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dimanche 27 septembre 2009

Pierre Falardeau dépose les armes

Pierre Falardeau 1946-2009 : Mourir n'est pas la mort

Pierre Falardeau
Photo Radio-Canada

Pendant que nous dormions, cette nuit de vendredi à samedi 26 septembre 2009, Pierre Falardeau rendait les armes contre le cancer. Tout le monde en parle ce matin, rendant hommage à l'homme de conviction, polémiste, cinéaste, artiste engagé. Son œuvre nie la mort de cet esprit marquant. Mourir n'est pas la mort quand la voix ne s'éteint pas lors du dernier souffle.

Hier, mon fils Ariel, étudiant en linguistique à l'UQAC , me résumait sa lecture sur l'aspect social du langage, identifiant quelques exemples les plus remarquables. Ce passionnant débat nous amena à parler du langage de Pierre Fardeau, dans sa vie comme dans son œuvre, alors que j'évoquais mes rencontres avec lui. Je prenais conscience, au fil des mes souvenirs, de l'intensité éprouvée au contact de ce personnage hors du commun et, bien sûr, controversé.

Afin de raviver ma mémoire, j'ai voulu relire quelques uns de mes articles. le concernant. J'ignorais tout de l'à-propos de cette recherche qui me permet, ce matin, d'en partager les fruits en reprenant, plus bas sur cette page, un reportage datant de 1997.

Pierre Falardeau était venu rencontrer les étudiants du Cégep de Chicoutimi. J'avais assisté à ce dialogue, aussi curieuse des questions posées que des réponses données. J'avais rapporté cet échange dans les pages du Progrès-Dimanche et, à sa lecture ce matin, je constate combien la parole de Falardeau demeure actuelle 12 ans plus tard.




Progrès-dimanche
Arts et société, dimanche 23 novembre 1997, p. B3

«Le découragement ça joue contre toi»
-Pierre Falardeau

Laforge, Christiane

Chicoutimi - Homme de paradoxe qui avoue se contredire lui-même, Pierre Falardeau a su amuser et secouer son auditoire, au Cégep de Chicoutimi, mardi dernier.

Pris de cours par la toute première question concernant sa position sur la culture et l'inculture du Québec, un peu embarrassé faute de se souvenir de ses propres déclarations à ce sujet, le cinéaste pamphlétaire a été tout à fait confronté à la deuxième intervention concernant un passage de son livre «La liberté n'est pas une marque de yogourt» dans lequel il dit que l'important n'est pas le chef mais le cœur du matelot.

«Je ne suis pas à une contradiction près, déclare-t-il, précisant qu'en fait, il croit à l'importance d'un chef même si chacun de nous est responsable. Ce que j'ai dit est complètement faux, les chefs sont importants. C'est important qu'il y ait une direction, malgré les niaiseries que j'ai écrites dans mon livre.»

L'indépendantiste a eu tôt fait de se réaffirmer en parlant de son film Elvis Graton qu'il définit comme «le résultat d'un immense écœurement, provoqué par l'échec du référendum de 1980. On demande à un peuple de voter pour la liberté et ce peuple va voter pour l'esclavage.» Propos applaudis par son auditoire qui réagira souvent dans ses déclarations les plus affirmées pour le nationalisme.

Pierre Falardeau a longuement parlé, en réponse aux questions posées, sur la censure insidieuse qui s'applique au Canada sur l'expression artistique. Il a cité des exemples où l'auteur d'un scénario doit justifier jusqu'aux articles définis qu'il utilise. La censure la plus efficace expliquera-t-il, c'est de pousser les personnes à s'autocensurer. Lorsqu'un cinéaste attend après la décision de Téléfim Canada, et que son projet de film est soumis au verdict d'avocats et de fonctionnaires, on apprend vite ce qu'il faut dire et ne pas dire, montrer et cacher. Tout comme lorsque des journalistes ou des animateurs travaillent pour un média, il se doit de savoir qui est le propriétaire pour connaître ses limites d'expression. Falardeau se voulant cependant compréhensif à leur égard, car, dit-il, «il faut payer les factures, la maison et entretenir sa maîtresse».

Il est difficile de résumer ce dialogue avec les jeunes qui a duré plus d'une heure trente. Le langage coloré de Pierre Falardeau, la spontanéité de ses réponses s'ajoutent à son propos qui est souvent mordant. «J'ai été mal élevé» avoue-t-il sans conviction, sinon celle de s'aimer ainsi et de se détester tout autant. Sentiment qu'il partage envers le Québec et les Québécois. Un pays qu'il aime parce que c'est chez lui. Il veut y vivre debout et en français, vilipendant le vendeur de pain de son quartier qui répond «what ?» au mot «pain».

Questionné sur ce qui serait, selon lui, un Québécois qui ne soit pas selon ses termes un «trou de cul», Pierre Falardeau répond en contournant la description par le sentiment d'appartenance: «C'est chez nous, c'est mes affaires. Des fois je nous aime. Des fois je nous haïs collectivement parce qu'on est mitaine, mou. L'autre jour, j'ai niaisé Céline Dion en disant: même si j'aime pas ça je suis content parce que c'est notre marde. Comme j'aime échos vedette que je n'aime pas parce que ce sont nos cochonneries.... Bon, je le sais que je suis fou...»

On doit à Falardeau plusieurs films dont Octobre, Le party, Elvis Graton. Il aurait bien voulu y ajouter Deslauriers, projet jusqu'à présent refusé. «Des projets de films refusés, il y en a cinquante par année. je ne suis pas le seul. Mais je cherche à comprendre pourquoi. Toute ma vie j'ai eu à me battre pour défendre mes projets.»

Pas question de renoncer à ce film. Pas question non plus de limiter ses prochains films, dont un Elvis Graton II qui va être soumis à Téléfilm. «Comme c'est cent fois plus politique que les Patriotes je m'attends à un refus.» Octobre a été refusé plusieurs fois avant d'aboutir à l'écran. Et voici, qu'à sa grande surprise, on le diffuse sur les ondes de Radio-Canada, station dont il dit qu'elle ne cherche qu'à contrôler la pensée des gens. «Je ne comprends pas moi-même qu'ils aient présenté Octobre. C'est peut-être la preuve que le film que j'ai fait est totalement inoffensif et donc totalement sans intérêt.»

Lorsqu'on lui demande: «T'es pas tanné d'être frustré ? », il répond en criant : «Oui. Oui. Tu penses que je devrais me faire soigner. T'as raison, mais parfois ce qui me fait marcher c'est la rage.» Il évoque ensuite Van Gogh, ce peintre dont on s'arrache les œuvres à coup de millions alors qu'il n'en a vendu qu'une seule de son vivant.

«Tu cherches un peu d'espoir autour de toi. Et tu lis la vie de Van Gogh et tu te demandes: comment, comment il a fait pour continuer à peindre alors que personne ne voulait de ses tableaux. Cela m'a donné une espèce de leçon. Il faut continuer, il faut tenir. La lutte politique c'est long mais celui qui gagne c'est le plus toffe des deux. Le découragement ça joue contre toi.»

On comprend qu'il ne sera pas tendre pour la jeune fille qui l'interroge sur l'importance d'avoir des contacts pour réussir, chose difficile, dit-elle, pour les jeunes de la relève. «J'avais pas de contact, j'étais un pauvre innocent. Tout était bouché. je ne pouvais pas faire de film, alors j'ai fait des vidéos. Si ce que tu fais est bon, un jour ça va sortir. C'est pas assuré que tu vas réussir mais il faut faire ce que tu aimes.» Comme elle insiste sur l'absence d'espoir faute de contact, il s'impatiente: «Laisse-toi pas raconter des peurs sinon lâche tout. Laisse tomber. fermer le collège... fermer le Saguenay. Avant que le monde sache ton nom c'est long, mais ça fini par marcher. Même si c'est difficile, il ne faut pas se décourager.»

