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dimanche 17 septembre 2023

Lison Hovington partie trop vite, trop loin

Lison et sa sœur Claire-Hélène qui a pris soin d'elle jusqu’au bout.


Chère Lison,

 

Je ne peux pas croire mes mots surgissant du clavier pour dire tout mon chagrin, confrontée que je suis à la mort d’une amie si précieuse.

 

Lison, tu  étais comme un soleil qui enveloppait sans brûler. Un soleil doux permettant une floraison colorée dans les jardins les plus secrets de nos cœurs.

 

Nous étions toutes deux dans la jeune vingtaine quand, par nos métiers, nous nous sommes rencontrées. Par quelle magie, toi plus jeune que moi de 5 ans, tu es devenue la grande sœur que je n’ai pas eue. Tu as été le témoin de mes élans comme de mes peines, tempérant ma nature fougueuse lorsque tu devinais les dangers que je refusais de voir. Protectrice, là était ta magie. Et nous fûmes plusieurs à bénéficier de ce don généreux. 

 

Les rencontres professionnelles se sont multipliées. Nous nous sommes reconnues dans l’amour de la vie, le plaisir du rire, la quête de vibrer au talent et à la beauté des autres. Nous étions un terreau fertile où s’est épanoui une amitié qui aura duré un demi-siècle.

 

Il paraît qu’avant de mourir on revoit notre vie. Il y a donc une mort en moi, car défilent dans ma tête tous nos souvenirs. J’ai été témoin de tous tes combats, ceux du cœur, de la maladie. Tu étais arrivée à l’aube d’un nouveau bonheur, celui de vivre auprès d’une tendre présence fraternelle dans un lieu paradisiaque, délivrée des soucis financiers, te préparant à vivre de beaux voyages sur les traces de Paul Gauguin.

 

Tu n'as pas eu le temps d’imaginer que rodait en toi un ennemi redoutable menaçant ta vie. Tu as subi le choc d’un verdict qui criait à l’urgence d’entreprendre des soins. Une biopsie ratée, suivie d’un mois interminable d’une attente pour le diagnostic fatal. Tu t’es sentie abandonnée par un système déshumanisé.

 

Le temps est devenu ton objectif majeur. Gagner du temps pour retarder le plus possible ce départ non voulu. Tu as traversé quatre séances de chimiothérapie avec courage, subissant les contre-coups dans l’espoir de conquérir du temps pour vivre. Tu as retrouvé les plaisirs gourmands, franchissant chaque jour comme tu as franchi les marches de cet escalier construit pour toi afin de t’installer dans la cache à l’affût du gibier. Tu as retrouvé ton rire, reconstruit tes rêves de voyages lorsque tu as su que la tumeur était réduite de 40%.

 

Et voilà que, quelques jours plus tard, la grande faucheuse t’as surprise en prenant un autre chemin pour t’atteindre. Une embolie pulmonaire. Tu as sombré dans l’inconscience, malgré les soins des ambulanciers. Tu t’es envolée en quelques heures vers ton dernier et mystérieux voyage.

 

Tu t’es envolée comme un oiseaux s’élance hors du nid et c’est nous qui regardons l’immensité de cet espace vide de toi, les ailes brisées.

 

Tu te plaignais de manquer de livres, avides  de tomes de milles pages. Je les regarde ces livres préparés pour ce qui devait être notre prochaine rencontre, muets comme je peux l’être de tant de mots en deuil de toi.

 

Cette douleur que je ressens dans  cet ailleurs où tu es, je la perçois avec l’intensité d’une amitié si forte qui semble t’entendre me dire « vis Christiane, vibre de ce qui nous faisait vibrer, évoque nos souvenirs pour que je survive à travers toi comme à travers mes amours ».

 

Je le ferai Lison, comme le ferons toutes ces personnes que tu as aimées et qui t’aiment parce que, même dans cette mort qui tue un peu de nous, tu continues à nous faire grandir.

 

Ton amie

 

Christiane

 Un très beau témoignage de Daniel Giguère à TVA sur la carrière d'animatrice de Lison.

https://www.facebook.com/843930103/posts/10167755206205104/?mibextid=9R9pXO


 

 

 

lundi 7 octobre 2019

La fin des mes dix ans à la présidence du Comité des candidatures de l'Ordre du Bleuet

Gala 2019 - Réal Simard recevant son certificat d'honneur 
des mains de la présidente du Comité des candidatures
© Photo Andrée-Anne Lachaine

Mon cœur s’habille des vents de l’automne ce lundi 7 octobre 2019. Je me sens arbre qui voit chuter ses feuilles dans chaque geste qui précède la dernière tâche. C’est un départ. Pas un divorce. Demain je ferai le dernier pas. Après demain je ferai un premier pas.

D’ici là, mon cœur s’habille des vents de l’automne qui me dépouillent de dix ans de feuilles accumulées, temps donné, temps investi, temps de souvenirs riches de tant de personnes exceptionnelles.

Je quitte la présidence du Comité des candidatures de l’Ordre du Bleuet.

Avec tristesse, car la cause est belle.
Avec optimisme, car l’Ordre a bien grandi et la relève est de qualité.
Avec espoir, car nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre les enjeux d’un tel organisme de reconnaissance et de sauvegarde de notre histoire artistique, patrimoniale et culturelle.

Christiane Laforge
Future ex-présidente
Du Comité des candidatures
Société de l’Ordre du Bleuet




mercredi 3 octobre 2018

Vlan en plein cœur. Bertrand Tremblay n’est plus mais sera toujours.


 
Ma dernière rencontre avec Bertrand Tremblay



Vlan en plein cœur.


Lorsque je me suis réveillée à l’aube ce samedi 29 septembre, j’ignore pourquoi, j’ai pensé à Bertrand Tremblay, me disant, il serait temps que nous le partagions ce café promis. Je l’ai vu à la réception festive organisée pour les 21. Il m’a enlacé disant sa joie de me voir. Je l’ai embrassé ignorant que c’était pour la dernière fois. Et en ce moment, j’éprouve une infinie tristesse et le regret de savoir le livre de ses mémoires inachevé. Difficile d’admettre qu’il ne soit plus là.

