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vendredi 16 février 2018

Faust de la SALR : de la haute voltige visuelle, vocale et lyrique





Antonio Figueroa (Faust) et Gino Quilico (Méphistophélès)
© Andrée-Anne Lachaine photographie




Impressionnant! La version de l’opéra Faust de Gounod présentée par la Société d’art lyrique du royaume est remarquable. Même en mettant les bémols, indispensables lorsqu’on assiste à une répétition générale la veille de la grande première, tous nos sens sont fortement et agréablement imprégnés par cette interprétation. Une mise en scène étonnante très contemporaine de Guylaine Rivard, des décors ingénieux dont la sobriété s’habille d’éclat sous les jeux de lumières et les trouvailles astucieuses, un orchestre qui traduit toutes les nuances sous la direction de Jean-Philippe Tremblay et des solistes… ah! les solistes!


La SALR résume la trame  narrative de sa production en quelques lignes : « Le docteur Faust, au déclin de sa vie, voudrait retrouver la jeunesse. Il invoque Satan qui, sous les traits de Méphistophélès, l’invite à boire la coupe de la Vie qui le transforme en jeune homme. En échange, Faust acceptera d’être son serviteur pour l’éternité… Faust tombe en amour avec la belle Marguerite qui, séduite par ses bijoux, lui déclare sa flamme et aura un enfant de lui. Rivalités amoureuses, emprisonnement, crimes passionnels s’ensuivent à travers une série d’intrigues captivantes, alimentées par des personnages attachants, et enveloppées par une musique envoûtante! »
 

Présentée en cinq actes, cette interprétation de Faust a un petit quelque chose qui n’est certainement étranger à la qualité de ses solistes. Tous sont excellents. Après une ouverture que les jeunes auditeurs, avec raison, ont écoutée dans un silence rare, les rideaux s’ouvrent sur un Dr Faust courbé sous le poids de son âge et de ses regrets. La voix superbe d’Antonio Figueroa s’empare de toute la salle. Il se donne vocalement comme physiquement, campant un Faust intense dont la passion nous convaincrait de devenir sa Marguerite. « Je veux la jeunesse » lance-t-il à un Méphistophélès superbement campé par Gino Quilico. Un personnage spectaculaire, satanique à souhait, dont la direction artistique a su exploiter tout le talent. Il livre avec Antonio Figueroa un duo d’une grande beauté. « La jeunesse t’aveugle, ose la regarder » chante Méphistophélès à Faust éperdu, alors qu’il hésite à vendre son âme. La beauté de Marguerite vaincra sa résistance. « À moi ces plaisirs » défie le vieux Faust qui, sa jeunesse retrouvée, n’hésite plus à faire sombrer la dame de son désir avec lui.
 


L'acte II met le chœur en vedette. Une joyeuse assemblée de jeunes du village et de soldats lors d’une collation de grade au cours de laquelle on découvre Caroline Gélinas. Dans le rôle touchant de Siebel, elle se dresse en rival contre celui qui convoite Marguerite interprétée avec retenue par France Bellemare. C’est ce soir, vendredi 16 février, que le public connaîtra leur pleine mesure, car la veille la prudence était de rigueur pour préserver les cordes vocales. Ce qui n’a pas empêché d’en apprécier certaines envolées en confirmant la richesse. À souligner aussi, la scène du veau d’or avec un Quilico flamboyant qui mènera le bal,  bal de plus en plus endiablé où tous ne sont plus que des marionnettes.



Caroline Gélinas dans le rôle de Siebel
 © Andrée-Anne Lachaine photographie

Au IIIe acte, on se retrouve dans le jardin de Marguerite, où tout est suggestion dans la disposition : là un salon, là une chambre, là un présentoir de bijoux. Une mise en scène de l’illusoire où la symbolique des lieux coïncide avec celle des sentiments. L’amour de Siebel qu’expriment les fleurs contre l’attrait des parures d’or qui est le piège de Méphistophélès afin de satisfaire la passion de Faust. « Si les fleurs l’emportent, je veux bien perdre tous mon pouvoir. » Comme s’il n’allait pas l’utiliser contre la candeur de Marguerite et l’hésitation de Faust troublé par un sentiment amoureux véritable qui pourrait dominer son désir. L’aveu de la victoire à venir sera fait devant le miroir alors que France Bellemare nous offre une version très personnelle de l’Air des bijoux. Un moment suave. Elle est convaincante chantant « Ce n’est plus moi, c’est la fille d’un roi qu’on salue au passage. » Comme si elle venait tout juste de découvrir sa beauté.