Son souhait, plusieurs fois répété: «Que l'on cesse d'être une minorité de braillards.»

Ce qu'il craint: «La violence que peut engendrer des tactiques comme celui du mouvement partitionniste.»

Ce qu'il recommande: «Sortez de Passe-Partout. On n'est pas tous des petits amis. Avant 1760, vos ancêtres étaient dans la milice. Vos ancêtres ils ont fourré une volée à Georges Washington.»

© 1997 Progrès-Dimanche. Tous droits réservés.

***

Ma première grande émotion falardienne a eu lieu en regardant le film «Party». L'interprétation de Lou Babin, chantant Le cœur est un oiseau tandis qu'un prisonnier «s'évade» en se donnant la mort me hante encore. Cet envol de mots, de musique, d'images m'ont harponnée depuis, sensible et attentive à la suite du combat inlassable mené par Pierre Falardeau. J'aurais aimé retrouver cette interprétation précise. À défaut, même si le diaporama qui l'accompagne manque de profondeur, on peut entendre cette chanson interprétée par France d'Amour.




Pour compléter voici quelques liens retenus:

http://www.pierrefalardeau.com/

http://blogues.cyberpresse.ca/moncinema/lussier/?p=904

http://www.ledevoir.com/2008/10/11/210168.html

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vendredi 19 juin 2009

Une pacotille de petits villages, dixit Michèle Richard

Encore elle!

Peintre amateur depuis 1984, qui n’a jamais exposé (si l’on excepte le Manoir Morin-Heights), jamais été soumise à la critique, jamais participé à quelle qu’activité d’importance que ce soit en arts visuels et totalement inconnue dans le monde de la peinture professionnelle, Michèle Richard rejette d’un revers de la main (de la bouche plutôt) les arguments des personnes qui ont osé contester sa présidence, à ce titre comprenons-le, du Symposium international Jean-Paul Lapointe. Et je la cite :

«Ce n’est pas une pacotille de petits villages qui va me déranger», déclare-t-elle.

Voilà en quelle estime elle considère la ville hôtesse qui l’accueille cette fin de semaine.

On peut l’entendre sur le site de CBJ alors qu’elle accordait une entrevue à l’émission Café, boulot, dodo animée avec brio par Doris Larouche, dont voici le lien:
http://www.radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/emissions/emissionV0.asp?pk=920

samedi 6 juin 2009

Jamais je n'oublierai le 30 mai 2009

La pétillante Acadienne Peanut (aliasLola Dionne)
Entre Christiane et Christian Laforge

© Photo Réjean Leclerc



« Il y a des moments si merveilleux

Que l’on voudrait que le temps s’arrête

Et tu te demandes pourquoi
Cette nuit-là te démesure »

(Gilbert Bécaud)


Imaginez! Pendant 38 ans, vous gagnez votre vie à écrire sur les artistes. Vous êtes payée pour vibrer devant les œuvres créées par des êtres possédés, uniques, si forts et si fragiles à la fois. Pendant 38 ans, vous apprenez à les aimer, formée que vous êtes par un maître qui, sans chercher à museler l’idéaliste, vous a dit : «Christiane, n’oublie jamais que ce sont des humains pour qui cela est toute leur vie. Ton article va durer deux heures. Ses conséquences vont durer toute leur vie.» (Jacques Collard, écrivain et critique d’art du Pourquoi Pas? à Bruxelles)

Imaginez! La tête pleine de souvenirs, le cœur riche d’amitiés nées de ces rencontres professionnelles, vous écrivez: «C’est le temps de partir».

Par courriel ou par téléphone, ils sont nombreux à vous dire «On te regrettera!»

Parce qu’un au revoir ne suffit pas, les journalistes, mes confrères et consœurs du journal Le Quotidien et le Progrès-Dimanche, répondent à l’appel de la maître du jeu de toujours, l’étonnante Jojo (Johanne St-Pierre) et me font une joyeuse fiesta le 3 mai à La Baie. Ce fut bon. Ce fut émouvant. C’est un superbe souvenir.

Bertrand Tremblay (à ma droite) surnommé le Patriarche
lors du brunch festif du 3 mai dernier.
Rocket Lavoie saisi en flagrant délit, croquant les belles du jour:
Patricia et Andrée Rainville, Catherine Doré,
que regardent Yvon Paré, Daniel Côté et Serge Lemelin
© Photo Jeannot Lévesque


Imaginez! Le samedi 30 mai 2009, l’inattendu survient.

Une centaine de personnes, artistes de toutes disciplines, diffuseurs, communicateurs, représentants du monde de la culture ont répondu à l’appel du maître du jeu Jérémie Giles et accueillent une Christiane éberluée en entonnant «C’est à ton tour…». J’ai gagnez ma vie à écrire sur leur passion, leurs œuvres, leurs réalisations. Et ce sont eux qui me remercient.

Caron Néron et sa compagne
© Photo Bertrand Tremblay

Carol Néron, éditorialiste au Quotidien - porte-parole officiel et très enthousiaste des absents, Michel Simard éditeur du Progrès du Saguenay et Denis Bouchard rédacteur en chef - a ouvert le «déluge» de témoignages qui n’a cessé de la soirée. Je retiens de son discours sa certitude de mon amour pour la langue française.

Bertrand Tremblay, «mon ex»… rédacteur en chef, toujours chroniqueur au Quotidien, «lecteur assidu de ce blogue» affirme-t-il, a su illustrer à la fois les faits d’armes les plus forts d’une carrière, citant des extraits d’un texte sur la mort annoncée d’un artiste connu, et les côtés joyeux d’une amie prompte à partager les rires des turbulents épicuriens du club C'est pas facile du Deauville.

L’humour «pieux» de l’unique Hélène Beck a finalement confirmé l’humeur joyeuse de cette soirée, tout en décrétant, sans contestation possible, que la petite Belge a réussi à s’intégrer. «Elle est des nôtres… » a chanté la réputée artiste peintre de Chicoutimi.

Paroles lues, paroles dites, mots écrits et lettres cueillies à la fin de la soirée, messages publics, messages privés, je me sens comme un arbre au printemps dont les branches bourgeonnent. J’ai vécu un chant d’accueil bien plus qu’un au revoir.

Albert Larouche a chanté Envoi de fleur
© Photo Bertrand Tremblay

Albert Larouche a chanté «Envoi de fleurs» d’Henri Bernard/Paul Delmet.





Envoi de fleurs,
Ici interprétée par Hervé David


Marie-Claude Simard - Clément Tremblay
Fondateurs de L'Ensemble Bouffon

© Photo Réjean Leclerc

Avant de nous livrer quelques extraits de leur CD Le Passeur, Marie-Claude Simard et Clément Tremblay ont créé la «Valse de Christiane», composée pour moi, et que j’ai dansée avec grand plaisir aux bras de Michel Cloutier.

Sabrina Ferland a chanté a capella un extrait de l'opéra Gianni Schicchi « O mia babbino caro » (Lauretta) de Puccini. Que l'on peut entendre (ici) interprété par Maria Callas.


Guy Tay a mis en peinture toute la symbolique des liens que tissent les mots, après en avoir usé lui-même avec éclat pour évoquer le parcours d’une journaliste. Micheline Hamel et Yvon Gaudreault ont été les chefs de chœur pour un canon incroyablement flatteur sur l’air de Frère Jacques.

