dimanche 19 août 2007

Irrésistibles Clowns Noirs



LE QUOTIDIEN
Arts, samedi 18 août 2007, p. 27


"Roméo et Juliette" des Clowns noirs
Un grand éclat de rire

CHRISTIANE LAFORGE
claforge@lequotidien.com

Chicoutimi - L'esprit mordant des Clowns noirs nous offre un grand éclat de rire. Une belle façon de terminer l'été qui leur a valu trois rappels lors de la première de "Roméo et Juliette", jeudi soir, à la salle Murdock de Chicoutimi. "On peut s'attendre à tout et à rien" avaient-ils lancé en conférence de presse. Ce rien-là a beaucoup de substance!

Dilemme!

Comment raconter cette étonnante prestation théâtrale sans ruiner l'effet de surprise? Que faut-il taire alors que l'on voudrait tout souligner? Les admirateurs du Théâtre du Faux-Coffre avaient bien compris que la version clownoiresque de "Roméo et Juliette" de Shakespeare laisserait l'amour aux amoureux pour cibler davantage la guerre opposant deux univers antagonistes.

Rita Bella, fille du redoutable chef de la brigade anti-culture et le comédien Contrecoeur, de la famille des Clowns noirs, s'aiment éperdument. Vexé de cette mésalliance, le père de Rita Bella veut réduire au silence les bruits expressifs de leur amour. Pour soulager l'insoutenable douleur du deuil, les Clowns noirs crient vengeance. Sourds aux sages conseils de Diogène, ils complotent un attentat contre la tour dressée sur les ruines de l'ancienne Maison Lévesque, symbole de l'anti-culture qui n'a de cesse de contrôler toute forme d'expression artistique.

Mordre de rire

Pièce de théâtre pamphlétaire, "Une histoire d'amour des Clowns noirs Roméo et Juliette de William Shakespeare" tient un feu nourri de sarcasmes, de moqueries. Les pirouettes verbales, aussi nombreuses que les pirouettes physiques, lancent des traits terriblement efficaces à l'égard d'une politique culturelle qui n'inquiète pas seulement nos amis comédiens.

Leur parodie de l'oraison "subventionnons la culture" en guise d'ora pro nobis en est un bel exemple. Ne mentionnons que cette allusion: "Pour les parents qui ont des enfants artistes, subventionnons la culture", allusion rapide au coût exigé pour pallier à l'absence de cette formation dans nos écoles.

Avant de s'attaquer aux autres, les clowns s'attaquent d'abord à eux-mêmes. Ainsi, dès le début, recréant l'ambiance d'un salon mortuaire, ils font l'éloge funèbre de l'un d'eux disant: "Trac, le fait que l'on ne retrouve pas ton corps prouve ton manque de présence sur scène."

L'autodérision amuse le public qui réagit à tout. L'efficacité de leurs traits, même les plus vitrioliques, trouvent certainement écho parmi les spectateurs qui, fait rare en pleine représentation théâtrale, applaudissent à de nombreuses répliques.

Exaspérés par la brigade anti-culture, les Clowns noirs font flèche de tout bois: la culture touristique plutôt que la culture artistique, la pauvreté des artistes nourrissant le préjugé qu'ils ne créent qu'avec leurs tripes, l'augmentation des frais de scolarité comme moyen de développer la surdité et l'aveuglement de la masse, la fermeture des régions dont l'esprit rebelle dérange l'orchestration du nivellement culturel des métropoles.

Parmi les blessures éprouvées par ces comédiens, il y a la destruction de la maison patrimoniale de la rue Racine "pour faire une tour qui fera de l'ombre... ajoutant plus loin, ...car mépriser les gens de haut c'est mieux."

Le rythme

Le spectacle se déroule par tableaux successifs. Pas toujours facile de préserver le tempo avec intensité, malgré le rythme rapide entre les changements de scène. C'est le seul et très anodin point faible de cette performance le soir de première. Rien qui nous empêche de savourer les nombreuses perles lancées avec générosité: "Est-ce que vous savez chanter par hasard?", demande le distributeur de chèque. "Je ne chante pas par hasard mais par passion."

La passion est le mot clé de cette troupe de théâtre. Ils faut les voir absolument. Il n'y a qu'eux pour donner de l'élégance au vol d'un vautour, une de leurs nombreuses trouvailles hilarantes.

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2 commentaires:

  1. J'ai adoré cette pièce. Le texte est savoureux (l'ironie en général, la critique de la Fabuleuse, de la nourriture des buffets chinois, des artistes multidisciplinaires, etc.), la mise-en-scène, les costumes et le jeu excellents (le combat style "Matrix", l'allure du ministre et du chef de la brigade anti-culture, les "bras" du chinois, etc.). Il y avait longtemps que j'avais autant ri.

    À quand la prochaine pièce des Clowns Noirs ?

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