Nathalya Thibault dans le rôle de Marthe, amie de Marguerite
©Andrée-Anne Lachaine photographie


Tandis que Marguerite prend conscience de sa nature féminine, se joue une scène de séduction incroyable entre Méphistophélès et Marthe, incarné par Nathalya Thibault, ce phénomène de scène pour ses qualités vocales comme pour son jeu toujours expressif et efficace. Elle a un sens du théâtre qui nous ravit chaque fois. Elle se livre sans pudeur, avec une touche d’humour de bon aloi.

 France Bellemare, Marguerite
©Andrée-Anne Lachaine photographie



L’entracte sera suivie des actes IV et V où l’intensité dramatique va croissant. De beaux tableaux se succèdent réunissant solistes et chœur. Marguerite dans l’église pour prier, cherchant le pardon et le réconfort après la naissance de son enfant et l’abandon de son amant. Méphistophélès s’y révèle dans toute sa puissance satanique. Gino Quilico a une telle prestance que l’on se sent envoûté par tout ce qui se dégage de sa stature et de sa voix. Le décor crée l’ambiance solennelle du lieu où les objets comme les personnes fusionnent pour évoquer à la fois le sacré et le diabolique.
Suit le retour de guerre des soldats chantant Gloire immortel de nos aïeux. Parmi eux, Valentin frère de Marguerite campé par Geoffroy Salvas, une autre belle voix de cette distribution, complétée avec assurance par Jean-Simon Boulianne dans le rôle de Wagner. La scène se termine par un duel opposant Faust et Valentin qui meurt sans accepter de pardonner sa sœur d’avoir été séduite : « Si Dieu te pardonne, soit maudite ici-bas. »

Au dernier acte, l’opéra atteint son apogée. Toute la scène se transforme en prison. La scénographie de Chantale Boulianne, depuis le début, mais particulièrement dans cet acte est remarquable. Au centre, enchaînée, Marguerite attend l’exécution de la sentence pour infanticide. Faust tente en vain de la sauver. Chaque mouvement accompagne les voix dans ce combat des forces contraires. La disposition des personnages, le décor, les éclairages, le contraste des costumes, la robe blanche de Marguerite, le rouge et noir de Faust et Méphistophélès, le gris des figurants, tout cet ensemble forme un visuel équilibré, pur art d’un tableau de maître. C’est intense. Lorsque Marguerite, monte les marches de l’échafaud, ici suggéré par un escabeau, et que Faust tombe à genoux pour prier, l’émotion est palpable. Une finale saisissante, grandiose dans sa simplicité.
****



 
Acte II : avant de partir en guerre, 
Valentin, Geffroy Salvas, implore Siebel de veiller sur Marguerite
© Andrée-Anne Lachaine photographie 


Il y aura encore beaucoup à dire sur cette production. La présence de deux fillettes,  Madeline Bossé et Annlou Morissette, symbole de pureté, naïves souvent, séductrices parfois comme s'approchant du piège tendu par Méphistophélès. Ou encore les maquillages de Guillaume Lavoie, les coiffures de Luc Ladouceur, la performance du chœur dirigé par Annie Larouche. Et plus... C'était la générale. Imaginez ce soir.

Le mieux, c'est d'aller voir, de vivre ce moment majeur dans l'histoire de la SALR. Au Théâtre Banque nationale de Chicoutimi, à 19 h30 les 16 et 17 février, à 14 h le 18 février. 


 

lundi 19 avril 2010

La SALR une montagne de plaisir

 Marie-Ève Munger - Ernestine
Monsieur Choufkeuri restera chez lui de Jacques Offenbach
Production de la Société d'Art lyrique du royaume
© Photo Rocket Lavoie

La Société d'art lyrique
C'est une leçon de courage, une assemblée de talents, une famille d'irréductibles

Seul le temps m’a manqué et non le désir pour écrire beaucoup plus tôt tout le bien éprouvé lors de la dernière représentation du programme double de la Société d’art lyrique du Royaume, le dimanche 11 avril 2010. Le délire bien assumé dans l’opéra bouffe Monsieur Choufleuri restera chez lui de Jacques Offenbach et la superbe démonstration de la maîtrise des voix interprétant de grands airs d’opéra, alternant avec les capsules humoristiques finement ciselées dans Le Gala de Monsieur Choufleuri sont, dans mon souvenir, comme une montagne de plaisir.