Bertrand Tremblay n’est plus, mais il sera toujours. Pour moi et beaucoup d’autres je n’en doute pas. À la création du journal Le Quotidien, Bertrand Tremblay occupait le poste de rédacteur en chef. Sa porte était toujours ouverte pour les jeunes journalistes que nous étions. À l’écoute et toujours prêt à désigner le meilleur chemin sans jamais l’imposer.

Il avait l’élégance de l’esprit, l’ouverture du cœur. On pouvait ne pas être d’accord, il laissait toute la place à la dissidence, ouvrant quand même la porte à la réflexion. Il m’a inspiré respect et confiance et transmis son amour pour ce Saguenay–Lac-Saint-Jean qu’il n’a jamais cessé de défendre. Avec ses écrits, combien de luttes il a su mener pour que cette région ne soit pas ignorée, pour qu’elle résiste à l’amputation des centralisateurs.

J’ai connu le Bertrand Tremblay festif lors alors que nous étions comédiens dans la série des Grands Revenants du Carnaval-Souvenir de Chicoutimi. Dans les loges, avant et après le spectacle, ainsi que lors des répétitions, avec les autres comédiens s’installe un lien qui n’a plus rien à voir avec le lien professionnel. Mais là, comme toujours, cet homme demeurait intègre, passionné et, à travers son personnage, prêt à combattre pour défendre les idées que l’auteur lui prêtait.

J’ai connu un Bertrand Tremblay farouchement engagé pour que la région ne soit pas dépouillée de ses fleurons. Rédacteur en chef du magazine AL13  il en était un des piliers soucieux d’assurer la pérennité du Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium. Recrutée à ma retraite journalistique comme pigiste, il m’a fait l’honneur de devenir son assistante pendant plusieurs années. Un travail qui a contribué à créer une complicité et, inévitablement, une amitié.

Bertrand m’ouvrait son univers. Je lui ouvrais le mien. Il était un fidèle des Saguenéens, mais il était aussi un fervent admirateurs de nos artistes. Il fut, plusieurs années, membre du jury de l’Ordre du Bleuet,  soucieux de rendre hommage à ceux qui ont contribué à notre richesse culturelle.


J’ai tant de peine de savoir son décès. Et tant de fierté d’avoir eu dans ma vie un être de cette qualité. Mes plus sincères condoléances à la famille de cet homme exceptionnel.

Christiane Laforge
29 septembre 2018





dimanche 31 décembre 2017

En route vers 2018




2018 C’est demain
Chaque année est tissée de sourires et de larmes, d’espoir et de doute, de joies et de colères. Les forces se confrontent et, pourtant, se conjuguent. Faut-il désespérer face à ce mal qui ronge la planète et ignorer toute la générosité qui tente d’y faire obstacle? Vous le savez, je suis une optimiste. Je vois la douleur. Je m’y déchire. Mais je vois aussi que la beauté du monde subsiste et habite la majorité des êtres. Surtout en vous, mes amis, mes amies, surtout en vous qui m’êtes précieux chacun à votre façon. Que l’année 2018 puisse vous en convaincre. Mon vœu est que vous soyez ce que vous êtes, car, en chacun de vous je vois ce qui me permet de croire que la vie va survivre. Je ne ferme pas les yeux sur la certitude que j’ai de chacun de vous qui êtes dans ma vie parce que je choisis que vous y soyez. Je vous choisis pour vos certitudes, vos enthousiasmes autant que vos révoltes et votre volonté de défendre l’avenir.

OUI, QUE 2018 SOIT UNE AUBE ET NON UN DÉCLIN.

dimanche 23 avril 2017

ALBERT LAROUCHE : CERTAINS ADIEUX N'EN SONT PAS

Albert Larouche 1925-2017



Vendredi 21 avril, Hélène Larouche que j'ai surnommée affectueusement Hélène Junior- en référence à sa mère artiste Hélène Beck - m'écrit quelques mots, lourds de sens, sur le départ imminent de son père Albert Larouche le bien aimé. C'est comme si tout devenait immobile autour de nous. Une vie se termine et, avec elle, malgré nous, une partie de la nôtre s'en va avec elle.

Ce qu'Hélène communique, c'est à la fois sa peine, sa sensibilité, sa force et sa conviction qu'Albert avait pour moi de l'importance. Assez pour que je fasse partie de la confidence et du partage de ce moment de vie... oui, je dis bien moment de vie. 

Dans ma tête, un tourbillon : le sentiment ressenti face à la peine de l'amie, des amis, le rappel des derniers moments de mon propre père, le deuil soudain qui va affecter tous ses amis si proches et dont certains sont les miens. Je pense à Jérémie Giles en particulier. Je pense aussi à sa fille Isabelle  l'écrivaine talentueuse et à son fils Bernard. Je pense à Hélène Beck, ce nom qui a superbement supplanté son patronime de naissance, Claire Boily, dont je n'ai eu connaissance qu'aujourd'hui fouinneuse que je suis sur Internet.

Déjà Membre des 21, le 19 juin 2010, Albert Larouche était reçu Membre de l'Ordre du Bleuet. J'écrivais alors ce texte que je me permets de reprendre, bien qu'il figure en évidence sur le site Web créé pour lui:

De sa naissance à Kénogami en 1925, de ses classes primaires à Jonquière, de ses études secondaires à Arvida et classiques à Chicoutimi, Albert Larouche est le parfait prototype de la fusion avant l’heure. À la géographie de sa jeunesse, il ajoute son mariage avec une audacieuse artiste peintre, Hélène Beck, des enfants très portés sur les arts et l’écriture, le tout additionné de sa propre curiosité archéologique et de l’influence incontestable des ses fréquentations professionnelles.



