Aucun message portant le libellé Théâtre. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Théâtre. Afficher tous les messages

samedi 25 avril 2015

LES CLOWNS NOIRS, 10 ANS DÉJÀ !


À ne pas manquer, ce soir. Pour réserver, cliquer ICI

Qu'y puis-je? Les Clowns noirs m'ont séduite. Un coup de foudre ressenti, il y a dix ans, qui a évolué en une affection ne craignant qu'une chose : qu'ils disparaissent.

Jamais je n'oublierai ma première entrevue avec ce quintette. Leur folie contagieuse n'avait d'égale que leur authenticité, leur volonté d'exister... si possible sans concession.

Hier soir, j'ai assisté à la Prestigieuse cérémonie des Austères d'Or, ce gala très particulier, pur Clowns Noirs. Non pas gala du n'importe quoi, mais un gala de l'importe tout. Car derrière leurs pitreries, le comique dissimule bien des grincements de dents. Ils enrobent d'un miel rieur les coups de dents qui nous font pourtant rire... jaune.

L'autodérision est une de leur grandes qualités. Se moquant d'eux-mêmes, comment leur reprocher de se moquer de nous? Nous qui n'avons bien souvent d'autre choix que de coiffer le chapeau. Car, les Clowns Noirs dénoncent. Avec raison. S'appropriant, sous le masque, le célèbre trait d'Émile Zola : J'accuse. Car, tout comme à cette époque, le mensonge, l'hypocrisie et la lâcheté sont, hélas!, encore notre réalité.

Entendre les Clowns Noirs, serait-ce de savoir encore vivante notre capacité de ne pas se soumettre?


Les trophées des Austérités d'or


À défaut d'un trophée, qui leur a échappé à la dernière minute, entre les mains talentueuses de leur complice de longue date,  j'ai rassemblé quelques uns de mes écrits les concernant. Qu'Orage sur Océan soit la mer où naviguent le souvenir de ces dix années ponctuées des Clowns Noirs.
 
2011 – Mon article dans Zone occupée


Inclusion/exclusion
Les Clowns Noirs

Les Clowns Noirs, c’est l’improbable devenu l’incontournable. Ils sont au théâtre comme un nordet vivifiant fouettant l’indolence citoyenne qui retrouve une voix tonitruante pour clamer sa révolte. C’est bien là le coup de maître des Clowns Noirs : réaffirmer la vocation pamphlétaire du théâtre, armer les mots d’humour cinglant. Tant et si bien que les rires favorisent l’inclusion du public dans ce tir répété contre l’exclusion des artistes de la pensée politique.

Peut-on vivre du théâtre en région? Auraient-ils voulu trouver une réponse à cette question en surgissant du Faux Coffre l’année 2005, les cinq comédiens ne pouvaient mieux nous confronter à la vraie question : peut-on vivre sans théâtre en région?

Certes non, réplique-t-on dans un cri unanime. Et pourtant, rétorquent à leur façon Trac, Diogène, Grossomodo, Contrecœur et Piedestal, ce sont les comédiens qui en paient le prix.

Dès leur toute première production, La Farce de maître Pierre Patelin, le caractère unique et authentique du Théâtre du Faux Coffre s’est campé sur la scène régionale. Leur parodie de ce grand classique repose sur un jeu de scène où le talent n’exclut pas l’irrévérence, où le propos mordant s’allie à l’humour pour décrire la précarité des praticiens de l’art et la surdité, voire la vindicte de l’anti culture manifeste d’une certaine opinion publique qu’il surnomme dans leurs pièces « la brigade anti-culture ».

Si leur esprit vit et vibre du théâtre, les comédiens en région acceptent d’en survivre seulement. Les Clowns Noirs n’en font pas pour autant l’essentiel de leurs propos, plongeant plutôt, et sans retenue, dans une réalité socio-politique-culturelle qui nous concerne tous. Théâtre miroir, le Faux-Coffre reflète les vérités pas bonnes à dire. Théâtre engagé, oh! combien!, dont la force réside dans une haute voltige ludique où cohabitent avec bonheur l’esprit de répartie et le burlesque, l’humour noir et la pirouette hilarante.

Leur succès tient à la forte personnalité des personnages. Chaque clown endosse des caractères bien définis, caricatures amusantes et si drôles qu’elles autorisent des libertés là où d’autres seraient taxés d’excès. Diogène (Martin Giguère), l’intellectuel de service; Trac (Patrice Leblanc), preux chevalier brandissant son bâton toujours prêt à pourfendre les ennemis du bien; Piedestal (Pascal Rioux) le souffre douleur de ses acolytes, l’incarnation du mal-être absolu; Grossomodo (Pierre Tremblay) le naïf et pourtant ingénieux débrouillard; Contrecœur (Éric Laprise) l’endormi permanent, paresseux qui titille la patience des autres. Chacun joue tel un instrument de musique, quintette trouvant son harmonie dans le chaos. Cacophonie explosive sur le rapport de l’art et de son milieu, sur l’indépendance de la pensée de l’artiste et sa dépense de l’organisme culturel qui le soutient.

Si l’autodérision qu’ils pratiquent amuse, l’efficacité de leurs traits, même les plus vitrioliques, trouvent écho parmi les spectateurs : la culture touristique plutôt que la culture artistique, la pauvreté des artistes nourrissant le préjugé qu’ils ne créent qu’avec leurs tripes, l’augmentation des frais de scolarité visant à développer la surdité et l’aveuglement de la masse ou la fermeture des régions dont l’esprit rebelle dérange l’orchestration du nivellement culturel des métropoles.

Le Théâtre du Faux Coffre s’est imposé en détournant le clown souriant de son rôle d’amuseur public pour le transformer en clown noir dénonciateur de l’acculture des uns, pourfendeur de l’inculture envahissante qui en découle. Incontournables Clowns noirs… Surtout indispensables!

Christiane Laforge, 2011

 
2009 –  Le Clown noir au Masque de Fer (10 représentations)

Le Clown noir au masque de fer

Décidément, ils sont uniques. Les Clowns Noirs ne se comparent même pas à eux-mêmes. De pirouettes verbales en pirouettes physiques, ils parviennent à chevaucher un même thème sans nous lasser.

Après des années de combat contre la brigade anti-culture qui avait pour mission d’empêcher la diffusion d’œuvre théâtrale en région (La Farce de Pierre Pathelin), traversant les salles désertes sans perdre leur détermination (En attendant le Déluge), revisitant les écrits de Shakespeare pour livrer une irrésistible version de Roméo et Juliette réglant le sort à la brigade anti-culture sans craindre la prison, ils avaient finalement retracé le tout premier clown noir, alias Barabbas, dans un jeu volontairement plus près du théâtre conventionnel.

De 2005 à 2008, les cinq clowns du Théâtre du Faux coffre ont livré le rire à provision devant des salles de plus en plus fréquentées.

Le talent de ces joyeux lurons ne pouvait nous être exclusif. Chacun se devait d’explorer d’autres scènes, d’autres répertoires et d’autres espoirs. Dès lors, il leur fallait nous convaincre du sérieux de leur adieu. Mais comment les exterminer? Sinon dans un ultime éclat de rire plein de leur impétuosité comique, ingénieusement dissimulé sous un masque de fer.

Mercredi 25 novembre 2009, lors de la grande première mondiale - pourquoi jouer modeste? – de la dernière aventure des Clowns Noirs, Le Clown noir au masque de fer, je savais qu’ils bénéficiaient d’un a priori propice à l’indulgence. Car une première c’est le coup d’envoi d’une œuvre qui ne cessera de s’améliorer. L’intensité de se retrouver sur scène face au public  est souvent proportionnelle à l’angoisse ressentie sur les réactions de ce même public. J’avoue n’avoir aucune envie de me souvenir des points faibles de cette production, trop occupée que je suis à rire encore de certaines scènes qu’eux seuls peuvent se permettre.

Sans trahir leur effet, mentionnons la remise de l’épée au roi. Une réplique tout à fait inattendue mais d’une grande efficacité… Dans tous les sens (Il faudra voir pour comprendre).

Le Théâtre du Faux coffre transforme sa « pauvreté » en richesse, compensant la modestie de leurs décors, des accessoires et des costumes par une ingénieuse interaction entre les personnages et les comédiens. Ils sont les Clowns Noirs, personnages fictifs d’une mise en scène et six comédiens (avec Christian Ouellet, leur complice depuis Barabbas), sans cesse en équilibre entre le jeu théâtral et le jeu d’une camaraderie séduisant tout en déstabilisant le public. Cette particularité des Clowns Noirs leur est propre. Ce qui les rend uniques.

Qu’on ne s’y trompe pas, Le Clown noir au masque de fer est une histoire plus forte qu’elle ne paraît. La réflexion est bien présente, la critique sociale et politique atteint ses cibles et les trouvailles nombreuses exigent toute notre attention.

J’ai aimé toutes les productions du Faux coffre. Mais plus particulièrement leur Roméo et Juliette. J’en ai parlé sur ce blogue, ici. Cette dernière aventure réunit les qualités de tout ce qu’ils ont fait depuis leurs débuts. Christian Ouellet, sans être un clown noir a su parfaitement s’intégrer au groupe et, dans cette pièce, ajoute à notre plaisir par sa performance.

Les représentations ont lieu à la salle Murdock du Centre des arts de Chicoutimi, à 20h du mercredi au dimanche jusqu’au 6 décembre. Par prudence, mieux vaut réserver. Voir l’affiche plus haut.
 
2007 – Roméo et Juliette de William Shakespeare (22 représentations)

Les Clowns Noirs s’attaquent à Shakespeare

CHRISTIANE LAFORGE
claforge@lequotidien.com

CHICOUTIMI (CL) - Il faut s’attendre au mieux... les Clowns Noirs s’attaquent à l’œuvre de Shakespeare. Leur adaptation de Roméo et Juliette allie les ingrédients qui font, disent-ils, le succès du hockey : passes, violence et nourriture. «Notre Roméo,  c’est la même chose, mais en contraire : nourriture, violence et passes. » Spécialistes des salles vides, devant lesquelles ils manient les répliques avec tant de brio qu’ils peuvent convaincre trois spectateurs qu’ils sont des centaines, les Clowns Noirs incarnent le théâtre originel. Irrésistibles!

Hier matin, en conférence de presse au centre des arts et de la culture de Chicoutimi, le quintette du Théâtre du Faux-Coffre a joué une scène extraordinaire de l’anti conférence de presse. Ils pratiquent avec humour l’art subtil de ne pas répondre aux questions qui sont, de toute façon, impossibles à poser. Taquins, bruyants, remuants, jamais irrévérencieux même quand ils ironisent - «... on suit le modèle des compagnies qui reçoivent des millions en subventions et ne payent pas les comédiens » -  ils promettent un drame amoureux sanglant dans le pur style shakespearien, « Des gens s’aiment, des gens se tuent... »,  mais relevé, sans nul doute, avec l’humour épicé des Clowns Noirs auxquels ont doit la mémorable  Farce de Maître Pathelin.

«On peut s’attendre à tout et même à rien. Ce sera à la hauteur des Clowns Noirs» conclut le clown parlant.

À l’instar des deux précédentes productions du Théâtre du Faux-Coffre, Roméo et Juliette amorcera une tournée régionale, incluant le  circuit culture-éducation dans les écoles. Les projets foisonnent dans la têtes des cinq comédiens qui, sans renoncer à leur idéal, lorgnent vers une incursion possible dans un style de théâtre plus « classique ». Pas question cependant de fermer le couvercle du faux coffre, trop précieux pour sauvegarder la parole revendicatrice des Clowns Noirs. Des comédiens qui n’ont de cesse, depuis trois ans, de clamer leur adhésion indéfectible à un théâtre en région accessible à tous, à un théâtre engagé, traqué par la «brigade anti culture» dont la force de frappe  n’atteindra tout de même pas notre patrimoine commun « en détruisant la Maison Lévesque de Chicoutimi », ironisent-ils. 

Roméo et Juliette des Clowns noirs
Un grand éclat de rire

CHRISTIANE LAFORGE
claforge@lequotidien.com

CHICOUTIMI (CL) - L’esprit mordant des Clowns Noirs nous offre un grand éclat de rire. Une belle façon de terminer l’été qui leur a valu trois rappels lors de la première de Roméo et Juliette, jeudi soir, à la salle Murdock de Chicoutimi. « On peut s’attendre à tout et à rien » avaient-ils lancé en conférence de presse. Ce rien-là a beaucoup de substance!

Dilemme!

Comment raconter cette étonnante prestation théâtrale sans ruiner l’effet de surprise? Que faut-il taire alors que l’on voudrait tout souligner? Les admirateurs du Théâtre du Faux-Coffre avaient bien compris que la version clownoiresque de Roméo et Juliette de Shakespeare laisserait l’amour aux amoureux pour cibler davantage la guerre opposant deux univers antagonistes.

Rita Bella, fille du redoutable chef de la brigade anti-culture et le comédien Contrecœur, de la famille des Clowns Noirs, s’aiment éperdument. Vexé de cette mésalliance, le père de Rita Bella  veut réduire au silence les bruits expressifs de leur amour. Pour soulager l’insoutenable douleur du deuil, les Clowns Noirs crient vengeance. Sourds aux sages conseils de Diogène, ils complotent un attentat contre la tour dressée sur les ruines de l’ancienne Maison Lévesque, symbole de l’anti-culture qui n’a de cesse de contrôler toute forme d’expression artistique.

Mordre de rire

Pièce de théâtre pamphlétaire, Une histoire d’amour des Clowns Noirs Roméo et Juliette de William Shakespeare tient un feu nourri de sarcasmes, de moqueries. Les pirouettes verbales, aussi nombreuses que les pirouettes physiques, lancent des traits terriblement efficaces à l’égard d’une politique culturelle  qui n’inquiète pas seulement nos amis comédiens.

Leur parodie de l’oraison « subventionnons la culture » en guise d’ora pro nobis en est un bel exemple. Ne mentionnons que cette allusion  : « Pour les parents qui ont des enfants artistes, subventionnons la culture » , allusion rapide au coût exigé pour pallier à l’absence de cette formation dans nos écoles.

Avant de s’attaquer aux autres, les clowns s’attaquent d’abord à eux-mêmes. Ainsi, dès le début, recréant l’ambiance d’un salon mortuaire, ils font l’éloge funèbre de l’un d’eux disant: « Trac, le fait que l’on ne retrouve pas ton corps prouve ton manque de présence sur scène. »

L’autodérision amuse le public qui réagit à tout. L’efficacité de leurs traits, même les plus vitrioliques, trouvent certainement écho parmi les spectateurs qui, fait rare en pleine représentation théâtrale, applaudissent à de nombreuses répliques.

Exaspérés par la brigade anti-culture, les Clowns Noirs font flèche de tout bois : la culture touristique plutôt que la culture artistique, la pauvreté des artistes nourrissant le préjugé qu’ils ne créent qu’avec leurs tripes, l’augmentation des frais de scolarité comme moyen de développer la surdité et l’aveuglement de la masse, la fermeture des régions dont l’esprit rebelle dérange l’orchestration du nivellement culturel des métropoles.

Parmi les blessures éprouvées par ces comédiens, il y a la destruction de la maison patrimoniale de la rue Racine « pour faire une tour qui fera de l’ombre... ajoutant plus loin, ...car mépriser les gens de haut c’est mieux. »

Le rythme

Le spectacle se déroule par tableaux successifs. Pas toujours facile de préserver le tempo avec intensité, malgré le rythme rapide entre les changements de scène. C’est le seul et très anodin point faible de cette performance le soir de première. Rien qui nous empêche de savourer les nombreuses perles lancées avec générosité: « Est-ce que vous savez chanter par hasard ? demande le distributeur de chèque. « Je ne chante pas par hasard mais par passion. », lui répondra-t-on.

La passion est le mot clé de cette troupe de théâtre. Ils faut les voir absolument. Il n’y a qu’eux pour donner de l’élégance au vol d’un vautour, une de leurs nombreuses trouvailles hilarantes.
Les Clowns Noirs font salle comble

CHICOUTIMI (CL) - On ne rit plus... les Clowns Noirs font salle comble. Leur troisième production Roméo et Juliette une histoire d’amour des Clowns Noirs se joue à guichet fermé depuis plusieurs soirs. Le nombre des spectateurs est allé crescendo dès le lendemain de la première. « On parle de 106 réservations pour un soir, explique Patrice Rioux, en plus des personnes qui n’ont pas réservé et qui sont étonnées quand il n’y a plus de place. »

Heureux comme des « fous » , les clowns annoncent des supplémentaires pour février, après les représentations de ce soir et demain, à la salle Murdock du Centre des arts de Chicoutimi. Impossible d’en ajouter dans l’immédiat, quatre des comédiens font partie de la distribution du Capitaine Fracasse. Or, cette excellente production des Têtes heureuses sera jouée au Festival Zones Théâtrales 2007,  présenté par le Théâtre français du Centre national des Arts, du 6 au 15 septembre à Ottawa.

Le Théâtre du Faux Coffre vit un bel été affirme Pascal Rioux, de plus en plus optimiste devant un calendrier de représentations qui se noircit allègrement sous la demande croissante. « Les écoles veulent nous avoir », confirme le comédien. La pièce En attendant l’dégât d’eau poursuit sa destinée en passant par Roberval le 20 novembre prochain. Roméo et Juliette reviendra en février, pendant trois semaines dans les écoles dans le cadre du programme éducation.  Les clowns joueront le jour devant les élèves et, le soir, ouvriront la salle Murdock au grand public.

2006 – En attendant l'dégât d'eau (62 représentations)

CHRISTIANE LAFORGE
claforge@lequotidien.com

CHICOUTIMI (CL) - Le Théâtre Le Faux coffre reprend les représentations de sa seconde production En attendant l'dégât d’eau. Depuis jeudi, les clowns noirs  occupent la salle Murdock du Centre de la culture de Chicoutimi où ils relatent leurs mésaventures.

Complètement fauchés et affamés, les comédiens annoncent qu’ils abandonnent le théâtre pour vivre d’autres expériences à travers le monde entier. De nouvelles professions s’offrent à eux, à moins que ce ne soit eux qui s’offrent à elles: clown sans frontières, clown de rodéo, clown de cirque, chacun subissant les conséquences d’une passion impossible à vivre parce qu’il faut d’abord penser à sa survie.