Toutes ces personnes qui travaillent d’arache-pied pour maintenir en vie la Société d’art lyrique année après année méritaient plus que 800 spectateurs en quatre représentations. D’autant plus que la prestation est de grande qualité. De l’autre côté de l’Atlantique, ces même voix qui nous étaient permis d’entendre si près de chez nous, sur le Mont Jacob de Jonquière, sont écoutées et invitées à chanter sur les grandes scènes de l’opéra.

Par exemple, Marie-Ève Munger, la superbe et talentueuse soprano colorature, Premier prix Opéra du concours International de Chant de Marmande en 2007, premier rôle féminin, Magdalena, au Théâtre du Chatelet à Paris sera au Glimmerglass Opéra aux Etats-Unis. En 2011 elle retournera à l’Opéra-Théâtre de Metz pour y chanter Nanetta  dans Falstaff de Verdi.

Ou encore Marc-Antoine d’Aragon, baryton, lauréat du concours La Bohème à Vérone, où il fera ses débuts cette année dans La Bohème de Puccini. En attendant son retour, nous penserons à lui dans le plaisir gourmand de ses propres recettes gastronomiques dont le premier livre, Des crêpes à l’Opéra vient d’être publié aux Éditions Les malins.

Retour sur la représentation du 11 avril


Marc-André Pronovost - Marie-Ève Munger
Monsieur Choufkeuri restera chez lui de Jacques Offenbach
Production de la Société d'Art lyrique du royaume
© Photo Rocket Lavoie
Monsieur Choufleuri restera chez lui exige plus que de la voix. La qualité du jeu théâtral peut faire toute la différence. Sous l’apparence d’une fantaisie loufoque cette courte opérette n’a rien de facile. L’adaptation de Martin Giguère a donné au livret un peu de modernité et de couleur locale fort appréciées. La mise en scène alerte, voire éclatée, d’un Éric Chalifour bien servi par une scénographie judicieuse, a créé une succession de tableaux vivants toujours équilibrés. C’était particulièrement agréable de pouvoir, mentalement, appuyer sur «pause» pour mieux observer la disposition des personnages sur la scène ainsi que leurs déplacements.

Marie-Ève Munger - Ernestine
Monsieur Choufkeuri restera chez lui de Jacques Offenbach
Production de la Société d'Art lyrique du royaume
© Photo Rocket Lavoie
Et puisqu’il est question d’équilibre, ajoutons ce complément indispensable que sont les costumes, maquillages et coiffures. Plus osés, plus extravagants pour les uns, notamment les hommes, et plus élégants, plus flatteurs pour les autres. Les coiffures irrésistibles des messieurs Choufleuri,  Balandard et Petermann pour les uns, les toilettes distinguées des dames Ernestine et Balandard pour les autres.

Très vite le caractère des personnages s’est affirmé. Marie-Ève Munger a campé une Ernestine mutine, ne laissant aucun doute sur ses sentiments amoureux avec le très déterminé Babylas (Marc-André Pronovost), musicien pauvre mais ambitieux. Si ce dernier a offert une performance juste, Marie-Ève Munger a été éclatante. Sa voix est de plus en plus belle, plus riche et incroyablement bien maîtrisée.

Le baryton basse Robert Huard a créé un Choufleuri très coloré. Une voix agréable et un jeu de scène habile, poussant son personnage à la limite de la caricature, mais sans excès afin d’en préserver tout l’aspect sympathique.

Le couple Balanchard n’aura pas passé inaperçu, tant pour les voix que la prestance. Jacinthe Thibault a de la classe et une sensibilité que le comique ne dépare aucunement. Le baryton Marc-Antoine d’Aragon nous a ravi. Un timbre de voix pur et ample à la fois qui ne lasse pas.

Martin Giguère aux mille et un talents s’est glissé dans l’habit de Petermann avec la somme d’une personnalité tissée au fil de ses nombreux rôles de factures très diverses. Un soupçon de Diogène, une allure de Molière avec quelques accents méloloufodramatiques (si je puis dire) de son cru.

Le tout porté par un orchestre qui a su se faire complice tout en jouant avec éclat sous la direction du chef Julien Proulx et un chœur sans faille.

La seconde partie de ce spectacle ne fut pas en reste. Si Offenbach fait depuis longtemps les belles heures de la Société d’art lyrique, Monsieur Choufleuri restera chez lui ne suffit pas, à lui seul, à remplir une soirée d’opéra. La SALR a su tirer parti de cette contrainte en offrant - oh! Joie - un récital de 12 chants célèbres tirés des œuvres de Rossini, Verdi, Donizetti, Mozart, Bizet et Delibes. J’ai beaucoup aimé cette opportunité d'apprécier l’une après l’autre chaque voix de ces interprètes. C’était leur rendre justice que de nous les faire entendre dans un tout autre contexte que celui de l’opéra bouffe avec ses limites, donnant toute la place à des envolées vocales qui ont conquis le public. Le lien humoristique menée bon train par Superman, pardon par Petermann était risqué. L'intensité du chant pouvait en souffrir. Et pourtant non. Cette intervention comique et toujours brève permettait une heureuse transition entre les différentes voix des solistes.

Un pas dans l’avenir

Il faudra un jour écrire la page d’histoire de nos opérettes. Comprendre comment un spectacle qui n’a cessé de s’améliorer et de présenter des artistes de plus en plus professionnels a vu le nombre de ses représentations fondre ainsi que son public. Cela, dans une région où la musique tient une grande place. Une région où des voix, désormais célèbres dans le monde, ont fait leur début sur la scène de l’opérette de Chicoutimi, tels Jean-François Lapointe, Marie-Nicole Lemieux et maintenant Marie-Ève Munger.

Il faudra retrouver le passé pour comprendre et trouver le moyen d’aider cette équipe d’irréductibles à se faire entendre par un plus grand nombre.

Martin Giguère - Petermann
Monsieur Choufkeuri restera chez lui de Jacques Offenbach
Production de la Société d'Art lyrique du royaume
© Photo Rocket Lavoie
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Pour compléter, le commentaire toujours bien documenté et pertinent de Denise Pelletier sur son blogue Spécial du jour ici.

NDLR : J'ai demandé d'autres photos permettant de voir différentes scènes et personnages..
Je les joindrai à cette page aussitôt reçues

mercredi 8 avril 2009

Jean-François Lapointe , un prince


Jean-François Lapointe - baryton
futur Prince Eletski de Monaco



À la représentation de Les pêcheurs de perles de Bizet, présentée en février dernier à l’Opéra de Toulon, notre baryton Jean-François Lapointe réconcilie Christian Colombeau, critique du magazine Sortir, avec cette œuvre célèbre.

Peu tendre à l’égard de Jesus Garcia qu’il surnomme le calamiteux Américain, titrant son texte « Bizet massacré par le ténor ! Des pêcheurs de perles sauvés par les clefs de Fa à l'Opéra de Toulon », Colombeau manifeste une grande admiration pour le Québécois.

« Encore une fois c’est Zurga qui remporte la palme et sauve une bien discutable soirée. Remercions Jean-François Lapointe pour son métier (il lui en faut une sacrée dose). Une puissance de jeu peu commune, une conviction rare, une voix noble, expressive, large, sans défauts, des accents inouïs de vérité, de pathos, et une musicalité sans faille… Parfait, simplement parfait. Idéal. Grandiose. Immense. Une prise de rôle réussie. A l’applaudimètre un beau succès personnel. »

Jean-François Lapointe, héros d'un soir

Benito Pelegrin est tout aussi dithyrambique dans sa critique retrouvée sur Classique News.