Comme réalisateur à Radio-Canada, Albert fréquente des célébrités : Maurice Chevalier, Tino Rossi, Luis Mariano, Jacques Brel, Gilles Vigneault, Claude Léveillé, Jean-Pierre Ferland, Ginette Reno, Claude Dubois, Jacques Michel, Robert Charlebois. Il devient le témoin privilégié de mémorables inaugurations : telles que le camp musical du Lac Saint-Jean et l’Université du Québec à Chicoutimi. Lors de l’Expo 67 à Montréal, il est requis pour la réalisation de grands reportages, dont la visite de la reine Élisabeth II, celle du Général de Gaulle, ainsi que le Festival d’Art dramatique réunissant à Saint-Jean de Terre-Neuve des comédiens de chaque province canadienne. La même année, à son retour à CBJ, il ouvre les ondes à la radio-théâtre mettant en scène des jeunes comédiens de la région interprétant nos auteurs. Louise Portal, Michel Dumont, Ghislain Tremblay en gardent souvenir tout comme nos musiciens se souviennent de la populaire série «Banc d’essai» où les finissants des Conservatoires de musique du Québec pouvaient être entendus sur les ondes canadiennes ; sans oublier Les grands concerts de Radio Canada qui captaient les concerts donnés dans notre région.



La personnalité d’Albert Larouche est tissée de tous ces fils reliés à l’histoire, la littérature, la musique, le théâtre, développant un véritable attachement à la mémoire. Incontestablement sa devise est «Je me souviens», tout comme se souvenaient les Anciens du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui ont alimenté pendant des années le contenu de sa série d’émission «Au Temps de la galette», un des trésors des Archives nationales.



Membre fondateur et président de la Société d’archéologie du Saguenay, président du Comité d’acquisition du Musée du Saguenay, il a terminé sa carrière en 1983, le temps de recevoir, en 1982, le Prix du Journalisme Auguste-Béchard (fondateur du premier journal de la région), prix décerné par la Société nationale des Québécois en reconnaissance de ses travaux et de la diffusion du patrimoine saguenéen. 


Nommé à juste titre membre honoraire de la Société historique du Saguenay, Albert Larouche met à profit ses longues vacances pour travailler comme bénévole pour cet organisme où il se consacre à l’identification et au classement des photographies accumulées pêle-mêle dans des cartons. En 20 ans, il en a classé plus de 60 000.



Albert a mené sa carrière de réalisateur avec bonheur. Il a su mettre la radio au service de la mémoire et de la culture. Aujourd’hui, adepte enthousiaste de l’ordinateur, il décrète que cet outil merveilleux est «un petit écran par lequel l’univers est entré dans sa maison». Homme modeste, il ne se rend pas compte que ce grand passionné, archiviste dans l’âme, qu’il est, contribue à sauvegarder l’histoire de notre population.



Albert Larouche et sa compagne de vie Hélène Beck, reçus tous deux Membre de l'Ordre du Bleuet le 19 juin 2010.

Je pourrais regretter de n'avoir pas assez souvent profité de sa présence. Je préfère garder précieusement chaque souvenir et me dire que ce fut un privilège que de partager avec Albert Larouche des heures de vie vibrantes comme ce repas festif à mon Refuge roserain où la joie, la poésie et les chansons étaient au rendez-vous. 

« Il y a des moments si merveilleux, qu'on voudrait que le temps s'arrête... » (Gilbert Bécaud)


Quelques saveurs belges pour le dessert comme cette crème vanille qui en a fait saliver plus d'un. Sur la photo on reconnaît Christine Bouchard, artiste peintre, Claude Bolduc et sa compagne Hélène junior, Albert Larouche et Hélène Beck. 


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En quise d'information : La famille accueillera les parents et amis à la Résidence funéraire
Gravel & Fils, Réseau Dignité au 825 Bégin, coin des Champs-Elysées à Chicoutimi.
Les heures d'accueil sont : le vendredi 28 avril 2017 de 14 h à 17 h et de 19 h à 22 h. Samedi, le salon sera ouvert à compter de 9 h. La célébration de la Parole aura lieu le samedi 29 avril 2017 à 10 h 30 à la chapelle Gravel & Fils.

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mercredi 2 novembre 2016

LE MANTEAU ROUGE, UNE PARTIE DE MON HISTOIRE




Le manteau rouge



Le rouge est sa couleur préférée. Lorsqu’elle endosse ce manteau rouge elle se sent comblée. Elle n’aura plus cette sensation de froid qui traversait le vêtement usé à la corde tout en se sachant, enfin, élégante. Dur d’affronter les marques de sa pauvreté et de cet abandon, voire cette indifférence, de sa famille qui ne vient même pas la chercher lors des vacances de Pâques et encore moins la visiter les fins de semaine dans ce pensionnat où se languir de sa famille les indiffère. Elle a 11 ans.



Elle marche dans la cour de récréation sans se douter que ce bref bonheur vestimentaire va prendre fin brutalement lorsque la fille aux cheveux blonds s’approche d’elle. Pas mesquine, elle dit à voix basse : « C’est mon manteau. Maman l’a donné pour les pauvres. C’était mon manteau préféré. Ne crains rien, je ne le dirai à personne. » Ce même jour elle avait chaud d’un manteau rouge et d’une amitié naissante qui la trahira.



Ce même jour, elle se jura ne jamais avoir honte de son apparence, de tout signes extérieurs ne dépendant pas d’elle. Ce jour -là, elle devint imperméable au regard des autres. Sous le rouge d’un manteau usagé marchait une petite fille libre à jamais de l’opinion des autres.



Le rouge est sa couleur préférée. Dans ce collège que fréquentent filles de notables ignorant tout de la pauvreté, elle se protège du vent d’hiver vêtue d’un court veston molletonné rouge. Avec l’argent gagné par des travaux du soir comme gardienne d’enfants, elle a acheté cette veste neuve pour 10$. Tous les hivers de ses études collégiales, elle ne portera que cette veste matelassée, qui a fini par être démodée,  sans jamais se soucier de ce que les autres pouvaient penser.

Le temps a passé. Un jour, une ancienne compagne d’étude lui avoue l’admirer pour cet esprit libre de l’opinion des autres. Sa veste rouge était perçue comme une volonté de non conformisme qui suscitait l’envie des conformistes. Elle a bien ri, dans le secret de sa mémoire, sachant que cette fameuse veste, comme le manteau rouge, n’étaient que la conséquence d’une pauvreté cachée.


Le rouge est sa couleur préférée. La liberté est son mode de vie. Ce que pensent les autres l’indiffère.





 

samedi 4 juillet 2015

DOUCES HEURES


Douces heures. Douceurs.

Deux jours intenses avec les petits-enfants. Les rires, les jeux.

