mardi 29 avril 2008

Des perles d’eau






J’ai attendu la fonte des neiges, j’ai attendu le cri des outardes et des oies blanches et j’attends le printemps avec tant d’impatience que ce mardi pluie peut bien me narguer... je n’y vois que des perles d’eau.

Ma petit Élika, 7 mois, a dit ses premiers mots. Lison a fait ses premiers pas d'un retour à la joie. Je m'éveille au chant des oiseaux. Les branches de mon arbre, encore nues de leurs feuilles, s'habillent de plumes. Ce mardi pluie peut bien me narguer... je n’y veux voir que des perles d’eau.

***

dimanche 20 avril 2008

La conquête d'Élika


Élika Laforge, 7 mois




Regardez-là bien, Élika vient de découvrir le secret. La longue marche de sa vie commence par la conquête de son espace. Curieuse, vive, active, sûre d’elle, elle apprivoise le pas. C’est magnifique!

À l'abordage!

dimanche 13 avril 2008

Berghella


Philippe Berghella
© Photo Jeannot Lévesque - Progrès-Dimanche



Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche 2 mars 2008, p. 32

Berghella
Un monde d'émotion, tel un vent chaud et froid

Christiane Laforge

Un petit prince inventé par St-Exupéry s'émerveillait des couchers de soleil. Dans le regard de Philippe Berghella c'est un lever de soleil que l'on découvre et un prince qui se nomme «Vivre». Voilà ce que j'aime dans ce métier : me retrouver face à face avec la beauté!

«Ce que j'ai gardé dans mon cœur/ C'est pas les larmes, ni la peur/ Ce que j'ai gardé, dans mes yeux/ C'est le feu.»

Aucunement étonné d'apprendre que son premier album avait suscité peu d'émoi, Philippe Berghella ne l'est pas davantage de savoir que son deuxième opus provoque des réactions enthousiastes. «Depuis le premier CD j'ai beaucoup appris. J'ai chanté dans trois pays, j'ai donné 400 spectacles. Avec Don Juan j'ai appris à vivre mes chansons sur scène. Don Juan m'a redonné le goût du théâtre.» L'album le pousse à se donner lui-même.


Son pays

En tournée de promotion au Saguenay, Philippe Berghella a le sentiment de rentrer au pays. Une mère félicinoise, un père sicilien artiste et absent, le chanteur a passé sa prime jeunesse à Chicoutimi, si ce n'est deux années d'escapade à Baie-Comeau. Il gratte ses premières cordes à 14 ans, cueille ses premiers cachets en pièces de 25 cents jetées dans l'étui de sa guitare par les passants qui le croisent sur le Vieux Port de Chicoutimi.

«... apprendre à reconnaître/ Dans la main qu'il a tendue l'espoir d'un jour être maître du destin qu'il a voulu./ Devenir un homme pour croire ce que j'ai cru/ Quand je n'étais personne qu'un enfant dans la rue.» (Devenir un homme)

Écrire

Philippe Berghella ne veut rien de plus que la musique. Auteur compositeur il ne craint pas de laisser à d'autres le choix des mots pour raconter ce qui le fait vibrer. Félix Gray lui a d'abord écrit la chanson titre de l'album «Vivre».

«C'est un auteur qui n'écrit pas pour n'importe qui. Je lui parlais de moi, de ce que j'ai vécu, de mon père. Il m'a présenté d'autres textes, inspirés de ma vie.» Gray signe dix textes sur les douze chansons de l'opus. Toutes chargées des sentiments propres à Philippe, comme dans «Trop de silence», pourtant un extrait de Don Juan, écartée lors de la mise en scène de la comédie musicale. Cette chanson établit un véritable lien entre la comédie musicale, où Philippe incarnait Raphaël, et l'album «Vivre», empreint d'une expérience partagée qui a contribué, assure-t-il, à la mise au monde de sa jeune carrière.

Survivre

«Dans ce métier, surtout aujourd'hui, on ne sait pas si on va gagner notre vie à long terme. Avec l'avènement Internet on devient de plus en plus accessible, on se libère d'un côté. Avec le téléchargement, notre travail devient gratuit. Aura-t-on les moyens de continuer? peut-on se demander. »

Si Don Juan devait reprendre la route du monde, Berghella ne demanderait pas mieux que de refaire les valises de Raphaël. «Cela peut revenir.... je croise les doigts.»

À moins que «Vivre» ne le propulse seul sur la scène. Une tournée de spectacles pourrait bien être amorcée dès l'automne. Tout est à venir, conclut Philippe, l'espoir sur le bord des lèvres., en route pour d'autres entrevues.

L'album «Vivre»

Philippe Berghella a trouvé les complices d'un talent qui se déploie avec bonheur dans ce nouvel album réalisé par Guy St-Onge dans le Studio Référence de Saint-Calixte. Une musique pop francophone, où s'harmonisent guitare espagnole, mandoline, piano, accordéon et chœurs.

Sa voix a atteint sa pleine maturité. Il la maîtrise à volonté pour accrocher des mots chargés de sens qu'il dépose en douceur ou «éraille» avec efficacité. Dès la première mesure de «Trop de silence» l'attention lui était toute acquise.

Aimer tout de suite mots, musique et voix, à l'écoute d'une chanson est rare. Mais quand, à la seconde, «Revoir mon père», piano, violon, paroles portent la douleur du récit, le cœur est frappé. L'émotion n'attend pas pour s'engouffrer comme un vent chaud et froid.

«Les autres c'était l'université. Moi, mes études, c'était le pavé. Dans le froid je grattais ma guitare. L'automne, l'hiver et, quand l'été, ils attendaient d'être diplômés, moi j'attendais pour un dollar. Ce n'était même pas difficile. Je ne crois pas avoir souffert. [...] moi je voulais revoir mon père.» (Revoir mon père)

Oui, avoue-t-il, Berghella nourrit son art de sa vie. «Je suis de l'école de Cat Stevens, de Brel... Ce que je veux c'est tout ce qu'il y a de vrai dans la musique. Faire place aux émotions... Cela est plus facile de mettre en chansons ses sentiments que de parler... Pour que les gens se retrouvent dans ce que je chante il faut que cela soit vrai.»

Pour «Vivre», Philippe a prêté sa plume au parolier Félix Gray, sachant qu'il trouverait les mot pour dire ce qui l'embrase. Dire l'homme de 30 ans, ses blessures, ses joies, ses fêtes et ses amours.

«Dire que si les enfants peuvent apprendre, on a seulement su se défendre, sans essayer un peu d'arrêter de toucher le feu.» (Dire)

De passage à Chicoutimi pour la promotion de son album, Philippe Berghella se souvient: «Quand j'ai quitté ici j'avais des rêves de succès. Que cela soit rapide ou long. Aujourd'hui, j'ai vu avec Don Juan que c'est beaucoup du business. Le succès, il ne faut pas trop y réfléchir. Je vis au quotidien. Je suis un oiseau de nuit. Pas de routine. J'aime qu'une semaine ne soit pas pareille à l'autre. Ce que j'ai appris sur le succès... c'est de prendre cela à la légère. Il faut rester sain là-dedans. Vivre un jour après l'autre. Ce qui m'est important: je sais que je peux chanter.»



Philippe Berghella
Photo de presse








mardi 8 avril 2008

Adieu René


Léontine Lavoie (Christiane Laforge) et son fiancé Dominique Guay (René Laberge)
dans Les Grands Revenants (Carnal-Souvenir de Chicoutimi 1988)




Tristesse

J’apprends aujourd’hui le décès, survenu le 30 mars dernier, de René Laberge, cet épicurien… toujours heureux quand il y avait de la musique et du vin.

Les souvenirs affluent : le club de L’Ordre du tablier, chasseurs des meilleures tables, le groupe C’est pas facile dont un membre devenait le cuisinier du jour chaque premier vendredi du mois au Deauville. Il y eut aussi Les Grands Revenants, ce théâtre amateur du Carnaval-Souvenir de Chicoutimi, où il avait endossé l’habit du journaliste Dominique Guay, tandis que je portais la jupe de Léontine Lavoie, institutrice (Photo).

Ma pensée, ce jour, va tout spécialement à Candide Dufour (mon professeur de piano), sa compagne de vie. Les mots n’existent pas qui comblent le vide laissé par un départ définitif… sinon de dire : tout continue, la vie, les tendresses, les amis, la mémoire de ce qui a été.

dimanche 6 avril 2008

Dieu en trois temps

I

À l'insu des gens raisonnables, de plus en plus souvent, j'explore la nuit. À travers les saisons, j’en saisis les nuances.

Plus je m'éloigne de la ville plus je m'approche d'une magie qui n'a que faire des toits remparts. Je m'abandonne aux étonnantes sensations qui naissent dans l'obscurité, dans le silence solitaire où germe la plus étonnante illusion.

Un drapé de lumière danse dans le ciel. Une coulée de vagues venant vers le sol se meut comme une invite séduisante qui s'empare du regard pour mieux posséder l'âme offerte à cet appel.

Je ferme les yeux, un bref moment, pour mieux voir l'aurore boréale déversant en moi toute l'énergie céleste.

Me voilà déesse.

Je retrouve mon origine. Je m'évade de l'apparence terrienne pour devenir musique de silence, se jouant sur l'orgue illusoire du ciel nordique. Investie, enfin, de la puissance absolue de dieu. Ah! l’exaltante sensation de l'omnipotence!

Me voilà dieu avec le pouvoir infini de libérer les hommes de leur souffrance. Et ne le faisant pas... Prétextant que leur liberté est à ce prix.


II

Cris d’enfants de nos guerres.

Devant l'insoutenable je m'enfuis. Mon cœur bat comme le tam-tam d'un messager cherchant désespérément du secours.

Épuisée je m'étends sur le dos et rive les yeux sur le ciel allumé par d'innombrables étoiles. Subjuguée, je m'accroche à elles, envahie par leur silence. Tout se tait. Tous se taisent. Et j'entends...

Mon âme est criblée par l'écho infini. Je tremble d'impuissance devant la souffrance. Je hurle d'intolérance a l'égard de la douleur infligée. Il n'y a plus assez d'étoiles pour réfugier chaque appel entendu.

J'ai fermé toutes les fenêtres de la maison des autres pour mieux en ignorer les pleurs. J'ai ouvert grand les miennes pour mieux fuir mes peurs.

J'ai scruté chaque ciel de toutes mes nuits pour trouver la réponse. Le temps a répondu aux questions de l'enfance :

Les étoiles ne sont pas des signes gravés dans le ciel par le cri des enfants.
Les fenêtres ne sont pas des remparts.
Et devenir grande ne fait qu'aviver la conscience d'être bien petite.


III

Dans la solitude de mon salon défilent les images d'un drame. La somme douloureuse d'émotions se multiplie par chaque être concerné.

Anonyme, face a l'écran de la télévision, j'observe les visages que l'on ne montre pas : un homme, deux petits garçons et les images que l’on montre : une voiture, une rivière.

Au-delà du récit journalistique décrivant la chronologie des faits il y a l'épouvante. Étrange symbiose! Je suis le petit garçon terrorisé dans la voiture, voyant le père aimé jeter dans l'eau le corps vivant de mon frère, enfermé dans un sac. Figé, je sais qu'il va bientôt se retourner contre moi.

Dans le confort de ma maison heureuse, je deviens le témoin, tout aussi immobile que l’enfant devant l'horreur, taraudée par la haine envers le bourreau. Dans la tourmente de ma révolte, je suis confrontée à l'avocate illusoire qui plaidera la cause du père, au procureur criant vengeance contre l’assassin, à la mère blessée suppliant que l’on sauve ses enfants, au dieu muet regardant son œuvre.

Je me précipite au chevet de mon fils endormi, parce qu'il n'existe que son regard brun-vert pailleté d'or pour me convaincre de l’amour. Que me sert d'aimer à travers tant de cris ? Prendre dans mes bras un seul enfant du monde et le préserver d'un mal qui ne vient que des autres ? Son innocence lui donnera-t-elle le droit de n'être pas victime?

Tout dieu est vain si les enfants doivent souffrir.

***


Christiane Laforge
Saint-Fulgence
10 avril 2001
6 avril 2008

jeudi 27 mars 2008

Les enfants soldats de Suzanne Lebeau



Progrès-dimanche
Les Arts - Théâtre, dimanche 23 mars 2008, p. 40

"Le bruit des os qui craquent"
Un thème qui trouble

JONQUIÈRE - Avec Le bruit des os qui craquent, Suzanne Lebeau veut mettre l'insoutenable à la portée des enfants de dix ans. Lundi dernier, la dramaturge et cofondatrice du Théâtre Carrousel a présenté en lecture cette pièce de théâtre qu'elle destine à un jeune public. Pour la circonstance, le Théâtre la Rubrique a invité des personnes concernées par le théâtre et les enfants, auteurs, enseignants, comédiens, metteurs en scène.

Une trentaine de personnes ont répondu à l'invitation, laquelle consistait à donner leur avis sur l'éventualité de présenter cette oeuvre particulièrement grave à un public très jeune, dès le second cycle du primaire. L'auteure n'en est pas à ses premiers pas dans l'exploration des drames humains dont les enfants sont victimes, mais cette fois, le thème abordé, les enfants soldats, a de quoi troubler tout le monde.

Jouant de prudence, pourtant convaincue de la capacité des enfants à recevoir une telle et douloureuse vérité, l'auteure consulte. Serait-ce pour mieux préparer les adultes à partager l'intense émotion que suscite l'histoire d'Élikia et de Joseph?

Après avoir écouté, dans un silence total, ce récit à trois voix livré sur une scène habillée de quelques chaises de métal, d'une table en retrait et d'un micro, les auditeurs semblaient secoués et perplexes. Réfléchissant à haute voix, les réticences du début ont évolué vers une assurance grandissante sur la pertinence de permettre à des jeunes d'au moins dix ans d'entendre cette pièce que produira bientôt Le Carrousel.

Le choc

La guerre fait partie de la vie des enfants. Suzanne Lebeau rappelle les grandes manifestations menées contre la guerre en Irak: "Dans la foule, des petits de tous les âges marchaient auprès des adultes pour protester. Deux mois plus tard, ces mêmes enfants pouvaient voir la guerre en direct à la télévision."

Lorsqu'elle a vu, pour la première fois, un documentaire sur les enfants soldats, enrôlés de force à l'âge de six ans, petits garçons et petites filles, battus, drogués, violés, entraînés à tuer, elle avoue: "J'ai été bouleversée au-delà de ce que je pouvais croire ou penser. La réalité est encore plus terrible que ce que j'ai mis dans le texte. Dans la réalité, pour beaucoup, il n'y a pas cette porte ouverte sur l'espoir."

Amnistie internationale dénombre au moins 300 000 enfants soldats dans le monde. Difficile de croire que les enfants ne se sentent pas concernés. Ce n'est qu'après avoir imaginé et créé ses propres personnages que l'auteure est partie au Congo, voir de ses yeux, entendre de leur bouche, les témoins et survivants de ce fait atroce. "Je me suis d'abord demandé si l'auteure pouvait parler de ces réalités à nos enfants qui ne les connaissent pas... ces réalités qui nous bouleversent tant, nous qui sommes adultes."

Elle a ensuite rencontré 13 groupes de jeunes de 10 à 12 ans de milieux sociaux et culturels différents. Après avoir regardé le documentaire, tous ont accepté de répondre à son questionnaire.

"Je n'avais qu'une question pour enclencher la discussion : est-ce que nous, les adultes, avons le droit de vous parler de ces réalités "dérangeantes" que vous ne connaissez pas? Ils ont répliqué: "Vous en avez le devoir. Si nous ne savons pas, comment pouvons-nous nous situer dans le monde? À quel âge aurions-nous le droit de savoir?" "

La gifle du théâtre

Par expérience, Suzanne Lebeau connaît le pouvoir du jeu théâtral. Elle l'a constaté, "le public réagit plus fortement a une gifle donnée au théâtre qu'au visionnement d'une guerre en direct à la télévision, malgré les morts et le sang qui coule."

Pour parler des enfants soldats, l'écrivain a tout misé sur les mots. Gervais Gaudreault, cofondateur du Théâtre Carrousel , en a fait une "mise en espace" où l'absence de décors ajoute à l'intensité de ce texte, lu à trois voix, dans un ton juste et émouvant par Émilie Dionne, Lise Roy et Sébastien René.

Au centre de la scène, face au public, deux personnages: Élikia, 13 ans et Joseph, 8 ans. Enrôlée à 10 ans, Élikia a franchi les limites de l'horreur. Violence, cruauté, drogue, viols multiples jusqu'à ce que le "chef", Rambo, en fasse sa concubine attitrée. Un statut qui lui permet, un temps trop bref, de soustraire la nouvelle recrue à la brutalité d'un rebelle et, pourquoi pas, prendre le risque de le sauver. L'action se déroule au fil des mots qu'échangent les enfants entre eux, ou en aparté avec le public, traçant le récit de leur fuite. Une longue marche dans l'espoir de retrouver le village du garçon.

Sur la gauche, en avant-scène, une femme seule, assise devant un micro. Une infirmière, citée devant une quelconque Commission des droits de la personne, livrant avec un calme olympien, sans jugement, sans accusation, le témoignage de ce qu'elle sait sur le drame des Élikia et Joseph de ce monde. "Ils doivent savoir, recommande-t-elle à ses interlocuteurs muets... peut-être sourds craint-elle. Quand ils sauront, ils vont arrêter tout ça. [...] Les mots de la bouche ne peuvent pas tout raconter, ils sont trop près de la haine. Pourquoi les enfants restent avec les rebelles, malgré la violence et l'horreur? Quand tu es un enfant, tu fais ce qu'on te dit... La peur, le pouvoir... le lien avec son arme. La première chose qu'un enfant apprend c'est à manier une arme et à tuer. Ils sont drogués. Pourquoi les petites filles? Devinez. Il y a cinq filles pour soixante hommes."

Le récit alterne entre la parole des enfants, créant l'action et le témoignage de l'infirmière, situant l'histoire dans son contexte. Maintenant l'équilibre entre l'aspect dramatique des faits et la résilience des enfants si humains dans cet enfer, si fragiles et si forts dans leur innocence.

Élikia et Joseph atteindront le rivage tant souhaité. Une fin heureuse? Soyons réalistes. Joseph a échappé à l'enrôlement. Élikia, dont le prénom signifie espérance, mourra du sida à 15 ans. "J'avais une seule vie à vivre et c'est déjà fini!" termine Élikia. "Comment soigner une blessure qui ne saigne pas? demande l'infirmière. De quoi voulez-vous que nos filles meurent? D'une balle ou du sida."

Tel que présenté, ce très beau texte est saisissant, parfois insoutenable, toujours intense. Prêt à être livré, même à un public jeune. Souhaitons qu'il soit précédé d'une sensibilisation à l'existence des enfants soldats et suivi d'une réflexion axée sur la part d'espoir qu'il sous-entend, a exprimé un public fortement ému.

claforge@lequotidien.com


Illustration(s) :

Suzanne Lebeau est venue présenter une lecture d'un texte bouleversant sur les enfants soldats.

Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Théâtre
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lundi 24 mars 2008

24 mars 2008






Mes 30 ans...


Le plus bel âge de ma vie !


Je les ai toujours. On ne perd pas ses 20 ans, encore moins ses 30 ans. Ils sont là, comme des trésors accumulés.


Alors...


Imaginez un peu comment je me sens aujourd’hui, ce 24 mars 2008, alors que j’ai deux fois 30 ans...


.

dimanche 16 mars 2008

Taisez cette langue...


Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche 16 mars 2008, p. 36

Reflet d'une triste réalité

Laforge, Christiane

" Taisez cette langue que nous ne pouvons entendre " pourrait-on parodier, sachant que la langue de Molière a été occultée par la CBC, au montage de l'émission sur les grands moments du gala du Panthéon des auteurs compositeurs canadiens. Émission diffusée sur les ondes ontariennes de Radio-Canada le 3 mars.

Grande colère de Claude Dubois, le lendemain de son intronisation, en apprenant cette pratique appliquée depuis cinq ans. Et ce dans le silence des Québécois antérieurement inscrits au Panthéon, dont Gilles Vigneault (2006) et Jean-Pierre Ferland (2007).

"Il s'agissait d'une émission sur le réseau anglais télé de Radio-Canada destinée à un auditoire anglophone", a expliqué Jeff Keay, porte parole de CBC. Gala animé en anglais par l'homme orchestre Grégory Charles, lequel n'a pas survécu, lui non plus, au couperet.

Reflet d'une réalité

Bien sûr! Jeff Keay peut prétendre que "son" public ne connaît pas les québécois... Et pour cause! Il a tout de même répliqué que "l'émission se voulait un effort pour refléter un gala de trois heures en 44 minutes."

Peut-on parler de "refléter" un événement si celui-ci est amputé d'un élément majeur de sa composition, à savoir la présence de l'entité artistique francophone du Canada? La main tendue aux Québécois par les organisateurs de ce Gala du Panthéon des auteurs compositeurs canadiens, leur donnant une place qui leur revient de droit, est bafouée.

En effet, le PACC ne déclare-t-il pas que sa raison d'être est d'honorer les réalisations exceptionnelles des auteurs-compositeurs canadiens et de ceux qui ont apporté une importante contribution à leur héritage"?

Le Panthéon perd le sens même de son existence dans ce reflet arbitraire du diffuseur anglo-canadien. Aurait-il vendu âme en cédant les droits de diffusion du gala à CBC ?

Tout en démissionnant de ses fonctions de secrétaire général du PACC, Martin Duchesne aurait déclaré : "En achetant le show, CBC, avec son "cash", a soudain eu un droit de gérance et flushé tout ce qu'il y a de francophone comme de la merde, même les Gilles Vigneault, Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland et Raymond Lévesque", relatant que les animateurs francophones étaient priés "de se tenir physiquement à l'écart des animateurs anglophones pour faciliter leur coupure au montage".

Que faut-il croire ?

Je m'étonne que cet état de fait, récurant depuis cinq ans, ne soit révélé qu'en 2008. Également victimes de cette éviction, comment Vigneault, comme Raymond Lévesque, reconnus pour leur ardeur à défendre la langue française au Canada, ont-ils pu subir cet affront - car c'en est un - sans rien dire ?

Je tremble à l'idée que ce ne soit pas le seul fait de la bêtise et de la francophobie de quelques-uns. Je tremble à la possible vérité de l'hypothèque émise par Denise Pelletier, dans son commentaire retrouvé sur wikio.fr, sur les intentions même du Panthéon, à savoir: "... on comprend qu'ils ont fait semblant d'honorer des artistes québécois juste pour respecter des conditions d'obtention des subventions gouvernementales!"

Et pendant ce temps, l'Association canadienne des radiodiffuseurs remet en question les quotas de musique vocale de langue française. Dans son mémoire déposé le 4 mars dernier au CRTC, l'ACR réclame une baisse de 65 % à 50 % du quota de musique vocale de langue française diffusée par la radio francophone dans la région de Montréal et de Gatineau-Ottawa.

Pendant ce temps, Bruno Pelletier négocie avec plusieurs pays d'Asie non francophones intéressés à coproduire son "Dracula" dans sa version originale québécoise française.

????






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Sujet(s) uniforme(s) : Musique; Radio et télévision
Taille : Moyen, 420 mots

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samedi 8 mars 2008

Le rendez-vous de notre histoire

Non, je n’ai pas le droit de vote pour choisir qui occupera un des postes politiques parmi les plus importants de ma planète.

Je le regrette. J’aurais aimé que ma voix puisse compter en faveur de ce rendez-vous historique alors que nous n’avons jamais été si près d’élire une femme à la tête des États-Unis.

Les médias sont-ils conscients de leur influence et de leur total manque d’objectivité dans leur manière de décrire les candidats?

Oui... aujourd’hui encore, Olympe de Gouges serait décapitée.

lundi 3 mars 2008

Découverte



DELIVRANCE
1983
NIALA
Huile s/toile 92 x 73
Série IN TEMPORALIBUS


Une de mes découvertes sur Netlog: L'artiste peintre Niala

Il écrit: «L'éternité n'est pas plus dans l'immobilisme que dans le tourbillon, elle est dans l'intensité de l'acte... »

Belle rencontre!


jeudi 28 février 2008

La porte plume de Gilles Laporte

Dans mes courriels, je lis:

Je me suis perdu dans votre blog, pour m'y... trouver... bien !
Merci pour sa richesse.
Partage...

Cordialement
Gilles


Curieuse, je «clique» sur l’adresse mise à la portée de ma souris http://www.gilleslaporte.blogspot.com et je découvre laporteplume:



«Ce que nous reprochons si fort aux autres, cette volonté d’être les plus grands, les plus forts, les plus… productifs à des fins d’appropriation du monde, n’est autre que ce mal qui nous ronge en profondeur et que nos élus nous présentent au contraire comme le signe incontestable de la bonne santé politique et sociale : la... sacro-sainte croissance !
Tant que nous courrons derrière des résultats économiques toujours plus époustouflants (qui, d’ailleurs, n’enrichissent toujours que les mêmes, dont les politiques – voir, à ce sujet, leurs déclarations de patrimoine dans le JO), nous produirons toujours davantage de saloperies et de déchets qui feront crever notre planète (eux avec, sur leurs yachts et tas d’or ! Là, seulement, sera … la justice !).» (extrait de Terre... La fin?)

Peut-on renverser la vapeur ?

«Lorsque l’on est cet authentique citoyen : en entrant en rébellion contre le renoncement imposé à ses prérogatives d’individu libre et responsable, en évitant les voies de la distraction si largement ouvertes par ceux qui voudraient anesthésier le plus grand nombre, en ne succombant pas à la culpabilisation infligée par les donneurs de leçons - fou du roi, en refusant de vendre son bulletin de vote au plus offrant !
Oui, la date du jugement dernier annoncé par Charles reculera pour… nos enfants (voire au-delà), si nous avons le courage de relever la tête.
Les occupations d’hier étaient celles de pays par des armées de dictateurs… que nos anciens ont combattues jusqu’à la mort !
Les occupations d’aujourd’hui sont celles de l’Esprit par des perversions de dictateurs adorateurs du veau d’or ! A nous maintenant, citoyens du monde, de les combattre par la conscience jusqu’au… respect recouvré !
Voltaire n’est pas mort !» (extrait de Renverser la vapeur)


Une invitation nous est lancée sur le blogue LAPORTEPLUME de Gilles Laporte, écrivain et peintre: «Textes nouveaux, histoires originales, échanges à propos des livres , extraits d'œuvres publiées ou inédites, coups de cœur, coups de gueule... Mes impressions, mes émotions, passions littéraires et artistiques, et... les vôtres ! Quelques-unes de mes toiles récentes... vos réactions ! Échangeons !»

De son court message je retiens ce mot si lourd de sens:

PARTAGE





dimanche 24 février 2008

Histoire sans fin d'une salle de spectacle à Chicoutimi


Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche 24 février 2008, p. 40

Histoire sans fin

Laforge, Christiane

... Et dans un geste symbolique, Pilate se dissocia d'une mise à mort évitable en se lavant les mains, rejetant sur les autres la responsabilité d'une décision qu'il venait de cautionner.

Histoire sans fin

En 1984, Yvon Sanche déclenche une première alarme concernant la vétusté de l'auditorium du Cégep de Chicoutimi, lieu de diffusion utilisé par la Coopérative de développement culturel Théâtre du Saguenay. Il réitère en 1986.

En 1998, le rapport Trizart dénonce les ravages de douze années de plus. Il évalue avec réalisme qu'il en coûtera près de 12M$ pour essentiellement corriger les "irritants majeurs" de l'auditorium Dufour.

En 2004, le rapport Trigone, préparé à la demande de la ville de Saguenay et du ministère de la Culture et des Communications du Québec, met en évidence la pertinence d'une consultation publique sur un dossier aussi important. Les Conseillers Trigone ont rencontré plus de vingt organismes représentants du milieu des arts et de la culture. Pour assurer le développement des arts de la scène à Saguenay, Trigone favorise une grande salle de spectacle de 1200 places qui réponde aux normes professionnelles. Déposé officiellement au mois de mai 2005, le rapport avait déjà été rejeté le 16 mars par le conseil de ville.

Le choix

Janvier 2005, la directrice générale du Cégep de Chicoutimi, Ginette Sirois, dépose un projet de rénovation de l'auditorium Dufour au coût de 3,5 M$. La participation de la ville serait de 2,2 M$.

L'Association des centres-villes déposent un projet d'implantation d'une nouvelle salle de spectacle polyvalente de 1200 sièges rejoignant les attentes des organismes culturels. Il reçoit l'aval du Théâtre du Saguenay. L'infrastructure ne se limite pas seulement à une salle de spectacle, mais prévoit loges, bureaux, salle de répétition, café et autres commodités modernes. Coût prévu: 16M$. La participation de la ville serait de 3M$.

Le 4 avril 2005, au cours d'une séance municipale houleuse, le maire de Saguenay rejette tout autre idée que celle de la rénovation de l'auditorium Dufour. Une décision imposée, sans consultation publique, malgré les réserves clairement exprimées par les citoyens et représentants du milieu culturel. Ceux-ci demandent aux élus de prendre au moins le temps de réaliser une analyse comparative des deux projets. Sourds à tout raisonnement, les élus votent pour l'acceptation du projet Sirois. Trois conseillers seulement manifestent leur dissidence. Dès lors, le Théâtre du Saguenay avait-il d'autre choix que de se résigner à la rénovation de l'auditorium du cégep?

Pourtant, très vite, force est de constater que l'évaluation des coûts de la rénovation est irréaliste. On passe de 3,5 à 4,8M$ en avril 2005, puis à 6,5M$ en mai 2006, à 13M$ en février 2008.

Respecter un budget

La semaine dernière, le Théâtre du Saguenay est prié, cavalièrement, d'assumer "ses erreurs" de prévision d'un budget galopant. Ah! oui? Mais qui donc a décidé pour tous que la rénovation de l'auditorium était le bon choix?

En 2005, les élus de Saguenay auraient-ils endossé un projet sans avoir étudié le réalisme des chiffres soumis? Auraient-ils seulement analysé les deux projets avant de s'incliner devant la décision irrévocable de leur chef?

Qui donc, aujourd'hui, est étonné d'apprendre que les chiffres avancés en 2005 se révèlent irréalistes? Ce fait, déjà évident il y a trois ans aux yeux d'un profane, a-t-il échappé - et pourquoi? - à l'analyse réfléchie de ceux qui ont imposé publiquement "leur" choix unilatéral le 4 avril 2005? Qui est à blâmer?

Le milieu des affaires et les organismes culturels ont été, malgré eux, acculés au pied d'un mur vieillissant, alors qu'ils aspiraient à un investissement majeur au bénéfice d'une cité moderne... comme cela s'est fait ailleurs au Québec, avec succès, dans des municipalités plus modestes (Sept-Îles, Joliette, Granby et L'Assomption).

Trop facile de les renvoyer à un devoir imposé, comme s'ils étaient seuls responsables de cette situation.

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samedi 16 février 2008

Litha


Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche 20 janvier 2008, p. 40

Litha, le nouvel album de Skarazula
Curieuse euphorie

Laforge, Christiane

CHICOUTIMI - Les Troubadours de L'Âge des ténèbres de Denys Arcand donnent de l'éclat à notre présent. Le second album de Skarazula suscite une curieuse euphorie. Dans ma tête, les pieds dansent, le corps fait des pirouettes et le temps s'évapore dans les sons joyeux d'instruments médiévaux flirtant sans retenue avec les instruments d'Afrique et d'Orient. La Rose des vents est confondue par le solstice de Litha.

J'avais déjà succombé au charme d 'Ostara, leur premier album célébrant l'équinoxe du printemps, consacrant les sept ans de ce trio fondé en 1999. Litha suscitait à la fois curiosité et crainte. Avaient-ils tenu cette belle promesse d'Ostara? Avaient-ils égaré leurs notes dans les Molières de la récurrence? Charmée en 2006, la conquête est totale en 2007 alors que Litha réchauffe tant l'hiver qu'il pleut en décembre... des larmes de joie, peut-on se dire à l'écoute de ce "clin d'oeil aux fêtes païennes qui ont ponctué la vie de nos ancêtres."

D'une pièce à l'autre, Skarazula crée un esprit enclin à la fête, certes, mais très sérieux dans un jeu musical que le trio maîtrise. Chaque instrument s'affirme, existe, s'épanouit. On éprouve le sentiment de se trouver en plein dialogue amoureux, joyeux, parfois exubérant, quelquefois nostalgique, jamais ennuyant. Et les voix sont très belles.

Skarazula n'interprète pas. Il crée. Il extirpe des sonorités anciennes, s'inspire de musiques d'hier, mélange les cultures pour recréer la sienne.

L'album inclut quatre compositions originales du trio. Kürdi azeri puisant dans la musique turque de l'Azerbaïdjan est jouée sur l'oud, le kaval, le daf et le dumbek. "Les deux autres pièces originales sont jouées à la vièle à archet: il s'agit de Tarantella, un morceau inspiré de la musique italienne, et de Dans ar kêriadenn, une danse bretonne composée par un Québécois aux ancêtres normands! Mauresque, précédée d'un Taqsim, est quant à elle d'inspiration arabe. Les neuf pièces anciennes qu'on retrouve sur Litha vont des danses italiennes du XIVe siècle aux chansons bretonnes du IXe siècle, en passant par les Cantigas de Santa Maria, d'origine espagnole", explique Steve Grenier, porte parole du groupe.

À découvrir pour qui n'a pas connu Ostara. À explorer pour qui aime que le passé se conjugue au présent. À savourer, une fois de plus, pour qui s'abandonne au son de Skarazula.


Encadré(s) :

QUELQUES NOTES...

Les instruments propres à la musique médiévale utilisés par Skarazula : cistre, mandore, cordophones, vièle à archet, vielle à roue, tambour à cordes, psaltérion, harpe médiévale, guimbarde, chalumeau, rauschpfeiffe...

Instruments d'origine orientale : l'oud, le kaval et les tambours sur cadres, comme le daf, le riq et le tar. Un instrument africain, l'udu...

Quelques collaborateurs pour "Litha" : Marie-Annick Béliveau, mezzo-soprano, Pierre-Alexandre St-Yves au chalumeau, au rauschpfeiffe, à la vielle à roue et au chant, Dominique Haerinck à la harpe médiévale et Frédéric Fontaine à la guimbarde...

Réalisé et arrangé par Steve Grenier et François Rainville, "Litha" (SKA-CD-002) a été enregistré en majeure partie à Saint-Paul de Joliette. La prise de son est signée Alain Girard, Steve Grenier et François Rainville. Le mixage et le mastering ont été réalisés au studio Sygma par Alain Girard et les membres de Skarazula...

Skarazula apparaît brièvement dans le film de Denys Arcand, "L'Âge des ténèbres". Quatre pièces de leur premier album, "Ostara" (5000 exemplaires vendus), figurent aussi sur la trame sonore du film...

Illustration(s) :

Catégorie : Arts et culture
Sujet(s) uniforme(s) : Musique
Taille : Moyen, 422 mots

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Doc. : news·20080120·PD·0009

Ostara


Progrès-dimanche
Arts-Télé, dimanche 16 juillet 2006, p. B10

Disques

"Ostara"
Retour en arrière signé
Skarazula

Laforge, Christiane

Chicoutimi - Impossible de ne pas parler de l'album "Ostara". Un disque de musique médiévale dont les notes s'éparpillent dans ma tête comme un pollen fécond soufflé par un vent jeune. Trois musiciens québécois ont fondé le groupe Skarazula en 1999.

Leur répertoire s'inspire de musique médiévale, celtique, orientale, que ce soit leurs compositions ou les musiques retrouvées du XIIIe et XVIe siècle européennes et orientales. Dès la première pièce, on est aspiré par leur monde sonore, joyeusement étonné de l'abandon qu'il provoque.

Après plus de 400 représentations, données principalement en milieu scolaire, Skarazula réalise un premier album dont le titre "Ostara" évoque le nom de la déesse de l'aube et du printemps, Oestre. Leur ton musical correspond bien à cette fièvre d'une renaissance qui nous envoûte chaque fois que l'on cède à la tentation de l'entendre. Un album qui ne passera pas inaperçu!

Plusieurs pièces sont de leur cru, compositions aux noms sans banalité : Ostara, Échos de la mer Noire, Dansa de Lauzeta, Kakma, La bransle du Fol, La danse des moustaches, Illusion. D'autres surgissent d'un lointain passé. Ils en ont gardé l'esprit mais y ont insufflé leur propre sensibilité, recréant sans trahir. Il faut dire qu'ils ne s'improvisent pas dans cet univers très particulier. Deux des musiciens sont aussi luthiers de formation. François Rainville et Steve Grenier ont fabriqué plusieurs des instruments dont ils jouent : psaltérion, cistre, mandore, trompette marine, vièle à archet.

Porte-parole du trio, Steve Grenier explique la démarche unique du groupe disant qu'il "s'inspire des diverses façons qu'ont aujourd'hui les musiciens d'aborder la musique ancienne.

Il s'agit de s'inspirer de ce qui a été découvert sur ce répertoire sans tomber dans la recherche d'une reconstitution historique. En combinant cela à une approche où la liberté est évidente en ce qui a trait aux arrangements, le résultat est à la fois moderne et fidèle à l'esprit médiéval."

Ils sont à découvrir, tant pour tout ce qu'ils ont à dire de leurs multiples talents, de cette polyvalence qui leur assure une originalité, de leurs instruments qu'ils maîtrisent si bien, de leur composition qui nous ravit l'esprit, de leur interprétation d'une musique d'autrefois dont l'écho trouve sa place dans la mémoire du coeur.

Après avoir entendu "Ostara" du groupe Skarazula, la curiosité risque fort de s'éveiller à l'égard des musiciens et de leurs instruments.

Leur site Internet est incontournable à cet égard: www.skarazula.com


Encadré(s) :

François Rainville et Steve Grenier ont fabriqué plusieurs des instruments dont ils jouent

Illustration(s) :

SKARAZULA - Steve Grenier (percussions, psaltérion et voix), François Rainville (cistre, mandore, ouo, trompette marine, vièle à archet et voix) et François Perron (flûtes à bec, flûte traversière, voix).


Catégorie : Arts et culture
Sujet(s) uniforme(s) : Musique
Taille : Moyen, 344 mots

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dimanche 3 février 2008

Lettre à mon fils Ariel



Ariel, André-Anne, Élika


Cher Ariel,

Chicoutimi le 3 février 1983 à 23h57...

Ce fut le jour le plus important de ma vie.

Depuis longtemps déjà tu existais dans ma tête et mon cœur. Bien avant de connaître ton père, j’anticipais l’amour que j’éprouverais pour cet enfant né d’une union amoureuse. Le fantasme était si intense que le petit bonhomme peint à mes 18 ans, lors de mes premières expériences du relief en peinture, te ressemble au point que tous croient que tu en a été le modèle et attribuent la toile à ton grand-père. Plus encore, la sensibilité et l’imagination du petit David de mon roman Au-delà du paraître sont les tiennes. Les lecteurs qui t’ont connu au même âge étaient étonnés d’apprendre que le livre t’avait précédé de 15 ans.

Je suis à l’âge d’être grand-maman. Je le suis avec bonheur de cette petite Élika qui aura cinq mois demain. Le plus merveilleux mon fils aimé, c’est que je suis toujours à l’âge d’être ta mère.
Tu es le seul être au monde qui m’appelle «Maman» et tu as su deviner à quel point j’y tenais pour n’avoir pas cédé à une certaine mode où les fils et les filles interpellent leurs parents par leur prénom.

Aujourd’hui, tu as 25 ans. Un quart de siècle. D’y songer me donne le vertige à la seule idée que j’aurais pu ne jamais te connaître. Une autre heure, un autre jour, un autre père, et ce ne serait pas toi. Et sais-tu quoi mon Ariel ? Le plus merveilleux est d’aimer tout de ma vie, parce que c’est ce tout, avec ses joies et ses larmes, ses épreuves et ses succès, c’est le tout global tel qu’il a été qui a permis que tu sois là.

Tu m’as tant appris: l’amour inconditionnel, l’abandon, la confiance, le courage, la résistance. Je t’ai donné la vie, il y a 25 ans. Toi, tu donnes le sens noble à ma vie depuis un quart de siècle.

Pour tout cela, ce 3 février 2008, je veux te dire merci Ariel, mon fils.


Maman

dimanche 27 janvier 2008

samedi 19 janvier 2008

Le déluge après



Le Quotidien
Arts, samedi 19 janvier 2008, p. 23

"Le déluge après" de la Rubrique
Audacieux et téméraire

CHRISTIANE LAFORGE

JONQUIÈRE - La nudité sera-t-elle l'élément attractif de la nouvelle création du théâtre La Rubrique? L'excès de sacres fera-t-il oublier la beauté de nombreuses répliques? Michel Bérubé a fait oeuvre de défricheur en devenant le premier à mettre en scène ce texte dramatique d'une nouvelle auteure, Sarah Berthiaume. Audacieux ou téméraire, sa propre lecture de la pièce "Le déluge après" confirme qu'il est l'un et l'autre.

La nouvelle création du théâtre La Rubrique doit beaucoup au jeu de ses comédiens. Richard Fréchette démontre combien un rôle n'est jamais secondaire tant son Omer est convaincant. Johanne Grenon crée une émouvante Dalida. Ce duo est le pilier d'une pièce jouée pour la toute première fois, faisant honneur au théâtre La Rubrique qui ne craint pas de mettre ses 29 ans d'expérience au service d'une relève prometteuse.

Le contenu

L'histoire peut se lire comme un conte où l'invraisemblable permet bien des libertés ou comme un portrait social plutôt tragique où le bonheur est illusoire.

Un village, nulle part au bord du fleuve. Des pêcheurs désoeuvrés, victimes d'une tempête qui a englouti leur raison d'être. Des femmes exilées de leur propre espoir de vivre. Et il y a June. Enfant sans père connu parce, le même été, tous les hommes du village ont tenté d'oublier leur naufrage dans les bras de sa mère.

Lorsque se lève le soleil, Dalida (Johanne Grenon) fait les perruques que coiffe June, le soir venu, lorsqu'elle se dénude sur la scène de l'unique bar du coin. Grace (Monique Gauvin) prépare les repas que sa fille ne mange pas, plus avide qu'elle est d'entendre le chant de ses souvenirs; mère et fille se déchirant aux aspérités des secrets. Omer (Richard Fréchette) noie dans la bière la réalité de sa vie, Georges (Éric Chalifour) mise sa piètre survie sur le corps de June.

Surgit Denis (Patrice Leblanc). Camionneur égaré qu'une malencontreuse panne contraint à prolonger son séjour dans ce coin perdu, bousculant la poussière d'ennui qui recouvre la morne existence des villageois. Sa présence met en lumière les traits de chacun. L'arrivée de son amoureuse, Sandrine (Josée Gagnon), accélèrera une chute prévisible.

Le jeu

Le décor est astucieux, conçu pour multiplier les lieux sans rien déplacer, le tout s'intégrant à l'ensemble. Les accessoires modestes suggèrent avec efficacité les mises en situation où les comédiens vont se mouvoir au fil des répliques.

Sans doute, et c'est compréhensible le soir d'une première (mercredi dernier), la maîtrise n'est pas encore parfaite. Émilie Bouchard Jean (June) butera plusieurs fois sur les mots. Femme enfant, innocente et sans pudeur, June est ambiguë. Le rôle exige une intensité et une maturité qu'elle n'a pas encore acquises. Patrice Leblanc donne également l'impression de ne pas vraiment croire à son personnage. Il est vrai qu'ils dépendent l'un et l'autre d'un texte aux forces variables. Sarah Berthiaume n'a pas toujours le souffle pour tenir le niveau de ses propres répliques. On alterne entre des phrases superbes, même dans leur maladresse, et des répliques vulgaires dont l'abondance finit par agacer.

Par contre, Omer, Grace et Dalida ont très bien saisi les nuances, provoquant par la qualité de leur jeu émotion et rire dans un bel équilibre.

Le déluge après

Le soir de première, le public a souligné par trois rappels son appréciation de la prestation de La Rubrique. Avec raison, malgré les réserves soulignées quant au choix du langage. Précisons que les scènes de nudité sont tout à fait justifiées. Impossible de convaincre le public de l'intense émotion que suscite la vue du corps de June sans le montrer. Cela est fait avec élégance. Tout comme Denis qui se dévêtira plus tard avec beaucoup de naturel, ainsi qu'il se doit, pour la scène du bain précédant le désir.

Oui, "Le déluge après" doit beaucoup à la qualité de ses comédiens. Si l'appréciation demeure réservée, disons que ses nombreuses qualités imposent l'oeuvre malgré tout, sachant qu'elle est nouvelle-née, ne pouvant, avec le temps, que s'affiner et grandir . o

claforge@lequotidien.com



Illustration(s) :

OMER - Impayable Richard Fréchette, donnant la réplique à Patrice Leblanc (Denis).
JUNE - les scènes de nudité sont tout à fait justifiées et cela est fait avec élégance.
DÉCHIRURE - Mère et fille se blessent l'une et l'autre avec tout ce qui n'est pas dit.

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dimanche 13 janvier 2008

Dimanche

La musique de Vivaldi a surpris mon rêve en flagrant délit d’escapade langoureuse. Je choisis d’être éveillée en musique n’aimant pas le son agressif des réveils. Vivaldi est en harmonie avec le soleil de ce 13 janvier.

J’hésite. Dois-je céder à la paresse ?

Dans la solitude d’une maison silencieuse, je regarde passer le temps. Il faut savoir s’arrêter si l’on veut vraiment le regarder passer ce temps.. si précieux.

Plus tard :

J’hésite entre le rien faire si plein de promesses et la gaieté partagée avec des présences souhaitées.

Une neige éblouissante de blancheur sous les yeux, Mozart au creux de l’oreille, la nuque frissonnante sous les cheveux mouillés, le parfum des fraises du petit-déjeuner. L’écran de l’ordinateur ouvert, miroir moderne d’une Alice aux pays des merveilles curieuse d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté... Que de choses tristes!

Allez. Je viens de rattraper mon rire au lasso imaginaire. Il rue un peu mais s’amadoue (quel joli mot : amadoue).

Je choisis le tout faire plein d’inattendus.

dimanche 30 décembre 2007

Je souhaite...




Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche 30 décembre 2007, p. 22


Une année se termine...
Trop tard pour les regrets!

Laforge, Christiane

Une toute nouvelle année commence. Moment idéal pour rêver.

Les fées sont à l'écoute maintenant que le Père Noël a terminé sa distribution de cadeaux. C'est le temps des vœux et mes souhaits sont multiples.

Langue française

Je souhaite que les rédacteurs des sous-titres de nos télédiffuseurs puissent terminer leurs études secondaires afin de maîtriser les accords de verbes.

Je souhaite aux téléspectateurs des télédiffuseurs soucieux de se procurer des logiciels de traduction conçus par des professionnels assistés de linguistes pour éviter la confusion des genres et... par ricochet... du sens.

Je souhaite qu'Anne-Marie Withenshaw, bachelière en Arts et Sciences, détentrice d'une majeure en Communication et une mineure en Musique de l'Université Concordia, puisse décrocher une bourse d'étude chez Berlitz pour apprendre la langue française. Cela, afin de nous épargner cette phrase tordue : "Parce que toi tu dormes pas tu décides qu'on dorme tous pas." (sic), entendue le 26 novembre dernier, lors d'une rediffusion de l'émission Flash enregistrée à Paris, alors que l'animatrice vedette interrogeait l'infatigable Grégory Charles.

Je souhaite que les rédacteurs des communiqués de presse des Centres d'artistes autogérés découvrent les vertus de la simplicité volontaire pour donner à leurs lecteurs le temps de terminer leur bac, afin de comprendre, dès la première lecture, ce que veut dire: "orienté sur l'adéquation des dimensions à la fois sociales et spatiales, attachées au lieu, à l'habitat, aux territoires urbains et ruraux, à l'intime et au public, qui se consacre ainsi à l'exploration et à la diffusion d'un large spectre de pratiques artistiques hybrides en art visuel actuel."

Je souhaite à nos enfants d'avoir le choix d'écouter des émissions de radio et de télévision d'expression française. La nouvelle génération d'animateurs des postes les plus écoutés par les jeunes massacrent odieusement cette langue pourtant si riche et que la nation québécoise revendique comme symbole de son identité.

Les artistes

Je souhaite à nos écrivains de nombreux lecteurs parmi les étudiants qui trouveront leurs livres miraculeusement inscrits au programme scolaire.

Je souhaite aux élèves du primaire et du secondaire de nombreuses sorties culturelles, mais plus encore le temps d'écouter et de faire de la musique, de lire et d'entendre de la poésie, de voir et d'apprendre la peinture. Musique, poésie, théâtre, danse, peinture sont des portes ouvertes sur les cultures du monde, assurant une meilleure compréhension des différentes ethnies et de leur beauté.

Je souhaite à nos politiciens de vivre une année avec le revenu annuel de la majorité des créateurs en art.

Le temps

Je souhaite des journées de 36 heures, des mois de 28 jours, des années de 13 mois.

Je souhaite habiter le Saguenay-Lac-Saint-Jean pour, une autre année, vibrer encore à tous les moments inoubliables que je dois à ces artistes qui habitent mon temps et, semaine après semaine, font danser mes doigts sur les claviers d'ordinateurs dont la mémoire s'épuise à sauvegarder tant de mots.

Je souhaite, à vous lecteurs, santé, bonheur, amitié.

Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Littérature et livres; Langue et questions linguistiques; Arts visuels
Taille : Moyen, 372 mots
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mardi 25 décembre 2007

Joyeux Noël

MAISON LUMINEUSE


Hier j'ai écris à mes amis, ces mots qui transforment la Maison heureuse en Maison lumineuse.


À chacun de vous,

Voici le rendez-vous annuel des pensées chaudes au seuil de l’hiver. Le temps de dire Joyeux Noël, dans son esprit le plus païen et le plus épicurien pour dépasser toutes les frontières hormis celle du désir de dire : je pense à toi et mon arbre scintille de chaque ampoule allumée au nom d’une personne qui m’est importante.

Voici le rendez-vous annuel de l’espoir de vivre une prochaine année sans adieu mais beaucoup de «revoirs».

mardi 18 décembre 2007

Nostalgie de Noël

L'art édito publié le 2 décembre dernier dans le Progrès-Dimanche évoquait ma nostalgie de Noël devant le vide laissé par ceux qui ont franchi l'ultime frontière. Aux noms cités dans ce texte, je veux ajouter, ce soir 18 décembre 2007, celui d'une femme exceptionnelle : Pierrette Gaudreault, fondatrice de l'Institut des arts au Saguenay.

Nostalgie de Noël


«Dis, quand reviendras-tu, dis, au moins le sais-tu que tout le temps qui passe ne se rattrape guère, que tout le temps perdu ne se rattrape plus» chante Barbara sur toutes les ondes captées cette semaine. Sa voix ne s’est pas éteinte avec sa mort survenue brutalement il y a dix ans. Chacun a fait l’aveux d’une peine qu’amplifie inévitablement le souvenir avivé par la date triste de l’ anniversaire de l’ultime départ.

Il y a Barbara...

Et les autres. Les nôtres. