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dimanche 28 avril 2024

Jean-Pierre Ferland, l'immortel nous laissant tant de souvenirs majeurs.

  Mort ce 27 avril 2024, Jean-Pierre Ferland emporte avec lui un morceau de nos cœurs. Mais ils nous laissent un pan de notre histoire... de nos histoires... en 450 chansons dont nombreuses sont inoubliables.

Parmi mes souvenirs demeure le spectacle qu'il a donné au Palais municipal de La baie, le samedi 2 octobre 2004, accompagné de 204 choristes devant un public de plus de 2000 personnes.

Voici le texte publié dans l'édition du Progrès-Dimanche du 3 octobre :




mercredi 26 février 2020

LE GRAND DÉPART DU CINÉASTE JEAN-LOUIS FRUND


Photographe de grand talent, Jean-Louis Frund a accompagné Félix Leclerc dans ses tournées en France dans les années 1960 et est devenu cinéaste de la nature au début des années 1970 , bien avant que ce ne soit à la mode. PHOTOTHÈQUE LE SOLEIL


Le 29 janvier dernier, le cinéaste Jean-Louis Frund fermait les yeux sur cette nature qu’il a tant aimée et filmée. Un choix ultime, mettant fin aux souffrances d’une maladie fatale, accompagné qu’il était dans ses derniers jours de ses amours et amis.

Je n’aurai connu cet artiste qu’en cheminant sur la voie de l’amitié. J’écrivais ma peine devant l’imminence de la mort de Gatien Moisan, peintre et ami de longue date. Sous les mots de la réponse reçue, j’ai ressenti l’écoute attentive et la compréhension. Et pour cause! Nous vivions le même chagrin pour les mêmes raisons, alors que mon interlocuteur était le témoin de la dernière étape de la vie de son grand ami Jean-Louis.

En me parlant de lui, le sculpteur Roger Langevin me faisait découvrir ce cinéaste de talent, né le 5 janvier 1936 à St-Thomas Didyme.  Sa ville natale lui a consacré une page pour souligner la prestigieuse carrière du 9e enfants du couple Albina Perreault et Donat Gravel. Orphelin en bas âge, recueilli par un voisin dont il a pris le nom, Frund, Jean-Louis a débuté comme photographe de presse à Chicoutimi et à Montréal, métier qui lui a permis d’accompagner Félix Leclerc lors de sa deuxième tournée en France.   

« Producteur et réalisateur de plus de 47 films, Jean-Louis a reçu de très nombreuses distinctions, dont la médaille de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres qui lui a été remise par le ministre français de la Culture et de la Francophonie, Monsieur Jack Lang. Son plus grand honneur est certes celui d’être distribué dans 65 pays et vu par des centaines de milliers de téléspectateurs. »
 (Source)

En 1998, le cinéaste prend sa retraite mais non pas l’homme. « Ébéniste de talent, outre l'entretien et l'aménagement d'une forêt de 40 arpents, il a entrepris de ses mains une plantation de plus de 3800 arbres : 27 essences de feuillus et 8 essences de conifères. »

 Sur le site de la municipalité, on retrouve plusieurs liens pour sa biographie, sa filmographie et les honneurs reçus.

Roger Langevin

Le 29 janvier 2020, dernier jour de Jean-Louis Frund, Roger Langevin écrivait les paroles d’une courte chanson. Un texte sobre qui traduit bien cette intense émotion et aussi le désarroi au moment de l’adieu. Son ami, le compositeur interprète Claud Michaud (natif de Jonquière) l’a mise en musique. Ce jour, il m’a fait parvenir la version finale que je partage ici.


 
Chemise blanche, 
chanson écrite par Roger Langevin, le 29 janvier 2020,
mise en musique et interprétée par Claud Michaud
en guise d'adieu au cinéaste Jean-Louis Frund



Les médias ont été plus que discrets à l’égard de Jean-Louis Frund. Heureusement, un autre de ses amis, Claude Villeneuve, biologiste, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi et chroniqueur au journal Le Quotidien a livré un beau témoignage à la mémoire du réalisateur, dont voici un extrait :

Claude Villeneuve
 […] Être rédacteur n'est pas un métier facile, j'en conviens. D'autant plus qu'avec mon équipe de l'époque, nous avons eu la chance d'écrire les bandes sonores d'une série de 13 films de la série Histoires naturelles de Jean-Louis Frund. Je vous en parle aujourd'hui, car le mercredi 29 janvier, atteint d'un cancer incurable, il a demandé l'aide médicale à mourir pour aller voir ailleurs la nature d'un autre œil. 

Jean-Louis Frund fait partie des personnes exceptionnelles que j'ai pu côtoyer durant ma carrière. Natif de Saint-Thomas-Didyme et orphelin très tôt, il a été élevé par un voisin d'origine helvétique qui vivait dans le même rang. Né Gravel, il a pris le nom de son bienfaiteur. 

Photographe de grand talent, il a accompagné Félix Leclerc dans ses tournées en France dans les années 1960 et est devenu cinéaste de la nature au début des années 1970, bien avant que ce ne soit à la mode.

Il a produit 47 films en carrière, la plupart avec la complicité de son ami, l'éditeur Clément Beaudoin. Le cinéaste aventurier a fait des expéditions dans l'Arctique, en Alaska, à l'île de Sable et un peu partout dans la forêt boréale pour y filmer le comportement des animaux. Avec du matériel cinématographique qui paraîtrait aujourd'hui antédiluvien, il a ramené des images exceptionnelles. Les films de Jean-Louis ont été vus par des centaines de milliers de personnes dans une soixantaine de pays à travers des diffuseurs prestigieux comme Discovery Channel. 