Le désir refoulé les poussera à reprendre le chemin du cœur où ils ne reculeront devant rien pour accomplir leur  unique rêve: faire du théâtre. Martin Giguère (Diogène), Éric Laprise (Contrecœur, Patrice Leblanc (Trac), Pascal Rioux (Piédestal), Pierre Tremblay (Grossomodo) ne craignent pas de provoquer le débat sur la condition des gens de théâtre. Ils jouent du théâtre bien sûr, tout en mettant en relief les déboires d’une telle passion. Ils le font avec conviction et beaucoup de talent.



Les Clowns Noirs : Diogène (Martin Giguère), Grossomodo (Pierre Tremblay), Trac (Patrice Leblanc), Piédestal (Pascal Rioux), Contrecoeur (Éric Laprise)


2005 – La Farce de Maître Pierre Pathelin 
               avec prologue et intermèdes clownesques noircis (37 représentations)

Progrès-dimanche
Arts-Télé, dimanche 26 mars 2006, p. B3

La portée sociale du théâtre
Toute la richesse d'un baluchon

Laforge, Christiane

CHICOUTIMI (CL) - Les cinq clowns du Théâtre du Faux Coffre croient à la portée sociale du théâtre. Issus du théâtre de rue, ils tiennent à en préserver le caractère à la fois ludique et engagé. Dans leur baluchon, ils transportent toute leur richesse: leur talent de comédien additionné des dons particuliers à chacun.
 
Leur nom de clown est très révélateur de la personnalité qu'ils endossent. Pascal Rioux, le dernier arrivé dans la compagnie, se prête volontiers aux taquineries de ses confrères. « Je suis la tête de turc », constate-t-il avec philosophie, mais aussi le clown Piédestal à l'affût de la moindre opportunité sonnante.

Éric Laprise, alias Contrecœur, se dit le paresseux de service, le bon vivant qui ne manque pas d'idées. L'intellectuel du groupe, l'auteur Martin Giguère, a souvent raison. Ce Diogène se glisse dans la peau d'un prétentieux que peuvent contester en chœur ses acolytes. Trac, le revendicateur attitré, est Patrice Leblanc. Porte drapeau du quintette, il crée l'équilibre entre leur idéal engagé et le côté ludique de Grossomodo, Pierre Tremblay, le fantaisiste ingénieux qui se complaît à jouer les naïfs.
 
Sans subvention, sans argent, ils rivalisent de trouvailles pour faire beaucoup avec peu. Il faut voir comment ils utilisent chaque accessoires pour créer l'illusion. Formés à l'école de l'improvisation, ils sont aussi à l'aise dans le classique que la création, chacun jonglant avec l'instantanéité en véritable saltimbanque verbal.

Aller vers le public

Les Clowns Noirs ciblent tous les publics. Dans la rue ou sur scène, dans les écoles ou les congrès, rien ne les rebute. Ils ont créé une compagnie pour faire le théâtre qu'ils aiment, sans pour autant se fermer aux ouvertures possibles au sein des distributions des autres productions. Tous sont familiers avec la plupart des compagnie de théâtre de la région. Une de leur grande préoccupation est d'ouvrir les portes dans un sens ou dans l'autre pour aller vers tout public ou l'amener à eux. Les écoles sont au centre de leur mire car ils sont de la génération des orphelins de la culture. « De toute ma vie du primaire et du secondaire je n'ai jamais été voir une pièce de théâtre », confie Pierre. Ils revendiquent en chœur une place plus grande pour les arts à l'école. 

Encore sous le choc du dernier boycott des sorties culturelles des enseignants, ce n'est pas tant la perte de revenus pour les artistes qui les affectent que la pensée de tous les enfants ainsi privés d'une formation qu'ils jugent essentielle.

« Le revenu moyen des comédiens est de 6000$ à 8000$. Le plus dramatique, c'est qu'ici (au Québec) on ne valorise pas la culture. Elle est gérée comme n'importe quelle entreprise, alors que ça ne devrait pas être comme cela. »

Ce qu'ils déplorent, c'est que les personnes qui travaillent dans le milieu de la culture, du moins celles qui occupent des fonctions clés, n'ont pas toujours une véritable formation d'artiste. Davantage gestionnaires que créateurs, ils gèrent en administrateurs plus qu'en défenseurs des arts. Ainsi peut-on citer en exemple le versement de 2,5 millions $ par le CALQ aux organismes culturels pour compenser partiellement les pertes causées par le boycott.   « Mais les artistes, individuellement, qui n'ont pas travaillé, qu'est-ce qu'ils auront? », questionnent-ils.

Jouer et créer

Jusqu'au 1er avril, le Théâtre du Faux Coffre présente la Farce de Maître Pathelin au Centre des arts et de la culture de Chicoutimi. Après quoi il se consacrera à une nouvelle production pour la saison estivale. Une vision très clownesque du 10e anniversaire du déluge. Sans compter les contrats à venir dont l'Expo science Pan Canadienne et quelques salons.

Quelle que soit la manière, leur crédo est l'importance de la culture. Au point d'y consacrer leur vie. Au risque d'être pauvre. S'il fallait leur prêter des mots, on peut dire: il vaut mieux être pauvre et heureux que riche et inculte. Il vaut mieux avoir les yeux de l'esprit ouverts que de vivre dans l'obscurité et le dénuement de l'ignorance. À les entendre, ces clowns heureux, on constate qu'ils font partie de cette fratrie du théâtre qui, par la voix de « Victor Hugo Rascón Banda », déclare: « Le théâtre est un acte de foi dans la valeur d'une vérité judicieuse dans un monde fou. C'est un acte de foi dans l'humanité, responsable de son propre destin. »

***

Autres textes sur Orage sur Océan:

http://oragesurocean.blogspot.ca/2014/03/ma-vie-en-theatrascope-de-patrice.html 

http://oragesurocean.blogspot.ca/2011/02/le-contre-cabaret-de-contrecur.html

http://oragesurocean.blogspot.com/2010/04/patrice-leblanc-rire-noir-de-trac.html

http://oragesurocean.blogspot.ca/2009/11/le-clown-noir-au-masque-de-fer.html

http://oragesurocean.blogspot.ca/2007/08/arts-samedi-18-aot-2007-p.html

Le site officiel du Théâtre du Faux Coffre : http://www.fauxcoffre.ca/index.html


 Bonne nouvelle, la grande soirée des Austères d'Or avait pour but de recueillir des fonds qui serviront à une nouvelle production du Théâtre du Faux Coffre. Encore dix ans ? Je nous le souhaite.


***



samedi 1 mars 2014

Ma vie en théâtrascope de Patrice Leblanc : un spectacle coup de poing

Trac - Clown Noir
Patrice Leblanc

Je pourrais reprendre mot pour mot le commentaire écrit en 2010 sur Ma vie en théâtrascope, version I du spectacle de Patrice Leblanc, le Clown Noir qui monte sur scène comme un gladiateur prêt à se battre à la vie à la mort.

J'écrivais en 2010 :
Ma vie en théâtrascope, spectacle en solo du Clown Noir Trac est une performance pamphlétaire où le rire permet de ne pas exploser. Un rire noir plus que jaune, mais rire tout de même pour ne pas pleurer. On quitte la salle, perturbé certes, mais très content de n’avoir pas raté ce rendez-vous avec une voix qui ose dire.

Hier soir, 28 février 2014, à la salle Murdock du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi, face à une salle presque comble, Trac est revenu plus percutant que jamais. Pas besoin d'avoir vu la première version. La seconde relate également toute la vie imaginaire du personnage. Imaginaire??? Il nous entraîne quelque part au siècle dernier, dans un univers intemporel dont les évènements ressemblent à nos souvenirs tout en s'intégrant tragiquement dans la réalité présente.

 J'écrivais en 2010 :
Rebelle assumé, Patrice Leblanc prend le risque de l’indignation. Ne faut-il pas de l’audace en ces temps du langage épuré de toute provocation, ère aseptisée du «politiquement correct», pour saisir à bras le corps toutes les vicissitudes.

« Le jour de ma première opposition fut ma naissance » relate Trac. En vain, le bébé refuse de quitter la chaleur du ventre maternel. Il n'est pas dupe. On peut bien chanter : 
« C'était au temps ou le Saguenay t'aimait », il pressent que la vie ne sera pas une partie de plaisir à cette époque où la définition du bon citoyen se résume à « quelqu'un qui ne fait rien pour que ça change. »

 J'écrivais en 2010:
Qui connaît les Clowns noirs ne sera pas surpris de la scénographie où un homme seul sur scène se multiplie en personnages de tous âges, masculins ou féminins. Quelques planches coiffées prennent figure humaine, une planche à repasser devient civière et lit, une simple corde à linge assure l’évocation des lieux (cuisine, institution, prison). La scène de Trac ne renie rien du théâtre de l’enfance où l’imagination prête forme et caractère à l’objet selon les besoins de l’histoire à vivre.

Et quelle histoire! Celle de Trac dont la naissance annonce le destin d’un insoumis. Et tout y passe : la tendresse et la violence, l’amitié et l’abus, la rébellion et la répression, la volonté farouche de vivre libre et la chute de l’ange, l’espoir et la guerre, la vie et la mort. Patrice Leblanc a puisé à pleines mains dans l’actualité pour raconter la vie de Trac en théâtrascope. Pas besoin d’inventer. Il suffit de s’emparer des faits évoqués chaque jour par nos médias. Trac, le bien nommé Clown noir, nous montre que ce ne sont pas les clowns qui font des pitreries.  

 « Je vais faire de chaque temps présent un évènement » défie Trac en réponse à la résignation à la souffrance, invoquée par le prêtre aux funérailles de son premier amour. On croirait entendre Patrice Leblanc. 

Il faut voir, entendre, revoir même Ma vie en théâtrascope. Du début à la fin, il s'agit d'une performance de haut calibre produite avec des moyens forts modestes qui en accentuent l'impact. Le numéro sur la désensibilisation amène une finale qui fait soulever la salle, à qui il adressera un dernier mot. De ces mots qu'il fait bon d'entendre.

Ce diable d'homme qui refuse de tolérer l'intolérable use d'humour, noir bien souvent, pour mieux bousculer toute tentation au conformisme. Le personnage de théâtre n'est jamais loin de l'homme vibrant. « J'avais mal à mon pays et puis, un jour quelque chose comme un miracle... » confie Trac. C'est peut-être lui le miracle.



Le bien nommé Clown Noir

****

vendredi 7 février 2014

La fille du Tambour-Major, pur délice!



La fille du Tambour-Major
Production 2014 de la Société d'art lyrique du royaume
© André-Anne Lachaine photographie


Si la générale de la 42e production de la Société d’Art lyrique du royaume est déjà un régal, que sera la grande première ce soir?

Un rythme vif, une mise en scène rigoureuse, un jeu théâtral impeccable, une suite de tableaux équilibrés, de l’action et une distribution où chacun parvient à nous convaincre être le meilleur.

Photo © Andrée-Anne Lachaine photographie

Dès le premier acte, le ton est donné. C’est enlevant, souvent drôle, parfois coquin. L’oreille ravie par la musique, le spectateur est entrainé dans le plaisir d’un opéra comique où s’entrechoquent avec bonheur histoires d’amour et de guerre. Sur la scène jeudi soir 6 février 2014, sans doute parce qu’ils n’avaient pas tout le poids d’une première devant une salle comble, choristes et solistes semblaient s’amuser ferme et cela fut contagieux.

Une nuit plus tard, je me demande quel fut le meilleur moment? Ce qui est remarquable dans cette production saguenéenne, menée de main de maître par Dario Larouche à la mise en scène ainsi que Louise Bouchard à la direction artistique et Céline Perreault chef de chœur, c’est la permanence de la qualité qui se manifeste du début à la fin. Et pourtant, la barre est haute dès le premier acte qui se passe dans le jardin d’un couvent de Biella en Italie, alors que l’espiègle Stella fait miroiter à ses sœurs le plaisir de croquer la pomme. Si l’on demeure attentif, on comprendra tôt qu’il y a très souvent un deuxième sens au propos d’apparence anodine. Cela ajoute à la saveur de ce joyeux moment.


© Andrée-Anne Lachaine photographie
© Andrée-Anne Lachaine photographie

Les choristes et acteurs sont très présents sur scène. C’est d’ailleurs un des points forts de cette 100e opérette d’Offenbach, d’autant plus qu’ils jouent aussi bien qu’ils chantent. Une prestation qui n’a rien d’amateur.


Diane Doré (soeur supérieure) et Isabeau Proulx-Lemire (le duc Della Volta)
© Andrée-Anne Lachaine photographie

La soprano Diane Doré dans le rôle de la Sœur supérieure illustre bien à quel point le talent foisonne au royaume. Christian Ouellet, dans la peau du Marquis Bambini, jongle toujours aussi efficacement avec le chant et le loufoque. On se souviendra sûrement de son ineffable «Maiiiiiiiis nonnnnnnnnn.»

 Christian Ouellet alias Marquis de Bambini
© Andrée-Anne Lachaine photographie

Si le baryton Pierre-Étienne Bergeron a un rôle plus modeste au IIIe acte - Clampas, l’aubergiste de Milan chez qui se réfugient Claudine et Robert – il a le temps de démontrer la polyvalence de son talent de comédien et de chanteur. Une belle voix solide.

Le beau ténor, Isabeau Proulx-Lemire est méconnaissable dans la vieille peau du duc Della Volta. Il donne du panache à un personnage insignifiant anxieux de marier (vendre) sa fille au riche marquis soucieux de redorer son blason.

Duc Della Volta (Isabeau Proulx-Lemire), Monsignore (François-Olivier Campeau), Monthabor (Alexandre Sylvestre), Stella (Marianne Lambert)
© Andrée-Anne Lachaine photographie

Le ténor François-Olivier Jean, campé dans le rôle de l’amoureux éconduit par la truculente Claudine, aurait passé pour humble faire-valoir s’il n’avait pas créé une de meilleures surprises dans la scène hilarante du monsignore et neveu du gouverneur. Soudain, sa présence comme sa voix semblent avoir pris de l’ampleur.


Alexandre Sylvestre (Monthabor) et Nathalya Thibault (duchesse Della Volta)
© Andrée-Anne Lachaine photographie

Alexandre Sylvestre, baryton-basse, est irrésistible de charme dans le rôle de Monthabor, le tambour-major. Mari abandonné et père éploré à la recherche de sa fille qu’il retrouvera avec bonheur…quoique les retrouvailles provoqueront une réaction plutôt surprenante. Mais ne dévoilons pas. Laissons aux spectateurs le plaisir de prendre leur pied. Une très belle voix qui a du brio et de la profondeur.

Stella, son lieutenant (Dominique Côté), le duc Della Volta
© Andrée-Anne Lachaine photographie


Dominique Côté crée un lieutenant convaincant. Il avait confié devoir protéger sa voix lors de la générale afin de donner sa pleine mesure à la première de ce soir. Si, retenue, sa voix de baryton a cette puissance quel bel augure pour les prochaines représentations. Une voix chaude, ample et un jeu de scène très expressif.

Je ne chercherai même pas à comparer les trois sopranos. Toutes m’ont séduite. Stéphanie Lessard dans le rôle de Claudine est solide, puissante, un registre très riche. Sans omettre un talent de comédienne lui permettant d’aller très loin dans le baroque évitant de verser dans la caricature de ce personnage coloré.

Marianne Lambert crée une ravissante Stella, jeune, fougueuse, mutine, forte d’une voix qui se module à toutes ses fantaisies. Du cristal.

Griolet (François-Olivier Jean) et sa belle Claudine (Stéphanie Lessard) 
© Andrée-Anne Lachaine photographie



 Nathalya Thibeault duchesse Della Volta
© Andrée-Anne Lachaine photographie


Je l’avoue, j’ai craqué pour Nathalya Thibault. Un rôle à sa mesure que celui de la duchesse Della Volta. Elle joue avec audace, sans pudeur, sans mièvrerie et elle chante, d’une voix très belle, avec un aplomb qui nous comble. Il faut la voir dans ce simple va-et-vient de sa première scène. On ne parvient pas à la quitter des yeux tellement elle a de la présence. Tout son corps parle, vibre et communique une irrésistible envie de s’emparer de l’espace avec gourmandise.

Sur toile de fond de la campagne d’Italie, quelques jours avant la bataille de Marengo, l’arrivée d’une troupe de soldats français émoustille autant qu’elle effraye les couventines qui fuient en oubliant Stella. Sa rencontre avec le lieutenant Robert va contrarier les projets de mariage caressé par le duc Della Volta déterminé à user de ses droits paternels. Contraint d’accueillir les Français dans son château, le lieu sera propice à faire surgir le passé. Dans un beau chaos d’émotions, les évènements se précipitent jusqu’à cette scène très puissante avec Stella, telle l’héroïne du célèbre tableau de Delacroix, qui nous entraîne vers une fin heureuse où l’orchestre, dirigé par Jean-Philippe Tremblay, nous emporte dans l’émotion avec Le chant du départ évoquant l’entrée de l’armée française dans Milan.

© Andrée-Anne Lachaine photographie

 Des décors sobres et très efficaces qui inspireront quelques réflexions amusantes au fil de la présentation. Des costumes, coiffures et maquillages très réussis. Les talents réunis de Christian Roberge (scénographe), Jacinthe Dallaire (costumière), Alexandre Nadeau (éclairagiste), Francis Bouchard (chef coiffeur).

À voir ce vendredi 7 février, ainsi que samedi et dimanche 8 et 9 février, à l'auditorium du Cégep de Chicoutimi.

****
Dans l'édition du Quotidien du 8 février, Roger Blackburn signe un texte fort élogieux au sujet de La fille du Tambour-Major de la SALR. (C'est par erreur que le texte de Roger a été attribué à Daniel Côté dans l'édition du Quotidien). Le lien ICI

Un très bon commentaire de Denise Pelletier sur son blogue Spécial du jour ICI 

****

Le coin d'une jeune fan

Christian Ouellet, Isabeau Proulx-Lemire accueillent Élika



Il n'est jamais trop tôt pour initier les enfants aux arts de la scène. Il faudrait plusieurs mains pour compter les spectacles que cette petite fille a déjà vu depuis sa naissance. Et elle en redemande. Alors, sous l'arbre de Noël, chaque 31 décembre, sa mamieke dépose une enveloppe lui promettant d'assister à l'opérette de la Société d'art lyrique du royaume.

À 4 ans, conquise par Les Brigands présenté en 2012 et plus encore par Marie-Ève Munger,   Élika Laforge est devenue fan des opéras comiques. En 2013, elle a applaudi Orphée aux enfers, osant demander la permission de rencontrer les chanteurs après le spectacle. Ce qui fut autorisé par la directrice générale Hélène Gaudreault. Cela lui a permis de recueillir plusieurs autographes, dont celui de son coup de cœur, le ténor Antonio Figuerga qui incarnait Orphée. Alors qu'elle remerciait le bel Antonio, celui-ci  a mis un genou au sol pour être au niveau de l'enfant et a pris ses mains dans les siennes pour lui répéter ce qu'il venait de lui écrire : « Élika, c'est à moi, c'est à nous de te remercier. Merci beaucoup de ta précieuse présence. »

Que croyez-vous que ma petite-fille espérait plus que tout après avoir assisté à la générale de La fille du Tambour-Major? Avec gentillesse, la directrice artistique Louise Bouchard, a invité Élika à la suivre à l'arrière-scène. Et voici quelques photos de ce beau moment.



Alexandre Sylvestre s'approche à son tour.


Des sourires qui s'entrecroisent

Marianne Lambert et Élika Laforge
Marianne Lambert voit s'approcher la photographe

Élika 6 ans, rencontre l'héroïne de La fille du Tambour-Major, Marianne Lambert
© Andrée-Anne Lachaine photographie

mercredi 6 juillet 2011

La légende d'Arthur Villeneuve

Production la Pulperie de Chicoutimi et Théâtre CRI
Émilie Gilbert Gagnon, Mélanie Potvin, Marilyne Renaud, Patrice Leblanc, Hélène Bergeron, 
Benoît Lagrandeur, Martin Giguère, lors de la grande première le 5 juillet 2011
© Photo Sylvain Dufour - Le Quotidien

L'inattendu était au rendez-vous ce mardi 5 juillet au Bâtiment 1912 de la Pulperie de Chicoutimi. En créant La légende d’Arthur Villeneuve, le Théâtre CRI a superbement illustré l’étonnante ingéniosité de nos auteurs, metteurs en scène, scénographes et comédiens. C’est la somme d’une expérience théâtrale qui s’est construite avec un talent certain, soutenu par une ténacité dont j’ai été l’heureux témoin pendant plusieurs décennies. Bravo!

Que de pièges se dressaient sur la route de ce projet imaginé par Guylaine Rivard alors que, visitant la Pulperie et son œuvre maîtresse la maison peinte d’Arthur Villeneuve, elle s’est laissée envahir par son aura colorée. « Un lieu extrêmement évocateur, écrit-elle, renfermant toute une somme de récits, de mystères ou de secrets qui m’apparurent soudainement comme une source intarissable d’inspiration. »

Nul doute, les spectateurs qui aborderont cette pièce sans a priori seront immédiatement emportés dans une fantaisie burlesque qui les conduira du rire au sourire attendri jusqu’à ce très beau moment où l’œuvre picturale d’Arthur se révèlera dans sa véritable dimension.

Pour d’autres, qui ont connu la famille d’Arthur et d’Hélène, la levée du rideau sera inévitablement précédée d’une certaine attente, d’une curiosité sur le comment raconter cette page de notre histoire artistique régionale. 

Souhaitant tout le bien possible aux artisans de cette aventure théâtrale, l’esprit demeure quand même prompt à la critique devant tout excès possibles, soit dans la caricature, la complaisance, la facilité ou le récit documentaire. L’auteur, Martin Giguère, a su éviter ces écueils. Il l’explique très bien ici : « Une légende est une histoire vraie qu’on déforme, qu’on amplifie par l’imagination. Il n’y a aucun mensonge dans une légende. Il n’y a que des pirouettes de l’esprit pour viser juste, pour divertir, pour faire saisir l’essentiel sans se prendre les pieds dans la réalité qui, elle, est rigide et sans compromis. » Cela définit parfaitement cette production théâtrale.

Tout se joue à l’intérieur d’un décor fait de draperies blanches suggérant une grande cuisine, avec ses portes et fenêtres derrières lesquelles se profileront les ombres de plusieurs personnages. Peu d’accessoires. L’essentiel. Assez pour faire illusion. Autour de la table, un couple s’affronte. La petite maison étouffe la femme qui harcèle son impassible mari afin de quitter cette demeure dont les murs ne cessent de gémir. « Les maisons qui craquen nous livrent ses secrets », dit-il pour la calmer. Une belle succession de tirades sur le chant des maisons nous est décochée tout de go. Le texte fourmille de répliques que l’on voudrait retenir. Elles nous tombent dessus en cascade, entre deux pitreries, tiraillés que nous sommes entre la subtilité des mots et la bouffonnerie du jeu qu’accentuent des costumes auxquels les bandes dessinées rigolotes ont tout à envier.

Le spectateur impatient de voir sur scène le célèbre couple, risque de trouver un peu longue cette entrée en matière sur la vente de la petite maison, ponctuée par le duel opposant les résidents à leurs voisins. Ceux-ci veulent à tout prix prendre possession des lieux. Le spectateur idéal, donc sans attente, y verra surtout une mise en scène clownesque, très physique, préparant le terrain pour le contraste voulu entre un voisinage hostile et l’arrivée du timide Arthur avec sa très autoritaire épouse.

Arthur (Benoît Lagrandeur) sympathise avec le
propriétaire de la maison de la rue Taché (Martin Giguère)
© Photo Sylvain Dufour - Le Quotidien

Benoît Lagrandeur crée un Arthur si vrai qu’on en vient à oublier le comédien. Voire même ne pas le reconnaître. On se laisse captiver par le personnage, si authentique, si entier. On se surprend à éprouver une grande tendresse pour son apparente docilité, ses silences et sa foi inébranlable en ce don qui l’habite. Une interprétation remarquable.

Hélène Bergeron campe une Hélène Morin impressionnante. Impossible de ne pas reconnaître cette maîtresse femme que la comédienne a su rendre avec justesse, sans jamais verser dans la caricature. Elle a mis en évidence le lien affectif réel, la connivence malgré son ton bourru avec cet Arthur qu’elle défendra contre tous dans le pire et le meilleur.

Affiche - Hélène Bergeron (Hélène Morin) et Benoît Lagrandeur (Arthur Villeneuve)

La transformation de l’humble barbier en peintre reconnu est habilement menée. C’est un très beau tableau qui se brosse sous nos yeux, tout en conservant à la pièce son ton burlesque avec le passage successif des personnalités qui ont joué un rôle majeur dans la carrière de Villeneuve.

La chute est habile. En deux mouvements on saisit la mort du peintre, le déménagement de la maison à la Pulperie et le dernier trait lancé aux détracteurs dont nul ne se souviendra, tandis qu’Arthur survit.
****


Une bonne critique de Roger Blackburn dans Le Quotidien : ici

Autre texte, sur le sujet dans le Voir : ici


On en parle à la télé : ici

Dario Larouche a la bonne idée de mettre le documentaire de l'ONF sur son Blogue Les clapotis d'un YoYo II : ici

mercredi 16 février 2011

Le contre Cabaret de Contrecœur


Hier soir, cinquième spectacle solo des Clowns Noirs. Au tour de Contrecœur de prendre ce beau risque de concevoir, écrire, mettre en scène et interpréter un solo : Le contre cabaret. La dernière représentation a lieu ce soir à la salle Murdock du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi.

Je tenais à voir les cinq solos. D’une part, pour soutenir leur projet de film, qu’ils espèrent réaliser avec les bénéfices de ces spectacles. D'autre part, parce que ces comédiens du Théâtre du Faux coffre m’ont sauté au cœur depuis leur tout début. Leur originalité, leur talent, l’esprit frondeur et engagé, leur audace et cet immense respect qu’ils ont toujours démontré à l’égard de leur public m’ont conquis à la première heure.

 Le parti pris que j’ai pour eux n’empêche pas pour autant de les regarder avec un sens critique. Ce serait les désavouer que de laisser croire qu’ils sont sans failles. Ce serait me renier que de prétendre que je n’ai pas d’a priori et que toute forme d’humour me procure le même plaisir. J’assume pleinement ma subjectivité sur cette tribune qui n’engage que moi.

Maintenant que j’ai assisté aux cinq solos, je compare inévitablement mes impressions, consciente qu’il y a des inégalités circonstancielles et professionnelles. 

Grossomodo - Pierre Tremblay

Le meilleur exemple est le solo de Pierre Tremblay : Pendant ce temps dans la tête de Grossomodo. Ne disposant pas d’une vraie salle de spectacle, le comédien a dû livrer sa performance dans un local ressemblant plus à une salle de classe, sans véritable éclairage, sans espace et, le comble, sans la présence de ses acolytes, plusieurs étant eux-mêmes en représentation sur une autre scène. Rien de propice pour créer une ambiance théâtrale, d’autant plus que son concept reposait sur l’interaction entre le public et sa « machine », dans une mise en scène proposant un cours sur le théâtre et ses différents éléments (musique, texte, effets spéciaux, humour). Un amalgame ingénieux, ludique, mais dépourvu de l’ingrédient essentiel : du contenu. Aurait-on assisté à une ébauche, à l’exploration d’un projet qu’on aurait pu se dire qu’il y a là un petit quelque chose qui mérite d’être poussé. Sans doute une histoire à suivre.

Contrecœur - Éric Laprise

Contrecœur a bouclé le quintuple solo avec Le contre cabaret. Pour la circonstance, après deux ans d’absence de la scène saguenéenne, il a fait appel à ses complices du Théâtre du Faux Coffre, Martin Giguère et Patrice Leblanc, ainsi qu’à Isabelle Boivin et Christian Ouellet. Une représentation très physique, reposant (lui qui est le clown dormeur) sur la capacité du public à le suivre dans ce monde imaginaire qu’il suggère. Roger Blackburn décrit très bien cette performance dans sa critique (ici) :


« On l'a vu ivre (en récitant Soir d'hiver d'Émile Nelligan), affamé, en feu, mort de froid comme un sans-abri, stressé, amoureux, relaxe, en pleine bagarre, à la pêche, dans une discothèque, au cœur d'un labyrinthe, faire l'amour et manger l'univers. […] Le sommeil de Contrecœur est cependant très agité, comme dans un cauchemar il change d'univers, la trame sonore et les éclairages, très réussis, sont le seul décor et nous transportent en différents lieux. On voyage vraiment dans ses rêves. »

De cette production, je retiens surtout le jeu du comédien, cette performance qui réussit à créer l’illusion. Mais comme pour le précédant, et cela ne concerne que mes attentes, le contenu n’a pas su me combler.

Je partage tout à fait l'analyse qu'en fait Denise Pelletier sur son blogue  




Avec  Le Compte bancaire de Piedestal, le souffre douleur du groupe a démontré qu’il avait du répondant. Sans doute la grande surprise de cette quinte théâtrale. Pascal Rioux a déstabilisé son public jusqu’à la toute fin de cette tragédie humoristique où le mal de vivre flirte avec le rire et le grincement pour, finalement, exploser et nous laisser pantois face à une conclusion brutale.



Brutal aussi a été le solo de Patrice Leblanc. Le plus percutant ainsi que je l’écrivais ici :
« Ma vie en théâtroscope, spectacle en solo du Clown Noir Trac est une performance pamphlétaire où le rire permet de ne pas exploser. Un rire noir plus que jaune, mais rire tout de même pour ne pas pleurer. On quitte la salle, perturbé certes, mais très content de n’avoir pas raté ce rendez-vous avec une voix qui ose dire. »  

Un spectacle coup de poing qu’on aimerait revoir. Tout comme celui de Diogène, prolifique homme de mots à l’intelligence fébrile autant que fertile. 


Martin Giguère pratiquant l’autodérision sur un texte de ses neuf ans. Une prestation enlevante à la Fabrice Lucchini, faisant crouler de rire un public ravi. Les lectures de Diogène en reprise le mercredi 23 février, à La Tourelle du Collège d’Alma, à l’occasion de Flash’fête. Irrésistible!

Je suis contente d’avoir pu assister aux cinq productions, car elles m'ont permis de découvrir le caractère unique de chaque Clown noir. Je m’incline devant ces cinq comédiens pour avoir été au bout de ce projet, relevant le gant à leur manière avec prestance. S’il est un souhait que je veux faire, c’est d’apprendre que, malgré leur carrière respective, le Faux Coffre nous livre encore plusieurs de leurs trésors. Vivement le film!

***