 Élika, ma fille de mots qui a un sens de l'humour redoutable. Digne fille de son père qui saisit déjà les nuances. Enchantée de la mini-enregistreuse de journaliste, cadeau combien apprécié de Doris Maurais​ avec laquelle la rédactrice en chef de L'AMI a enregistré plusieurs entrevues.

Victor, petite boule d'énergie dont le charme lui vaut tant d'indulgence et qui précise les rangs de la famille : « Mamieke, tu es la maman de mon papa. Papili est ton amoureux et c'est pour ça qu'il est mon grand-papa; je suis le fils de ton fils et c'est comme ça que tu es ma grand-maman. »

Isyëv, mon ardente qui n'a peur de rien et me fait chavirer de ce regard si bleu inattendu. Elle saute d'une pierre à l'autre en bordure du terrain... et tombe. Larmes et douleur. Elle se blottit dans mes bras et raconte sa chute. On examine attentivement l'objet du délit. Cette roche pointue on va la bouder. On ne jouera plus dessus. Le temps de la consoler on va voir la plantation de framboisiers. Dans une journée, ses rires et ses larmes ponctuent sa passion de vivre intensément.

Calielle la souriante. Bébé de six mois qui me fait des sourires irrésistibles. Elle s'abandonne, si confiante, à tous les soins donnés. 

Arrivés hier. Repartis aujourd'hui. J'ai le cœur plein. Comme lorsque l'amour dépose dans vos bras un bouquet de roses.




samedi 24 janvier 2015

Voir un ami pleurer


Christian Gagnon musicien
1959 - 2015

Bien sûr, il y a nos défaites
Et puis la mort qui est tout au bout
Nos corps inclinent déjà la tête
Étonnés d´être encore debout

Mais voir un ami pleurer

Mais voir une amie pleurer


Je reviens tout juste de la cérémonie d'adieu en hommage à Christian Gagnon, l'amour de mon amie Josée. Une cérémonie sobre qui a connu deux moments particulièrement forts. Le témoignage de Josée évoquant cet amour partagé comme un voyage dans un univers magique, un monde de tendresse, de bonheur et d'amitié que Christian avait mis à ses pieds. Puis, à la fin, cet au revoir de son ami Karl Roos, son frère de musique et de scènes et sans doute son frère de larmes.

Des larmes, j'en avais plein le cœur cette semaine. La mort soudaine de ce musicien de 55 ans, ami par alliance – puisqu'il était l'ami de Karl et l'amour de Josée – a été comme un électrochoc. Comme si mes propres deuils s'emparaient de la douleur de mes amie et ami pour se raviver. Ma peine encore vive de la mort d'Édith et de Mady, il y a quelques mois, s'est fusionnée à l'effroi du chagrin inévitable des personnes aimées devant la brutalité de cette mort non annoncée. Ce matin, plus que jamais, le chant de Brel trouvait écho en moi. De tout ce qui se passe, de la rumeur assourdissante des souffrances en tout lieux de la planète et qui font mal, le plus lourd demeure la douleur de l'ami. Oui, il y a tant et tant de blessures... mais voir une amie pleurer.

Je n'ai pas fréquenté les chemins de Christian.  Le son de sa musique je l'ai entendue ce qu'en disait Karl. Je n'ai pas créé de lien avec Christian, sinon à travers les liens qui l'unissaient à Josée. J'apprenais à l'aimer à travers les mots de l'amoureuse heureuse. Des mots miroir d'un être bon, beau, généreux qui lui apprenait le bonheur. Cela me plaisait de me dire que j'étais à l'origine de cette rencontre en feux d'artifice.


Karl Roos et Christian Gagnon en 2008
© Photo Rocket Lavoie - Archives Le Quotidien

En fait, j'ai rencontré Christian Gagnon en 2008, lors d'une entrevue journalistique pour le Progrès-Dimanche. Il accompagnait le chanteur Karl Roos. Tous deux se préparaient à partir en Belgique pour une tournée de spectacles d'un mois. Depuis deux ans, Christian était l'accompagnateur et arrangeur attitré de Karl. C'est alors que Christian me confie avoir retrouvé son plaisir de jouer du piano émoussé par 17 années de prestations dans les bars : « En travaillant avec Karl, en composant sur ses chansons, cela m'a permis de mettre le bout de mes doigts au bout de son cœur. »

Aujourd'hui, parmi ses amis et sa famille j'ai compris que ses doigts de musiciens ont touché plus d'un cœur.

 ***

Josée et Christian, été 2014
Je souhaitais avoir l'autorisation de publier les textes de Josée et de Karl. Il serait dommage que leurs mots, si beaux, se taisent déjà. Tous deux me l'ont accordée.

Lettre de Josée

Mon chéri
Mon amour
Mon complice

Tu disais toujours, moi je suis le gars de musique, toi t’es la fille des mots.

Un exemple parmi tant d’autre qui prouve à quel point nous nous complétions.

Tu as su me charmer avec ta musique, me réconforter et même me faire chanter. 

C’est à mon tour maintenant de t’honorer.

Chéri, regarde tout ce monde ici venu te saluer.

Tu étais estimé et aimé Christian et tu as su toucher le cœur de bien des gens et de toutes les manières.

Dévoué
Généreux
Rassembleur
travaillant

Tu as été de tous les projets et de toutes les implications.

Tu ne disais jamais non mais plutôt…. quand?

Tu aimais les gens, tu aimais la vie…..Une vie intense, passionnée et riche ou il n’y avait jamais de place pour l’ennui.

Ton regard, ton sourire, ta joie vivre auront égayé bien des moments qui sont maintenant gravés dans nos mémoires.

Un homme de cœur
Un homme grand
Un homme au grand cœur.

Mais comme la vie nous joue parfois des tours, c’est justement ce grand cœur qui t’aura emporté.

Trop tôt
Trop jeune

Mon amour, notre vie à deux aura été de courte durée. Elle ne se calcule même pas en années.

Mais ces quelques mois avec toi, valent toute une vie.

Nous étions au paradis, sur terre et sur l’eau et nous avions des ailes.

Maintenant de retour à la maison auprès de mes garçons, de mes piliers, il n’est pas question de me laisser aller à la dérive même sans toi comme capitaine.