Élaine Girard, Ariane Blackburn,
Lison, Andrée, Claire-Hélène Hovington
René Gagnon et Claude Bérubé
© Photo Bertrand Tremblay

Élaine Girard a retrouvé un micro, le temps de quelques missives, comme si cela se passait pour vrai à la radio. Et Lison Hovington, visage emblématique des belles heures de la télévision régionale, a lu des extraits de Cœur innombrable avec tant de talent que j’aurais pu envier l’auteur de ces textes.

Jérémie Giles
Organisateur de cet évènement et fondateur de
la Société de l'Ordre du Bleuet
© Photo Réjean Leclerc


La soirée, dont ceci n’est qu’un résumé, s’est terminée par l’annonce officielle de la création de la Société de l’Ordre du bleuet, hommage qui sera décerné chaque année à des artistes et défenseurs de la culture au Saguenay-Lac-Saint-Jean.


Depuis samedi 30 mai, je n’ai plus de mots.
Ils tourbillonnent dans ma tête
esquivant mon désir de s’en emparer pour dire que j’ai connu…

un moment si merveilleux…
et cette nuit-là me démesure.

Merci de tout cœur à chacun de vous pour cet inoubliable 30 mai 2009

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dimanche 19 avril 2009

Passionara pour Rocket Lavoie

Photographe photographié
Mariane Villeneuve, Rocket Lavoie et Marica Morin
@ photo Rocket Lavoie


Jeudi, 19 mars. Sans le savoir, c'était ma dernière conférence de presse.

Ariane Blackburn, directrice artistique, avait convié les médias pour leur livrer les nouveautés de la revue Ecce Mundo 2 - Passionara. Mon photographe de presse, Rocket Lavoie, membre de l'équipe de Jeannot Lévesque - superbe équipe à laquelle j'ai souvent demandé l'impossible - a succombé à la tentation de s'inscrire de belle façon au cœur de l'évènement. Joignant l'utile à l'agréable, Rocket s'est entouré de deux danseuses d'Ecce Mundo, Mariane Villeneuve et Marica Morin que nous pourrons voir sur scène, au théâtre Ecce Mundo situé au Pavillon sportif de l'Université du Québec à Chicoutimi, dès le 3 juillet prochain.

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samedi 7 mars 2009

Théâtre Palace Arvida... le sort en est jeté


Théâtre Palace Arvida
©Photo Sylvain Dufour - Le Quotidien


«2009. Ah! Une année toute neuve où tout n’est encore qu’une promesse!», écrivais-je dans mon Art Édito publié dans le Progrès-Dimanche du 11 janvier 09.

Une année qu’une crise économique mondiale transforme en défi.

Les pessimistes prévoient une réduction des subventions publiques et privées. Quoique, près de 2,7 milliards de nos impôts vont aller dans les goussets de l’industrie automobile américaine. J’aurais préféré le fromage… et plus encore le ramage de nos auteurs, de nos chanteurs, de nos comédiens. Il faut que la roue tourne dans ce pays où l’on retiendra désormais au bercail les pas de danse et les musiques qui, avant l’automne 2008, franchissaient avec honneur les océans.

Les cyniques voient une belle occasion de justifier de nouvelles coupures au nom de l’austérité imposée. Il y a de la grogne dans l’humeur d’un public qui remet sérieusement en question les choix et plus encore le coût de certaines œuvres soumises à leur regard perplexe.

Les sceptiques doutent de la portée d’une voix, celle des élus et celles des artistes qui semblent se complaire dans le silence malgré le maintien des coupures de 46 millions après les avoir dénoncées si passionnément avant les dernières élections fédérales.

Les ironiques, fidèles spectateurs de la grande scène publique, nous diront qu’avec 18 sénateurs de plus et une croissance exponentielle du nombre des ministres, il faut y voir un exemple de la nouvelle politique de création d’emplois au service de la comédie humaine.

Toute nouvelle année devient la somme de ce qui a précédé. Certains affrontent la fin d’un rêve cherchant le secret du phœnix, d’autres poursuivent un combat créatif malgré les doutes récurrents, parce que créer est LA raison d’être.

Le poids des briques

L’ombre de janvier plane sur les fondateurs de Québec Issime. La fougue créatrice qui ne s’est jamais démentie parmi les membres de ces familles d’artistes vient de frapper un mur.

L’image est directe, car il s’agit bien de briques contre lesquelles se cassent des ambitions. Icare n’est pas le seul dont l’orgueil a fondu au soleil. Furent-ils trop audacieux?

À Chicoutimi, malgré les protestations du milieu, plusieurs bâtiments, joyaux de notre patrimoine architecturale, ont été sacrifiés sans égard à leur valeur historique : la maison du Dr Angers en 1978, la gare de Chicoutimi dont la restauration ratée aura été pire que le pic du démolisseurs, la maison J.-A. Truchon en 1989, le théâtre Capitole de la rue Racine en 1991, la maison Lévesque en 2007. Ouf! On a sauvé la Pulperie… de justesse.

Le Théâtre Palace Arvida figurerait sans doute dans cette funèbre énumération s’il n’y avait eu la témérité de la famille Doré? Irréaliste défi?

Et si le tort était de les avoir laissés seuls à oser croire que l’on devait sauver le Palace?

L’achat et la rénovation de la bâtisse ont pesé lourd sur les épaules de Logistik 22 qui se voulait, avant tout, une maison de productions, de création et de diffusion de spectacles.

L’éveil public et le soutien politique sont-ils venus trop tard pour assurer l’avenir de ce qui s’est révélé une école et un tremplin pour de nombreux artistes rayonnant aujourd’hui hors de la région ? Plusieurs musiciens au Cirque du soleil, plusieurs chanteurs sur les scènes du Québec nous le disent.

«Mais où trouver l’argent?» se défendent les protecteurs (?) des fonds publics? Peut-être au même endroit que les 8 M$ dépensés pour la restauration du Palais des sports de Jonquière en 2005, ou les 2,2 M$ pour le centre multi sports du parc St-Jacques, ou encore le million additionnel annoncé en 2007, de nouveau pour le Palais des sports, fonds provenant des surplus d’Hydro-Jonquière.

Lourdes, très lourdes sont les briques!

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Le 14 novembre 2007, en conférence de presse, il était question de la formation d’un comité de concertation composé de représentants de la Ville et du gouvernement du Québec, avec la collaboration d’Emploi Québec, promotion Saguenay, du ministère du Développement économique, Innovation et Exportation (MDEIE) et du Conseil local de développement (CLD) de Saguenay. Plusieurs mesures étaient envisagées pour un redressement de la situation financière de Logistik22 afin d’assurer son existence au sein de la communauté régionale incluant la sauvegarde du Palace Arvida. Pourtant, quatorze mois plus tard, le syndic Fabien Tremblay obtient du tribunal le mandat de vendre le Théâtre Palace Arvida pour défaut de paiement. Qu’est-ce qui n’a pas été fait ?

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vendredi 23 janvier 2009

Y'EN A MARRE!

Une Lolita s’en va t’en guerre.


Mais pas de guerre sans victimes


Y'en a marre!

Si je ne me marie pas, c’est parce que je ne veux pas être mariée. Et j’assume.

En 1981, en prévision de mon mariage, j’ai payé un notaire pour qu’il prépare un contrat en séparation de biens. J’étais une femme adulte épousant un homme adulte, tous les deux conscients de nos droits et devoirs. C’était notre CHOIX d'homme et de femme LIBRES d’opter pour la séparation de nos biens.