J'ai la chance de fréquenter Clément et Jean-Louis depuis 25 ans. J'ai beaucoup appris en leur compagnie. Un grand homme nous a quittés.  (version complète ici )

****

Voici des notes biographiques trouvées sur le lien de St-Thomas-Didyme sans que soit identifé l'auteur.
 


Réalisateur, caméraman, producteur, né en 1936 à St-­Thomas‐Didyme, au Lac-­St-­Jean, Québec. Dès l'âge de vingt ans, il se passionne pour la photographie. Issu d'une famille de photographes, c'est dans le studio de ses oncles qu'il apprend à manipuler ses premiers appareils. Par la suite, il suit des stages avec le célèbre photographe­‐illustrateur Arik Nepo de New-­‐York. Il travaille quelque temps auprès du portraitiste Elefsen de Chicoutimi et étudie la couleur au Studio Lumière à Ste-Hyacinthe et chez Professionnal Color Services à Montréal.

En 1960, il travaille comme photographe­‐reporter au magazine McLean‐Actualité ainsi qu'à Radio‐Canada. En 1961, au cours d'une exposition de ses photos à Val Menaud (au Saguenay), il fait plusieurs rencontres qui seront déterminantes : Félix Leclerc, Gilbert Langevin, Jean Gauguet­‐Larouche.

En 1964, il tourne ses premières images à l'Île d'Orléans, auprès de son ami, le poète et chansonnier Félix Leclerc qu'il a accompagné à Paris l'année précédente. Ces séquences seront reprises dans le film de Jacques Gagné intitulé Pieds nus dans l'aube qu'il produira trente ans plus tard en 1994.

Il réalise son premier film, Jean­‐Gauguet Larouche, sculpteur en 1966. Portrait d'un créateur marginal et intense. Lors de l'Exposition universelle de 1967, il photographie diverses activités au pavillon de la France et prépare l'exposition intitulée l'Amitié Franco‐Canadienne, regroupant des illustrations et cartes géographiques des premiers explorateurs Français en Amérique.

En 1968, il co­réalise avec Jean-­‐Claude Labrecque un moyen métrage sur Félix Leclerc, intitulé La Vie. Cette même année, il présente une exposition photographique portant sur de nouvelles expérimentations techniques à la Maison des Arts la Sauvegarde à Montréal.

De 1968 à 1970, il s'isole de plus en plus à la campagne où sa passion pour la nature l'amène à produire Connaissance du Milieu, une série de six diaporamas pour le ministère de l'Éducation du Québec.

En 1970 il participe à une importante exposition dans le Grand Nord à la rivière Korok, et l'année suivante, il effectue un diaporama de plus de 200 photos sous le thème Les oiseaux l'hiver pour le Musée des sciences naturelles d'Ottawa. Il débute sa carrière de cinéaste animalier à l'Office national du film où il réalise La volée des neiges, un film sur l'oie blanche tourné dans l'Arctique et dans la Réserve nationale de Cap-­Tourmente. Suit la réalisation, toujours pour l'ONF, du film Le grand héron, où il nous livre des images inédites de cet oiseau dans ses lieux de reproduction, l'estuaire du Saint‐Laurent.

En 1978, il fonde sa propre maison de production, Les Productions Jean‐Louis Frund Inc. qui compte maintenant plus de trente films à son actif. De 1980 à 1983 il produit et réalise une série de douze courts métrages pour les télévisions de Radio‐Canada et de Radio-­Québec. Il intitulera cette première série Connaissances du milieu; on y retrouve plusieurs films tournés dans l'Arctique, dont Omingmak, le boeuf musqué, Le vrai combat de l'orignal et la saison des amours de l'orignal, Migrateurs et résidents de l'Arctique, Du glacier à la plaine, Une oasis Arctique.

Il s'intéresse particulièrement à la Vallée du Saint-­Laurent, avec Les oiseaux pêcheurs et Les Pingouins du Saint-­‐Laurent. Il se rend en Islande pour des séquences de La grande couvée, l'Eider duvet.
De 1984 à1987, il produit, toujours pour les télévisions de Radio-­Canada et de Radio-­Québec, une nouvelle série de sept films: Faune Nordique. Cette série le ramène plusieurs fois dans l'Arctique pour le tournage du Renard Arctique et cette fois il se rend jusqu'à la Terre de Feu, pour y tourner Cap au Sud sur la migration des oiseaux. Il a parcouru les États-­Unis pour le tournage du Bison et de l'Antilope d'Amérique ainsi que Le cerf de Virginie. Il nous révèle ses techniques et sa grande dextérité comme caméraman dans Avoir des ailes, un film consacré entièrement au vol.

De 1988 à 1990 la série Faune nordique II est produite et réalisée pour Radio-­‐Canada, Global Television Network, TVOntario et Discovery Channel. Huit films pour lesquels il sillonnera le Canada d'Est en Ouest, pour y rapporter les superbes images de l'Île de Sable, pour le Phoque Gris, les Chevaux de l’Île de Sable et le Secret du loup, ainsi que pour Fiançailles dans le marais et L'Otarie de Steller, aux Archipels de la Reine Charlotte en Colombie-­‐Britannique. Dans cette même série, Les Oies de Konrad Lorenz ainsi que La Mère substitut ont nécessité plusieurs tournages à Grunau en Autriche.

En 1989 il termine Avoir du panache, documentaire d'une heure, véritable monographie sur l'orignal. En 1990, il prépare un projet en 35mm pour salles, Avoir des Ailes, qui ne verra jamais le jour. Pour en effectuer la recherche et le développement, il se déplacera jusqu'en Nouvelle-­‐Zélande, Hawaï, Tahiti, aux Galápagos, en Argentine, au Costa Rica. Cette même année, il produit Derrière la Caméra où il nous livre les secrets de son métier. En 1994, une année productive, il termine la production de trois documentaires d'une heure/télé : Pieds nus dans l'aube qui a été réalisé par Jacques Gagné à partir des images et des nombreuses photos qu'il a prises au cours de ses rencontres avec Félix Leclerc.

Il a produit et réalisé De ma Fenêtre,où il nous dévoile le fruit de ses nombreuses années d'observations. Ce film a remporté le prix du meilleur court métrage aux 12e Rendez-­‐vous du cinéma québécois ainsi que Prix de la Côte Picarde au Festival du film de l'oiseau à Abbéville en France. De ma fenêtre a également remporté le prix du meilleur film scientifique québécois au 5e Festival International du Film Scientifique ainsi que le grand prix du Jury au Premier Festival Agrovidéo. Le prince Harfang, a été présenté en première mondiale à l'occasion de la rétrospective de ses films au Quatrième Festival du Film québécois de Blois.

C'est au cours de cette manifestation qu'il est nommé Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres par le ministre de la Culture et de la Francophonie de France. La médaille lui a été remise par Monsieur Jack Lang, maire de Blois en présence du délégué général du Québec à Paris et des nombreux participants. Le prince Harfang remportait le Prix de la Ville de Montréal pour le meilleur film scientifique sur l'environnement à l'occasion du 6e Festival International du Film Scientifique du Québec. Le 29 février 1996, le film était présenté au Muséum des Sciences naturelles de Paris. Cette projection fut suivie d'un échange avec l'auditoire.

Histoires naturelles, une série de 13 documents d'une heure, réunit l'ensemble de son oeuvre pour diffusion au Canal D, à Discovery Channel et à CFCF en 1998. Cette même année, il livre son dernier film, Boréalie/Sylva Borealis, un documentaire de deux heures portant sur la forêt boréale qui a été produit pour les télévisions de Télé-­Québec, Radio-­Canada, TV 5 et pour la Télévision Suisse Romande, ainsi que pour Discovery Channel, dans sa version anglaise.

Fin connaisseur de la nature et effectuant des recherches scientifiques rigoureuses, l'œuvre de Jean-­Louis Frund est caractérisée par des images uniques, un commentaire original et un véritable sens de la construction dramatique. Très respectueux des espèces qu'il filme, il est sensible avant tout aux comportements des individus qu'il choisit de nous présenter dans leur décor naturel. Récipiendaires de nombreux prix, ses films sont vendus dans soixante pays, dont les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Japon et rejoignent plus de cent millions de téléspectateurs à travers le monde.

En avril 1998, les enfants lui rendent un hommage à l'occasion du 4e rendez-­vous international de cinéma jeune public, Les 400 coups. Son dernier film Boréalie est présenté en première mondiale à la cinémathèque québéquoise lors de la clôture de cet événement et sera lancé à Québec quelques semaines plus tard. Boréalie marque l'ouverture du Festival International Téléscience à Montréal et au Musée de la Civilisation à Québec. Il a été présenté au Muséum des Sciences Naturelles à Paris. À l'occasion du Printemps du Québec à Paris, Boréalie a été projeté au Palais de la Découverte ainsi que dans une station de métro dans une mise en scène de Robert Lepage.


dimanche 19 mai 2019

Notre Michel Marc Bouchard ne cesse de nous faire honneur


Dix-sept nouveaux ambassadeurs culturels québécois, dont le dramaturge, scénariste et directeur artistique d’expositions historiques et thématiques, Michel Marc Bouchard, deviendront membres de l’Ordre des arts et des lettres du Québec lors d’une cérémonie d’insignes qui se déroulera le 27 mai 2019.


Michel Marc Bouchard reçu Membre de l'Ordre du Bleuet en 2014


Dix-sept nouveaux ambassadeurs culturels honorés pour souligner les 25 ans du Conseil des arts et des lettres du Québec

1er mai 2019 – Dix-sept nouveaux ambassadeurs culturels québécois deviendront membres de l’Ordre des arts et des lettres du Québec lors d’une cérémonie de remise d’insignes qui se déroulera le 27 mai prochain, pour souligner le 25 e anniversaire du Conseil des arts et des lettres du Québec (Conseil). À cette occasion, les artistes, écrivains, enseignants, gestionnaires culturels et mécènes Daniela Arendasova, Michel Marc Bouchard, Alan Côté, Céline Dion, André Dudemaine, Françoise Faucher, Serge Fiori, Paul-André Fortier, Brigitte Haentjens, Suzanne Lebeau, Zab Maboungou, Nadia Myre, Alain Paré, Rodney Saint-Éloi, Peter Simons, Pierre Thibault et Kim Thúy, recevront le titre de Compagne ou Compagnon des arts et des lettres du Québec.

Cette prestigieuse distinction accordée par le Conseil rend hommage à leur contribution remarquable au développement, à l’essor et à la réputation d’excellence des arts et lettres du Québec, ici et à l’étranger.

« Le Conseil investit dans l’imaginaire de créateurs d’exception depuis 25 ans. Aujourd’hui, la culture québécoise fleurit et séduit partout à travers le monde grâce au talent et à l’engagement de ces personnalités. La récompense que nous leur offrons témoigne de notre gratitude et de notre admiration envers ce qu’ils ont accompli », a souligné Mme Anne-Marie Jean, présidente-directrice générale du Conseil.
  
« Depuis 25 ans, la Caisse de la Culture accompagne les artistes dans leurs projets personnels et professionnels et leur donne les moyens de leurs ambitions. C’est un réel honneur pour la Caisse d’être aux côtés du Conseil des arts et des lettres en cette année d'anniversaire pour souligner la passion qui habite ces nouveaux ambassadeurs culturels québécois ainsi que leur apport inestimable au rayonnement de notre culture », a précisé Marie-Christine Cojocaru, directrice générale de la Caisse de la Culture.

L’Ordre des arts et des lettres du Québec a 5 ans

Distinction honorifique instituée en 2015 pour souligner le 20 e anniversaire du Conseil, l’Ordre des arts et des lettres du Québec est remis à des personnalités dont les réalisations exemplaires contribuent à l’essor artistique et littéraire du Québec. La distinction est symbolisée par un insigne conçu par l’artiste joaillière Christine Dwane. Quelque 90 personnalités québécoises portent l’insigne à ce jour. .

Conseil de l’Ordre des arts et des lettres du Québec

Les Compagnons et Compagnes sont recommandés par le Conseil de l’Ordre des arts et des lettres du Québec, un jury mis sur pied pour évaluer les candidatures reçues à l’issue d’un appel de candidatures annuel. Leurs recommandations sont entérinées par le C.A. du Conseil. Cette année, ce jury était composé de Hannah Claus, Claude Deschênes, Kevin McCoy et Mélissa Verreault.

La Caisse Desjardins de la Culture, partenaire officiel

Alliée des artistes, moteur de l’économie culturelle et tremplin pour les organismes et les entrepreneurs, la Caisse Desjardins de la Culture est une coopérative financière solidement ancrée dans son milieu. Depuis 25 ans, elle accompagne les travailleurs autonomes dans la réalisation de leurs projets personnels et professionnels, offre aux entreprises et organismes des services financiers adaptés à leur réalité et participe au développement socioéconomique du milieu en soutenant des démarches et des projets structurants.

À propos du Conseil des arts et des lettres du Québec

Dans une perspective de développement artistique équitable et durable, le Conseil soutient dans toutes les régions du Québec la création, l’expérimentation et la production dans les domaines des arts et des lettres et en favorise la diffusion et le rayonnement au Québec, au Canada et à l’étranger.

Suivez et partagez les actualités entourant la remise de l’Ordre via le mot-clic #OALQ sur les pages et du Conseil.
  
Michel Marc Bouchard.| Théâtre et opéra

Dramaturge, scénariste et directeur artistique d'expositions historiques et thématiques, Michel Marc Bouchard est l'auteur de plus de 25 pièces, dont Les Feluettes, Les Muses orphelines, L’Histoire de l'oie, Tom à la ferme et Christine, la reine-garçon, toutes adaptées au cinéma. Récipiendaires de nombreux prix, traduites en plusieurs langues, ses œuvres sont jouées partout dans le monde, particulièrement en France, en Italie et en Amérique latine. Professeur à l’École nationale de théâtre du Canada, il poursuit également une carrière de librettiste pour les opéras de Montréal et de Toronto.





samedi 1 juillet 2017

Redécouvrir le peintre Guy Tay : rétrospective de 50 ans de carrière au CNE

Guy Tay au vernissage de sa rétrospective  présentée au CNE

 Guy Tay fait partie des personnages qui ont marqué le début de ma carrière de journaliste. J'avais 22 ans. Le Centre culturel de Jonquière, inauguré en 1967 allait devenir un lieu où l'art du Saguenay¬Lac-Saint-Jean déployait ses ailes. Guy Tay y a été pour beaucoup. Le dynamisme et l'audace ont ouvert grand la porte à l’innovation. Cette rétrospective présentée par le Centre national d'exposition de Jonquière permettra à ceux qui l'on connu sous cet aspect sérieux d'artiste peintre de constater à quel point il a su maintenir une constance dans son travail en art visuel : la qualité certes, mais plus encore un don véritable de mettre l'image au service de l'expression.  Pour ceux qui ne le connaissaient pas, c'est l'occasion de le découvrir.

Jonquiérois de naissance, Guy Tay ne se résume pas. Il est à la fois professeur d'arts plastiques, peintre, décorateur, illustrateur, concepteur d'évènements spéciaux, animateur, comédien, acteur, metteur en scène, maître de piste (cirque), clown, sculpteur de ballons, magicien, illusionniste.Une énumération que l'on retrouve sur son tout nouveau site Web officiel.

La rétrospective est fort bien conçue. Sur des présentoirs fermés, une peinture du jeune Guy à ses débuts, quelques livres qu'il a illustrés dont  Alexis Le Trotteur de Jean-Claude Larouche. Puis les tableaux, par ordre chronologique, démontrant une démarche en évolution, dominée par le souci de la protection de l'environnement, privilégiant les matières recyclées dans ses créations.


 Rétrospective de 1967 à 2017 des œuvres de Guy Tay Tremblay au CNE



Dans l'édition du Progrès du vendredi 30 juin 2017, Anne-Marie Gravel relate :

« Le parcours de Guy Tay Tremblay en dévoile beaucoup sur l'artiste. Amoureux de l'art sous toutes ses formes, le Jonquiérois a œuvré à travers le Québec et même au-delà au gré des projets qui l'animait. À l'image de ses créations, il ne s'est jamais laissé imposer de barrières. 

GuyTay Tremblay est plus qu'heureux de voir ses œuvres au CNE. « Je me pince. Il y a 50 ans, j'étais ici, sur le mont Jacob, comme directeur de l'animation », affirme d'emblée celui qui en plus d'avoir donné des ateliers de peinture à l'Institut des arts au Saguenay, a enseigné les arts plastiques et le théâtre dans différents établissements de la région.

« Je me rends compte qu'on laisse des traces importantes. Je le constate par la rencontre d'individus à qui j'ai enseigné. C'est la plus belle récompense. »

On peut lire son reportage ICI

On peut aussi lire la présentation de cette exposition sur le site La vitrine culturelle de Saguenay ICI


Lors du vernissage au CNE


L'Homme de pierre - 1967


Tout de suite à notre gauche, en entrant dans la salle d'exposition, j'ai été captivée par cette œuvre. Les couleurs chaudes, les forment se chevauchant et nous entraînant à les voir à la fois morcelées et dans un tout où le côté sombre nous attire comme dans une caverne à l'intérieur de laquelle surgissent des formes renouvelées. On perçoit l'homme ainsi que des personnages, têtes d'oiseaux, feuilles d'arbres... l'œil cédant ou dépassant l'imaginaire. 

Dans sa description Guy Tay précise : 

Rien n'existe jusqu'au moment laissant couler l'encre faire son chemin sur le canevas, des formes sineuses cheminent et serpentent dans toutes les directions.

Syncronisé au geste, l'œil de l'artiste reste vigilent pour faire naître l'inattendu. Puis, tout s'éclaircit, le décor se précise laissant place à un personnage dissimulé dans le roc.

Silence...
Encore une fois, l'œuvre se fixe dans le temps.

La lumière et les couleurs transparentes viennent alléger la composition et les ombres indiquent que l'artiste, parfois, peut créer à l'ombre de son imagination.


 Atome & Galaxie - 1965

Adepte des films de science-fiction, me voici projeté dans un monde inconnu et à découvrir la technique du crayon de cire jumelé à l'encre noire. Dans un premier temps, les couleurs parcourent la toile dans toutes les directions, puis c'est la noirceur totale avec l'encre qui masque tout. Finalement, c'est l'opération que j'appellerais magique, car grâce à des outils appropriés (grattoir, lame plate ou pointe fine) la toile s'illumine de nouveau. Opaques ou transparentes, des formes et des objets hétéroclites apparaissent, se figent dans le temps.

Isolée, une boule de feu nous rappelle que, tout autour, des zones sombres se cachent encore bien des mystères dans les galaxies lointaines. (Guy Tay)



1976 - Forêt de totems

La planète crie « Au secours! ». Elle a besoin d'amour.
Les temps modernes nous ont fait apparaître des monstres mécaniques qui ont systématiquement ébranlé l'écho système par une déforestation sans limite.

Pour suppléer à ce décor dénudé, voici « FORÊTS DE TOTEMS  » figée dans le temps.
Solidement plantés comme des sentinelles, ses arbres, aux figures gravées dans l'écorce, sont habillés de pastel et d'encre de couleurs comme pour cacher certaines blessures laissées par la main de l'homme.

Au loin, à bout de souffle, j'entends encore chanter Diane Dufresne : « Donnez-moi de l'oxygène ». (Guy Tay)



1970 - Éclatement


 1983 - Les divines divaguent

 Il y a quelque chose d'émouvant dans cette toile. La beauté des oiseaux superposant la beauté des vagues dont on ne sait si elles sont un danger ou un attrait. Tout est mouvement et bruissement. Une danse des formes.

1983 - L'Envol

Guy Tay décrit l'Envol : Ma thématique des années 80 fut principalement marquée par des sujets animaliers. En tête, ce sont les oiseaux qui ont retenu ma recherche.

L'interprétation moderne du plumage avec ses tons tout en douceur, nous amène dans un espace où les forces de la nature sont en fusion : l'eau, l'air et même le feu qui semble rigir des entrailles de la terre.

L'ENVOL est un survol du passé, du présent et d'espoir pour l'avenir. Comme Jonathan Le Goéland, l'aventure se poursuit entre ciel et terre.


La rétrospectives des 50 ans de carrière du peintre Guy Tay Tremblay, est présentée au Centre national d'exposition de Jonquière jusqu'au 17 septembre. C'est à voir.



2001 - Villapolis



2016 - Le couple panache





vendredi 23 juin 2017

Création, collage, souvenirs et plaisir

2017 - Collage de Christiane Laforge


Résultat d'une demi-journée à me faire plaisir. Le collage fait avec des pages de la Une du cahier des arts de feu Progrès-Dimanche, au temps où j'y travaillais avec ma consœur Denise Pelletier.

Mes graphistes, Andrée Fortin et Bernard Gagné, mettaient toute leur créativité au service de la section des arts. Ce sont des bijoux que j'ai conservés, avec l'intention d'en faire des collages.

Celui-ci sera mon premier.

Le but, agrémenter l'arrière de mon meuble d'ordinateur qui ne payait pas de mine avec son aggloméré brun.

2017 - Collage de Christiane Laforge




dimanche 30 avril 2017

UNE LETTRE MAGNIFIQUE D'ISABELLE LAROUCHE À SON PÈRE ALBERT LAROUCHE

Isabelle Larouche écrivaine

Isabelle m'a accordé la permission de publier cette lettre émouvante sur mon blogue. Samedi 29 avril avait lieu à Chicoutimi les funérailles d'Albert Larouche dont je parlais dans mon billet précédant. Une cérémonie où il fut beaucoup question d'amour et d'amitié.

Adresse pour papa (Albert Larouche) 29 avril 2017

Mon beau petit papa d’amour,
Comme il est difficile de trouver les mots pour exprimer un aussi gros chagrin…
Je voulais tellement être auprès de toi, au moment de ton départ. Pour une dernière fois, te tenir dans mes bras, te bercer, te réconforter et te dire combien je t’aime. Mais maman, Bernard, Hélène et les autres l’ont fait pour moi. Je savais que ta santé déclinait depuis quelques jours, même si au téléphone, on essayait de mettre un voile pour éviter de m’inquiéter. J’étais si loin… Et le temps me devançait…
Au moment où tes forces s’amenuisaient, je chevauchais cet oiseau de feu au-dessus des majestueuses Rocheuses avec leur tête perçant les nuages. J’admirais leur versant illuminé par cette journée qui venait à peine de naître. J’ignorais que cette journée allait être ta dernière… Si j’avais pu, j’aurais demandé au pilote pour qu’il aille plus vite. Mais c’était une chose impossible, tu le sais bien.
J’ai vu défiler les prairies et leurs longues routes linéaires sans savoir que tu t’apprêtais à emprunter un chemin qui n’est tracé sur aucune carte. J’ai reconnu le lac Supérieur encore prisonnier de son vaste écrin de glace alors que toi, tu te libérais peu à peu pour rejoindre l’infini. Quand j’ai enfin survolé le Québec avec ses centaines de lacs comme autant de yeux ouverts sur un printemps timide, j’étais loin de me douter que tu étais sur le point de refermer les tiens pour toujours, mon papa chéri.
Pour ce grand voyage, comme tu disais parfois, tu n’as pas eu besoin de valise ni de passeport. Mais tu étais prêt à franchir les frontières de ce grand mystère où nous nous retrouverons tous un jour. Et tu l’as fait avec dignité, tout en douceur et en élégance; fidèle à ce que tu as toujours été, mon beau papa adoré.
Mais avant d’embarquer pour cette grande traversée, nous marcherons sur tes pas, nous emprunterons les sentiers que tu as défrichés et les traces que tu as laissées. Nous poursuivrons tes lectures, irons à la rencontre des grands de ce monde, découvrirons des endroits inédits et meublerons nos esprits dans de véritables palais de connaissance, comme tu l’as fait toute ta vie.
Aussi bien que toi, nous serons tendres et amoureux, les bras chargés de roses et l’âme romantique. N’as-tu pas inspiré la plus belle et la plus longue histoire d’amour avec maman, ta petite reine tant aimée ?
Par ton exemple, nous serons les meilleurs parents au monde, justes et droits, généreux et complices. Nous consolerons ceux qu’on aime quand ils auront du chagrin. Je sais que tu nous souffleras la bonne parole, le geste à faire, le meilleur conseil et le brin de sagesse dans chaque épreuve à venir. Et grâce au courage et à la ténacité que tu nous as transmis, nous les surmonterons.

Tout comme toi, nous reconnaîtrons la beauté pour la contempler au quotidien, pour s’en imprégner, s’en inspirer, et la propager à notre tour. Nous continuerons de rire de bon cœur et de s’émerveiller pour des petits riens. Nous cueillerons des graines de passion pour les semer dans notre jardin. À ta manière, nous apprivoiserons le bonheur pour en faire notre ami, en toute simplicité et authenticité. Nous chercherons la lumière et la vérité dans un monde qui en manque parfois, si cruellement.
Les jours de soleil, de neige ou de pluie, nous ouvrirons les fenêtres pour laisser entrer la musique. Nous apprendrons de nouveaux pas de danse, peut-être même des chants ou des poèmes lyriques ! Nous laisserons le vent nous décoiffer et nous humerons les parfums du large rien que pour toi. Nous apprécierons chaque instant, pour que tu les perçoives, dans l’éternité. De temps en temps, nous lèverons notre verre à la vie, entre amis et en famille parce qu’autant que toi, nous serons de bons vivants.
Et oui, ce jour viendra où nous allongerons à notre tour nos ailes pour viser le ciel, où tu nous attends déjà, mon beau papa rempli de merveilles.
Va ! Envole-toi ! Va poursuivre tes aventures dans l’au-delà ! Je sais que tu n’es pas seul mais enfin réuni avec ceux qui sont partis un peu avant. Tu as été un mari exceptionnel, un papa sans pareil, un inoubliable grand-père et un arrière-grand-père aux branches étendues et fortes comme le chêne que tu as planté au bout du terrain, au chalet. Avec le miracle de la vie, tu continueras de semer aux quatre vents de nombreuses petites pousses qui, avec beaucoup de chance, hériteront de tes fossettes, de tes yeux lumineux, de tes cheveux soyeux, de ta voix d’ange, de ta vivacité d’esprit, de ta grande sensibilité et même de tes bras ou tes sourcils hyper poilus !
Tu as mené une vie exceptionnelle et bien remplie. Tu as aussi tout donné. Il est maintenant venu le temps de te reposer, mon beau petit papa d’amour.
En ce jour, et pour le reste de ma vie, je te souffle ce doux baiser… La distance et le temps n’existent plus pour toi. Je sais que là où tu es maintenant, où que je sois, tu le recevras, car tu n’es plus où tu étais, mais partout où nous sommes.

Xxx Isabelle




Albert Larouche, papa d'Isabelle




N'ajoutons rien. C'est trop beau. 

samedi 14 janvier 2017

JEAN-PAUL LAPOINTE : DÉJÀ 10 ANS, MAIS TOUJOURS PRÉSENT




La mémoire est l’antidote de la mort. Une personne continue de vivre tant qu’elle existe dans la pensée et dans le cœur de qui a pu l’aimer. Entre Jean-Paul et moi, c’est une amitié née dans les couleurs de sa palette. Palette lumineuse qui lui a valu bien des admirateurs. 

Il y a dix ans, le 14 janvier 2007, il franchissait la dernière marche. Son épouse Rina m’avait demandé d’écrire son avis de décès afin de dire autrement notre tristesse. J’écrivis alors : 

« Le peintre de la lumière a terminé la toile de sa vie. Désormais, il faudra lever les yeux vers le ciel pour le voir rivaliser avec les étoiles. À 6 h 00, le matin du 14 janvier 2007, le peintre Jean-Paul Lapointe est décédé au Centre de santé et de services sociaux de Chicoutimi, Pavillon Saint-Vallier, à l’âge de 71 ans.
 Né à Saint-Charles-de-Bourget, très tôt séduit par les couleurs, il a délaissé le milieu hospitalier et les longs trajets sur les routes du Québec pour planter son chevalet devant les plus beaux paysages. La magie de son pinceau n’aura pas seulement magnifié la lumière caractéristique de ses toiles car, très souvent, son art a été mis aux services de nombreuses causes caritatives. »


Photo Rocket Lavoie

En ce dixième anniversaire, permettez-moi de publier ici, ce reportage où mon ami Jean-Paul Lapointe a accepté d’ouvrir le jardin secret de sa douleur, mettant fin au silence insupportable qu’il s’imposait face à sa mort inéluctable et si proche. C’était en septembre 2006.  Cette entrevue demeure un des moments parmi les plus intenses et les plus émouvants de ma carrière. Ce que j’ignorais, c’est que dix ans plus tard, en remettant à jour ce texte, j’éprouverais une émotion aussi vive, la gorge nouée, comme si les mots de 2017 avaient le même écho puissant qu’en 2006 et 2007.  

Progrès-dimanche

Dimanche 17 septembre 2006


Après deux ans de lutte contre le cancer
L'ultime saison du peintre Jean-Paul Lapointe
 


Laforge, Christiane



Chicoutimi - Sur le chevalet, une toile en chantier... quelques maisons esquissées sous un ciel aux couleurs de nuit. Un bleu mauve, ensevelissant la lumière du jour, s'étire en larges traits d'une douceur si prenante que l'on dirait le bruit du silence.

- C'est tout ce qu'il me reste, déclare Jean-Paul Lapointe. Le silence.



Le cri capable d'arrêter la marche implacable du temps n'existe plus à la mort annoncée. Deux ans d'angoisse, de traitements douloureux, de patience, d'espoir. Deux ans d'une lutte acharnée contre le cancer. Il a perdu son combat. Le verdict médical est sans appel. Depuis le premier jour de septembre, le cœur de Jean-Paul sonne le glas. 


- Je ne verrai pas l'été 2007, confie-t-il. Je crois que je vais passer l'hiver, mais je n'irai pas plus loin.
 


L'état de choc



Alors que tout semble lui réussir, qu'il mène avec brio une carrière d'artiste de plus en plus internationale, que les amitiés, les honneurs et les projets lui sourient, Jean-Paul apprend que le cancer s'attaque à lui. 


Les statistiques pour ce type de cancer sont un an de survie.

- Sur le moment, je me suis senti en état de choc. Plus rien n'était pareil. Plus rien n'a jamais plus été pareil!
 


Pour ne pas donner prise à l'angoisse, il se réfugie dans la certitude qu'il peut combattre la maladie, la tenir en respect, obtenir un sursis. Il se soumet à tous les soins, radiologie, chimiothérapie, convaincu d'une rémission dont il saura profiter pour vivre encore plus intensément.



La fatigue, les effets secondaires des traitements, la perte de poids, rien ne lui fera admettre qu'il arrive au bout du voyage. Derrière le sourire et la détermination qu'il affiche, l'angoisse le ronge. Il s'isole à l'intérieur. Il ne parle pas de ce qu'il éprouve, ni de l'espoir, ni du doute, préférant donner le change. À tant vivre comme si tout allait bien, le bien triomphera peut-être, imagine-t-il.
 

- Au fond, confie Jean-Paul, il y a surtout la peur. On sait que le désir de vivre, lui, il est là, mais on n'a pas réussi à le faire mourir... pas réussi à le tuer, le mal.

La peinture aidait Jean-Paul à croire en l'impossible.




Le gouffre



Sporadiquement, la douleur revient sous une forme ou une autre. Fier d'aborder une troisième année, là où d'autres ne lui en donnaient qu'une, l'illusion était encore possible. Y croyait-il vraiment?
 

- J'y arrivais. La peinture m'y aidait.
 


Pour de nombreuses bonnes raisons, il y a deux semaines, la vérité lui a été dite, avec douceur, avec empathie, avec compréhension... ce qui n'enlève rien à sa cruauté.


- Je suis encore sous le choc.

 
Et tandis qu'il se tait, son regard plonge droit dans le regard de l'autre (le mien en l'occurrence), s'y accroche longuement comme s'il voulait montrer l'ampleur du gouffre qui l'aspire.
 


- J'aurais préféré ne pas le savoir, avoue-t-il. J'aurais voulu qu'on me laisse partir avant de vivre cela... Tu peux l'écrire. Je dis à tous que cela va, que c'est pas si pire. Je continue de peindre tous les jours, je vais encore faire quelques symposiums, L'Anse-Saint-Jean, Tadoussac, Baie Saint-Paul, la Rencontre des Arts à Saint-Jean de Richelieu et je participe à la Route des artistes de la Maestria. Ça m'aide à oublier. De brefs moments, cela me distrait. Mais les pensées reviennent; je pense qu'il va arriver un temps où je vais souffrir, que je vais avoir si mal qu'on va m'hospitaliser pour soulager mes souffrances. Et c'est tout ce que je voudrai alors, qu'on ne me laisse pas souffrir. Et je ne dis rien de tout cela. Je ne parle pas. C'est tout ce que j'ai maintenant, tout ce que j'ai... le silence.
 
 

Le temps de dire



Aujourd'hui, Jean-Paul Lapointe, artiste peintre reconnu, franchit ses dernières marches. Ce grand amoureux, dont la joie de vivre a jailli en lumière dans les milliers de paysages qu'il a peints au cours de ses 34 ans de carrière, vit l'ultime saison de son existence.

Photo Rocket Lavoie


Devant la mosaïque des photos souvenirs, images témoins d'heureux moments, fixées au mur de l'atelier, il se tait. Son passé danse sous le regard du visiteur, une sarabande joyeuse dans laquelle entrent des personnages connus, des amis, Tex Lecor, Vladimir Horick et Rina, sa femme, son amour.

- Tu sais ce qui fait le plus mal? C'est de penser à la peine qu'elle va avoir. Cela me terrifie de la laisser seule...

 Il sait de quoi il parle. Il a vécu un double deuil: sa petite fille de 7 ans et sa première épouse.


- De cela je ne parle pas. Mais je sais, je sais, fait-il, tout en levant la flûte du champagne versé pour trinquer à la vie. Je sais que l'enfer existe. L'enfer, c'est ça... C'est ce que je vis.
 

Et malgré lui, malgré tout le courage dont il fait preuve, la perspective de la mort domine. Obsédante, envahissante, anéantissant le moindre élan.

- Je n'ai plus de plaisir! Non, je ne connais plus le plaisir. La présence des amis, leur chaleur, être entouré, j'ai tout cela. Et ils ne doivent rien faire de plus, rien faire de moins…
 
Juste prendre le temps de dire « Je t'aime! »

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En complément à ce texte, plus personnelle, la lettre écrite à mon ami Jean-Paul Lapointe et publiée ICI.

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Progrès-dimanche

Dimanche 17 septembre 2006


Symposiums et Route de la Maestria

Fidèle au rendez-vous


Laforge, Christiane


Chicoutimi - En suivant la Route de La Maestria, laquelle depuis vendredi mène les pas des amateurs d'arts visuels dans le secret des ateliers des quinze artistes de cette association, on aboutit inévitablement sur la rue Comtois du secteur nord de Chicoutimi. La porte blanche s'ouvre sur le monde coloré du peintre Jean-Paul Lapointe. Quelques marches à descendre avant de découvrir, dans un ordre impeccable, les toiles les plus récentes de cet autodidacte qui a fait ses classes depuis longtemps.


Près du chevalet, des carnets de croquis révèlent quelques esquisses de paysages familiers. Les petits villages du fjord Saguenay, la région de Charlevoix, espaces, montagnes, forêts, routes de campagne et voies navigables, c'est tout un pays qui danse sous ses coups de crayon.


Le garçon de douze ans qui aimait flâner devant la vitrine d'une galerie d'art, rêvant de pouvoir un jour maîtriser les couleurs, a fait un long détour, via le milieu de la santé et la vente avant d'exposer ses premières toiles. C'était à l'Hôtel de Ville d'Arvida, sous les conseils et l'œil averti de Claire Frêve. Aujourd'hui, ses toiles se vendent dans plusieurs pays du monde, il a présidé tous les grands symposiums, son nom a été donné à des prix de reconnaissance, dont le Prix Jean-Paul Lapointe, remis à celui qui est considéré par ses pairs comme étant le plus rassembleur au Symposium de Danville à Victoriaville.
Exubérance et luminosité


Grand admirateur du Groupe des sept, l'artiste en devenir des années 1970 subit leur influence bénéfique que remarque Jacques de Roussan dans Jeux de lumière et de rêve, livre illustré, consacré à l'œuvre de Lapointe, publié en 1990. Dans la préface, Gilles Vigneault raconte l'impression ressentie lors de sa découverte des toiles de Jean-Paul Lapointe, exposées à la galerie Zanettin de Québec: « ... C'est frais, c'est neuf, et en même temps comme serein... C'est comme d'entendre jouer, par un violoneux raffiné, une vieille gigue que l'on connaissait par cœur et qu'on redécouvre d'une façon qui donne le goût de danser... »


D'exposition en exposition, le peintre affirme l'originalité de sa palette, fortement inspiré par tout ce qui le fait vibrer. Grand sportif, les toiles sont l'expression de sa vitalité et de ses multiples expériences dont la voile et le ski souvent intégrés dans les paysages des régions qu'il chérit : Charlevoix, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord. « Je réinvente les paysages. Ce que je vois, je le transforme. Près de la moitié de mes paysages sont imaginaires. »


Homme entier, grand pacifiste et rassembleur, tout ce qui gravite autour de lui prend source à ses propres passions. Président d'honneur de nombreux événements, il a assumé la direction de certains regroupements d'artistes. Son nom, associé à la plupart des symposiums tenus au Québec, l'est aussi à plusieurs Fondations caritatives (Rêve d'enfant, Maison Notre-Dame du Saguenay, Fondation de ma vie, Croix Rouge, Pali-Aide, Sclérose en plaque, leucan). Il a conçu et dirigé le Symposium international de peinture Challenge Saguenay et, participé à la fondation de La Maestria qu'il préside depuis l'an 2000. Cette association régionale multidisciplinaire, fondée en 1998, regroupe encore aujourd'hui quinze artistes professionnels: trois sculpteurs et douze peintres.


Sa carrière


Depuis 1973, Jean-Paul Lapointe a réalisé plus de 50 expositions en solo au Québec, en Ontario, en France, (Paris et Angoulême), en Suisse, en Belgique (Bruxelles) et au Mexique.


Membre de l'Institut des arts figuratifs, de nombreux prix et distinctions ont souligné la qualité de son travail.


Ses toiles ont illustré de nombreuses publications de prestige et figurent parmi des collections importantes dont celles de la compagnie Alcan, Bombardier, Lavallin, Loto Québec, Téléglobe Montréal, Musée du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Musée Maria-Chapdelaine à Péribonka, La Compagnie Enixum de Montréal.

Son nom figure dans le dictionnaire Larousse 2006, Drouot cotation des artistes modernes et contemporains.

Photo Rocket Lavoie



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