Je suis en paix en fait, car le souvenir de toi, de nous, de nos moments de bonheur, m’emplit la tête et le cœur de sérénité.

J’ai le sentiment de revenir à la maison après un voyage autour du monde avec toi, le meilleur des compagnons de route.

Un voyage autour du monde, autour de TON monde ou je n’aurai pas vu les plus belles merveilles du monde mais au cours duquel je les aurai vécues, grâce à toi.

Un voyage autour de TON monde qui m’aura permis de rencontrer tes enfants, et de partager de précieux moments avec eux.

De rencontrer ta sœur, tes parents, si aimant. Une famille précieuse qui m’a accueillie les bras ouverts.

Un voyage ou tu m’auras longuement parlé aussi de tes sœurs naturelles avec amour et que je connais déjà à travers toi.

Un voyage autour de ton monde  ou j ai pu rencontrer tes amis et qui sont devenus aussi les miens.

Des gens de cœur comme toi, que tu aimais tellement et que j’aime à mon tour.

Toi qui pensais à tout le monde et voulais leur bien, tu auras su m’entourer de la présence de TON monde,  afin que je ne sois pas seule après ton départ.

Notre voyage s’est terminé brusquement, alors que nos vols se sont séparés.

Tu as pris un long courrier vers des concerts à l’infini et moi je suis rentrée à la maison et j’ai défait mes valises.

Je ne suis pas triste car j’ai des tonnes de souvenirs de voyage qui m’habiteront encore longtemps et qui m’auront changée à jamais.

Je ne suis pas triste car tu m’as rendue heureuse et je me dois de le rester. Tu m’as appris à vivre tout simplement.

Mon chéri
Mon amour
Mon complice

Veille sur tes enfants, tes parents et tes sœurs et aime-les de la haut comme tu les aimais follement ici.

Trinque avec nous lorsque nous nous retrouverons entre amis en nous disant tes je t’aime sincères à l’oreille, entre deux accolades.

Aie un regard bienveillant sur tes compagnons musiciens tes compagnons de loisir et de travail. Ils en ont besoin. Tu leur manques terriblement.

Et parlant de travail fait taire le paget de temps à autre lors des gardes de nuit, afin de les laisser dormir :-))

Accompagne les voix des anges de tes chorales en pausant tes doigts sur leur cœur avec ta musique.

Amuse-toi, trinque à la vie que tu as eue et qui a été plus que bien remplie.

Et surtout

Veille sur moi.  Continue de m’aimer, me protéger, me guider et  me rendre heureuse, comme je ne l’avais jamais été.

Tu m’as comblée et le vide pour moi n’existera plus car je t’ai aimé et tu m’as aimé. Tu m’auras permis de grandir, de croire totalement en moi, tu m’as ouvert toutes les voies vers le bonheur.

Quand je te disais je t’aime, tu répondais toujours : fois 2

À mon tour de te dire, fois cent, fois mille et à l’infini.

Bon repos mon amour

Tu l’as mérité.


Ta perle adorée.

***
 Le mot de Karl Roos

Hommage à mon ami Christian Gagnon


Ce texte est une adaptation d’une chanson de Serge Lama et qui s’intitulait  Mon ami, mon maître que j’ai personnalisé pour l’occasion… le voici :

J'ai essayé plus de cent fois de vous parler de mon ami mais…
comment peut-on parler d'une église Dont l'accès vous est interdit?...

Pourtant.. aujourd’hui, j’ai un ressenti tellement familier que je me l’autorise….
D’ailleurs tu m’as appris que quand le soleil d’un cœur s'allume.. L'éteindre, ce serait un péché…

Il était mon ami, il a été mon frère…
il a été un merveilleux maître à travers un merveilleux ami…
Faire de la musique à ses côtés a été pour moi un voyage qui se termine
Physiquement aujourd’hui mais qui sera dans mon cœur et ma mémoire à jamais.
Je lui dois tellement…. Y compris, Ce que bien humblement je suis…

tu t’en vas, loin de nous, en emportant pour ton dernier voyage,
Quelques-uns de nos secrets qui me seront éternellement doux.

Ton amitié et ta fraternité étaient tellement grandes que même dans tes propres peines,
tu ne te souciais que de nous…

La vie ne t’a pas toujours fait de cadeaux, j’en suis malheureusement le témoin
je clame cependant haut et fort que je refuse de faire vivre ces choses dans ma mémoire,
Je préfère y faire survivre, le souvenir du dernier cadeau de Noël que tu m’as offert ainsi que ces merveilleux sourires que tu possédais au fond des yeux,,, si beaux et si doux….

C'était mon ami, il a été mon maître….
Je le vouvoierai encore longtemps dans mon cœur et dans mon esprit…
Quand j'avais mal en moi dans ma vie, Je passais une heure ou deux chez lui
parce que L'air que je respirais à ses côtés, malgré ses maudites cigarettes qui me faisaient peur,
C'était l'air le plus doux dans lequel il me faisait sentir important et son ami.

Il portait en lui, dur, comme une arme, Un orgueil au-delà de tout
Au point que même au bord de ses propres larmes, tout le monde pensait qu’il s’en foutait…
Mais ce n’était pas le cas et je le savais, je le sentais… nous étions des complices…
C'est lui qui a fortifié mon âme Et si je suis encore en vie
Je ne le dois pas à celle qui fait tout son possible pour me rendre heureux aujourd’hui,
Mais bien à lui…

En au revoir, je m’accorde la permission de dire devant vous tous ces mots que nous nous disions
A la fin de chacun de nos spectacles…. Belle prestation monsieur Gagnon.

Adieu frère, fais bon voyage
 Je t’aime

***





En complément, j'ose reprendre le texte de mon confrère et successeur à la direction des arts du journal Le Quotidien, disponible aussi sur le site Web de ce média, ici


Daniel Coté
Le Quotidien

Un musicien aussi généreux que doué
Christian Gagnon laisse un grand vide

(Chicoutimi) Le destin peut se montrer cruellement ironique. Le claviériste Christian Gagnon était l'un des piliers du spectacle bénéfice Des Bleuets et du cœur et justement, c'est ce cœur qu'il avait grand, ouvert à toutes les bonnes causes, qui lui a fait défaut dimanche.