En 1989, la ministre Monique Gagnon-Tremblay a concocté et imposé la loi 146 sur le patrimoine familial. Sous-entendant notre incapacité intellectuelle d’évaluer les conséquences de notre liberté d’établir un contrat d’union tel que nous le voulions. Heureusement pour les conjoints mariés avant le 1er juillet 1989, nous avons eu le privilège de retourner, à nos frais, devant un notaire, avant le 1er janvier 1991, pour nous soustraire à cette loi (close dont s’est prévalu la ministre elle-même, voir note à la fin). Une décision dont je me suis félicitée lors de mon divorce.

Il y a quelques années, toujours adulte, responsable et consciente de mes actes, je me suis engagée dans une union de fait. Pas question pour moi d’un mariage m’imposant les contraintes d’un régime matrimonial dont les règles ne me conviennent toujours pas (la loi 146 me prive du droit de disposer de mes biens à ma convenance). De toute façon, nous pouvons, si l’un et l’autre le veulent, établir un contrat d’union, conforme à ce que nous souhaitons.

Et voilà que l’issue d’un procès pourrait remettre MA liberté en question et celle de 34% des couples québécois qui ont choisi de ne pas se marier. Je me sens insultée quand les «très désintéressés» avocats mettent en doute la capacité des femmes et des hommes de prendre des décisions éclairées.

Que les enfants nés d’une union de fait soient protégés est légitime et souhaitable. Chaque parent doit être tenu de contribuer au bien-être de ses enfants de façon responsable et équitable.
Pour les adultes, à chacun d’assumer ses choix.

Sinon, quelle alternative restera-t-il aux amoureux désireux de cohabiter?

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Note 1 : 1.Tous les couples mariés tant avant qu'après le 1er juillet 1989 sont soumis aux dispositions relatives au patrimoine familial. Cependant, les couples mariés avant le 1er juillet 1989 pouvaient se soustraire à cette loi par une convention notariée signée avant le 31 décembre 1990. Au-delà de 60 000 couples se sont désengagés de l'application de cette loi. Mme Monique Gagnon-Tremblay, ministre qui avait parrainé cette nouvelle loi et qui avait vanté les mérites et les qualités intrinsèques de cette mesure de protection, s'est soustraite à l'application de cette loi. (S. Dansereau, 4 janvier 1990)


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dimanche 21 septembre 2008

La culture en péril : investir plus encore




Progrès-dimanche

Arts Édito, dimanche, 31 août 2008, p. 44

Pour garder la flamme

Laforge, Christiane

Les bravos retombés, les projecteurs éteints, les haut-parleurs muets, le rideau se ferme en douceur sur une autre saison de spectacles et festivals d'été au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Des années d'apprentissage, des années de pratique, des mois de répétitions pour exister quelques heures sous le regard d'un public qui en a tant vu déjà. Je m'incline.

Je m'incline... émue. Parce que dans ce Canada du XXIe siècle ces artistes professionnels, ces jeunes passionnés, convaincus de la raison d'être de leur art, ont le courage de refuser que s'éteigne la flamme que des politiciens s'évertuent à noyer avec une désinvolture révoltante.

Les dernières gifles infligées aux artistes par le Gouvernement Harper soulèvent, depuis plusieurs semaines, un tollé de protestations à travers le pays. Espérons que leurs voix seront entendues. L'enjeu est de taille pour notre avenir.

Et pourtant

Tous le disent: les arts ont besoin de plus d'investissements qu'ils n'en obtiennent actuellement. De plus, Joseph L. Rotman le confirme ainsi que le dernier rapport du Conference Board publié le 26 août, "la contribution directe du secteur culturel canadien à l'ensemble du produit intérieur brut (PIB) du pays a atteint quelque 46 milliards de dollars ou 3,8 % en 2007. Dans cette analyse, intitulée Valoriser notre culture: mesurer et comprendre l'économie créative du Canada, le Conference Board estime que les répercussions du secteur sur l'économie sont encore plus vastes; elles s'élevaient à 84,6 milliards de dollars en 2007, soit 7,4 p. 100 du PIB réel total."

Cette industrie emploie plus de 616 000 personnes au Canada.

Toutefois, lit-on dans le rapport du Conference Board, "lorsque l'on prend en considération l'incidence directe, indirecte et induite du secteur culturel, on constate qu'au total 1,1 million d'emplois lui sont attribuables."

Puisque nous avons voté pour les tribuns d'une société réactionnaire et capitaliste, assumons. Mais puisqu'ils sont capitalistes, ces élus devraient être sensibles à l'impact économique de leurs décisions. Est-ce trop demander un peu de cohérence à défaut d'idéal?

Investir

Le vent dominant du gouvernement fédéral pourrait - pourrait? - très bien contaminer les administrateurs des fonds publics de nos municipalités. La vigilance s'impose, alors que nos producteurs et créateurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean doivent plus que jamais obtenir le soutien de leurs élus, hors de toute partisanerie politique.

La baisse drastique du nombre des touristes, crise qui affecte de nombreuses régions d'ici et d'ailleurs, doit nous inciter à défendre par tous les moyens le maintien et le développement de nos produits culturels. Le Théâtre du Palais municipal a subi un dur revers cet été. Loin d'y voir une raison de baisser les bras, il nous faut au contraire y investir tout autant. Et s'il faut remettre en question le contenu du produit qui se doit de rivaliser avec ce qui se fait ailleurs dans le monde, sachons y mettre les ressources et le temps pour ce faire.

Sachons aussi investir dans le développement d'autres productions qui ont su démontrer une étonnante créativité tout en faisant preuve d'une gestion rigoureuse. Imaginons ce que deviendra Ecce Mundo avec un budget d'un million de dollars et une salle conçue sur mesure. Cette production est sans doute celle qui se rapproche le plus des grands spectacles de notre monde moderne dont le Cirque du soleil et Robert Lepage sont des leaders éblouissants.

Plutôt que de réductions de budgets et abandons de programmes de soutien c'est d'investissements accrus qu'il faudrait parler. Il y a plus d'avenir dans un pas de danse que dans une balle de fusil.

© 2008 Progrès-Dimanche. Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20080831·PD·0038


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samedi 6 septembre 2008

Jean-François Lapointe Le Magnifique!


Jean-François Lapointe a un heureux problème. Il doit veiller à maîtriser son enthousiasme à l’égard des nombreuses offres qui lui sont adressées sinon les pages de son agenda vont déborder. Il doit parfois refuser certains engagements parce qu’il a déjà dit oui ailleurs. Cela est même arrivé avec La Scala de Milan où il a chanté Pélléas en 2005.


Jean-François Lapointe dans le rôle de Pelléas
© Photo courtoise JF Lapointe

« La Scala, c’était assez exceptionnel. Premier Québécois depuis 55 ans et le premier rôle-titre jamais arrivé. Depuis, j’ai dû refuser plusieurs fois d’y retourner. Soit la date coïncidait avec mes autres engagements, soit le rôle ne me convenait pas. Je sais quand un rôle n’est pas adéquat pour ma voix. J’ai toujours été excessivement prudent à ce niveau.»

Le Monde

« De beaux projets en perspectives jusqu’en 2013 », assure-t-il.
Lors de notre entretien, il revenait des Chorégies d’Orange où il a campé un Valentin très remarqué dans l’opéra Faust de Gounod.


Jean-François Lapointe (Valentin)
dans l'opéra Faust
aux Chorégies d'Orange, août 2008

© Photo courtoisie JFL

« L’incontestable vedette de la soirée! » soulignent plusieurs critiques.
L’Europe accapare de plus en plus ce baryton, Jeannois de naissance qui a grandi à Chicoutimi et tenu ses premiers rôles sur la scène de l’auditorium Dufour aux belles heures de l’opérette du Carnaval-Souvenir. « Un véritable tremplin pour jeunes chanteurs » a-t-il toujours affirmé. Si fermement convaincu de l’importance de développer l’art lyrique en région qu’il a dirigé, pendant plusieurs années, la destinée de la Société d’art lyrique du royaume sur laquelle il garde un regard affectueux, critique et parfois… anxieux.

Laterrière

Les occasions d’entendre chanter Jean-François Lapointe seront plus rares désormais au Québec. Cela devient un privilège qu’il ne fallait pas manquer, alors qu’il était, le dimanche 24 août dernier, au Rendez-vous musical de Laterrière, pour interpréter des grands classiques du répertoire vocal avec la soprano Marie-Ève Munger et le pianiste Michael McMahon.
Denise Pelletier, amie et journaliste à la retraite qui a été mon équipière pendant plusieurs années à la Section des arts du Quotidien et du Progrès-Dimanche, en parle superbement ici.
***
Le texte qui précède devait être l’introduction du reportage publié le jour même dans le Progrès-Dimanche. Le voici.



Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche, 24 août 2008, p. 46

Depuis l’âge de 22 ans
Une carrière internationale menée avec beaucoup d'entrain

Laforge, Christiane

CHICOUTIMI – Grands favoris de plusieurs directeurs artistiques d’opéras connus sur la scène mondiale, Jean-François Lapointe sent venir à lui de nouveaux personnages. Sa voix a pris de la maturité, une ampleur, une force qui le sert bien dans une carrière internationale qu’il mène avec entrain.
Que de chemins parcourus, depuis ses fougueuses interprétations des personnages sortis des opérettes Orphée aux enfers, La Veuve Joyeuse, Les Mousquetaires au couvent à Chicoutimi, précédant de peu sa victoire au Concours international de chant à Paris qui lui ouvre la voie à une carrière internationale alors qu’il n’a que 22 ans!
L’élève de Louise André à l’Université Laval de Québec et de Martial Singher à Santa Barbara a campé plus de soixante grands personnages lyriques. Obtenant sans difficulté les premiers rôles de baryton qui, par son interprétation très personnelle, deviennent siens. Dans la presse européenne, on dit «le Pelléas», «le prince Danilo» et, désormais, après sa prestation aux Chorégies d’Orange, «le Valentin» de Jean-François Lapointe.
Une belle voix ne suffit pas dans le monde lyrique. Les directeurs artistiques peuvent choisir parmi les meilleurs du monde. « Et ils sont nombreux », affirme le baryton. Un artiste doit s’emparer de son personnage, lui donner un ton, un style, un caractère tellement unique qu’il s’impose comme favoris des publics, des critiques et des producteurs.

Personnage multiple

Entre 1988 et 2007, Jean-François Lapointe a chanté Pelléas de Débussy plus de 200 fois. Ce rôle est encore à son agenda jusqu’en 2012. Après quoi, il ciblera plutôt celui de Golaud, annonce-t-il. Personnage imposant campé en 2007 à Paris par Laurent Naouri alors que Jean-François incarnait Valentin et Marie-Nicole Lemieux, Geneviève.
Son rôle de Valentin, dans Faust semble aussi voué à un bel avenir. Les critiques ne tarissant pas d’éloges : «Le baryton québécois Jean-François Lapointe fut avec une force, voire une brutalité machiste, un Valentin de grande allure à la voix puissante » écrit Philippe Gut, dans L’Humanité.
Tour à tour Hamlet, Figaro, Almaviva, Don Giovanni, Jean-François Lapointe est aussi Escamillo dans Carmen, en compagnie de la montréalaise Nora Sourouzian dans le rôle-titre. Le spectacle, présenté plus tôt à Lausanne puis à Vichy, fera une tournée au Japon en octobre prochain.
Dans son carnet s’inscrivent aussi « Les Pêcheurs de perles » de Bizet à Toulon, Claudio dans « Béatrice et Bénédicte » de Berlioz à Paris, la « Dame de pique » à Monaco en avril 2009, « Eugène Onéguine » plus tard toujours à Monaco et, dans deux ans, le rôle de Ford dans « Falstaff », son premier Verdi.
«Un rôle pour baryton lyrique, un registre vocal plus large, explique le chanteur. Ma voix s’ouvre à de nouveaux répertoires… Des défis trop beaux pour ne pas les relever.»

L’avion

Sa carte maîtresse : une bonne santé. Son regret : le temps loin de sa famille. Sa seule plainte : le stress des voyages en avion. «Le respect des horaires se détériore. La perte des bagages, cela m’arrive au moins deux fois par année. Chaque voyage comprend 4 à 5 correspondances. Par année, cela me fait de 30 à 40 vols. Tout cela ajoute à l’angoisse et à la fatigue. »
Vivre en Europe ne serait pas une solution puisque ses rôles successifs le conduisent d’une ville à l’autre, incluant exigeant des trajets de six à sept heures en train. « C’est extrêmement rare que je travaille dans une même ville… et le coût de la vie y est très cher. On est bien chez soi au Québec! J’ai toujours été conscient de ça. »
Travailler davantage sur le continent Nord-américain est utopique pense-t-il. L’opéra n’y est pas ancré aussi profondément qu’en Europe. «Comparé à Orange, la culture ici c’est le désert. À Orange, on compte 8000 spectateurs chaque soir. Les gens de tous âges y viennent du monde entier. Ils achètent leur billet un an à l’avance. Orage est un festival prestigieux, un des plus courus par le public et qui reste très populaire.»
Tellement, explique le chanteur que l’on vend des billets pour assister aux répétitions. «Pour les générales, c’était déjà ouvert au public. Mais pour les répétitions, cela devient de plus en plus courant pour une somme modeste. Et ils sont plusieurs centaines. Moi, je trouve ça affreux. Ce n’est pas facile d’essayer des choses, de se tromper… et entre artistes il y a des choses qui doivent se dire sans témoins. »
Tout n’est pas négatif cependant. Comme le rôle de Valentin n’exige pas une présence constante sur la scène, Jean-François en a profité pour aller rencontrer les gens. «C’est un échange assez sympathique. C’est unique. Ce sont des instants précieux. On sent que ces gens-là se sentent plus attachés à l’opéra. Ils viennent en famille.»
Investir
Cette ouverture à l’art lyrique est également politique. Les pouvoirs publics ne s’attendent pas à ce qu’un opéra soit rentable. Ils n’ont pas peur de subventionner généreusement, remarque l’artiste.
Dans une entrevue, accordée le 4 juin dernier à un journaliste canadien, Jean-François Lapointe exprimait son opinion en ce sens.
« Il faudrait nous rendre compte que la culture c’est important et arrêter de confondre les termes culture artistique et culture sociale. Nous n’exigeons pas des musées qu’ils rapportent de l’argent; nous savons qu’ils existent pour protéger notre patrimoine. La même chose vaut pour les arts. C’est une question de priorité des gouvernements. La culture d’un peuple, ce n’est pas seulement ses acquis sociaux (les soins de santé, par exemple). Il faut s’investir dans les choses de l’esprit, cultiver les arts pour eux-mêmes. »

Les Québécois

« Les artistes québécois ont beaucoup la cote en Europe. Ils y sont assez nombreux et très présents, dans le populaire et surtout dans la musique classique. » Jean-François Lapointe en sait quelque chose, lui qui était sur scène, pour une seconde fois, avec Marie-Nicole Lemieux (Dame Marthe dans Faust, Geneviève dans Pelléas), tandis que Hélène Collerette, occupait la place de premier violon de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, sous la direction musicale de Michel Plasson.
Pendant les quelques semaines de répétition le travail est intense. «Tous les trois, on s’est vu pas mal, mais on n’a pas beaucoup de temps de congé.»
Marie-Nicole Lemieux a tout de même pris le temps de recevoir Jean-François Lapointe et Hélène Collerette. «Avec une tourtière, évoque joyeusement le chanteur. Une tourtière en France, il fallait le faire! »
Lorsque plusieurs artistes québécois se retrouvent dans une même production, ils sont vite, et plutôt affectueusement, ciblés comme le « clan québécois ».
« Lors des saluts, nous étions sur la passerelle qui entoure l’orchestre à Orange. On saluait en regardant du côté d’Hélène et Michel Plasson, a murmuré «Vive le Québec!»

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Jean-François Lapointe (Valentin)
Une scène de Faust aux Chorégies d'Orange, 2008
© Photo courtoisie JF Lapointe



Ce qu’ils en disent


• Jean-François Lapointe, admirable chanteur et acteur, d’un engagement total, est un Valentin héroïque mais élégant qui fait de sa mort, malgré le conformisme moral glaçant du personnage sans pitié pour sa sœur, une terrible tragédie. (Benito Pelegrin, Classique news)

• L’incontestable vedette de la soirée fut le Valentin de Jean-François Lapointe, voix ample, superbe, vivante, jouant son rôle pleinement, qui nous a touchés profondément. Mais joignons lui le passage éclair de Marie-Nicole Lemieux, dame Marthe truculente, à la voix convaincante et au jeu naturel. (Hervé Galien, Cahier de la musique classique)

• [..] Jean François Lapointe qui est plus qu'un brillant Valentin, tant par le chant que par le jeu. (Forum France 2)

• En dehors d'une distribution et d'une mise en scène très honnêtes, le grand vainqueur de la soirée fût Jean-François Lapointe pour sa magnifique prestation de Valentin. Il a tout (puissance, clarté, timbre, engagement, présence). Enfin un chanteur d'opéra qui ne se la joue pas, mais qui joue et chante. Ovation ce samedi dernier bien méritée!
(Jean-claude Meymerit, Aqui)

• Jean-François Lapointe est un Valentin d'un beau métal, sans mièvrerie, Marie-Nicole Lemieux une Dame Marthe impayable et savoureuse, véritable luxe pour un rôle aussi court. (Christian Merlin, Le Figaro)


• Musicalement, la soirée cultivait un état de grâce. Dans la transparence et la souplesse attendrie de la direction de Michel Plasson […]. Grâce aussi à un plateau vocal qui ne souffre aucune faiblesse, des émois respectueux de la très drôle Dame Marthe de Marie-Nicole Lemieux au solide Valentin de Jean-François Lapointe. (Serge Martin, Le Soir)

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jeudi 21 août 2008

Attention! danger imminent



Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche, 17 août 2008, p. 44

Dangereuses décisions à caractère politique

Laforge, Christiane

Après l'abandon annoncé du programme Routes commerciales du ministère du Patrimoine de 9 M$ à la fin de l'année fiscale, le gouvernement Harper abolit le programme PromArt du ministère des Affaires étrangères, 4,7 M$, destiné à soutenir la présence de nos artistes hors du pays. Motif avoué par voix interposées bien informées: ce programme a donné son appui à des artistes "trop radicaux, trop marginaux" qui n'ont pas le profil "de fiers représentants du Canada à l'étranger".

Il s'agit de ce même gouvernement dont les représentants tentent d'instaurer la censure au cinéma via le projet de loi C-10. Ces décisions politiques, soupçonnent plus d'un observateur avisé, sont prises en réaction à des cas individuels bien spécifiques qui dérangeraient les "valeurs" des tenants de ce gouvernement... pour le moment minoritaire, tel le groupe rock expérimental Holyfuck (3000$) ou le documentariste Avi Lewis (5000$) qui apparaît doublement "irrecevable" en tant qu'époux de l'altermondialiste Naomi Klein et collaborateur au réseau de télévision anglais d'Al-Jazira.

Ces "abolitionnistes" savent-ils que ce programme s'est enorgueilli du soutien accordé aux Grands Ballets canadiens, au cirque Les 7 doigts de la main, à la troupe Ex Machina de Robert Lepage? Savent-ils que ce fleuron québécois qu'est le Cirque du Soleil a pu se développer de 1984 à 1992 avec l'investissement de nos impôts dans ses tournées pour devenir autonome avec le succès mondial incontestable qu'il connaît?

L'apport de nos artistes

Le rayonnement de nos artistes hors de nos frontières est tout aussi essentiel au développement de la vie culturelle hors des métropoles. Des événements comme le Festival international des rythmes du monde, des productions audacieuses comme la Fabuleuse, des entreprises culturelles privées produisant en spectacles de variétés comme Ecce Mundo, Québec Issime ou en théâtre comme la Rubrique, les 100 Masques, s'inscrivent dans cette vaste et importante force économique canadienne qui contribue au PIB.

Serait-on à renier les propos du discours du trône du 2 février 2004? "Les artistes et les entreprises culturelles du Canada comptent parmi nos meilleurs ambassadeurs; ils constituent en outre un élément de plus en plus dynamique de l'économie du savoir."

Le 8 août dernier, le nouveau président du Conseil des arts du Canada, Joseph L. Rotman, a déclaré se mettre au service d'une cause qui lui est très chère: "Maintenir le Canada à l'avant-garde du développement culturel. Grâce à plus d'un demi-siècle de financement public des arts, le Canada est devenu un chef de file mondial sur la scène artistique. Cependant, trop peu de Canadiennes et de Canadiens apprécient à sa juste mesure la contribution des arts et de la culture à la société, et savent à quel point nous pourrions accomplir davantage avec plus de fonds."

Inquiétude

Le conseil québécois du théâtre se dit stupéfait à l'annonce de la fin de ce programme effective le 1er avril 2009. "Les dégâts que causera cette coupure sauvage et insensée auprès des artistes, des compagnies et des festivals de théâtre canadiens seront, à n'en pas douter, immenses. Il est inquiétant qu'un pays riche et évolué comme le Canada empêche ces artistes de rayonner à l'extérieur de ses frontières sous prétexte que ceux-ci représentent des figures "radicales" ou "marginales" comme le qualifie Anne Howland, directrice des communications du ministre David Emerson du ministère des Affaires extérieures et du Commerce international. Exigeant du premier ministre Harper l'annulation immédiate de cette décision, le CQT dénonce une attitude qu'il juge "de nature essentiellement idéologique et rétrograde, relevant du plus pur obscurantisme de la part du gouvernement conservateur".

Faut-il s'inquiéter de ce mouvement d'extrême droite où la liberté d'expression ne semble plus une valeur primordiale de la liberté individuelle et collective? Ce ne sont pas les premières coupures imposées au domaine des arts par ce gouvernement. Et pourtant, déclare le président du CAC: "Quelque 600 000 artistes et autres travailleurs du secteur culturel canadien contribuent à la renommée du Canada dans le monde et injectent plus de 43 milliards de dollars annuellement à l'économie canadienne."

© 2008 Progrès-Dimanche. Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20080817·PD·0035


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Faisant suite à cet éditorial, CBJ a diffusé cette entrevue :

http://www.radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/Radio/boulotdodo.shtml

archives :


20 août 2008 - Coupures dans la Culture...la région inquiète!

Le gouvernement conservateur a coupé près de 23 millions de dollars dans au moins sept programmes destinés au milieu artistique. Dimanche, la journaliste Christiane Laforge signait un éditorial dans lequel elle faisait part de ses inquiétudes. Nous la recevons en studio.

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vendredi 8 août 2008

Yvon Paré analyse Jean Laforge


Le fantôme - Huile relief de Jean Laforge
Exposée à la Pulperie de Chicoutimi
© Christiane Laforge


La Pulperie de Chicoutimi accueille, jusqu’au 11 janvier 2009, l’exposition des œuvres de Jean Laforge « Maître du relief ». Yvon Paré, chroniqueur au journal Le Quotidien où il a fait carrière comme journaliste, critique d’art et pupitreur a écrit une analyse fort intéressante sur le peintre. Il m’a aimablement permis de reproduire son texte sur ce blogue.



Actualités, jeudi, 10 juillet 2008, p. 11
Chronique


Jean Laforge échappe au temps

Paré, Yvon

Jean Laforge ne l'a jamais su, mais c'est à lui que je dois d'avoir fait carrière dans le journalisme culturel. Je venais d'être embauché comme correspondant à Roberval pour le journal Le Quotidien. On demandait à ce collaborateur de s'attarder aux conseils municipaux et aux activités à caractère politique. Alfred Hamel, l'homme d'affaires bien connu, était alors maire de Saint-Félicien et Joseph-Arthur Tremblay dirigeait Roberval. L'un de ses échevins était nul autre que Benoît Bouchard. C'était bien avant qu'il fasse carrière à Ottawa et aille s'installer à Paris comme ambassadeur. C'était vivant, souvent tumultueux, jamais tranquille.

Jean Laforge avait présenté une exposition à l'hôtel de ville de Roberval. Une manifestation qui montrait une trentaine de ses oeuvres. Comme j'étais payé au texte, je n'avais pas raté cette chance. Ce fut ma première incursion dans le domaine de la culture. Quelques semaines plus tard, Denis Tremblay, le responsable de la rédaction, me demandait si j'étais intéressé à un poste dans la section des arts du Progrès-Dimanche. Jean Laforge m'avait servi de référence et ouvert les portes, pour ainsi dire. C'est comme cela que j'ai migré du Lac-Saint-Jean au Saguenay.

La Pulperie

La Pulperie de Chicoutimi présente pendant l'été un aperçu du travail de Jean Laforge, ce peintre d'origine belge qui a oeuvré dans la plus grande des discrétions. C'est qu'il avait choisi de vivre en marge du monde dans sa maison de Sainte-Rose-du-Nord. Un retrait pour mieux réfléchir sur la vie qui l'avait malmené dans son jeune âge. Une méditation qui prenait
immanquablement la forme d'un tableau.

Les responsables de l'exposition ont choisi de s'attarder à une trentaine de tableaux, surtout des reliefs, à cette manière particulière de saisir le paysage en le découpant au scalpel. Il parvenait ainsi à "arracher" ses personnages de la toile, à créer une tension qui les rendait presque autonomes. Comme s'ils voulaient échapper à une fatalité ou une menace qui aspire et engloutit tout.


Le temps qui passe - Huile relief de Jean Laforge
© Christiane Laforge


Jean Laforge a été marqué par la guerre. La pire des calamités pour un jeune homme qui rêvait d'être peintre. Soldat, il a été capturé et détenu dans un camp d'où il est parvenu à s'échapper après de longues années. Que dire de cette perte totale du contrôle de sa vie, de cet enfermement dans un lieu surpeuplé où le moindre geste est sous surveillance? Que dire aussi de la famine et des sévices?

Les humains de Laforge sont des survivants, des spectres réduits à l'état de squelettes. Ils semblent toujours en quête d'un bout de pain et d'un refuge pour échapper aux forces qui soufflent le monde. Que ce soit Don Quichotte ou Alexis le Trotteur, tous sont écrasés par cette fatalité. Heureusement, l'amour procure une certaine embellie. Ils sont jeunes, ont plus de muscle sur les os mais ce n'est qu'un court répit. Il faut s'attarder devant "Les amoureux", où un couple tente d'oublier la menace du monde pour bien saisir cette thématique.

Une pâte forte sert parfaitement le propos, le relief arrache les personnages de la toile qui se réduit à une surface où des forces s'affrontent. La perspective disparaît tellement que l'avenir n'existe plus. On se croirait dans certains poèmes particulièrement sombres de Baudelaire. Les couleurs deviennent des coulées de lave qui emportent tout et les ciels s'embrasent dans de gigantesques brasiers.


Fécondité - Huile relief de Jean Laforge
© Christiane Laforge
Nous aimerions retrouver cette œuvre


Indifférence secouée

Même si Jean Laforge a vécu une trentaine d'années à Sainte-Rose-du-Nord, ce décor semble l'avoir peu marqué. Il a retenu les horizons menaçants, les nuages du fjord qui écrasent quand ils basculent du haut des montagnes. Rien n'est joyeux chez Laforge, sauf dans ces grandes scènes bucoliques que l'on retrouve sur les murs de sa maison. Le monde y devient plus aérien, plus ouvert et moins menaçant.


Plaisir champêtre - Huile relief sur mur de salle à manger
Maison de Laforge à Sainte-Rose-du-Nord
© Christiane Laforge


Une exposition qui secoue notre indifférence consommatrice et qui rappelle que la folie de la violence, que les bêtises s'exprimant par la force pure des armes écrasent les humains et les broie. Un univers qui crée un certain malaise, touche une fibre que nous n'aimons guère effleurer. Impossible de rester indifférent devant une toile de Laforge. Ou l'on s'arrête pour explorer et tenter de comprendre ou l'on prend la fuite. C'est ainsi que le peintre de Sainte-Rose-du-Nord échappe au temps et reste actuel.


L'Éden - Huile relief sur mur
Maison de Laforge à Sainte-Rose-du-Nord
© Photo Jeannot Lévesque


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lundi 30 juin 2008

Hélène Beck


Hélène Beck - Le déluge -

Jusqu'au 28 septembre 2008, le Centre National d’Exposition de Jonquière, présente une rétrospective des œuvres d’Hélène Beck. Ses tableaux, du début de sa carrière à aujourd’hui, abordent des scènes de vie actuelles et traditionnelles, des paysages, des portraits. Plusieurs sculptures céramiques témoignent de la force d'expression de cette artiste et d'un regard original teinté d'humour qu'elle pose sur les êtres.

Un catalogue de belle facture, intitulé Hélène Beck, un regard authentique, propose un répertoire commentée des toiles et sculptures exposées dans cette rétrospective. On peut y lire ce texte que j'ai écrit sur l'œuvre de ce peintre qui, depuis mes débuts comme critique, m'a toujours inspiré respect et admiration.

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Libre de toute école, de toute tendance, de toute mode, l’œuvre explosive de l’artiste peintre Hélène Beck témoigne de la puissance créatrice d’un art authentique. Autodidacte, son talent n’ayant pas subi les influences intellectuelles institutionnelles, elle a su mettre la couleur au service d’une expression forte nourrie par ce regard qu’elle pose avec acuité sur les êtres, les événements et les paysages.

Seule devant la toile blanche, Hélène Beck voit une fenêtre ouverte sur ce monde qui l’habite. Il jaillit, à coups de fusain, en larges traits spontanés. Prémices inspirants qu’elle efface sous la fougue d’un pinceau généreux, désormais lancé dans une composition encore imprévisible. Elle s’empare de la vie qui bat autour d’elle, brosse son tableau au rythme des échos passés ou présents, usant des formes comme d’autres usent des mots, peintre-chroniqueur de notre histoire.

À redécouvrir l’œuvre de Beck, dans cette rétrospective de 50 ans de carrière, il est fascinant de constater combien sa palette est intemporelle. La qualité de son art, dès ses débuts, a subjugué les analystes. Cette qualité ne s’est jamais démentie. Elle a évolué sans rien perdre de son essence première : la flamme, le souffle, l’originalité, l’audace. L’impétuosité trahit l’exaltation, l’urgence de saisir et la détermination à imposer une vision très personnelle de ses compositions.


Hélène Beck - Les danseuses nues -

Qu’elle peigne un paysage - Bientôt la fin de l’hiver 2003, Automne en Charlevoix 2006 , La Maison grise 2007 - on assiste à l’heureux mariage d’une ondulation des lignes. Arbres et montagnes dansant avec murs et toits des maisons. Qu’elle s’insinue dans l’intimité d’une chambre - Chambre de jeune fille 1972 - la sensualité du personnage se répercute dans les lignes des objets. Sarcastique, humoristique, ironique, l’artiste n’épargne pas les foules - Parade de la St-Jean 1981 -, révèle l’âme secrète des classes sociales - Les danseuses nues, Les snobs 1981 - et capte le tragique - La mise au tombeau - ou l’insondable - L’adolescent 2006.

Que l’artiste se soit nourrie de sa région pour brosser des toiles percutantes ne fait pas d’elle un peintre du Saguenay dans le sens géographique restrictif. Le sens de ses compositions dépasse l’illustration d’une scène pour raconter, au-delà, l’expression humaine universelle surgissant d’un événement.

Que l’artiste s’inspire de ce qui l’entoure pour brosser des tableaux d’une écriture impérieuse fait d’elle un peintre d’influence expressionniste, par la distorsion qu’elle inflige aux formes réelles pour les soumettre avec une sorte d’arrogance positive. Rebelle cependant, osant sa propre fantaisie, même dans le tragique, son œuvre n’écarte pas l’intensité du fauvisme, flirtant avec la démarche des tenants de la réalité poétique, ennemis des théoriciens, ardents défenseurs de la liberté de peintre en dehors des courants d’art.

Tout l’art d’Hélène Beck est un art vibrant de liberté, d’authenticité, de force d’expression qui, en 50 ans, ne s’est jamais trahi. Une rétrospective de cette étonnante carrière... Il était temps!


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lundi 9 juin 2008

Une photo vaut mille mots

Photo Reuters - La robe de Sarah Jessica Parker


Les webmasters de cyberpresse font-ils de l’humour?

Dans son édition du 9 juin 2008, pour illustrer le potin sur le fait que la robe griffée Nina Ricci, fièrement arborée par Sarah Jessica Parker lors de la première new-yorkaise du film Sexe à New York, avait déjà été portée ( oh! scandale! ) par Lauren Santo Domingo, le 5 mai dernier, lors d’un bal. Pour preuve, elle a été photographiée, ainsi vêtue, en compagnie de son designer Olivier Theryskens, énonce l’article.

Ce qui m’amuse, c’est de voir la photo, telle que publiée sur le site web de Mon cinéma de cyberpresse.ca, reprise ci-haut, avec la légende «La fameuse robe en question… ».

Vous y voyez une robe ?????

dimanche 11 mai 2008

L'Auberge du cheval blanc

L'Auberge du cheval blanc, production 2008 de la SALR
Patrick Mallette (Léopold) et Roger Girard (Bistagne)
© Photo Rocket Lavoie - Le Quotidien





Arts, samedi 10 mai 2008, p. 34

L'Auberge du cheval blanc
La version saguenéenne renoue avec le succès

CHRISTIANE LAFORGE

JONQUIÈRE - L'air tyrolien réussit bien à La Société d'art lyrique du royaume qui aura pratiquement fait salle comble, soir après soir, depuis mercredi. Avec raison. L'Auberge du cheval blanc renoue avec le succès par la qualité des voix, une direction artistique impeccable, un chœur bien accroché au scénario, un orchestre complice et une mise en scène inspirée.

Sans rien perdre du charme de l'époque ni du pays où se situent ces intrigues joyeuses et romantiques, les artisans de cette version saguenéenne de la célèbre opérette ont su insuffler une modernité fort à propos, avec un zeste d'allusions politiques locales et quelques clins d'oeil sympathiques au cinéma.

Par tradition, ces comédies anciennes sont toujours un peu lentes à mettre en place les intrigues et les personnages, sans doute pour l'époque, dans une volonté de durer plus longtemps sur scène. Pourtant, impossible de retrancher quoique ce soit à cette mise en scène réussie.

L'action est menée sans longueur et, s'il faut encore se résigner à ne pas saisir tous les mots chantés, surtout au tout début, on ne s'ennuie pas un instant à l'Auberge du cheval blanc.

Les interprètes

La distribution n'a aucune faille. Geneviève Couillard Després crée une Josépha énergique capable de coup de cœur et de coup de gueule bien sentis. Patrick Mallette chante un Léopold convaincant, très à l'aise dans ce rôle qui lui permet de donner toute l'ampleur à sa belle voix.



L'Auberge du cheval blanc, production 2008 de la SALR
Marie-Ève Munger (Sylvabelle),Roger Girard (Bistagne), Patrick Mallette (Léopold)
© Photo Rocket Lavoie - Le Quotidien

Marie-Ève Munger incarne une Sylvabelle mutine; elle se prête à la fantaisie et l'ingénuité de son personnage sans jamais céder à la tentation de se croire une diva, aussi performante dans le chant que dans le jeu de comédienne.

Thomas Macleay campe un Guy Florès solide. On le sent maître de son jeu, aussi bien dans la fiction que sur la scène.

François-Pierre Perron est adorable dans le rôle de Piccolo. Initié au théâtre à sept ans, ce jeune homme de 11 ans est manifestement un comédien né. Quant à Martin Giguère, il sera pour moi le Célestin le plus mémorable de toutes les versions de L'Auberge du cheval blanc.
En poussant son personnage à la limite de la caricature, il le rend des plus sympathiques, donnant du charme à ce dandy naïf irrésistible.

Soulignons aussi la performance d'Éric Renald tour à tour empereur, Gook et Professeur Hinzelmann sans trahir l'un pour l'autre, celle de Caroline Tremblay, la zozotante Clara, de Laurie Tremblay, la Zenzi sensible au jeune Piccolo et de Louise Gagné, l'amusante postière et surprenante Kathi.

Parmi tous, Roger Girard coiffe la couronne de laurier. On le connaît de longue date, remarqué chaque fois dans chacun de ses rôles. Cette fois, il se surpasse. Son Napoléon Bistagne vole la vedette avec un jeu dynamique et coloré. On lui devra bien des rires.

L'action

Dans le mouvement, le rythme, l'équilibre des tableaux et les effets de surprises, on reconnaît bien là l'efficace mise en scène d'Éric Chalifour. Excellente idée d'intégrer la danse aux scènes qui, sans cela, auraient pu être plus ternes. En fait, les chorégraphies de Georges-Nicolas Tremblay, qui a su recourir au talent de quatre danseurs professionnels de la troupe Ecce Mundo, s'intègrent parfaitement à l'intrigue, ajoutant une touche de fantaisie et de rêve supplémentaire aux envolées vocales des tendres duos amoureux.

Le tout est accompagné avec brio par l'orchestre de Chambre de l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, dirigé par Toshiaki Hamada. Un orchestre qui a su très vite adapter son jeu afin de soutenir les voix sans les supplanter, tout en prenant sa place avec une réelle complicité. Devenant un personnage en soi, avec ses répliques musicales ponctuant l'action.

Ce qui fait la force de cette production 2008 de la Société d'art lyrique du royaume, c'est la conviction d'une volonté partagée par tous de faire la preuve de la valeur de cet art. Serait-ce qu'il a fallu y croire au-delà des difficultés - et elles furent nombreuses - pour mener à bien "ce miracle chaque année renouvelé" comme l'a si bien dit le président de la SALR, Luc Blackburn, dans le discours d'ouverture? L'émotion était palpable sur les visages lors des saluts répétés devant un public qui les a longuement applaudis le soir de la première.