitz (découvert au hasard de mes navigations sur la Toile), j’ai trouvé qu’au sens propre comme au figuré elle résumait superbement ce que je pense.

Surnommée Mademoiselle Pourquoi dès ma plus tendre enfance, mes souvenirs foisonnent d’exemples qui me confortent dans mon identité avouée. Transplantée à 3 ans dans une famille d’accueil pour raison de santé, arrachée à ma terre d’origine pour déraison de famille, j’ai 9 ans quand j’affronte le rejet intégral de ma présence à l’école dès que trahie par mon accent. Je passerais pour minorité non visible si je n’étais pas audible dans ce Montréal où je ne prendrai pas racines. Mise en serre à 10 ans dans un pensionnat de Jonquière pour espoir de dompter un caractère rebelle, j’y apprendrai l’art de crocheter les serrures pour, la nuit, piller les livres mis sous clé et nourrir ma soif d’apprendre. Plus tard, le collège est terre fertile à la révolte. Bien que présidente de classe, j’en suis fréquemment expulsée pour mes questions mettant en doute les enseignements traitant de religion, d’histoire et de sociétés. Pour mon bonheur, ces mises en exil punitif m’expédiaient dans l’antre du plaisir absolu : la bibliothèque.
Exaspérante pour les jardiniers de ma vie, qu’ils aient été mes professeurs, mes employeurs ou ma famille, ils ont pourtant contribué à développer ma nature profonde. Je leur doit beaucoup. Aujourd’hui, sur cette terre en friche qu’est encore la planète,  je souhaite prendre la forme de l’amarante et contribuer si possible au cauchemar des Monsanto de ce monde.

Voilà. Maintenant que, présentation faite, il me reste à écrire une chronique à un rythme indéfini, ma tête est comme une forêt aux essences multiples. Tombent les feuilles alors qu’il y a urgence de les saisir au vol pour ne pas rater la saison. Violence, corruption, charte, économie, dégradation des emplois, déclin de la presse, élection, éducation, famille, culture, laïcité, liberté, égalités des droits pour les hommes, les femmes et les enfants, environnement, politique, autant de thèmes qui se bousculent au bout de mes doigts sur un clavier de 26 lettres… et pourtant sans limite.

Je me  restreindrai cette première fois, le temps d’évaluer la direction du chemin que j’ai accepté de prendre et de partager dans le jardin de Mauvaise Herbe. Qu’on se le tienne pour dit, mon credo est fait de doutes et de paradoxes.