Ce vétéran de la scène musicale est décédé à l'âge de 55 ans, dans sa résidence du lac Sébastien. Outre sa conjointe Josée Bourassa, il laisse dans le deuil une large communauté regroupant ceux qui ont partagé la scène avec lui, de même que le public qui l'a suivi dans ses différentes incarnations, de la chanson à texte au répertoire de Pink Floyd, en passant par le jazz.

« Christian a roulé à fond dans sa passion pour la musique. Tous ceux qui en font dans la région le connaissaient », a souligné Josée Bourassa hier, au cours d'une entrevue accordée au Quotidien. Présent à ses côtés, l'un des complices du disparu, Karl Roos, avait peine à contenir son émotion.
« Il était tout pour moi », a résumé le chanteur d'origine belge. Parmi les souvenirs qu'il chérira jusqu'à son dernier souffle, celui de leur première rencontre occupe une place de choix. C'était il y a 13 ans, alors que l'artiste se préparait à donner une première série de spectacles dans sa région d'adoption. Un pianiste lui avait fait faux bond à quelques jours d'avis et on l'avait mis sur la piste de Christian Gagnon, dont les états de service comprenaient une formation d'organiste au Conservatoire de musique de Chicoutimi, une belle carrière sur le circuit des pianos-bars, ainsi que des collaborations au sein de différents groupes.

« Ça prenait un homme de cœur pour surmonter le choc culturel découlant de mes origines belges. Ma façon de demander quelque chose peut être différente, par exemple, mais jamais Christian ne s'est impatienté. Lui qui ne voulait plus faire de scène a appris 22 chansons, dont plusieurs compositions. Il a été un frère pour moi », confie Karl Roos.

L'expérience fut si gratifiante que le claviériste s'est associé à d'autres projets par la suite, qu'il s'agisse du groupe Black Side, spécialisé dans le répertoire de Pink Floyd, ou de la formation jazz dont faisait partie son collègue Denis Landry. En même temps, il accompagnait des chorales à tous les dimanches, à Saint-Honoré et Saint-David-de-Falardeau.

Karl Roos a bénéficié de ce réseau de contacts lorsqu'il a créé le spectacle Des Bleuets et du cœur, il y a sept ans. Cette initiative ayant pour but d'aider les démunis n'aurait pas vu le jour autrement. 
« Comme je n'étais pas connu, je n'avais aucune crédibilité lorsque j'ai fondé ça. C'est Christian qui m'a permis de démarrer la machine », relate son ami.

Leur ultime rencontre a eu lieu le 27 décembre, au lac Sébastien. Les deux hommes ont fait de la musique ensemble, accompagnés par leurs proches. « On s'est bien amusés », décrit Karl Roos, à qui il n'est jamais venu à l'esprit que cette séance improvisée tiendrait lieu de cérémonie des adieux.

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lundi 15 décembre 2014

LE FUTUR

Calielle Laforge et sa maman Andrée-Anne Lachaîne

Le 11 décembre 2014, à 13 h 29, mon fils écrivait cette phrase magistrale :
 
Aujourd'hui c'était l'examen final de mon cours d'histoire, mais au lieu d'y être, j'assistais à la naissance du Futur!

Ce Futur majuscule est une petite fille qui a pour prénom Calielle. Quatrième enfant de ce couple qui mise sur la vie humaine pour affirmer son espoir en l’avenir.

Hier, dimanche 14 décembre, ce Futur était dans mes bras tandis que son frère et ses sœurs virevoltaient autour de l’arbre de Noël pour y accrocher avec enthousiasme des boules rouges et or.

Je me suis endormie dans l’écho de leurs rires.

Et grâce à eux, je me suis éveillée ce matin le cœur heureux de croire, moi aussi, à la naissance du Futur.

Victor, Élika, Isyëv





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samedi 1 novembre 2014

Les filles Berg ne sont plus, Mady est morte


Mady, l'aînée des filles Berg.

Elle était la fée attendue avec impatience. Lorsque, petite fille de 3 ans, brutalement séparée de sa famille, je me suis retrouvée dans les bras de tante Hélène, la blonde et superbe Mady m’apparaissait comme une fée dont la présence enjolivait la vie.

De tous les enfants de passage dans la famille Berg, j'ai été la dernière et la seule avec qui la possessive Madeleine a accepté de partager sa mère. Pendant six ans, jusqu'à mon départ pour le Canada dans le but de réunir la famille Laforge, Mady a été la grande sœur protectrice. Il lui suffisait d'être là pour que tout devienne plus lumineux. Elle s'appropriait parfois mes maladresses pour m'éviter d'être punie, mais surtout, elle ouvrait toute grande la boîte aux permissions. Celles de rester plus longtemps sur le carrousel à la foire, de manger des frites à la baraque du télésiège de Dinant ou une crème glacée sur les bords de la Meuse.

Elle subtilisait les chicons amers de mon assiette sachant que je les détestais. Et elle ne me trahissait jamais quand, gourmande, je mettais plus de fraises dans ma bouche que dans mon panier. J'avais 7 ans quand elle m'a emmenée à la mer; une semaine sur la plage de Blankenberg dont le souvenir demeure vivace. J'avais vidé ma tirelire pour ce voyage et elle m'a laissé croire bien longtemps que j'avais payé moi-même mon billet de train, ma chambre d'hôtel et tous les repas. J'en étais si fière que devant cet orgueil naïf, ni oncle Émile ni tante Hélène n'ont démenti ce si joli mensonge de Mady. D'autant plus que je revenais du Plat pays le cœur amoureux, grâce à elle, après y avoir vu et entendu au cinéma Gilbert Bécaud, dont je devins à jamais une admiratrice inconditionnelle. 

Plus tard, après bien des années séparées par un océan, chacune de nos retrouvailles n'ont que resserré ce lien fraternelle.  Nos différences dégénéraient parfois en confrontations passionnées, mais bien plus souvent elle était la grande confidente, la conseillère éclairée et l'amie avisée guidant les premiers pas d'une jeune femme en devenir. Inévitablement, ma bonne fée ne pouvait que se pencher sur le berceau de mon fils et devenir sa marraine.

En 2001, lorsque je lui ai dit au revoir à l'aéroport de Zaventem, j'ignorais que je l'embrassais pour la dernière fois. Après... après, la vie a dévoré le temps et le rêve d'un aller-retour fut reportée année après année. Puis 2012 a sonné le glas d'une dernière promesse. Une lutte à finir contre le cancer me retenait loin d'elle.

- Tu vas te battre, répétait-elle au téléphone à chacun de ses appels. Tu ne dois pas te laisser faire.

Je l'imaginais, le doigt pointé sur moi, le regard fusillant le moindre signe de faiblesse.

Aujourd'hui, j'ai souvenir que ces mêmes mots, elle les dressait comme un rempart entre moi et les épreuves de la vie. 

- Tu ne dois pas te laisser faire. Elle me le dirait sûrement aujourd'hui, alors que je pleure cette femme magnifique, si farouchement désireuse de vivre libre, autonome, jamais résignée à vieillir, encore moins à mourir. Et pourtant...

Fin août, une chute dans un escalier. Une hospitalisation de trois semaines. Et finalement un placement définitif dans une maison d'hébergement, obligée de partager l'espace d'une chambre avec une inconnue. Et personne, personne ne m'a prévenue... sinon quand il fut trop tard.

Lundi, 27 octobre 2014, Mady est morte. Elle ne s'est pas laissée faire. Elle est partie.


 1980 : Je suis entourée de tante Hélène, 
qui a su protéger et rendre belle mon enfance, et de Mady.
L'ami taquin, Constant, décédé trot tôt, 
nous avait surnommées « Les filles berg ».


Madeleine Berg 1926-2014

Quand on apprend qu'un être, si cher à notre cœur meurt loin de nous, sans nous avoir donné le temps d'être là, comment on fait?





samedi 11 octobre 2014

Mots d'enfants qui font chavirer

Élika


Depuis sept ans, Élika ne cesse de harponner mon cœur avec sa manière bien à elle d'exprimer ses sentiments. Cette enfant me fait chavirer. Permettez-moi de partager deux anecdotes récentes.

La plus récente :

Cette semaine, terrible branle-bas de combat dans la Maison heureuse, alors que simultanément frappés par un même mal, la maman et le papa d'Élika, de Victor et d'Isyëv se retrouvent à l'hôpital. Les petits ont 7 ans, 5 ans et 2 ans. En grands-parents fous d'eux que nous sommes, nous prenons la relève... à la grande joie des enfants, malgré leur inquiétude bien légitime sur l'absence de leurs parents.

Élika qui, comme nous, se réjouit de savoir que papa et maman sont bien soignés nous regarde avec cette intensité qu'elle a souvent et dit :

- On a beaucoup de chance de vous avoir.

Un grand silence suit, puis elle continue.

- Mamieke, heureusement que toi et Papili vous n'êtes pas morts.


L'été dernier :

Élika est intriguée par une mappemonde que je fais tourner sur elle-même. Je lui explique les mers et les continents. Je lui montre l'Amérique du Nord, puis le Québec et le Saguenay où elle est née. Je la mène vers l'Europe, lui montre la Belgique où je suis née et l'océan Atlantique que j'ai traversé enfant pour venir vivre ici. Elle semble impressionnée.

Quelques instants plus tard, je l'entends expliquer à son frère que sa Mamieke vient de très loin.

- Hé Vic, c'est tellement loin la Belgique. Eille! on a été vraiment chanceux que Mamieke vienne jusqu'ici. Autrement, on ne l'aurait jamais rencontrée.








mardi 10 juin 2014

Nous avons tous un Jonathan à pleurer


Dans les journaux on appelle cela un fait divers. Un accident de la route. Un mort. Quelques secondes de lecture. Un temps bref d'empathie. Parfois un commentaire. Et on passe à autre chose.

Dans les journaux, cela semblait un fait divers. Mais dans nos cœurs on a ressenti comme un grand froid d'hiver. Parce la personne morte dans un accident de la route n'était plus un quidam. Il a pour nom Jonathan. Il est aimé par des gens que j'aime, ces gens de la famille du cœur que sont, à mes yeux, les familles reconstituées. Et leurs larmes deviennent les miennes.

Hier, au salon funéraire, parmi sa famille et ses amis, et, donc ma famille et mes amis, je regardais la dépouille de Jonathan. Ce quidam de la route pour les lecteurs des journaux est le fils, le frère, l'ami et le jeune amoureux plein de projets. 

Dans chaque fait divers, je prends conscience que tous, nous aurons un Jonathan à pleurer.


mardi 3 juin 2014

Jean Laforge, tes enfants ont planté un chêne il y a 8 ans


Mains de Jean Laforge
© Photos Édith Ringuette


Un petit moment. Un temps bien court. Juste pour me souvenir que le 3 juin 2006 nous étions réunis ici, tes enfants, tes petits-enfants et nos amis pour te souhaiter longue vie sous la forme d’un chêne planté sur tes cendres. Toi qui ne voulais pas vieillir, encore moins mourir, tu te continues dans cet arbre emblématique.

 Le chêne Jean Laforge
3 juin 2014

Mais, cher papa, cher Jean Laforge, pourrais-tu dire à tes bourgeons de fleurir enfin dans ce printemps 2014, si froid parce que la planète surchauffe.

Sur une de tes branches, j’accrocherai le nom d’Édith – mon amie à qui je dois de très belles photos de tes mains d’artiste – parce que je pleure son départ récent.

Un petit moment. Un temps bien court. Pour dire que rien ne meurt si le souvenir est vivant.

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dimanche 11 mai 2014

La mort d'une amie

Édith Ringuette - Nos retrouvailles en 2005, après 32 ans de séparation.



On croit avoir le temps. On reporte à plus tard le temps partagé. Et soudain... il n'y a plus de temps.

Jeudi 8 mai 2014, à 23 h 15, un message surgit sur le réseau Facebook : 

Bonjour Christiane. J'espère que tu vas bien. Je tenais à prendre de tes nouvelles mais aussi à te donner des nouvelles de notre tendre amie. Je reviens tout juste de l'hôpital visiter Édith qui malheureusement à une santé défaillante. Elle a demandé que je t'avise de la situation mais a aussi émis le souhait que tu ailles la visiter.

Il y a urgence. Je n'hésite pas à téléphoner malgré l'heure tardive. Il est 23 h 16. Ma décision est déjà prise. J'annonce mon arrivée pour demain après-midi.

Le temps est suspendu. N'existe plus que le désir d'être auprès de mon amie qui a su trop bien se taire sur le mal qui la rongeait. Un tourbillon de pensées m'assaille. Mille questions. Comment n'ai-je pas deviné? La fatigue exprimée. L'abandon des cours qui la passionnaient. Le sentiment de sa solitude. J'anticipe déjà mon impatience devant la longueur du trajet pour arriver jusqu'à elle. 

Nuit agitée. Édith prend toute la place. Tout ce qui n'est pas elle devient secondaire. J'opte pour le départ de 9 h 30 avec l'intention de me rendre directement à l'Hôpital, bien décidée à ne plus la quitter. Un vent froid bouscule mes idées. Une main invisible me serre le cœur. C'est douloureux... comme une fêlure. 

Il est 8 h. Je veux téléphoner à Marie qui m'a prévenue hier nuit. C'est le numéro de l'hôpital qui surgit sous mes doigts. Non, je ne suis pas de la famille. Je suis l'amie et avant de quitter Chicoutimi je voudrais savoir si c'est possible de lui dire que je serai près d'elle dans quelques heures. 

– Avant de quitter le Saguenay, vous devriez parler à un membre de sa famille me dit poliment la voix. 

J'attends. Le temps de  un instant SVP. J'entends mon nom. J'entends le ton de mon nom. Le ciel est noir. Édith a cessé de m'attendre à 7 h, ce vendredi matin du 9 mai 2014.

Le pensionnat

Édith, nouvelle venue au pensionnat St-Dominique de Jonquière que j'accueille, moi la résidente d'expérience après un an de séjour dans cet univers clos. Édith que je guide jusqu'au dortoir avec son trousseau de pensionnaire à ranger. Édith qui me confiera plus tard que j'ai su plaire à ses parents au point de lui recommander de devenir amie avec moi.

Elle est la seule qui a droit de lire mon journal intime. La confidente. Parfois la rivale à la conquête des meilleures notes. Notre amitié n'est pas fusionnelle. Je suis sportive et passionnée de lecture. Elle est pragmatique, studieuse et sélective. Nous partageons un même espace dans une sorte de confiance fraternelle, l'une sachant compter sur l'autre quand cela importe, sans pour autant avoir besoin l'une de l'autre. 

Nous avons 12 ans. Je dit que je serai écrivain. Elle promet d'acheter mon premier livre. Je rétorque : toi, je te le donnerai. 

Février 1968. Lancement de mon recueil de poème Écoute. Édith me tend un billet de $2, prix du livre. Je lui dédicace et dis, telle la promesse faite six ans plus tôt :

–  Toi, je te le donne. 
–  Tu t'en souviens? fait-elle, émue.

Je comprends qu'elle n'avait jamais oublié. Et cela dit tout d'elle.
Au dos de la préface, il y avait ce texte dédié à Édith. Chaque lettre de son prénom initiant un vers :

Écoute

Écoute en toi-même l'appel de la vie
Détruits ta jeunesse à aimer cette vie
Inscris en ton âme un sourire inné
Tue en ta mémoire les larmes versées.
Hélas! Tu seras comme tous vaincue par toi-même.

Je crois que cette promesse tenue a scellé à jamais une amitié contre laquelle ni le temps ni le silence n'ont rien pu.

Années 1970-1972. Nos chemins se sont écartés. Nos lettres s'entrecroisaient au-dessus de l'Atlantique et s'y sont noyées... peut-être. Les amours, le travail, la distance. Il n'y a plus d'abonné au numéro composé. 

Des numéros, j'en ai composés beaucoup. Tous les Ringuette du Québec ont été dérangés. Toutes les pistes aboutissaient à un cul de sac. Sporadiquement, je reprenais mes recherches. Puis les délaissais. Jusqu'à qu'en 2004. D'avoir été effleurée par la grande faucheuse m'a convaincue de ne plus remettre à demain ce qui me tenait tant à cœur. Ville par ville, partant du Lac-Saint-Jean, j'ai pisté toutes les adresses, confiant à de nombreuses boîtes vocales ma ferme volonté de retrouver Édith. Avec succès. Lorsqu'elle a téléphoné tout est devenu lumineux. Jamais je n'ai ressenti le creux des 32 ans passés.

Depuis, nous avons accumulés des souvenirs. Elle adorait les bleuets chocolatés des Pères Trappistes. Jadis, sa friandise favorite était la kit-kat; j'en ai toujours conservé dans mon congélateur... pour quand elle viendra. 

Si patiente quand il s'agissait de coudre et même de faire de la dentelle, elle n'aimait pas tellement écrire.

– Écris-moi au moins un mot. Juste un mot, disais-je.

Peu après, mon facteur me livrait une lettre. Page unique sur laquelle il n'y avait qu'un seul mot : Édith.

Nous avons passé de longues et belles heures à marcher au Jardin botanique de Montréal. J'ignorais que le prochain rendez-vous serait contrarié par mon cancer. Nous avons partagé du chocolat aux noisettes à chaque halte sur un des bancs publics sans savoir que nous ne nous reverrions plus jamais. Le cancer venait de trouver une autre proie.

La veille de sa mort, elle a fait promettre à Marie de me prévenir et de me dire qu'elle m'attendait. Trop tard déjà. Et je pense à tout ce que je n'ai pas eu le temps de lui dire. Ces souvenirs que j'évoque ici, mais surtout la place immense qu'elle avait dans mon cœur. L'importance qu'elle a eu dans ma vie. 

L'amitié est une relation d'amour. C'est une magie où deux êtres s'acceptent sans rien attendre. Une âme sœur. Un cadeau magnifique de la vie. Un privilège. Et cela n'a pas de fin. Même la mort ne peut tuer ce lien. 

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Édith à gauche derrière moi. Nous avions 18 ans et notre classe célébrait la fin de l'année scolaire par une croisière à Tadoussac, payée à même les profits d'un spectacle que nous avions donné à l'école Lafontaine.