« D’autant, que la scène est littéralement embrasée et dévorée par le Zurga de Jean-François Lapointe, au point qu’il en devient pratiquement le héros, seul personnage un peu complexe, amoureux, ami et jaloux, si bien qu’à le voir et l’entendre, on se dit que l’opéra devrait porter ce nom de personnage. Il n’a qu’à paraître, allure et figure, altier et chaleureux, et il est d’évidence le maître reconnu par tous. Voix puissante, large et égale sur un long registre, il fait montre d’une vaillance héroïque dans une tessiture tendue et s’offre le luxe de nous gratifier d’un la facultatif d’un éclat et d’une force dignes d’un ténor. Sa scène de jalousie, elle, est digne d’Othello : bref, grand chanteur, grand acteur, grand artiste dans tous ses rôles. »

Bientôt prince

En ce moment, le chanteur est à Monaco. Il se prépare pour le rôle de Prince Eletski dans La Dame de Pique de Tchaïkovski, à Monaco, à l’affiche les 24, 26, 28 et 30 avril à l’Opéra de Monte Carlo -Salle Garnier Monaco. Un beau moment en perspective devine-t-on, à la lecteur de son dernier courriel :

« Ici, à Monaco, la distribution est exceptionnelle! Il faut dire que le théâtre est des plus prestigieux. Et son directeur, des plus compétents! »

Entendre un Valentin apprécié




Jean-François Lapointe
Faust - Mort de Valentin

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samedi 6 septembre 2008

Jean-François Lapointe Le Magnifique!


Jean-François Lapointe a un heureux problème. Il doit veiller à maîtriser son enthousiasme à l’égard des nombreuses offres qui lui sont adressées sinon les pages de son agenda vont déborder. Il doit parfois refuser certains engagements parce qu’il a déjà dit oui ailleurs. Cela est même arrivé avec La Scala de Milan où il a chanté Pélléas en 2005.


Jean-François Lapointe dans le rôle de Pelléas
© Photo courtoise JF Lapointe

« La Scala, c’était assez exceptionnel. Premier Québécois depuis 55 ans et le premier rôle-titre jamais arrivé. Depuis, j’ai dû refuser plusieurs fois d’y retourner. Soit la date coïncidait avec mes autres engagements, soit le rôle ne me convenait pas. Je sais quand un rôle n’est pas adéquat pour ma voix. J’ai toujours été excessivement prudent à ce niveau.»

Le Monde

« De beaux projets en perspectives jusqu’en 2013 », assure-t-il.
Lors de notre entretien, il revenait des Chorégies d’Orange où il a campé un Valentin très remarqué dans l’opéra Faust de Gounod.


Jean-François Lapointe (Valentin)
dans l'opéra Faust
aux Chorégies d'Orange, août 2008

© Photo courtoisie JFL

« L’incontestable vedette de la soirée! » soulignent plusieurs critiques.
L’Europe accapare de plus en plus ce baryton, Jeannois de naissance qui a grandi à Chicoutimi et tenu ses premiers rôles sur la scène de l’auditorium Dufour aux belles heures de l’opérette du Carnaval-Souvenir. « Un véritable tremplin pour jeunes chanteurs » a-t-il toujours affirmé. Si fermement convaincu de l’importance de développer l’art lyrique en région qu’il a dirigé, pendant plusieurs années, la destinée de la Société d’art lyrique du royaume sur laquelle il garde un regard affectueux, critique et parfois… anxieux.

Laterrière

Les occasions d’entendre chanter Jean-François Lapointe seront plus rares désormais au Québec. Cela devient un privilège qu’il ne fallait pas manquer, alors qu’il était, le dimanche 24 août dernier, au Rendez-vous musical de Laterrière, pour interpréter des grands classiques du répertoire vocal avec la soprano Marie-Ève Munger et le pianiste Michael McMahon.
Denise Pelletier, amie et journaliste à la retraite qui a été mon équipière pendant plusieurs années à la Section des arts du Quotidien et du Progrès-Dimanche, en parle superbement ici.
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Le texte qui précède devait être l’introduction du reportage publié le jour même dans le Progrès-Dimanche. Le voici.



Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche, 24 août 2008, p. 46

Depuis l’âge de 22 ans
Une carrière internationale menée avec beaucoup d'entrain

Laforge, Christiane

CHICOUTIMI – Grands favoris de plusieurs directeurs artistiques d’opéras connus sur la scène mondiale, Jean-François Lapointe sent venir à lui de nouveaux personnages. Sa voix a pris de la maturité, une ampleur, une force qui le sert bien dans une carrière internationale qu’il mène avec entrain.
Que de chemins parcourus, depuis ses fougueuses interprétations des personnages sortis des opérettes Orphée aux enfers, La Veuve Joyeuse, Les Mousquetaires au couvent à Chicoutimi, précédant de peu sa victoire au Concours international de chant à Paris qui lui ouvre la voie à une carrière internationale alors qu’il n’a que 22 ans!
L’élève de Louise André à l’Université Laval de Québec et de Martial Singher à Santa Barbara a campé plus de soixante grands personnages lyriques. Obtenant sans difficulté les premiers rôles de baryton qui, par son interprétation très personnelle, deviennent siens. Dans la presse européenne, on dit «le Pelléas», «le prince Danilo» et, désormais, après sa prestation aux Chorégies d’Orange, «le Valentin» de Jean-François Lapointe.
Une belle voix ne suffit pas dans le monde lyrique. Les directeurs artistiques peuvent choisir parmi les meilleurs du monde. « Et ils sont nombreux », affirme le baryton. Un artiste doit s’emparer de son personnage, lui donner un ton, un style, un caractère tellement unique qu’il s’impose comme favoris des publics, des critiques et des producteurs.

Personnage multiple

Entre 1988 et 2007, Jean-François Lapointe a chanté Pelléas de Débussy plus de 200 fois. Ce rôle est encore à son agenda jusqu’en 2012. Après quoi, il ciblera plutôt celui de Golaud, annonce-t-il. Personnage imposant campé en 2007 à Paris par Laurent Naouri alors que Jean-François incarnait Valentin et Marie-Nicole Lemieux, Geneviève.
Son rôle de Valentin, dans Faust semble aussi voué à un bel avenir. Les critiques ne tarissant pas d’éloges : «Le baryton québécois Jean-François Lapointe fut avec une force, voire une brutalité machiste, un Valentin de grande allure à la voix puissante » écrit Philippe Gut, dans L’Humanité.
Tour à tour Hamlet, Figaro, Almaviva, Don Giovanni, Jean-François Lapointe est aussi Escamillo dans Carmen, en compagnie de la montréalaise Nora Sourouzian dans le rôle-titre. Le spectacle, présenté plus tôt à Lausanne puis à Vichy, fera une tournée au Japon en octobre prochain.
Dans son carnet s’inscrivent aussi « Les Pêcheurs de perles » de Bizet à Toulon, Claudio dans « Béatrice et Bénédicte » de Berlioz à Paris, la « Dame de pique » à Monaco en avril 2009, « Eugène Onéguine » plus tard toujours à Monaco et, dans deux ans, le rôle de Ford dans « Falstaff », son premier Verdi.
«Un rôle pour baryton lyrique, un registre vocal plus large, explique le chanteur. Ma voix s’ouvre à de nouveaux répertoires… Des défis trop beaux pour ne pas les relever.»

L’avion

Sa carte maîtresse : une bonne santé. Son regret : le temps loin de sa famille. Sa seule plainte : le stress des voyages en avion. «Le respect des horaires se détériore. La perte des bagages, cela m’arrive au moins deux fois par année. Chaque voyage comprend 4 à 5 correspondances. Par année, cela me fait de 30 à 40 vols. Tout cela ajoute à l’angoisse et à la fatigue. »
Vivre en Europe ne serait pas une solution puisque ses rôles successifs le conduisent d’une ville à l’autre, incluant exigeant des trajets de six à sept heures en train. « C’est extrêmement rare que je travaille dans une même ville… et le coût de la vie y est très cher. On est bien chez soi au Québec! J’ai toujours été conscient de ça. »
Travailler davantage sur le continent Nord-américain est utopique pense-t-il. L’opéra n’y est pas ancré aussi profondément qu’en Europe. «Comparé à Orange, la culture ici c’est le désert. À Orange, on compte 8000 spectateurs chaque soir. Les gens de tous âges y viennent du monde entier. Ils achètent leur billet un an à l’avance. Orage est un festival prestigieux, un des plus courus par le public et qui reste très populaire.»
Tellement, explique le chanteur que l’on vend des billets pour assister aux répétitions. «Pour les générales, c’était déjà ouvert au public. Mais pour les répétitions, cela devient de plus en plus courant pour une somme modeste. Et ils sont plusieurs centaines. Moi, je trouve ça affreux. Ce n’est pas facile d’essayer des choses, de se tromper… et entre artistes il y a des choses qui doivent se dire sans témoins. »
Tout n’est pas négatif cependant. Comme le rôle de Valentin n’exige pas une présence constante sur la scène, Jean-François en a profité pour aller rencontrer les gens. «C’est un échange assez sympathique. C’est unique. Ce sont des instants précieux. On sent que ces gens-là se sentent plus attachés à l’opéra. Ils viennent en famille.»
Investir
Cette ouverture à l’art lyrique est également politique. Les pouvoirs publics ne s’attendent pas à ce qu’un opéra soit rentable. Ils n’ont pas peur de subventionner généreusement, remarque l’artiste.
Dans une entrevue, accordée le 4 juin dernier à un journaliste canadien, Jean-François Lapointe exprimait son opinion en ce sens.
« Il faudrait nous rendre compte que la culture c’est important et arrêter de confondre les termes culture artistique et culture sociale. Nous n’exigeons pas des musées qu’ils rapportent de l’argent; nous savons qu’ils existent pour protéger notre patrimoine. La même chose vaut pour les arts. C’est une question de priorité des gouvernements. La culture d’un peuple, ce n’est pas seulement ses acquis sociaux (les soins de santé, par exemple). Il faut s’investir dans les choses de l’esprit, cultiver les arts pour eux-mêmes. »

Les Québécois

« Les artistes québécois ont beaucoup la cote en Europe. Ils y sont assez nombreux et très présents, dans le populaire et surtout dans la musique classique. » Jean-François Lapointe en sait quelque chose, lui qui était sur scène, pour une seconde fois, avec Marie-Nicole Lemieux (Dame Marthe dans Faust, Geneviève dans Pelléas), tandis que Hélène Collerette, occupait la place de premier violon de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, sous la direction musicale de Michel Plasson.
Pendant les quelques semaines de répétition le travail est intense. «Tous les trois, on s’est vu pas mal, mais on n’a pas beaucoup de temps de congé.»
Marie-Nicole Lemieux a tout de même pris le temps de recevoir Jean-François Lapointe et Hélène Collerette. «Avec une tourtière, évoque joyeusement le chanteur. Une tourtière en France, il fallait le faire! »
Lorsque plusieurs artistes québécois se retrouvent dans une même production, ils sont vite, et plutôt affectueusement, ciblés comme le « clan québécois ».
« Lors des saluts, nous étions sur la passerelle qui entoure l’orchestre à Orange. On saluait en regardant du côté d’Hélène et Michel Plasson, a murmuré «Vive le Québec!»

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Jean-François Lapointe (Valentin)
Une scène de Faust aux Chorégies d'Orange, 2008
© Photo courtoisie JF Lapointe



Ce qu’ils en disent


• Jean-François Lapointe, admirable chanteur et acteur, d’un engagement total, est un Valentin héroïque mais élégant qui fait de sa mort, malgré le conformisme moral glaçant du personnage sans pitié pour sa sœur, une terrible tragédie. (Benito Pelegrin, Classique news)

• L’incontestable vedette de la soirée fut le Valentin de Jean-François Lapointe, voix ample, superbe, vivante, jouant son rôle pleinement, qui nous a touchés profondément. Mais joignons lui le passage éclair de Marie-Nicole Lemieux, dame Marthe truculente, à la voix convaincante et au jeu naturel. (Hervé Galien, Cahier de la musique classique)

• [..] Jean François Lapointe qui est plus qu'un brillant Valentin, tant par le chant que par le jeu. (Forum France 2)

• En dehors d'une distribution et d'une mise en scène très honnêtes, le grand vainqueur de la soirée fût Jean-François Lapointe pour sa magnifique prestation de Valentin. Il a tout (puissance, clarté, timbre, engagement, présence). Enfin un chanteur d'opéra qui ne se la joue pas, mais qui joue et chante. Ovation ce samedi dernier bien méritée!
(Jean-claude Meymerit, Aqui)

• Jean-François Lapointe est un Valentin d'un beau métal, sans mièvrerie, Marie-Nicole Lemieux une Dame Marthe impayable et savoureuse, véritable luxe pour un rôle aussi court. (Christian Merlin, Le Figaro)


• Musicalement, la soirée cultivait un état de grâce. Dans la transparence et la souplesse attendrie de la direction de Michel Plasson […]. Grâce aussi à un plateau vocal qui ne souffre aucune faiblesse, des émois respectueux de la très drôle Dame Marthe de Marie-Nicole Lemieux au solide Valentin de Jean-François Lapointe. (Serge Martin, Le Soir)

***