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jeudi 26 mai 2011

Michel a rejoint son père Arthur

Michel Villeneuve 
1949-2011


Sonne le glas ce 26 mai 2011 sur la mort de Michel Villeneuve, fils du peintre-barbier Arthur Villeneuve, lui-même décédé le 21 mai 1990. À cinq jours près. Comme si Michel avait tenté de dépasser le pas ultime avant de culbuter dans l’au-delà.


Travaux du printemps. Une chute aussi imprévisible que cruelle où Michel a heurté le sol de sa tête. Des jours et des jours d’un combat incroyable pour survivre. Pour sa famille, ses amis, c’est l’attente résignée. Puis l’espoir insensé, quelques jours trop brefs, sous la pression d’une main et quelques mots échangés… avant d’affronter aujourd’hui l’implacable verdict.


Les jumeaux Michel et Micheline Villeneuve
© Photo courtoisie Micheline Villeneuve


Le grand silence de sa jumelle Micheline, ce soir au téléphone, a dit, mieux que les mots, l’ampleur du vide laissé par ce départ inattendu. Michel et Micheline, indissociables dans mon esprit depuis le temps de l’adolescence alors qu’on se retrouvait dans la maison de la rue Taché, nos pères parlant peinture et nous de poésie.

Ce soir, je pense au chagrin de toute la famille. Son épouse, ses fils, ses frères et sœurs. Mais qu’il est difficile d’imaginer ces lendemains qui vont venir sans plus jamais voir jusqu’où ses dessins vont nous entraîner. 

Œuvres de Michel Villeneuve - Expo à la Pulperie 2007
© Photo Le Quotidien

Depuis 1997, Michel s’imposait avec talent comme l’héritier de ce père célèbre. Il avait su trouver son propre langage sans renier une filiation évidente entre ses dessins et l’imaginaire
d’Arthur. Dessinateur compulsif, couvrant papiers, napperons, cartons, en tout temps, en tout lieu, l’autodidacte affirmait une maîtrise grandissante du mouvement que lui reconnaissent les témoins de ses premières expositions, d’abord à Larouche en 2005, puis à La Pulperie de Chicoutimi en 2007 et finalement à Gatineau et autres lieux où Michel animait des ateliers pour les enfants prêts à le suivre dans ce monde onirique qui nous a charmé.

Le journaliste Yvon Paré, avait très bien résumé l’œuvre et l’homme dans une excellente critique publiée dans le Progrès-Dimanche. En relisant cet extrait, j’ai eu le sentiment de vraiment comprendre ce qui rendait Michel Villeneuve si attachant.

 « Villeneuve rend hommage à la vie et à la forme en se laissant porter par ces dessins, travaillant à la manière des surréalistes qui refusaient « de penser » et toute censure. Il en résulte des mondes étonnants, une joie frénétique, un hymne à la vie qui rassure et apaise même s’il faut quitter nos références. Un monde glissant, dansant, rampant qui renoue avec l’inconscient et les archétypes. Un monde de silence et de méditation aussi. »


Michel Villeneuve
Archives - Le Quotidien 


En guise d’au revoir, pour toi Micheline, j’aime penser que Michel a retrouvé son père Arthur Villeneuve, imaginant les deux artistes réunis pour un symposium éternel de peintures et dessins joyeusement colorés.

Adieu Michel. 
Toute ma sympathie à ta famille.


Œuvre de Michel Villeneuve
© Archives Le Quotidien






lundi 12 avril 2010

René Gagnon se dénude




René Gagnon et sa muse Claire-Hélène Hovington
© Photo Réjean Leclerc


Le peintre René Gagnon
Peintre du Saguenay et des paysages nordiques
nous souhaite la bienvenue sur son tout nouveau site internet.


On y retrouve des pages sur sa démarche artistique, ses racines, sa terre natale le Saguenay, ses collections et expositions de peintures, ses albums souvenirs réunissant photos et films, une revue de presse, le tout complété par ses amours : sa muse et ses carnets de cuisine. Un clin d'œil sympathique et fort instructif par ces pages de vie qui évoquent une époque et nous rappellent ces gens connus qui ont fait partie de son univers.


Nouveau site de René Gagnon

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samedi 27 juin 2009

Gatien Moisan, trop de silence

Marche au crépuscule - Gatien Moisan 2008
Photo invitation rétrospective au CNE de Jonquière


Que de silence sur la rétrospective de Gatien Moisan qui se tient au Centre national d’exposition de Jonquière. Quarante-huit ans de carrière de cet artiste intemporel passeront-ils inaperçus? Pas assez «pop» pour la Une des médias de la région?

Voilà pourtant une exposition remarquable en tout point. D’une modernité à faire pâlir bien des métropoles tant la démarche de ce peintre est d’une richesse dont la principale qualité est sa constance dans la quête de la perfection.

Lorsque l’on pénètre dans la salle d’exposition dédiée à son œuvre, le regard est happé par ses œuvres les plus récentes. Toiles qui ont été exposées au Toqué rouge et dont je parle ici.

Les plus achevées? Non, car de tout temps Gatien Moisan n’a cessé de traquer le visible dans sa plénitude, avec les outils de l’époque. En cela, il devient un des plus futuristes de nos artistes. Visionnaire qui dépasse le présent et pour cela peut-être considéré, à tort, inaccessible.

La rétrospective chemine de son art actuel à celui de ses débuts. Pourquoi chercher d’autres mots que ceux de la commissaire à l’exposition, Denise Pelletier, qui écrit dans le dépliant de l’exposition, hélas privée d’un catalogue qui aurait pourtant été essentiel autant que justifié, laquelle écrit : «Aujourd’hui il arrive à un résultat fascinant, comme en témoignent ses toiles, où sont combinées, juxtaposées, superposées et entrelacées les images, les photographies, les formes et les couleurs. Il aborde l’infographie comme il le fait pour les autres médiums : par réflexion, exploration, calcul, minutie, recommencement.»

En pénétrant dans le temps de ces quatre décennies, le visiteur constate la logique et la rigueur de la démarche de Moisan. Sur ses toiles, on voit la grandeur humaine confrontée à l’espace. Et s’il utilise son propre corps nu pour en exprimer la forme et le sens, s’il s’empare de ce qui l’entoure – entre autres sa fille enfant, les rochers de Sainte-Rose-du-Nord – c’est que l’objet est le tremplin d’une réflexion picturale qui nous entraîne aux confins d’une vision. En cela, Gatien Moisan est l’artiste dans ce qu’il a de plus noble et de plus absolu.

Je ne répèterai pas ce que j’ai dit plus tôt sur ce blogue (ici), sinon qu’il serait temps de poser un regard sur l’art quand il est pratiqué avec superbe.

