
Le bonheur à un nom
Le sens de ma vie en a plusieurs
Céder à la passion des mots, prendre la parole et laisser vivre les émotions d'un esprit en ébullition constante.Parler de tout. M'enthousiasmer, m'indigner et prendre le temps de le dire.

L'occasion de valoriser le travail des artisans
Le Salon des Métiers d'art est le moment propice pour de nombreux artisans de la région de faire valoir leur travail. L'artisan existe depuis des milliers d'années, précédant de loin la machine. Ce qui est réjouissant, ce 11 novembre 2007, jour de tous les souvenirs, c'est de constater que le talent de l'humain s'incarne encore et toujours dans l'objet qu'il fabrique. La matière prend forme par la pensée et par les mains.
Ils sont des travailleurs autonomes, des créateurs, des artistes pour qui l'objet a une âme. Poètes de la matière, ils investissent une part de leur humanité dans la chose fabriquée manuellement. Le Salon des Métiers d'art a bien raison de dérouler le tapis rouge pour ces artistes de la première heure. Quelques jours de gloire pour d'innombrables heures de travail.
Marraine de l'évènement pour une dixième année, Marie-Lise Pilote exprime bien la pertinence de souligner la présence de ces travailleurs artistes. Propos que rapportait notre journaliste Anne-Marie Gravel dans Le Quotidien de mercredi : "J'aime les créateurs et ceux qui font partie de la catégorie des artisans ne sont pas toujours appréciés à leur juste valeur. C'est difficile pour eux de se vendre et de vendre leurs œuvres. Ils peuvent créer mais ils ne sont pas nécessairement à l'aise pour communiquer."
Dans le cadre d'un Salon des Métiers d'art, la parole est à l'objet. Il témoigne du talent, de l'originalité et de la tradition. Reflet d'une culture, d'une époque, il identifie l'origine par le matériau choisi et suggère la destination par le client qui l'acquiert. L'objet de l'artisan est unique, cela ajoute à sa valeur qui n'est pas seulement monétaire.
Des artisans solitaires
Sur le tapis rouge, les artisans demeurent bien solitaires. Leur travail est loin d'occuper la place qui lui est due sous les feux de la rampe et dans les préoccupations des subventionneurs. Le modeste dépliant de la Corporation des Métiers d'art et l'absence d'un site internet en disent long sur leurs moyens financiers, malgré une contribution de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) et le soutien technique et financier de la ville de Saguenay.
À l'ère d'une conscience en éveil sur l'urgence de préserver l'environnement, les artisans méritent les lauriers de la persévérance et de la survivance. Ne sont-ils pas les défenseurs indéfectibles du développement durable, de l'objet qui s'ajoute au patrimoine culturel par sa nature artistique plutôt que de figurer parmi les jetables qui polluent nos terres. Ce n'est pas de l'or, de la fibre, de la terre ou du bois que les artisans nous proposent, mais un savoir-faire, une valeur ajoutée insufflant à l'objet matériel le sens noble du travail artistique au service de l'utile.
L'incarnation du savoir-vivre humain
Comment mieux dire que le céramiste Luc Archambault, récipiendaire du Prix Jean-Marie-Gauvreau en janvier dernier, quand il déclare : "Les praticiens en métiers d'art sont l'incarnation fragile et vivante d'un savoir-vivre humain en voie de disparition. Il est de toute première instance que cela soit et perdure.
Dans un monde nucléarisé, compartimenté, sur-spécialisé, savoir encore fabriquer un objet matériel ou abstrait, de bout en bout, de la matière terre à la théière, du lingot d'or au bijou, de la fibre végétale ou animale au textile ou au vêtement est aujourd'hui, unique, exceptionnel. Ce savoir-là ne doit pas se perdre. Il se perdra à force si l'on n'y prend garde. Il existe encore parce qu'une poignée de fous y voient leur bonheur, mais cela ne peut durer si l'avenir est bouché..."
Le combat mené par les artisans est inégal dans un monde où le déséquilibre fait loi dans nos médias entre les différentes disciplines artistiques. Un prix donné en arts visuels (idem pour les livres) n'a jamais l'attention télévisuelle de la chanson, du théâtre, du cinéma, de la télévision ou du rire. Une discrétion qui s'ajoute à celle de nos élus à l'inauguration du Salon des Métiers d'art.
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Doc. : news·20071111·PD·0016





"Roméo et Juliette" des Clowns noirs
Un grand éclat de rire
CHRISTIANE LAFORGE
claforge@lequotidien.com
Chicoutimi - L'esprit mordant des Clowns noirs nous offre un grand éclat de rire. Une belle façon de terminer l'été qui leur a valu trois rappels lors de la première de "Roméo et Juliette", jeudi soir, à la salle Murdock de Chicoutimi. "On peut s'attendre à tout et à rien" avaient-ils lancé en conférence de presse. Ce rien-là a beaucoup de substance!
Dilemme!
Comment raconter cette étonnante prestation théâtrale sans ruiner l'effet de surprise? Que faut-il taire alors que l'on voudrait tout souligner? Les admirateurs du Théâtre du Faux-Coffre avaient bien compris que la version clownoiresque de "Roméo et Juliette" de Shakespeare laisserait l'amour aux amoureux pour cibler davantage la guerre opposant deux univers antagonistes.
Rita Bella, fille du redoutable chef de la brigade anti-culture et le comédien Contrecoeur, de la famille des Clowns noirs, s'aiment éperdument. Vexé de cette mésalliance, le père de Rita Bella veut réduire au silence les bruits expressifs de leur amour. Pour soulager l'insoutenable douleur du deuil, les Clowns noirs crient vengeance. Sourds aux sages conseils de Diogène, ils complotent un attentat contre la tour dressée sur les ruines de l'ancienne Maison Lévesque, symbole de l'anti-culture qui n'a de cesse de contrôler toute forme d'expression artistique.
Mordre de rire
Pièce de théâtre pamphlétaire, "Une histoire d'amour des Clowns noirs Roméo et Juliette de William Shakespeare" tient un feu nourri de sarcasmes, de moqueries. Les pirouettes verbales, aussi nombreuses que les pirouettes physiques, lancent des traits terriblement efficaces à l'égard d'une politique culturelle qui n'inquiète pas seulement nos amis comédiens.
Leur parodie de l'oraison "subventionnons la culture" en guise d'ora pro nobis en est un bel exemple. Ne mentionnons que cette allusion: "Pour les parents qui ont des enfants artistes, subventionnons la culture", allusion rapide au coût exigé pour pallier à l'absence de cette formation dans nos écoles.
Avant de s'attaquer aux autres, les clowns s'attaquent d'abord à eux-mêmes. Ainsi, dès le début, recréant l'ambiance d'un salon mortuaire, ils font l'éloge funèbre de l'un d'eux disant: "Trac, le fait que l'on ne retrouve pas ton corps prouve ton manque de présence sur scène."
L'autodérision amuse le public qui réagit à tout. L'efficacité de leurs traits, même les plus vitrioliques, trouvent certainement écho parmi les spectateurs qui, fait rare en pleine représentation théâtrale, applaudissent à de nombreuses répliques.
Exaspérés par la brigade anti-culture, les Clowns noirs font flèche de tout bois: la culture touristique plutôt que la culture artistique, la pauvreté des artistes nourrissant le préjugé qu'ils ne créent qu'avec leurs tripes, l'augmentation des frais de scolarité comme moyen de développer la surdité et l'aveuglement de la masse, la fermeture des régions dont l'esprit rebelle dérange l'orchestration du nivellement culturel des métropoles.
Parmi les blessures éprouvées par ces comédiens, il y a la destruction de la maison patrimoniale de la rue Racine "pour faire une tour qui fera de l'ombre... ajoutant plus loin, ...car mépriser les gens de haut c'est mieux."
Le rythme
Le spectacle se déroule par tableaux successifs. Pas toujours facile de préserver le tempo avec intensité, malgré le rythme rapide entre les changements de scène. C'est le seul et très anodin point faible de cette performance le soir de première. Rien qui nous empêche de savourer les nombreuses perles lancées avec générosité: "Est-ce que vous savez chanter par hasard?", demande le distributeur de chèque. "Je ne chante pas par hasard mais par passion."
La passion est le mot clé de cette troupe de théâtre. Ils faut les voir absolument. Il n'y a qu'eux pour donner de l'élégance au vol d'un vautour, une de leurs nombreuses trouvailles hilarantes.
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