Aucun message portant le libellé Spectacles. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Spectacles. Afficher tous les messages

lundi 19 avril 2010

La SALR une montagne de plaisir

 Marie-Ève Munger - Ernestine
Monsieur Choufkeuri restera chez lui de Jacques Offenbach
Production de la Société d'Art lyrique du royaume
© Photo Rocket Lavoie

La Société d'art lyrique
C'est une leçon de courage, une assemblée de talents, une famille d'irréductibles

Seul le temps m’a manqué et non le désir pour écrire beaucoup plus tôt tout le bien éprouvé lors de la dernière représentation du programme double de la Société d’art lyrique du Royaume, le dimanche 11 avril 2010. Le délire bien assumé dans l’opéra bouffe Monsieur Choufleuri restera chez lui de Jacques Offenbach et la superbe démonstration de la maîtrise des voix interprétant de grands airs d’opéra, alternant avec les capsules humoristiques finement ciselées dans Le Gala de Monsieur Choufleuri sont, dans mon souvenir, comme une montagne de plaisir.

Toutes ces personnes qui travaillent d’arache-pied pour maintenir en vie la Société d’art lyrique année après année méritaient plus que 800 spectateurs en quatre représentations. D’autant plus que la prestation est de grande qualité. De l’autre côté de l’Atlantique, ces même voix qui nous étaient permis d’entendre si près de chez nous, sur le Mont Jacob de Jonquière, sont écoutées et invitées à chanter sur les grandes scènes de l’opéra.

Par exemple, Marie-Ève Munger, la superbe et talentueuse soprano colorature, Premier prix Opéra du concours International de Chant de Marmande en 2007, premier rôle féminin, Magdalena, au Théâtre du Chatelet à Paris sera au Glimmerglass Opéra aux Etats-Unis. En 2011 elle retournera à l’Opéra-Théâtre de Metz pour y chanter Nanetta  dans Falstaff de Verdi.

Ou encore Marc-Antoine d’Aragon, baryton, lauréat du concours La Bohème à Vérone, où il fera ses débuts cette année dans La Bohème de Puccini. En attendant son retour, nous penserons à lui dans le plaisir gourmand de ses propres recettes gastronomiques dont le premier livre, Des crêpes à l’Opéra vient d’être publié aux Éditions Les malins.

Retour sur la représentation du 11 avril


Marc-André Pronovost - Marie-Ève Munger
Monsieur Choufkeuri restera chez lui de Jacques Offenbach
Production de la Société d'Art lyrique du royaume
© Photo Rocket Lavoie
Monsieur Choufleuri restera chez lui exige plus que de la voix. La qualité du jeu théâtral peut faire toute la différence. Sous l’apparence d’une fantaisie loufoque cette courte opérette n’a rien de facile. L’adaptation de Martin Giguère a donné au livret un peu de modernité et de couleur locale fort appréciées. La mise en scène alerte, voire éclatée, d’un Éric Chalifour bien servi par une scénographie judicieuse, a créé une succession de tableaux vivants toujours équilibrés. C’était particulièrement agréable de pouvoir, mentalement, appuyer sur «pause» pour mieux observer la disposition des personnages sur la scène ainsi que leurs déplacements.

Marie-Ève Munger - Ernestine
Monsieur Choufkeuri restera chez lui de Jacques Offenbach
Production de la Société d'Art lyrique du royaume
© Photo Rocket Lavoie
Et puisqu’il est question d’équilibre, ajoutons ce complément indispensable que sont les costumes, maquillages et coiffures. Plus osés, plus extravagants pour les uns, notamment les hommes, et plus élégants, plus flatteurs pour les autres. Les coiffures irrésistibles des messieurs Choufleuri,  Balandard et Petermann pour les uns, les toilettes distinguées des dames Ernestine et Balandard pour les autres.

Très vite le caractère des personnages s’est affirmé. Marie-Ève Munger a campé une Ernestine mutine, ne laissant aucun doute sur ses sentiments amoureux avec le très déterminé Babylas (Marc-André Pronovost), musicien pauvre mais ambitieux. Si ce dernier a offert une performance juste, Marie-Ève Munger a été éclatante. Sa voix est de plus en plus belle, plus riche et incroyablement bien maîtrisée.

Le baryton basse Robert Huard a créé un Choufleuri très coloré. Une voix agréable et un jeu de scène habile, poussant son personnage à la limite de la caricature, mais sans excès afin d’en préserver tout l’aspect sympathique.

Le couple Balanchard n’aura pas passé inaperçu, tant pour les voix que la prestance. Jacinthe Thibault a de la classe et une sensibilité que le comique ne dépare aucunement. Le baryton Marc-Antoine d’Aragon nous a ravi. Un timbre de voix pur et ample à la fois qui ne lasse pas.

Martin Giguère aux mille et un talents s’est glissé dans l’habit de Petermann avec la somme d’une personnalité tissée au fil de ses nombreux rôles de factures très diverses. Un soupçon de Diogène, une allure de Molière avec quelques accents méloloufodramatiques (si je puis dire) de son cru.

Le tout porté par un orchestre qui a su se faire complice tout en jouant avec éclat sous la direction du chef Julien Proulx et un chœur sans faille.

La seconde partie de ce spectacle ne fut pas en reste. Si Offenbach fait depuis longtemps les belles heures de la Société d’art lyrique, Monsieur Choufleuri restera chez lui ne suffit pas, à lui seul, à remplir une soirée d’opéra. La SALR a su tirer parti de cette contrainte en offrant - oh! Joie - un récital de 12 chants célèbres tirés des œuvres de Rossini, Verdi, Donizetti, Mozart, Bizet et Delibes. J’ai beaucoup aimé cette opportunité d'apprécier l’une après l’autre chaque voix de ces interprètes. C’était leur rendre justice que de nous les faire entendre dans un tout autre contexte que celui de l’opéra bouffe avec ses limites, donnant toute la place à des envolées vocales qui ont conquis le public. Le lien humoristique menée bon train par Superman, pardon par Petermann était risqué. L'intensité du chant pouvait en souffrir. Et pourtant non. Cette intervention comique et toujours brève permettait une heureuse transition entre les différentes voix des solistes.

Un pas dans l’avenir

Il faudra un jour écrire la page d’histoire de nos opérettes. Comprendre comment un spectacle qui n’a cessé de s’améliorer et de présenter des artistes de plus en plus professionnels a vu le nombre de ses représentations fondre ainsi que son public. Cela, dans une région où la musique tient une grande place. Une région où des voix, désormais célèbres dans le monde, ont fait leur début sur la scène de l’opérette de Chicoutimi, tels Jean-François Lapointe, Marie-Nicole Lemieux et maintenant Marie-Ève Munger.

Il faudra retrouver le passé pour comprendre et trouver le moyen d’aider cette équipe d’irréductibles à se faire entendre par un plus grand nombre.

Martin Giguère - Petermann
Monsieur Choufkeuri restera chez lui de Jacques Offenbach
Production de la Société d'Art lyrique du royaume
© Photo Rocket Lavoie
***
Pour compléter, le commentaire toujours bien documenté et pertinent de Denise Pelletier sur son blogue Spécial du jour ici.

NDLR : J'ai demandé d'autres photos permettant de voir différentes scènes et personnages..
Je les joindrai à cette page aussitôt reçues

samedi 23 janvier 2010

Ecce Haiti



«Donne-moi ta main camarade. J'ai cinq doigts moi aussi.
On peut se croire égaux.»
Claude Nougaro




Photo Cyberpresse - Haïti janvier 2010

Il suffit de remplacer Bidonville par Piétonville et voilà une chanson très actuelle. La main tendue, chantée par Nougaro est aussi celle de Julie Dubois-Gravel qui a rassemblé les jeunes de la troupe d'Ecce Mundo et donné le coup d'envoi du spectacle bénéfice présenté le 28 janvier à la Saguenéenne. Avec le groupe Celtic Rythm et plusieurs autres artistes de la région ils danseront et chanteront: Ecce Haïti.



Sur le site Facebook- Spectacle bénéfice pour Haïti au Saguenay, Julie Dubois-Gravel écrit:

«Nous sommes tous touchés, de loin ou de près, par l’ampleur de la catastrophe qui touche Haïti depuis plus d’une semaine. Ayant moi-même vécu plus de quatre ans à Port-au-Prince, je cherchais, comme bien des gens, à mettre la main à la pâte pour leur venir en aide. L’idée d’organiser un spectacle s’est imposée d’elle-même. Il s’agit là d’une belle manière de démontrer une solidarité et d’envoyer un message d’espoir à ce peuple.»

Toute la population est donc invitée à assister à ce spectacle bénéfice le jeudi 28 janvier à 20 h à l’Hôtel La Saguenéenne. Le coût des billets est fixé à 15$. Des bénévoles seront sur place, tout au long de la journée, pour amasser les dons volontaires.»
***
Photo Cyberpresse - Haïti janvier 2010

Autre lien :


http://74.125.113.132/search?q=cache:hFx6-cVrPwQJ:www.traitdemarc.com/+Ecce+Mundo+Ha%C3%AFti&cd=3&hl=fr&ct=clnk&gl=fr

mardi 14 juillet 2009

La passionara d'Ecce Mundo


Eduardo Lopez et Julie Dubois-Gravel
Ecce Mundo 2 Passionara - Passion Tango
© Jeannot Lévesque - Photo Sylvain Dufour

Pour sa dixième année de représentation, Ecce Mundo a mué avec superbe. La passionnara d’Ecce Mundo est incontestable. Oui, tout est passion dans cette revue musicale unique, présentée à Chicoutimi.

Chaque année, on s’étonne de constater la performance de ces jeunes dansant les pas d’une humanité en évolution. Explosion de sons et de couleurs empreintes de la diversité des cultures à travers les temps! S’il est un spectacle universel par excellence c’est bien celui-ci. Universel par sa conception, par son contenu autant que par ce langage des mouvements, des sons et des costumes.

La Bielorussie
Ecce Mundo 2 Passionara
© Jeannot Lévesque - Photo Sylvain Dufour

J’aime les excès joyeux. Les belles folies qui nous embrasent le cœur et l’esprit dans l’euphorie d’un moment d’exception. C’est ma règle de vie. Les grands moments se célèbrent par un geste un peu fou. À l’heure de mon «retrait» du quotidien journalistique je me suis dit : je m’offre le traitement VIP d’Ecce Mundo 2 et j’y convie mon amoureux et deux amis afin qu’ils découvrent cette production d’envergure qui m’enchante depuis si longtemps. L’heure était propice : nouvelle page de vie et spectacle renouvelé.

Ecce Mundo 2 Passionara
© Jeannot Lévesque - Photo Sylvain Dufour

C’est ainsi que, pour la première fois, je me suis assise dans la première rangée de la salle. Et, sans bémol, j’avoue en avoir eu plein la vue. La proximité s’est révélée une expérience particulièrement intéressante, percevant l’intensité de l’effort, de l’émotion. L’éclat du plaisir dans les yeux, l’insidieux soupçon de crainte dans la difficulté d’un mouvement et la fierté perceptible effleurant le sourire.

Ecce Mundo 2 Passionara
© Jeannot Lévesque - Photo Sylvain Dufour

Ecce Mundo 2 amplifie les forces de la première production, attaquant le premier mouvement avec plus de dynamisme. L’introduction, à la fois sobre et moderne, résume les temps confondus en complicité avec une musique intemporelle dans son essence. Comme si les sons et les mouvements s’inspiraient en crescendo de la science acquise de tout ce qui s’est fait depuis 2000 ans.

La fête médiévale est un moment d’exubérance, d’éclatement acrobatique où Philippe Dufresne livre une démonstration impressionnante de souplesse.

Précédant le menuet, nettement amélioré, on a gardé le numéro de chant de Farinelli. Bien exécuté. Mais peut-on questionner le maintien de ce choix? Surtout qu’il est livré dans une tonalité qui ne crée pas l’illusion de la voix du célèbre castrat, mais impose toute la féminité de la soprano. C’est malgré tout l’occasion de redécouvrir la voix de Sonia Simard, plus ample, plus pleine qu’elle ne l’a jamais été, plus épanouie. On lui doit d’ailleurs un très beau duo vocal avec Keven Lemay dans Heure exquise.


Ecce Mundo 2 Passionara
© Jeannot Lévesque - Photo Sylvain Dufour




Ce que j’appelle la danse de Shiva Nâtarâja
Ecce Mundo 2 Passionara
© Jeannot Lévesque - Photo Sylvain Dufour

À souligner l’incursion en Orient, avec ce que j’appelle la danse de Shiva Nâtarâja. Danse étrange et spectaculaire, comme les costumes de Biélorussie et comme le solo de flamenco dansé par la flamboyante Julie Lévesque. Je demeure une inconditionnelle de Fougueuse passion avec l’inoubliable duel entre énergie irlandaise et flamme latine du numéro Firedance (Marie Breatnach). Mais je retiens, ente tous, le tango très expressif et d’une intense sensualité réunissant Eduardo Lopez et Julie Dubois-Gravel. Un duo de feu où le geste rend éloge à la passion accentuée par le regard sans retenue dont le danseur couvre sa partenaire.

Eduardo Lopez et Julie Dubois-Gravel
Ecce Mundo 2 Passionara - Passion Tango
© Jeannot Lévesque - Photo Sylvain Dufour


Eduardo Lopez et Julie Dubois-Gravel
Ecce Mundo 2 Passionara - Passion Tango
© Jeannot Lévesque - Photo Sylvain Dufour

Tous ces numéros se suivent à un rythme rapide. Pas de temps mort. Tout est vivacité et maîtrise. Incluant les éclairages qui s’intègrent au spectacle comme partenaires actifs.

Plus près d’eux que je ne l’ai jamais été, j’ai été frappée par la qualité du maquillage. Sans tomber dans le piège des traits soulignés de façon outrancière, ils sont mis en valeur, accentués oui, mais sans excès.

Autre plaisir de cette soirée du 10 juillet, le retour de Sylvia Louis, la magique acrobate du tout premier Ecce Mundo de l’An 2000. Toujours aussi spectaculaire et gracieuse, que ce soit sur cerceau ou sur drapé aérien.



Sylvia Louis - Farewell (Apocalytica)
Ecce Mundo 2
Passionara
© Jeannot Lévesque - Photo Sylvain Dufour

Sylvia Louis - Farewell (Apocalytica)
Ecce Mundo 2 Passionara
© Jeannot Lévesque - Photo Sylvain Dufour

Ecce Mundo 2 : Passionnara, un spectacle conçu par Ariane Blackburn, des numéros créés par des jeunes chorégraphes d’ici, interprétés par des jeunes artistes étonnants. Une envolée musicale professionnelle produite, réalisée et présentée dans une galaxie si près de chez vous…
***

Pour compléter, un très bon compte-rendu de ce spectacle de Patricia Rainville, publié dans Le Quotidien du 11 juillet 2009.

Ecce Mundo 2 - Texte de Patricia Rainville
© Le Quotidien
***

Note : Les photos de Sylvain Dufour, publiées sur ce blogue grâce à la permission gentiment accordée par Jeannot Lévesque photographe, ne concernent que des numéros de la première partie du spectacle Ecce Mundo 2 - Passionara, excepté celles de Passion Tango.

jeudi 2 juillet 2009

De la tentation totalitaire délivrez-nous

Si imparfaite soit-elle la démocratie demeure actuellement la meilleure façon d’administrer le pouvoir. Force est de constater que certains conseils d’administration assimilent mal ce système qui exige l’écoute et le respect des voix exprimées.

Au printemps dernier, un président d’organisme culturel s’est octroyé le pouvoir absolu d’un choix douteux auquel se sont silencieusement soumis les membres du conseil d’administration. J’en ai suffisamment parlé ici et là .

Il y a quelques jours à peine, un autre conseil d’administration, celui de la Coopérative de développement culturel de Chicoutimi fondée en 1974, mieux connue sous le vocable Théâtre du Saguenay, a manifestement renié les droits de certains de ses membres en leur adressant une lettre pour les dissuader de ne pas se présenter à l’assemblée générale annuelle du 30 mai dernier à La Baie. Dans Le Quotidien du mardi 30 mai, texte de Stéphane Bégin, et sur les ondes de Radio-Canada, on peut prendre connaissance de ce fait.



Le Quotidien, mardi 30 juin - Stéphane Bégin

Finalement, c’est heureux!, les membres de la coopérative, présents à l’assemblée générale ont renversé la décision d’exclusion prise par le Conseil d’administration (via une réunion téléphonique de certains administrateurs et non pas de tous) en raison de l’opposition affirmée de ceux-ci à l’égard de la rénovation de l’auditorium Dufour. Le président Vassilis Fasfalis a été sévèrement blâmé et les membres ont dénoncé l’incohérence du CA.

«Les membres de la Coopérative de développement culturel de Chicoutimi qui gère le Théâtre du Saguenay exigent des comptes. En assemblée générale annuelle, mardi soir, ils ont accusé le conseil d'administration, et son président Vassilis Fasfalis, de manquer de transparence, de cohérence et d'honnêteté. Certains ont même qualifié le CA "d'organisation boiteuse ayant d'importants problèmes de gouvernance". Ceux-ci ont été priés de consulter leurs membres avant de prendre position en leur nom», lit-on dans Le Quotidien de ce jeudi 2 juillet.

Enfin! Peut-on espérer que la population concernée et active dans le domaine culturel reprenne vraiment sa place. Les gens élus ou nommés à la direction des organismes culturels sont les mandataires des décisions que prennent ceux qu’ils représentent. Ils n’ont d’autre pouvoir que celui qui leur est prêté. Lorsqu’on se soumet, lorsqu’on se laisse bâillonner ou que l’on s’abstient d’agir, on cautionne. L’inaction d’un peuple est le meilleur allié de la dictature… Ou, à défaut, de l’incompétence.

Plusieurs personnes, présentes à cette assemblée, ont eu la gentillesse de répondre par courriel à ma demande d’information concernant cette assemblée que l’on décrit houleuse et qui a duré 4h30.

Outre le reversement de l’exclusion de Me André Salesse et des musiciens à l’origine d’une pétition en faveur d’une salle de concert, Éric Dufour et Marie Gilbert Thévard – ces deux derniers ont assisté à l’assemblée générale - voici plusieurs points majeurs que confirment les multiples témoignage qui m’ont été adressés depuis hier :

- Motion de blâme à l’égard du président Fasfalis pour la gouvernance du Théâtre du Saguenay.
- Annonce surprise de la vente du Cabaret urbain Opéra au montant d'un dollar. Le nom de l’acheteur n’a pas été dévoilé.
- Opération déficitaire influant sur une perte nette (180 000$ avance Le Quotidien) pour l’exercice finance se terminant le 30 juin 2008.Le montant est difficile à déterminer, aucune copie des états financiers n’était disponible pour les membres. Rappelons qu’il n’y a pas eu d’assemblée générale annuelle de la Coopérative (Théâtre du Saguenay) en 2008.
- Élection de cinq nouveaux administrateurs, mandat de trois ans, dont un employé du Cégep de Chicoutimi occupant un poste de gestion et Éric Dufour du Conservatoire de musique.
- Demande la tenue d’une assemblée générale spéciale des membres dans les plus brefs délais concernant le projet de la salle de spectacle. L’aval de la majorité des membres de l’assemblée sera requis pour tout projet de salle de spectacle (spectacle-multifonctionnelle-de concert, ou autre dénomination)
- Rendre disponible rapidement les règlements généraux (à jour) et les copies des états financiers au 30 juin 2008.


Porte-parole habilité du Conseil régional de la culture, la conclusion de Lucien Frenette est éloquente. Il m’écrit : « À titre de directeur général du CRC, j'assiste à chaque année à plusieurs assemblée générale annuelle (AGA) de différents organismes (Pulperie, Maisons des Bâtisseurs, Chambres de commerces, ATR, Langage Plus, CLD, etc.) et je peux vous dire que le TDS, qui gère un budget de près 1,6 million, ne rencontre pas les exigences requises en matière de gouvernance et de respect envers ses membres.»

Salle de spectacle

Récemment, sur les ondes de CBJ, Jean-Pierre Girard invitait mon confrère, le très informé journaliste Daniel Côté, pour tenter de brosser un portrait de la «saga salle de spectacle». Je l’ai retrouvé sur Youtube.


Entrevue de Jean-Pierre Girard à CBJ
avec Daniel Côté, journaliste au Quotidien


***
Et pour mémoire, voici un document souvenir
qui nous a fait rêver en 2005.


dimanche 19 avril 2009

Passionara pour Rocket Lavoie

Photographe photographié
Mariane Villeneuve, Rocket Lavoie et Marica Morin
@ photo Rocket Lavoie


Jeudi, 19 mars. Sans le savoir, c'était ma dernière conférence de presse.

Ariane Blackburn, directrice artistique, avait convié les médias pour leur livrer les nouveautés de la revue Ecce Mundo 2 - Passionara. Mon photographe de presse, Rocket Lavoie, membre de l'équipe de Jeannot Lévesque - superbe équipe à laquelle j'ai souvent demandé l'impossible - a succombé à la tentation de s'inscrire de belle façon au cœur de l'évènement. Joignant l'utile à l'agréable, Rocket s'est entouré de deux danseuses d'Ecce Mundo, Mariane Villeneuve et Marica Morin que nous pourrons voir sur scène, au théâtre Ecce Mundo situé au Pavillon sportif de l'Université du Québec à Chicoutimi, dès le 3 juillet prochain.

***

jeudi 2 avril 2009

La vie parisienne… joyeuse folie saguenéenne




Scène de La Vie parisienne - SALR
©Photo Sylvain Dufour - Le Quotidien



Le plaisir était au rendez-vous



Sans Offenbach, le livret de La Vie parisienne d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy aurait-il franchit le cap des 142 ans de popularité? Un texte d’une telle pauvreté serait bien vite vilipendé par la critique malgré les airs éblouissants du compositeur. Dénonçant la superficialité ridicule des «nantis» toujours en quête de jouissances faciles, le scénario comme le sont souvent les livrets de l’opéra bouffe, ne paie pas de mine… À moins d’être revu par des Saguenéens à l’esprit vif.


Gaétan Sauvageau - Gardefeu
La Vie parisienne - SALR
© Photo Sylvain Dufour

La Société d’art lyrique du Royaume présente, depuis mercredi, cet opéra bouffe de Jacques Offenbach, la plus jouée de ses œuvres dit-on, à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, dans une version incontestablement jouissive.

Pas de temps mort. La mise en scène d’Éric Chalifour a su tirer parti d’une musique endiablée, misant sur une interprétation alerte, très physique, bouffonne à la limite de l’excès, dans un bel équilibre vocal des chœurs autant que des solistes.

La Vie parienne - SALR
«Bouffone à la limite de l'excès»
Marie-ève Munger (Gabrielle) - Jean-Sébastien Turgeon (Frick)
© Photo Sylvain Dufour

L’adaptation épurée, les allusions à l’actualité québécoise et régionale, les clins d’œil nombreux et amusants – rarement entendre parler russe n’aura été aussi distrayant – la scénographie ingénieuse malgré sa sobriété, la composition des tableaux et les déplacements sur la scène, tout démontre le professionnalisme des artisans de cette production de belle venue.

Maestro Jean-Philippe Tremblay
© Photo Sylvain Dufour

L’orchestre, sous la direction de Jean-Philippe Tremblay, a livré une interprétation vibrante, parfaitement intégrée à ce tout théâtral, vocal et instrumental. Les chœurs, nombreux dans cette opérette, ont chaque fois été un plaisir. Faut-il les nommer ? Peut-être quelques-uns particulièrement accrocheurs: Elles sont tristes les marquises, Rondeau du Brésilien et la finale de l’acte I, Ce que c'est pourtant que la vie (Triolet de Gardefeu), l’air tyrolien, Son habit a craqué dans le dos, et la finale du 4e acte.

Marie-Ève Munger - soprano colarature
Gabrielle dans La Vie parienne de la SALR
© Photo Sylvain Dufour

Bien qu’ayant toujours déclaré occuper un modeste second rôle dans cette production, Marie-Ève Munger, une fois de plus, brûle les planches. Son jeu théâtral, sa prestance et son interprétation s’ajoutent à une voix très belle qui ne cesse de nous plaire. La soprano colorature campe une Gabrielle mutine, adorable, dont la fougue apporte de la couleur au personnage de la «timide» gantière.

J’ai beaucoup apprécié l’accent et la classe de la Martina Govednik (Métella), l’assurance et la vitalité de Caroline Tremblay (Pauline). Peut-être moins à l’aise dans le jeu théâtral, Ariane Girard (la barronne) a un timbre de fois très particulier, un vrai plaisir que de l’entendre chanter.
Irrésistible tandem - Dominique Côté, Gaétan Sauvageau
La Vie parisienne - SALR
© Photo Sylvain Dufour

J’ai trouvé irrésistible le tandem créé avec une belle complicité par le baryton Dominique Côté (Bobinet) et le ténor Gaétan Sauvageau (Gardefeu), deux belles voix en solo comme en duo. En fait, nous étions gâtés par la distribution masculine avec l’hilarant Martin Giguère (Prosper et Joseph), les enjoués Éric Renaud (Alphonse et Urbain), Jean-Sébastien Turgeon (Frick) et Julien Patenaude (Le baron) et l’exotique séduisant Gérald Germain (Le Brésilien).
La Vie parisienne - SALR
Gérald Germain Le Brésilien
© Photo Sylvain Dufour

Soulignons le travail ardu des danseuses sous la direction de Julie Dubois-Gravel. De nombreuses et vivantes chorégraphies qui, malgré certaines échappées compréhensibles et une performance pas toujours égale, ont contribué habilement à l’ambiance tourbillonnante de ce spectacle hautement festif.

Julien Patenaude (Le baron)
Gaétant Sauvageau (Gardefeu)
Ariane Girard (La baronne)
La Vie parisienne - SALR 2009
© Photo Sylvain Dufour


Un beau rendez-vous que cette production 2009 de la Société d’art lyrique du royaume! De belles voix, un jeu dynamique et beaucoup d’humour.

***

À la mémoire de Stan d’Haese

Stan d'Haese 1936-2009



Samedi 4 avril, la quatrième représentation de La Vie parisienne de Jacques Offenbach sera présentée à l’occasion d’une soirée dédiée à la mémoire du très regretté Stan d’Haese, décédé le 4 mars dernier à l’âge de 73 ans.

À ce sujet, Marie-Ève Munger, directrice artistique, écrit : «J’ai une pensée pour les bâtisseurs qui, comme Stan d’Haese, ont aidé à faire de la Société d’art lyrique du Royaume la pierre angulaire qu’elle est devenue dans le domaine lyrique québécois. Et je vous assure que nous continuons à regarder vers l’avenir pour poursuivre leur rêve et le nôtre, celui de mener la SALR toujours plus haut afin de faire honneur aux artistes, aux bénévoles et au public qui nous soutient.»

Stan symbolise tout le dévouement, l’énergie, le talent et la foi qui caractérise tant de personnes investissant, ici, leur temps et leurs connaissances afin de doter notre région d’une vie culturelle riche et inspirante pour nos enfants…. Pour nous tous.

Souhaitons une salle comble, ce samedi 4 avril, pour saluer la mémoire de ce géant qui s’est donné sans rien demander, sinon d’aller de l’avant pour bâtir un monde auquel il croyait.

***

mercredi 26 novembre 2008

Dieudonné à Chicoutimi







Le Quotidien

Actualités, samedi, 1 novembre 2008, p. 4

Dieudonné appuie là où ça fait mal

Christiane Laforge

CHICOUTIMI - Ne cherchez plus du vitriol. Dieudonné a tout consommé.

J'ai fait l'con, annonce-t-il dans le titre de son nouveau spectacle. Moi non plus a répondu un public jaune-hilare, hier soir, à l'auditorium Dufour de Chicoutimi.

C'est que le très controversé humoriste français appuie là où ça fait mal. Difficile de garder les yeux fermés sur les drames d'une humanité malade de surconsommation et de ses ambitions économiques. Comment s'absoudre des fautes passées quand elles sont commises dans le présent?

"L'humour, c'est tout ce qu'il me reste", déclare-t-il après avoir brossé quelques scènes d'horreur.

Des histoires qui ont fait rire une salle de 350 personnes, où jeunes et moins jeunes ont démontré qu'ils étaient très au fait de l'actualité internationale, de la politique européenne, africaine, américaine et tout autant des hauts faits des plus grands criminels.

Évoquant le boycott que lui font subir les médias français, Dieudonné a très vite répondu aux attentes de son public, paré à entendre la rumeur voulant que Le Pen ait accepté d'être le parrain au baptême de sa fille. Tous les moyens sont bons pour faire parler de soi, faut-il comprendre, "Puisque, ose-t-il dire, si tu as pas de kippa dans une agression, on ne se déplace pas."

L'acuité du regard qu'il porte sur les comportements sociaux n'a d'égal que le verbe acide dont il use pour nous renvoyer l'image de ces "voyeurs" friands des actes odieux et des scandales dans lesquels se complaisent les médias. Quoique les coups les plus violents qu'il assène demeurent son récit sur les Pygmées. Le parallèle entre la déforestation condamnant les Pygmées d'aujourd'hui à disparaître et le sort des Amérindiens il y a 400 ans en est un bel exemple.

"Les autochtones, sous prétexte qu'ils sont là depuis toujours, ils se croient chez eux", lance-t-il.

"Mais il est où ton pouvoir d'achat?" demande-t-il au personnage fictif qui semble ne pas comprendre l'importance du pipeline traversant l'Afrique pour transporter le pétrole si "essentiel" aux Américains.

Dieudonné n'hésite pas écorcher quelques politiciens, Powell, Sarkozy, Bush et Harper, au grand plaisir du public qui manifeste son approbation. Son Colin Powell allant devant l'ONU avec "la preuve irréfutable" de l'existence des armes de destruction massive en Irak, l'interview des mères, frères et fils de criminels célèbres, les allusions à Condoleeza Rice comblent la salle qui réagit à tous ses coups.

Grinçant

Il y a des moments très intenses dans ce spectacle d'humour grinçant.

On regrette cependant certaines longueurs. Le sketch mettant en scène le président du Cameroun et une journaliste traîne en longueur et fait perdre de l'efficacité à des répliques, malgré toute l'ironie qui s'en dégage.

Les interventions du personnage, jouant le rôle de metteur en scène, n'apportent rien au spectacle. Au contraire, elles coupent le rythme et atténuent l'intensité créée par l'humoriste.

Le spectacle de 90 minutes, sans interruption, s'est terminé dans l'émotion alors que Dieudonné a récité un texte sur la Palestine dans le style de son ami, le chanteur Claude Nougaro, auquel il a emprunté l'accent teinté de soleil pour prêter sa voix à un jeune kamikaze palestinien. Un beau moment.

Irrévérencieux, cru et mordant, l'humour de Dieudonné est d'une redoutable efficacité. Serait-il un miroir, non déformant, renvoyant à chacun son image? Mieux vaut en rire! L'humour n'est-il pas tout ce qu'il nous reste? o

© 2008 Le Quotidien. Tous droits réservés.


***


samedi 6 septembre 2008

Jean-François Lapointe Le Magnifique!


Jean-François Lapointe a un heureux problème. Il doit veiller à maîtriser son enthousiasme à l’égard des nombreuses offres qui lui sont adressées sinon les pages de son agenda vont déborder. Il doit parfois refuser certains engagements parce qu’il a déjà dit oui ailleurs. Cela est même arrivé avec La Scala de Milan où il a chanté Pélléas en 2005.


Jean-François Lapointe dans le rôle de Pelléas
© Photo courtoise JF Lapointe

« La Scala, c’était assez exceptionnel. Premier Québécois depuis 55 ans et le premier rôle-titre jamais arrivé. Depuis, j’ai dû refuser plusieurs fois d’y retourner. Soit la date coïncidait avec mes autres engagements, soit le rôle ne me convenait pas. Je sais quand un rôle n’est pas adéquat pour ma voix. J’ai toujours été excessivement prudent à ce niveau.»

Le Monde

« De beaux projets en perspectives jusqu’en 2013 », assure-t-il.
Lors de notre entretien, il revenait des Chorégies d’Orange où il a campé un Valentin très remarqué dans l’opéra Faust de Gounod.


Jean-François Lapointe (Valentin)
dans l'opéra Faust
aux Chorégies d'Orange, août 2008

© Photo courtoisie JFL

« L’incontestable vedette de la soirée! » soulignent plusieurs critiques.
L’Europe accapare de plus en plus ce baryton, Jeannois de naissance qui a grandi à Chicoutimi et tenu ses premiers rôles sur la scène de l’auditorium Dufour aux belles heures de l’opérette du Carnaval-Souvenir. « Un véritable tremplin pour jeunes chanteurs » a-t-il toujours affirmé. Si fermement convaincu de l’importance de développer l’art lyrique en région qu’il a dirigé, pendant plusieurs années, la destinée de la Société d’art lyrique du royaume sur laquelle il garde un regard affectueux, critique et parfois… anxieux.

Laterrière

Les occasions d’entendre chanter Jean-François Lapointe seront plus rares désormais au Québec. Cela devient un privilège qu’il ne fallait pas manquer, alors qu’il était, le dimanche 24 août dernier, au Rendez-vous musical de Laterrière, pour interpréter des grands classiques du répertoire vocal avec la soprano Marie-Ève Munger et le pianiste Michael McMahon.
Denise Pelletier, amie et journaliste à la retraite qui a été mon équipière pendant plusieurs années à la Section des arts du Quotidien et du Progrès-Dimanche, en parle superbement ici.
***
Le texte qui précède devait être l’introduction du reportage publié le jour même dans le Progrès-Dimanche. Le voici.



Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche, 24 août 2008, p. 46

Depuis l’âge de 22 ans
Une carrière internationale menée avec beaucoup d'entrain

Laforge, Christiane

CHICOUTIMI – Grands favoris de plusieurs directeurs artistiques d’opéras connus sur la scène mondiale, Jean-François Lapointe sent venir à lui de nouveaux personnages. Sa voix a pris de la maturité, une ampleur, une force qui le sert bien dans une carrière internationale qu’il mène avec entrain.
Que de chemins parcourus, depuis ses fougueuses interprétations des personnages sortis des opérettes Orphée aux enfers, La Veuve Joyeuse, Les Mousquetaires au couvent à Chicoutimi, précédant de peu sa victoire au Concours international de chant à Paris qui lui ouvre la voie à une carrière internationale alors qu’il n’a que 22 ans!
L’élève de Louise André à l’Université Laval de Québec et de Martial Singher à Santa Barbara a campé plus de soixante grands personnages lyriques. Obtenant sans difficulté les premiers rôles de baryton qui, par son interprétation très personnelle, deviennent siens. Dans la presse européenne, on dit «le Pelléas», «le prince Danilo» et, désormais, après sa prestation aux Chorégies d’Orange, «le Valentin» de Jean-François Lapointe.
Une belle voix ne suffit pas dans le monde lyrique. Les directeurs artistiques peuvent choisir parmi les meilleurs du monde. « Et ils sont nombreux », affirme le baryton. Un artiste doit s’emparer de son personnage, lui donner un ton, un style, un caractère tellement unique qu’il s’impose comme favoris des publics, des critiques et des producteurs.

Personnage multiple

Entre 1988 et 2007, Jean-François Lapointe a chanté Pelléas de Débussy plus de 200 fois. Ce rôle est encore à son agenda jusqu’en 2012. Après quoi, il ciblera plutôt celui de Golaud, annonce-t-il. Personnage imposant campé en 2007 à Paris par Laurent Naouri alors que Jean-François incarnait Valentin et Marie-Nicole Lemieux, Geneviève.
Son rôle de Valentin, dans Faust semble aussi voué à un bel avenir. Les critiques ne tarissant pas d’éloges : «Le baryton québécois Jean-François Lapointe fut avec une force, voire une brutalité machiste, un Valentin de grande allure à la voix puissante » écrit Philippe Gut, dans L’Humanité.
Tour à tour Hamlet, Figaro, Almaviva, Don Giovanni, Jean-François Lapointe est aussi Escamillo dans Carmen, en compagnie de la montréalaise Nora Sourouzian dans le rôle-titre. Le spectacle, présenté plus tôt à Lausanne puis à Vichy, fera une tournée au Japon en octobre prochain.
Dans son carnet s’inscrivent aussi « Les Pêcheurs de perles » de Bizet à Toulon, Claudio dans « Béatrice et Bénédicte » de Berlioz à Paris, la « Dame de pique » à Monaco en avril 2009, « Eugène Onéguine » plus tard toujours à Monaco et, dans deux ans, le rôle de Ford dans « Falstaff », son premier Verdi.
«Un rôle pour baryton lyrique, un registre vocal plus large, explique le chanteur. Ma voix s’ouvre à de nouveaux répertoires… Des défis trop beaux pour ne pas les relever.»

L’avion

Sa carte maîtresse : une bonne santé. Son regret : le temps loin de sa famille. Sa seule plainte : le stress des voyages en avion. «Le respect des horaires se détériore. La perte des bagages, cela m’arrive au moins deux fois par année. Chaque voyage comprend 4 à 5 correspondances. Par année, cela me fait de 30 à 40 vols. Tout cela ajoute à l’angoisse et à la fatigue. »
Vivre en Europe ne serait pas une solution puisque ses rôles successifs le conduisent d’une ville à l’autre, incluant exigeant des trajets de six à sept heures en train. « C’est extrêmement rare que je travaille dans une même ville… et le coût de la vie y est très cher. On est bien chez soi au Québec! J’ai toujours été conscient de ça. »
Travailler davantage sur le continent Nord-américain est utopique pense-t-il. L’opéra n’y est pas ancré aussi profondément qu’en Europe. «Comparé à Orange, la culture ici c’est le désert. À Orange, on compte 8000 spectateurs chaque soir. Les gens de tous âges y viennent du monde entier. Ils achètent leur billet un an à l’avance. Orage est un festival prestigieux, un des plus courus par le public et qui reste très populaire.»
Tellement, explique le chanteur que l’on vend des billets pour assister aux répétitions. «Pour les générales, c’était déjà ouvert au public. Mais pour les répétitions, cela devient de plus en plus courant pour une somme modeste. Et ils sont plusieurs centaines. Moi, je trouve ça affreux. Ce n’est pas facile d’essayer des choses, de se tromper… et entre artistes il y a des choses qui doivent se dire sans témoins. »
Tout n’est pas négatif cependant. Comme le rôle de Valentin n’exige pas une présence constante sur la scène, Jean-François en a profité pour aller rencontrer les gens. «C’est un échange assez sympathique. C’est unique. Ce sont des instants précieux. On sent que ces gens-là se sentent plus attachés à l’opéra. Ils viennent en famille.»
Investir
Cette ouverture à l’art lyrique est également politique. Les pouvoirs publics ne s’attendent pas à ce qu’un opéra soit rentable. Ils n’ont pas peur de subventionner généreusement, remarque l’artiste.
Dans une entrevue, accordée le 4 juin dernier à un journaliste canadien, Jean-François Lapointe exprimait son opinion en ce sens.
« Il faudrait nous rendre compte que la culture c’est important et arrêter de confondre les termes culture artistique et culture sociale. Nous n’exigeons pas des musées qu’ils rapportent de l’argent; nous savons qu’ils existent pour protéger notre patrimoine. La même chose vaut pour les arts. C’est une question de priorité des gouvernements. La culture d’un peuple, ce n’est pas seulement ses acquis sociaux (les soins de santé, par exemple). Il faut s’investir dans les choses de l’esprit, cultiver les arts pour eux-mêmes. »

Les Québécois

« Les artistes québécois ont beaucoup la cote en Europe. Ils y sont assez nombreux et très présents, dans le populaire et surtout dans la musique classique. » Jean-François Lapointe en sait quelque chose, lui qui était sur scène, pour une seconde fois, avec Marie-Nicole Lemieux (Dame Marthe dans Faust, Geneviève dans Pelléas), tandis que Hélène Collerette, occupait la place de premier violon de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, sous la direction musicale de Michel Plasson.
Pendant les quelques semaines de répétition le travail est intense. «Tous les trois, on s’est vu pas mal, mais on n’a pas beaucoup de temps de congé.»
Marie-Nicole Lemieux a tout de même pris le temps de recevoir Jean-François Lapointe et Hélène Collerette. «Avec une tourtière, évoque joyeusement le chanteur. Une tourtière en France, il fallait le faire! »
Lorsque plusieurs artistes québécois se retrouvent dans une même production, ils sont vite, et plutôt affectueusement, ciblés comme le « clan québécois ».
« Lors des saluts, nous étions sur la passerelle qui entoure l’orchestre à Orange. On saluait en regardant du côté d’Hélène et Michel Plasson, a murmuré «Vive le Québec!»

****


Jean-François Lapointe (Valentin)
Une scène de Faust aux Chorégies d'Orange, 2008
© Photo courtoisie JF Lapointe



Ce qu’ils en disent


• Jean-François Lapointe, admirable chanteur et acteur, d’un engagement total, est un Valentin héroïque mais élégant qui fait de sa mort, malgré le conformisme moral glaçant du personnage sans pitié pour sa sœur, une terrible tragédie. (Benito Pelegrin, Classique news)

• L’incontestable vedette de la soirée fut le Valentin de Jean-François Lapointe, voix ample, superbe, vivante, jouant son rôle pleinement, qui nous a touchés profondément. Mais joignons lui le passage éclair de Marie-Nicole Lemieux, dame Marthe truculente, à la voix convaincante et au jeu naturel. (Hervé Galien, Cahier de la musique classique)

• [..] Jean François Lapointe qui est plus qu'un brillant Valentin, tant par le chant que par le jeu. (Forum France 2)

• En dehors d'une distribution et d'une mise en scène très honnêtes, le grand vainqueur de la soirée fût Jean-François Lapointe pour sa magnifique prestation de Valentin. Il a tout (puissance, clarté, timbre, engagement, présence). Enfin un chanteur d'opéra qui ne se la joue pas, mais qui joue et chante. Ovation ce samedi dernier bien méritée!
(Jean-claude Meymerit, Aqui)

• Jean-François Lapointe est un Valentin d'un beau métal, sans mièvrerie, Marie-Nicole Lemieux une Dame Marthe impayable et savoureuse, véritable luxe pour un rôle aussi court. (Christian Merlin, Le Figaro)


• Musicalement, la soirée cultivait un état de grâce. Dans la transparence et la souplesse attendrie de la direction de Michel Plasson […]. Grâce aussi à un plateau vocal qui ne souffre aucune faiblesse, des émois respectueux de la très drôle Dame Marthe de Marie-Nicole Lemieux au solide Valentin de Jean-François Lapointe. (Serge Martin, Le Soir)

***

dimanche 1 juin 2008

Leonard Cohen à Chicoutimi

Leonard Cohen à l'auditorium Dufour de Chicoutimi, le 30 mai 2008
© Le Quotidien. Photo Sylvain Dufour




Le Quotidien

Arts et spectacles, samedi 31 mai 2008, p. 3


Rien de moins que de l'amour
Leonard Cohen envoûte le public saguenéen


CHRISTIANE LAFORGE
claforge@lequotidien.com

CHICOUTIMI - Du jamais vu! Si intense que l’on demeure sans voix, ne trouvant pas le mot pour traduire ce moment d’exception. Un spectacle unique. Un personnage immense. Entre Leonard Cohen et le public ce n’est rien de moins que de l’amour.

Vendredi 30 mai 2008. Occupant la totalité des sièges de l’auditorium Dufour de Chicoutimi, le public vibre avant même l’arrivée des musiciens. Leonard Cohen entre en scène. C’est déjà l’ovation. «Je vous aime» crie quelqu’un. «Moi aussi je vous aime», réplique l’artiste. Si menu dans son costume anthracite, tenant son chapeau contre sa poitrine, saluant gentiment, il a une telle présence que l’on succombe, conquis.

À peine commence-t-il a chanter Dance me to the end of love que s’instaure une certitude : nous ne serons pas déçus. Loin de là.

Sur la scène, entièrement habitée par les nombreux instruments, trois choristes aux voix très belles, six musiciens - et quels musiciens ! Dix artistes en harmonie pour livrer un spectacle mémorable. À l’entracte comme à la fin, les réactions sont délirantes. Plusieurs fois le public se lèvera spontanément pour l’applaudir, manifestant son émotion sous l’impact des mots et son admiration pour la grandeur du poète.

Précédant ses chansons de courts textes qu’il récite en français, du moins au début, le charme de Leonard Cohen réconcilie Molière et Shakespeare, abolissant avec grâce les limites des deux langues. L’effet est impressionnant. Il crée un lien puissant entre lui et son public par le pouvoir de tout ce qu’il exprime à travers les mots et la musique de ses chansons. On peut bien aimer ses disques, cela ne rivalisera jamais avec ce qui se passe là, ce vendredi de mai, sur la scène de l’auditorium Dufour.

À la troisième chanson il demande «Est-ce que je peux parler anglais ?» pour évoquer ses 15 ans d’absence sur scène et prétendre avec humour «qu’il n’y a pas de remède pour l’amour». Jusqu’à la fin, il établit un lien entre ses chansons et ses musiciens, maintenant le rythme sans bavure. C’est impeccable et chaleureux, propice à l’adhésion inconditionnelle aux échos d’une âme sensible, lucide, tourmentée et pourtant amoureuse. «Comme un oiseau sur la branche, je cherche ma liberté» récite-t-il avant de chanter la très émouvante Bird on a wire. Ce qu’il dit, ce qu’il chante n’a de simple que l’apparence. Ses textes, même les plus sombres, sont d’une telle poésie qu’on les reçoit l’esprit ouvert à la confiance qu’il a d’être compris. Et il l’est.

Everybody Knows met en évidence la grande qualité de ses musiciens. La répétition de certaines phrases, comme un mantra, s’appuie sur la musique. Elle en modifie la couleur, en accentue le sens qui se transforme dans le rythme et les intonations. Avec In my secret life on a le sentiment qu’il entre à l’intérieur de la chanson. Ce n’est pas mécanique, ce n’est pas technique. Cela vient de l’intérieur de lui et explose en douceur dans l’oreille de nos cœurs.

De sa voix grave, il crée de la douceur. De sa silhouette il exprime toute la profondeur de sa parole. Puisant dans les succès anciens, risquant des chansons nouvelles, la salle réagit sans cesse et avec force. Lorsqu’il termine la première partie c’est l’ovation. À la seconde l’accueil est vibrant et Suzanne ajoute à la fièvre du public. Hallelujah les éblouit. Democracy les transporte.
Pas question de le laisser partir, la salle scande son retour. Il revient de bon cœur et, trois chansons plus tard, ravira tout le monde en disant: «On n’est pas pressé», avant de continuer.

Difficile d’expliquer ce qui se passe entre cet homme et son public. Une communion. Une reconnaissance. Tout se résume à cet aveu spontané : «Je vous aime» lancé. Moi aussi monsieur Cohen… plus encore, désormais !

Leonard Cohen, si menu dans son costume anthracite, tenant son chapeau,
saluant gentiment, a une telle présence que l'on succombe, conquis.

© Le Quotidien. Photo Sylvain Dufour



Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Musique; Littérature et livres
Taille : Moyen, 478 mots

© 2008 Le Quotidien. Tous droits réservés.