Souhaitons que le Centre national d’exposition de Jonquière consacre un espace de son site Internet à l’œuvre de Gatien Moisan et y publie l’intégrale du très beau texte de sa commissaire afin, non seulement qu’il subsiste des traces de cet important travail réalisé pour la rétrospective, mais aussi pour inviter les internautes du monde à découvrir la qualité de nos artistes. Il est plus que temps d’inscrire ce que nous sommes sur la grande Toile du XXIe siècle.

L’exposition rétrospective des œuvres de Gatien Moisan est à voir au Centre national d’exposition de Jonquière jusqu’au 20 septembre.

L’œuvre de toute une vie et pourtant c’est gratuit!


Gatien Moisan
© Photo Rocket Lavoie



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vendredi 19 juin 2009

Une pacotille de petits villages, dixit Michèle Richard

Encore elle!

Peintre amateur depuis 1984, qui n’a jamais exposé (si l’on excepte le Manoir Morin-Heights), jamais été soumise à la critique, jamais participé à quelle qu’activité d’importance que ce soit en arts visuels et totalement inconnue dans le monde de la peinture professionnelle, Michèle Richard rejette d’un revers de la main (de la bouche plutôt) les arguments des personnes qui ont osé contester sa présidence, à ce titre comprenons-le, du Symposium international Jean-Paul Lapointe. Et je la cite :

«Ce n’est pas une pacotille de petits villages qui va me déranger», déclare-t-elle.

Voilà en quelle estime elle considère la ville hôtesse qui l’accueille cette fin de semaine.

On peut l’entendre sur le site de CBJ alors qu’elle accordait une entrevue à l’émission Café, boulot, dodo animée avec brio par Doris Larouche, dont voici le lien:
http://www.radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/emissions/emissionV0.asp?pk=920

mardi 16 juin 2009

Wouf!


Depuis une semaine, assistant à différents évènements culturels, j’ai cessé de compter le nombre de fois où l’on m’a demandé :

- Christiane, que pensez-vous de la présence de Michèle Richard (et de son chien) au symposium de peinture?

- Je pense qu’elle serait parfaite pour présider une exposition canine, ai-je rétorqué sans rire.

J’ai déjà (ici) exprimé ce que je pense de ce choix qui, selon le témoignage de personnes bien placées dans la hiérarchie de l’organisation du Symposium international Jean-Paul-Lapointe, n’aurait pas été débattu au sein du conseil d’administration. Ce serait le choix d’une seule personne qui aurait fait taire la dissidence en affirmant que tout était conclu et donc trop tard pour modifier cette décision devenue, dans les faits, un choix imposé.

Aperçu de la page 35
Le Quotidien samedi 13 juin


J’ai lu, dans Le Quotidien et le Soleil du samedi 13 juin, que trois artistes professionnels, Hélène Beck, Thérèse Fournier et Jérémie Giles ont, pour cette raison, donné leur démission. Ils ne participeront pas à ce symposium de peintures et de sculptures qui se targue de réunir des artistes professionnels réputés, où un comité de sélection a pour mandat d’évaluer puis d’accepter ou refuser les artistes selon des critères sélectifs bien précis.



Lettre de Jérémie Giles
Publiée à la page 11 dans Le Quotidien de mardi 15 juin
Texte complet à la fin de cette page


Ébahis et fortement ébranlés en apprenant que Michèle Richard aurait l’honneur d’être leur présidente, plusieurs peintres et sculpteurs, m’ont exprimé leur désarroi.

- Que ferais-tu à ma place?

- À la mienne, je me tirerais de là. À la tienne, je ne peux pas décider. Comment renoncer à participer à un symposium qui a attiré sucessivement 40 000 personnes (2000), 35 000 (2002) et près de 25 000 à sa dernière édition (2007)? Doit-on risquer l’absence ou cautionner un choix contestable et contesté? Quelle clientèle veut rejoindre la pensée «populiste» qui anime les organisateurs: des visiteurs intéressés à l’art visuel? Ou des voyeurs curieux de voir un vedette faisant les manchettes pour les mises en accusations répétitives et les acquitements tout autant répétitifs) ?

- Mais si on me met sur la liste noire pour le prochain symposium?, s’inquiète le peintre.

- Je doute fort que cela puisse se faire et encore moins se justifier. Mais voilà bien pourquoi je ne peux pas dire, ni à toi ni à qui que ce soit, quoi faire? C’est très personnel comme décision.

Ce dialogue s’est répété plus de cinq fois depuis la parution de la Une du Quotidien dévoilant le nom de la présidente d’honneur.

Michèle Richard peint en dilettante depuis 1984, soit 25 ans. Un loisir très légitime. Mais rien à voir avec le travail des artistes inscrits au symposium international de Chicoutimi.

J'ai été voir sur la Toile (ici), les photographies des peintures signées par Michèle Richard. Que dire de ce que j’ai vu? Peu de créativité, pas de style personnel. Pire, on constate une nette et «visible» dépendance de cette peintre «amateure» envers les modèles (cartes d’artistes, photographies) qu’elle reproduit avec fidélité. Signalons, entre autre, cette troublante parentée entre ses chaumières et les peintures de l'américain Thomas Kinkade. Cela accentue notre perplexité de la voir présider un symposium international réunissant des créateurs en art visuel.

Souhaitons qu’aucun cachet n'ait été versé pour tenir ce rôle. Sinon, l’esprit du fondateur de ce symposium - qui, plusieurs fois, a fait don de ses œuvres pour investir les bénéfices de leur vente dans le fonds servant à la tenue de cet évènement - aura vraiment été trahi.

Voilà ce que j'en pense!

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Réponse de Jérémie Giles

En réaction aux propos tenus par le président du Symposium international Jean-Paul-Lapointe, Monsieur Jean-Guy Maltais, dans l’édition du samedi 13 juin 2009 du journal Le Quotidien, la présente s’adresse aux 12 membres du conseil d’administration de cet évènement.
Par déférence à votre égard, j’aurais préféré que ma décision de me retirer de la sixième édition du symposium demeure entre nous et ne fasse pas l’objet d’un débat public. Je n’avais pas l’intention de polémiquer autour de la question de votre choix de la présidence d’honneur. Mais puisque vous avez rendu publique ma décision personnelle, je me vois obligé de réagir afin d’apporter quelques précisions.
Votre président dit « que j’aurais donné le nom de la présidente d’honneur comme prétexte et qu’il considère que c’est un jugement. »
Qu’il soit bien clair que ma décision de me retirer fut immédiate, suite à l’annonce de votre choix quant à la présidence d’honneur. NON! Ce n’est pas un prétexte, c’est la raison! Cela et aussi votre façon de procéder, Je remercie votre président pour considérer que j’ai fait preuve de jugement, cette faculté de l’esprit qui permet à nous tous de juger et d’apprécier. Bref! de nous faire une opinion. Voilà qui me réjouit !
Je ne connais pas le rouage interne de votre organisation, mais je suppose que cela fonctionne selon les règles usuelles pour tous les salons et symposiums du genre. À savoir: un conseil d’administration qui décide, par le vote majoritaire de ses membres, de la démarche de la manifestation et des nominations nécessaires au bon fonctionnement de l’événement. De plus, un conseil qui s’assure de l’indépendance et des qualifications des membres désignés du jury, lesquels doivent examiner et ultimement choisir les candidatures de ceux et celles qui prendront part aux activités du symposium. Si c’est de cette façon que vous opérez, je vous dis CHAPEAU !
Concernant votre détermination de rendre l’événement moins élitiste, vous devriez changer de formule. Un symposium est, en soi, une manifestation constituée d’élites. Alors, je suggère très respectueusement une formule où l’élitisme est complètement absent. Voici ma suggestion: « L’INTERNATIONAL DU CHAPEAU », qui aurait comme slogan : « VOUS N’ÊTES PAS OBLIGÉ D’EN FAIRE POUR EN FAIRE PARTIE ».
Il s’agirait de lancer une invitation autour de la planète et ne demander que le nom et l’adresse de ceux ou celles qui aimeraient participer à une véritable foire de l’art visuel. Dans un grand chapeau, spécialement confectionné pour l’occasion, on y introduirait tous les noms et l’on y pigerait, au hasard, le nombre désiré de participants. Quoi de moins élitiste? Qui sait, ma tante Rosanna qui a suivi des cours de peinture à l’huile sur toile auprès d’une certaine dame du nom de Murielle, quelque part en Floride dans les années 1980, pourrait être chanceuse et, enfin, pouvoir participer à un événement culturel d’envergure. Ce n’est qu’une suggestion qui demande à être peaufinée un brin. J’éviterais le sourire à ce stade-ci, car celui-ci pourrait être perçu comme du sarcasme de ma part et pourtant! Alors, rions-en, c’est bon pour le moral !

Jérémie Giles
gilesartplus@sympatico.ca


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Réaction d'Hélène Beck et Thérèse Fournier

Réalité, fiction ou humiliation ???
Présence de Mme Michèle Richard à la présidence d’honneur
d’un événement culturel qui se veut de haut niveau et international.

Il nous est difficilement acceptable de passer sous silence notre réaction à la suite des propos tenus et cités par M. Jean-Guy Maltais dans le journal Le Quotidien de samedi, 13 juin 2009.

Dans ce milieu de l’Art et de la Culture où notre région se distingue pour la qualité exceptionnelle d’organisation et de participation, alors que tant de personnes oeuvrent pour conserver cette réputation qui nous précède et nous suit, voilà que l’on voudrait baisser le seuil « d’élitisme » du Symposium International que lui a conféré son fondateur, M. Jean-Paul Lapointe, de regrettée mémoire…

Et tout semble normal aux yeux de la majorité des participants. Se pourrait-il que d’autres raisons que les bonnes inspirent ces artistes qui souvent se sont dits défenseurs et affichés comme des « élites »?

Mme Richard, à qui nous ne pouvons en vouloir d’avoir été invitée à remplir cette fonction, sera donc la sacrifiée afin de diminuer la qualité élitiste de l’évènement… et… au Saguenay. Pour baisser l’élitisme d’un étage, c’est réussi et en ascenseur en plus.

Ce rôle de la présidence d’honneur d’un symposium n’incombe qu’aux artistes possédant certains pré requis dont: une fiche de route exemplaire et non d’un attrait autre que pour l’exercice de son Art, ainsi que l’expertise d’un bon leadership auprès de ses ami(e)s artistes.
Autrement, si la personne est d’un autre milieu, étranger à l’activité, comme un politicien par exemple, on appelle ça, un invité d’honneur.

Autre anomalie qui offusque davantage. On constate avec quelle extravagance on semble fier de la présence de cette personne, sans oublier FIDO, et qu’il n’y a aucun nom d’artiste suffisamment important pour en faire la mention.

Non mais, on n’est quand même pas sur le gibet pour accepter ce genre de manières, la tête rentrée dans les épaules comme si tout ça se voulait plausible et tout à fait normal. Tant qu’il y aura des gens qui se tairont en acceptant de se faire entartrer, notre culture régionale baissera dans son élitisme car, il y aura toujours des illuminés prêts à troquer leur fierté pour un plat de lentille.

En espérant que ça ne se reproduise jamais plus dans notre beau Royaume.

Thérèse Fournier
Jonquière, Qué.
fournierjtaqua@videotron.ca

Hélène Beck
Chicoutimi, Qué.

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mardi 9 juin 2009

Gatien Moisan, une rétrospective au CNE

Dans l'attente - 1994 - Gatien Moisan
Acrylique sur masonite 90 x 71 cm
© Gatien Moisan


Gatien Moisan sera à l’honneur au Centre national d’exposition de Jonquière le dimanche 14 juin 2009. La rétrospective promise des œuvres de cet artiste sera présentée jusqu’au 20 septembre. Après Hélène Beck en 2008, Le CNE poursuit cet engagement annuel de nous rappeler le parcours de nos artistes en arts visuels.
Le choix de Gatien Moisan me réjouit. L’intégrité de l’homme est égale à la grande qualité de sa démarche artistique, entreprise il y a plus de 40 ans. Gatien est un pur. Une sensibilité hors norme au service d’une maîtrise artistique réconciliant diverses écoles de pensée. Un art contemporain, moderne et futuriste. Un art ouvert sur les temps.

© Progrès-Dimanche - 29 avril 2007 - page 42

En avril 2007, j’avais consacré deux pages du Progrès-Dimanche sur son retour au Saguenay-Lac-Saint-Jean et son exposition au Toqué Rouge de Jonquière. J’ajouterai ce reportage à la fin de cette page.

Mais je voudrais d’abord nommer la commissaire de cette rétrospective que nous propose Lionel Brassard, président du conseil d’administration du Centre national d’exposition et Manon Guérin, directrice. Il s’agit d’une personne très dévouée à la cause des arts, membre fort actif du conseil d’administration de la Société d’art lyrique du Royaume, blogueuse qui vaut le détour sur Spécial du jour, journaliste de la Section des arts à la retraite et amie, Denise Pelletier.

Pour l’inauguration de cette rétrospective attendue, le Centre national d’exposition annonce la présence de Roger Bertrand, 39e Président de l’Assemblée nationale du Québec. En 1997, Gatien Moisan avait été choisi pour réaliser son portrait, selon la tradition instaurée à l’Assemblée. Une œuvre qui a suscité bien des commentaires, car l’artiste a eu l’audace de sortir des sentiers battus pour tirer de sa palette un portrait inhabituel, d’un grand symbolisme.


Roger Bertrand 1997 - Gatien Moisan
39e président de l'Assemblée nationale

Description :
La partie supérieure du Président au fauteuil, lumineuse, exprime la lumière devant inspirer ses décisions. Le bleu violet des tons évoque la solitude et le dévouement du personnage. Dans le bleu vert de la partie inférieure, se déploient la puissance, les fonctions et les tâches du Président. Le cercle rouge dépeint à la fois la vitalité de l’Assemblée et l’opposition qui se dessine parfois entre la Présidence et l’un ou l’autre des personnages parlementaires. Les trois têtes sous le Parlement, par leurs tons de beige, rayonnent dans un calme bienveillant et dégagent une atmosphère chaude et bienfaisante. La position des têtes suggère que le Président constitue l’une des assises importantes du Parlement.



Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche 29 avril 2007, p. 42

Gatien Moisan
© Photo Rocket Lavoie - Le Quotidien



CHRISTIANE LAFORGE
claforge@lequotidien.com

JONQUIÈRE (CL) - Qui ne se souvient pas de Gatien Moisan ? Ce perfectionniste de la forme, exigeant professeur d’art autrefois chargé de cours à l’UQAC, est de retour dans sa terre d’âme.

Natif de Saint-Raymond de Port-Neuf, il avait adopté le Saguenay-Lac-Saint-Jean, séduit par le cœur de Gilberte et par l’esprit du Fjord qui a imprégné son œuvre tandis qu’il vivait à Sainte-Rose-du-Nord. En 1981, il se résigne à l’exil, faisant escale en diverses régions. Il balise son existence au nombre de ses déménagements. Plus de dix en 25 ans, bientôt trois en trois ans. «L’homme en fuite c’est moi, confie-t-il devant ses toiles où son personnage est souvent happé par l’espace. Ma dernière résidence sera mon urne, taquine-t-il, quoique là encore, on peut la déplacer. »

Ne pas s’y tromper. L’humour de Gatien n’a rien de sombre. Pas plus que ses toiles, solidement structurée par la règle d’or, si chère à son art qu’elle y est omniprésente. La rigueur de l’artiste repose sur une connaissance de son métier poussée à l’extrême. Il nous console à lui seul de cette prolifération d’artistes en arts visuels maniant le verbe mieux que le pinceau.

Du 2 au 30 mai, à la Galerie Toqué rouge d’Arvida, Gatien Moisan présentera une exposition réunissant des toiles grandes et petites, abordant le thème cosmique. À partir du caillou ramassé sur la rive nord du Saguenay, il reprend possession des rochers qui ont largement envahi ses toiles anciennes, plate-forme d’un départ vers l’espace infini, l’ultime voyage de l’homme.

Œuvre de Gatien Moisan© Photo Rocket Lavoie - Le Quotidien


Exposition au Toqué Rouge

Une version de l’histoire de l’humanité

L’avant salle de la galerie Toqué Rouge dissimule l’exposition en cours, «Dérive, solitude, rêve» de Gatien Moisan. La symbolique, bien qu’involontaire, a du sens. Passage terrestre avant d’accéder au cosmos qu’il faut aborder par la droite.

Une première toile capte le regard, masse rocheuse aux transparences réussies. Puisant dans les techniques des anciens où la peinture à l’eau précédait l’huile, Gatien Moisan tire parti des nombreuses possibilités de l’acrylique pour travailler sa pierre en différentes couches. On a envie d’y coller l’œil pour en capter l’effet.

La seconde toile reprend l’élément du rocher tout en l’intégrant dans une composition où l’espace prend place pour finalement s’imposer avec force dans le troisième tableau. «Repos céleste» nourri d’une fréquentation assidue au club d’astronomie de Saint-Raymond.

Des formes géométriques dessinent finement une structure architecturale toujours basée sur le nombre d’or. Question d’équilibre. La démarche de Moisan aspire à la perfection, l’harmonie. Depuis toujours, il a le souci de soumettre ses compositions à la «divine proportion». De nombreux peintres, sculpteurs et architectes célèbres l’ont intégré à leur art, assurés d’atteindre ainsi une harmonie totale dans leur création. Cette quête d’un équilibre absolu confère à l’œuvre de Moisan une force intérieure contrastant avec la netteté des formes et des couleurs. Ce qui pourrait être froideur, par une technique trop parfaite, séduit par l’harmonie qui s’en dégage. Il devient alors facile de s’identifier à ce corps humain, alter ego de l’artiste qui devient son propre modèle, humain suspendu entre les deux mondes et qui va, au fil des tableaux, être happé par l’infini du vide de l’espace.

En progressant au rythme des toiles exposées, le visiteur découvre une version de l’histoire de l’humanité.

Petits formats

Bien que Gatien Moisan apprécie les grandes surfaces, il se révèle très à l’aise dans les petits formats. Étonnantes pièces où l’on retrouve toute l’éloquence des toiles lus grandes. L’une après l’autre, elles sont des fragments d’un tout et pourtant complètes dans ce qu’elles expriment de cet affrontement entre l’humain et le cosmos.

Certaines pièces intègrent superbement la somme de la démarche artistique de Gatien, sachant partir du très figuratif environnement des lieux où il a séjourné pour s’élever au-delà. Communion réussie entre la terre et le ciel, que l’on pense à «La sablière de Métabetchouan» ou «Regard sur le Piékouagami.»

Ne se voulant d’aucun courant, sinon celui de «faire ce que je veux faire», Gatien Moisan conclut: «On fait partie de l’univers et l’univers fait partie de nous», évoquant toutes les questions et tout ce qu’il y a à découvrir.

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«Combien de temps pour réaliser cette toile ?», demandait un visiteur au peintre Gatien Moisan. «45 ans», répondit l’artiste. Une toile est la somme de toutes les expériences et de la science acquise au cours d’une vie. Si les premiers coups de pinceaux des œuvres exposée à la galerie Toqué Rouge de Jonquière n’ont que cinq ans, la main qui en a brossé les bleus dominants apprend la maîtrise de son art depuis 1962.

Des nomades

Peintre et professeur d’art de 1964 à 2005, Gatien Moisan a quitté le Saguenay en 1981. Il est de retour depuis 2203, le temps de construire sa future ex-maison au bord de l’eau, à Saint-Félicien. Depuis 2008, il a pignon sur rue à Saint-Honoré. La beauté du lac n’a pu rivaliser avec la fierté parentale, père et mère suivant de près la carrière en théâtre de leur fille Sara qui évolue dans diverses troupes de la région. «Nous sommes toujours ici (Saguenay) pour la voir et nous voulions aussi nous rapprocher du mouvement, du centre du milieu culturel.»


Polyvalence

Scénographe à ses heures, surtout lors que Sara fait partie de la distribution, Gatien moisan s’est joint à ses filles, Sara et Mira (comédienne et membre de la Ligue d'improvisation montréalaise) pour prêter main forte à l’entreprise Artisac, fondée à Saint-Félicien par son épouse Gilberte Dufresne.

 
Des expositions

Rappelons que l’artiste a réalisé plusieurs expositions solos dans de nombreuses galerie, dont: Galerie d’art Benedek-Grenier, Québec; Galerie Wells, Ottawa; La Chasse Galerie, Toronto; Burnaby Art Galery, Burnaby (B.C.); Galerie Arts St-Louis, St-Raymond. Il a aussi participé à des expositions collectives: Institut des Arts de l’Ontario; Arts Festival, Lewiston(Maine); Calgary Allied Arts Council, Calgary; UQAC; Foire internationale de Washington, États-Unis; Galerie d’art du Grand Théâtre de Québec; Artistes québécois contemporains(Collection Loto-Québec); Artistes de renom, Moulin Marcoux, Pont-Rouge; Vieux Presbytère de Deschambeault.

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samedi 1 novembre 2008

Jérémie Giles


Jérémie Giles
© Photo Jeannot Lévesque - Le Quotidien

L'art au service d'une cause humanitaire est une constante dans notre société québécoise. Jérémie Giles en a fait un code de vie depuis longtemps. Le peintre sculpteur de Jonquière a présenté une grande exposition de 75 tableaux, inaugurée le 2 octobre dernier, à l'Agora de la Maison du Citoyen de Gatineau. L'ensemble des œuvres ont été mises en vente sous forme d'encan silencieux au profit de La maison Mathieu-Froment-Savoie, centre de soins palliatifs fondé en 1999 à la mémoire du jeune violoncelliste prodige Mathieu Froment-Savoie, mort d'un cancer à l'âge de 13 ans.

Sur les toiles peintes au nom d'un jeune artiste, Jérémie a composé les couleurs des lieux aimés de sa vie. Ses Extraits du pays portent un regard appuyé sur la beauté de sites particuliers, croqués au crayon ou à la caméra dans les territoires variés de ses pérégrinations à travers le Québec. Homme de toutes les terres, plutôt que de se faire le chantre d'un seul pays, le peintre capture l'essence du lieu unique pour en extraire ses traits universels. C'est ainsi que ses paysages peuvent être de partout dans l'univers nordique, tout en nous étant familiers dans la force évocatrice de ses eaux et la luxuriance de ses forêts.


© Toile de Jérémie Giles
© Photo Jeannot Lévesque - Le Quotidien

Du portrait au paysage, du figuratif à l'abstrait, les techniques de l'art n'ont pas de secret pour lui. Explorateur d'expérience, il ne s'impose aucun style, sinon le sien, préférant adapter son coup de pinceau à l'intention qui sous-tend un projet. Pour cet encan silencieux, le langage de ses toiles était celui du paysage.

« Le paysage pour moi, ce n'est pas la maison dans un décor, ni l'homme ni l'animal... Je ne m'intéresse pas à ça. Notre paysage c'est d'abord le ciel, le roc, la flore et l'eau. Je veux me concentrer sur l'aspect du paysage vierge. Essayons d'apprécier l'esthétique des choses plutôt que la reconnaissance. »

Concepteur et réalisateur de vastes projets, Jérémie Giles annonce que cette exposition était la dernière d'une telle ampleur qu'il réalisera. Il a puisé dans ses réserves de collections antérieures pour compléter le nombre imposant des toiles, bien qu'une grande partie ait été conçue au cours de la dernière année. Une tâche d'envergure dont il ne s'est laissé distraire que par quelques sculptures, dont deux bustes de peintres du Saguenay (Jean-Paul Lapointe en 2007 et Jean Laforge en 2008) et, pour bientôt, un bronze grandeur nature de Mathieu Froment-Savoie jouant du violoncelle. S'ajoute une intéressante exploration d'une théorie en art visuel qu'il nomme le
parcellisme.

***

L'exposition
Extraits d'un pays n'est pas la première du genre que réalise cet artiste. La liste est longue des entreprises d'envergure qu’il a menées à bien. Sa force réside dans un caractère fonceur autant que frondeur, indépendant jusqu'à l'absolu, qui n'a jamais retenu le sens du mot impossible.

Qu'une idée traîne dans les parages, Jérémie Giles la cueille comme d'autres ramassent les coquillages. Il ne se contente pas d'écouter le chant de l'océan d'une coquille vide collée à son oreille. Il n'aura de cesse que s'il parvient à faire entendre ce chant à tous les autres.

L'art est un miroir

Il a tenu plus de 46 expositions solos et 32 expositions de groupes. Fondateur du Symposium de peinture de Baie-Comeau, il y avait bâti et animé le Centre d'art Manicouagan, lieu de rencontre des grands poètes et peintres réputés, jusqu'en 1992. Passionné d'histoire et de sciences naturelles, il a réalisé deux importants centres d'interprétation des sciences de la terre, le plus récent étant l'Écomusée de Hull, inauguré en 1997.

Créateur de plusieurs dessins armoriaux et de plusieurs sculptures publiques pour des villes québécoises, il a sculpté l'explorateur Samuel de Champlain, une œuvre de trois mètres de hauteur coulée en bronze, inaugurée à Gatineau en septembre 2004 pour commémorer le 400e anniversaire de l'établissement de la première colonie française en Amérique.

Pédagogue-né, l'artiste accepte difficilement les limites. Las des restrictions budgétaires et coûts faramineux des droits de reproduction, il a trouvé un moyen original et exceptionnel de monter une exposition thématique sur l'expression identitaire canadienne à travers la peinture. À défaut de rassembler des œuvres témoins, Jérémie a contourné tous les obstacles dans une démarche titanesque se traduisant par une exposition itinérante de 72 tableaux, signés Jérémie, représentant autant de peintres canadiens décédés.

Cette collection complète porte le nom L'art est un miroir car, explique l'artiste:
« L'identité d'un peuple correspond à sa façon de s'exprimer et aux moyens qu'il emprunte pour le faire. Les arts, sous toutes leurs formes, sont justement les fenêtres à travers lesquelles les autres nous perçoivent et nous reconnaissent. »

Jérémie a brossé le portrait de 72 peintres sur une toile de fond reproduisant, dans le style propre à l'artiste représenté, une de ses toiles. Du Ayotte, du Borduas, du Cosgrove, du Fortin, du Jackson, du Krieghoff, du Pellan, du Villeneuve, de la main d'un peintre unique.

Un travail de quatre années de recherche et d'exécution.
« C'était un défi, dans le sens que je m'apercevais que la grande majorité ne distinguait pas ce qu'était l'art canadien. Je ne voulais pas projeter des diapositives sur un artiste, mais faire une lecture de son art, de sa démarche. »

La collection circule dans l'Ouest canadien. Viendra-t-elle au Saguenay-Lac-Saint-Jean? Il en coûterait moins de 10 000 $, mais cela semble trop cher pour nos institutions muséales.



L'art donnera-t-il un nouveau sens au mot parcellisme? Loin de l'entendre comme l'éparpillement d'une force commune, Jérémie Giles verse dans son
isme l'anoblissement du détail.




© Jérémie Giles - Toile peinte reproduisant une parcelle
d'une toile figurative (voir photo suivante)
© Photo Jeannot Lévesque - Le Quotidien


© Jérémie Giles - L'encadré intérieur cible la parcelle
destinée à être reproduite en grand.
(voir photo précédente)

© Photo Jeannot Lévesque - Le Quotidien


Démontrant que la composition globale d'une toile est la somme de parties équilibrées, il en extrait une parcelle minimale qu'il reproduit en grand.

« Je me demandais depuis ma vingtaine: pourquoi faut-il que l'image soit représentative de quelque chose ou de quelqu'un pour être appréciée? Pourquoi les formes et les couleurs ne peuvent-elles pas à elles seules communiquer un sentiment aussi puissant que celui de l'image identifiable ou reconnaissable? »

La question exigeait une réponse. «Cela m'a incité à explorer les moyens capables de démystifier ce passage du figuratif au non-figuratif tout en permettant d'apprécier également l'une ou l'autre forme d'image. »

Entraînant divers observateurs non initiés dans sa démarche, Jérémie a constaté que la personne, découvrant comment on pouvait extraire une image dite abstraite d'une image figurative, se montrait beaucoup moins réticente à observer et sentir des œuvres moins conventionnelles. « J'ai toujours pensé que l'œil évoluait lorsque la ligne qui sépare les deux formes d'art s'estompait. »

Pour inaugurer la présentation publique de sa démarche et illustrer le parcellisme, l'artiste juxtapose la toile figurative et la toile non figurative, reproduisant une parcelle agrandie de la première.

« En choisissant d'encadrer une parcelle d'un sujet ou d'une image dont nous sommes l'auteur, de transposer celle-ci sur une surface agrandie, on réalise ainsi un tableau parcellaire. C'est-à-dire que cette création est une composition faite selon les valeurs chromatiques, de lignes et de formes et surtout, selon un certain ordre esthétique. Ainsi, est né le parcellisme, une oeuvre abstraite, mais néanmoins concrète. »

Dans l'histoire de l'art, on apprend que les courants artistiques sont le résultat d'explorations menées dans l'univers des mots, des sons, des formes et des couleurs. Le peintre invite les créateurs à ouvrir grandes les fenêtres aux risques et périls de passer pour un illuminé. Il conclut: «L'image n'a jamais eu à être identifiable pour être signifiante, exaltante et inspirante. »

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Ce texte est la reprise modifiée d’un reportage signé Christiane Laforge
publié dans le Progrès-Dimanche du 28 septembre 2008




lundi 13 octobre 2008

Jean-Guy Barbeau


Jean-Guy Barbeau
une œuvre vouée à peindre «la femme»



Le Quotidien

Arts, samedi, 11 octobre 2008, p. 36

Le monde des arts est en deuil
Le peintre Jean-Guy Barbeau signe sa dernière toile, celle de sa vie

Christiane Laforge

CHICOUTIMI - Aussi discrètement qu’il a vécu sa vie, le peintre Jean-Guy Barbeau vient de nous quitter. Il succombe à une longue maladie qu’il a combattue avec l’élégance silencieuse qui était la sienne. Cet homme doux, humble dans le succès, a traversé nos vies en demandant si peu que sa mort éveille tous les mots retenus.

Ouf! Dirons-nous, en pensant à la grande rétrospective de ses œuvres, présentée en avril 2007 à La Pulperie de Chicoutimi, hommage lui a été rendu. Il a pu entendre et voir l’amour et l’admiration de ceux qui ont été ses élèves, ses compagnons, ses amis, tous éblouis par un maître qui n’a rien imposé aux autres sinon sa propre ferveur à atteindre l’absolu dans la forme et la couleur.

Jean-Guy Barbeau, l’insondable lac tranquille dont le calme apparent ne trahissait rien d’une angoisse persistante devant le désir impérieux de sonder le mystère de l’art! Que d’expériences, d’explorations, de doutes pour parvenir à son propre langage pictural. Que de persévérance, de travail et de recommencement pour atteindre la maîtrise essentielle à une œuvre vouée à peindre «la femme», à la rendre belle sans mièvrerie, à la confondre, avec superbe, avec les fleurs et les oiseaux. Jean-Guy Barbeau dont le silence vibrait de poésie!

Coïncidence? Pendant que les mots de ce texte hésitent sur le clavier, coule la musique de Spiegel Im Spiegel (Miroir dans le miroir) d’Arvo Part, lequel percevait sa musique comme une lumière blanche retenant toutes les couleurs que seul un prisme pouvait dissocier et rendre visibles. Barbeau a été ce prisme rendant visible ce qui est au-delà de la forme.

Le chant du monde

Résumer Jean-Guy Barbeau à son parcours professionnel et social serait aligner des tubes de couleurs sans les ouvrir. La palette de sa vie est un foisonnement de contrastes où la transparence côtoie l’insondable.

Natif de Lorettville, il a vécu son enfance à Bellechasse, avant de s’installer à Chicoutimi en 1951. Diplômé de l’École des Beaux-Arts de Québec, professeur d’arts plastiques au Secondaire à Chicoutimi, il fait partie des pionniers de l’enseignement des arts au Saguenay auprès de Pierrette-Gaudreault, fondatrice de l’Institut des arts, tout en poursuivant sa propre quête dans la solitude de son atelier de la rue Melançon, le regard rivé sur les monts Valin.

Son œuvre, trop peu connue du public, a pourtant rayonné du Québec jusqu’en Europe, où il a exposé en Pologne et en Hongrie. Et pour cause! Touche à tout intellectuel, Jean-Guy Barbeau a fait l’essai de plusieurs styles et matériaux. Émule de grands peintres, sensible à l’audace des autres, le parcours de ce peintre inclut de nombreuses tendances, allant du tachisme à l’abstrait, du fauvisme au cubisme. Des explorations d’où il est revenu avec un style bien à lui, un style qui lui survivra et fera écho à des œuvres futures. L’art de Barbeau est intemporel.

Que l’œil prenne plaisir à plonger dans les jeux géométriques de ses compositions, surfant sur les transparences savamment brossées par couches superposées, n’exclue pas une sensibilité attentive aux grandes préoccupations de son temps. Chantre de la femme, certes, mais pas seulement cela. Certains de ses tableaux évoquent les conflits guerriers, la douleur humaine, d’autres racontent notre passé. Il est l’auteur d’une imposante murale de plus de 278 mètres carrés qui parait autrefois le mur à l’accueil de la Maison de la presse inaugurée en 1980, laquelle résumait les grands moments de l’histoire de la région.

La fin du tableau

S’étonnera-t-on que le grand départ de Jean-Guy Barbeau ait lieu dans la splendeur de l’automne? L’artiste ne pouvait que souhaiter la valse pourpre et or des feuilles de nos érables pour saluer la fin de sa toile ultime. Le maître a toujours su quand déposer les pinceaux et s’incliner, avec cette modestie légendaire, devant l’œuvre achevée.

Une œuvre qui nous émeut, comme l’homme qu’il était, bien au-delà du temps!

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vendredi 8 août 2008

Yvon Paré analyse Jean Laforge


Le fantôme - Huile relief de Jean Laforge
Exposée à la Pulperie de Chicoutimi
© Christiane Laforge


La Pulperie de Chicoutimi accueille, jusqu’au 11 janvier 2009, l’exposition des œuvres de Jean Laforge « Maître du relief ». Yvon Paré, chroniqueur au journal Le Quotidien où il a fait carrière comme journaliste, critique d’art et pupitreur a écrit une analyse fort intéressante sur le peintre. Il m’a aimablement permis de reproduire son texte sur ce blogue.



Actualités, jeudi, 10 juillet 2008, p. 11
Chronique


Jean Laforge échappe au temps

Paré, Yvon

Jean Laforge ne l'a jamais su, mais c'est à lui que je dois d'avoir fait carrière dans le journalisme culturel. Je venais d'être embauché comme correspondant à Roberval pour le journal Le Quotidien. On demandait à ce collaborateur de s'attarder aux conseils municipaux et aux activités à caractère politique. Alfred Hamel, l'homme d'affaires bien connu, était alors maire de Saint-Félicien et Joseph-Arthur Tremblay dirigeait Roberval. L'un de ses échevins était nul autre que Benoît Bouchard. C'était bien avant qu'il fasse carrière à Ottawa et aille s'installer à Paris comme ambassadeur. C'était vivant, souvent tumultueux, jamais tranquille.

Jean Laforge avait présenté une exposition à l'hôtel de ville de Roberval. Une manifestation qui montrait une trentaine de ses oeuvres. Comme j'étais payé au texte, je n'avais pas raté cette chance. Ce fut ma première incursion dans le domaine de la culture. Quelques semaines plus tard, Denis Tremblay, le responsable de la rédaction, me demandait si j'étais intéressé à un poste dans la section des arts du Progrès-Dimanche. Jean Laforge m'avait servi de référence et ouvert les portes, pour ainsi dire. C'est comme cela que j'ai migré du Lac-Saint-Jean au Saguenay.

La Pulperie

La Pulperie de Chicoutimi présente pendant l'été un aperçu du travail de Jean Laforge, ce peintre d'origine belge qui a oeuvré dans la plus grande des discrétions. C'est qu'il avait choisi de vivre en marge du monde dans sa maison de Sainte-Rose-du-Nord. Un retrait pour mieux réfléchir sur la vie qui l'avait malmené dans son jeune âge. Une méditation qui prenait
immanquablement la forme d'un tableau.

Les responsables de l'exposition ont choisi de s'attarder à une trentaine de tableaux, surtout des reliefs, à cette manière particulière de saisir le paysage en le découpant au scalpel. Il parvenait ainsi à "arracher" ses personnages de la toile, à créer une tension qui les rendait presque autonomes. Comme s'ils voulaient échapper à une fatalité ou une menace qui aspire et engloutit tout.


Le temps qui passe - Huile relief de Jean Laforge
© Christiane Laforge


Jean Laforge a été marqué par la guerre. La pire des calamités pour un jeune homme qui rêvait d'être peintre. Soldat, il a été capturé et détenu dans un camp d'où il est parvenu à s'échapper après de longues années. Que dire de cette perte totale du contrôle de sa vie, de cet enfermement dans un lieu surpeuplé où le moindre geste est sous surveillance? Que dire aussi de la famine et des sévices?

Les humains de Laforge sont des survivants, des spectres réduits à l'état de squelettes. Ils semblent toujours en quête d'un bout de pain et d'un refuge pour échapper aux forces qui soufflent le monde. Que ce soit Don Quichotte ou Alexis le Trotteur, tous sont écrasés par cette fatalité. Heureusement, l'amour procure une certaine embellie. Ils sont jeunes, ont plus de muscle sur les os mais ce n'est qu'un court répit. Il faut s'attarder devant "Les amoureux", où un couple tente d'oublier la menace du monde pour bien saisir cette thématique.

Une pâte forte sert parfaitement le propos, le relief arrache les personnages de la toile qui se réduit à une surface où des forces s'affrontent. La perspective disparaît tellement que l'avenir n'existe plus. On se croirait dans certains poèmes particulièrement sombres de Baudelaire. Les couleurs deviennent des coulées de lave qui emportent tout et les ciels s'embrasent dans de gigantesques brasiers.


Fécondité - Huile relief de Jean Laforge
© Christiane Laforge
Nous aimerions retrouver cette œuvre


Indifférence secouée

Même si Jean Laforge a vécu une trentaine d'années à Sainte-Rose-du-Nord, ce décor semble l'avoir peu marqué. Il a retenu les horizons menaçants, les nuages du fjord qui écrasent quand ils basculent du haut des montagnes. Rien n'est joyeux chez Laforge, sauf dans ces grandes scènes bucoliques que l'on retrouve sur les murs de sa maison. Le monde y devient plus aérien, plus ouvert et moins menaçant.


Plaisir champêtre - Huile relief sur mur de salle à manger
Maison de Laforge à Sainte-Rose-du-Nord
© Christiane Laforge


Une exposition qui secoue notre indifférence consommatrice et qui rappelle que la folie de la violence, que les bêtises s'exprimant par la force pure des armes écrasent les humains et les broie. Un univers qui crée un certain malaise, touche une fibre que nous n'aimons guère effleurer. Impossible de rester indifférent devant une toile de Laforge. Ou l'on s'arrête pour explorer et tenter de comprendre ou l'on prend la fuite. C'est ainsi que le peintre de Sainte-Rose-du-Nord échappe au temps et reste actuel.


L'Éden - Huile relief sur mur
Maison de Laforge à Sainte-Rose-du-Nord
© Photo Jeannot Lévesque


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lundi 30 juin 2008

Hélène Beck


Hélène Beck - Le déluge -

Jusqu'au 28 septembre 2008, le Centre National d’Exposition de Jonquière, présente une rétrospective des œuvres d’Hélène Beck. Ses tableaux, du début de sa carrière à aujourd’hui, abordent des scènes de vie actuelles et traditionnelles, des paysages, des portraits. Plusieurs sculptures céramiques témoignent de la force d'expression de cette artiste et d'un regard original teinté d'humour qu'elle pose sur les êtres.

Un catalogue de belle facture, intitulé Hélène Beck, un regard authentique, propose un répertoire commentée des toiles et sculptures exposées dans cette rétrospective. On peut y lire ce texte que j'ai écrit sur l'œuvre de ce peintre qui, depuis mes débuts comme critique, m'a toujours inspiré respect et admiration.

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Libre de toute école, de toute tendance, de toute mode, l’œuvre explosive de l’artiste peintre Hélène Beck témoigne de la puissance créatrice d’un art authentique. Autodidacte, son talent n’ayant pas subi les influences intellectuelles institutionnelles, elle a su mettre la couleur au service d’une expression forte nourrie par ce regard qu’elle pose avec acuité sur les êtres, les événements et les paysages.

Seule devant la toile blanche, Hélène Beck voit une fenêtre ouverte sur ce monde qui l’habite. Il jaillit, à coups de fusain, en larges traits spontanés. Prémices inspirants qu’elle efface sous la fougue d’un pinceau généreux, désormais lancé dans une composition encore imprévisible. Elle s’empare de la vie qui bat autour d’elle, brosse son tableau au rythme des échos passés ou présents, usant des formes comme d’autres usent des mots, peintre-chroniqueur de notre histoire.

À redécouvrir l’œuvre de Beck, dans cette rétrospective de 50 ans de carrière, il est fascinant de constater combien sa palette est intemporelle. La qualité de son art, dès ses débuts, a subjugué les analystes. Cette qualité ne s’est jamais démentie. Elle a évolué sans rien perdre de son essence première : la flamme, le souffle, l’originalité, l’audace. L’impétuosité trahit l’exaltation, l’urgence de saisir et la détermination à imposer une vision très personnelle de ses compositions.


Hélène Beck - Les danseuses nues -

Qu’elle peigne un paysage - Bientôt la fin de l’hiver 2003, Automne en Charlevoix 2006 , La Maison grise 2007 - on assiste à l’heureux mariage d’une ondulation des lignes. Arbres et montagnes dansant avec murs et toits des maisons. Qu’elle s’insinue dans l’intimité d’une chambre - Chambre de jeune fille 1972 - la sensualité du personnage se répercute dans les lignes des objets. Sarcastique, humoristique, ironique, l’artiste n’épargne pas les foules - Parade de la St-Jean 1981 -, révèle l’âme secrète des classes sociales - Les danseuses nues, Les snobs 1981 - et capte le tragique - La mise au tombeau - ou l’insondable - L’adolescent 2006.

Que l’artiste se soit nourrie de sa région pour brosser des toiles percutantes ne fait pas d’elle un peintre du Saguenay dans le sens géographique restrictif. Le sens de ses compositions dépasse l’illustration d’une scène pour raconter, au-delà, l’expression humaine universelle surgissant d’un événement.

Que l’artiste s’inspire de ce qui l’entoure pour brosser des tableaux d’une écriture impérieuse fait d’elle un peintre d’influence expressionniste, par la distorsion qu’elle inflige aux formes réelles pour les soumettre avec une sorte d’arrogance positive. Rebelle cependant, osant sa propre fantaisie, même dans le tragique, son œuvre n’écarte pas l’intensité du fauvisme, flirtant avec la démarche des tenants de la réalité poétique, ennemis des théoriciens, ardents défenseurs de la liberté de peintre en dehors des courants d’art.

Tout l’art d’Hélène Beck est un art vibrant de liberté, d’authenticité, de force d’expression qui, en 50 ans, ne s’est jamais trahi. Une rétrospective de cette étonnante carrière... Il était temps!


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vendredi 13 juin 2008

Eh! Ben! C'était hier

Jean Laforge - Alexis le trotteur - huile relief, 1967
© Christiane Laforge - Photo Jeannot Lévesque



Jeudi, 12 juin, avait lieu à Chicoutimi, le vernissage d'une exposition
rendant hommage à mon père.
C'était hier.

S'il était encore vivant, Jean Laforge aurait dit:
eh! Ben!
J'ajouterai :
enfin!

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Concept d’exposition

Jean Laforge
Maître du relief
(7 juin 2008-11 janvier 2009)


« Les beaux-arts doivent tenir compte des techniques nouvelles, mais aussi et surtout, des nouvelles expériences, des nouvelles sensations que les hommes devront exprimer; ouvrir leurs yeux sur un autre univers et former leurs mains pour de nouvelles techniques. »
(Jean Laforge)


Artiste autodidacte, le peintre Jean Laforge a consacré toute sa vie à la peinture et au renouvellement de son art. Ayant pour mandat de promouvoir la production d’artistes régionaux qui se distinguent par leur excellence, la Pulperie de Chicoutimi a choisi de présenter l’exposition Jean Laforge, Maître du relief qui se tiendra du 7 juin 2008 au 11 janvier 2009. Il s’agit d’une suite à la série d’expositions des peintres de la région amorcée par la rétrospective de René Gagnon (2003), puis par celle de Jean-Guy Barbeau (2007).

Nous voulons faire connaître davantage ce peintre, décédé en mai 2006, que l’on surnomme le Maître du relief. Nous souhaitons rejoindre prioritairement le public local et régional. Ayant vécu plus de cinquante ans au Saguenay, M. Laforge s’est inspiré des paysages qui l’entouraient et des légendes d’ici. Soucieux de mettre en valeur la production artistique des autres artistes professionnels et amateurs, il a participé à de nombreux symposiums et expositions dans son village d’adoption, Sainte-Rose-du-Nord. L’exposition « Imaginaire poétique de Gilles Vigneault en peintures », réalisée en 1988, fut l’événement le plus marquant dans la carrière de Jean Laforge au Québec.

Belge d’origine, M. Laforge a participé à d’importantes expositions en Europe, notamment en Belgique et en Suisse. La peinture par empâtement, les thèmes privilégiés et les toiles de grand format rejoindront particulièrement la clientèle européenne durant la période estivale.

L’exposition permettra de faire découvrir sous un nouveau jour l’œuvre de M. Laforge à partir d’une sélection de tableaux sur différents thèmes et périodes. Notamment, nous voulons mettre de l’avant le travail de recherche formelle de cet infatigable chercheur.


Objectif général

Nous désirons mettre en lumière la recherche fondamentale de cet artiste qui tout au long de sa carrière a mené plusieurs expérimentations. Inspiré par un bas-relief de plus de 2000 ans, le peintre a trouvé dans les enseignements des Anciens des pistes de solution pour résoudre le problème de la coloration de la pâte. Sa technique de prédilection, le relief, lui a permis de naviguer entre la figuration et l’abstraction.

S’adressant à un large public, l’exposition veut également témoigner du parcours de vie peu commun de Jean Laforge. L’évolution de l’œuvre du peintre est intimement liée à la vie personnelle de l’homme. Cette exposition favorisera la compréhension de l’œuvre et de la démarche artistique de ce peintre au parcours de combattant

Désirant fuir les mondanités et les réunions d’artistes, M. Jean Laforge s’est vu critiqué et renié par les tenants de l’abstrait, les non-figuratifs et les figuratifs. N’appartenant à aucune école de pensée, l’homme de convictions a payé cher le prix de sa liberté de créer. Pendant plusieurs années, il a vécu une période d’isolement. Plutôt réservé en public, le peintre faisait preuve de générosité lorsque des visiteurs se présentaient à son atelier. L’artiste tenait à ce que les acheteurs moins fortunés puissent acquérir de ses toiles.

Nous souhaitons que la diffusion des œuvres de Jean Laforge contribue au rayonnement et à la renommée de l’artiste.

Nathalie Boudreault
directrice des collections et de la recherche,
La Pulperie de Chicoutimi


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Qu'ajouter à cela sinon: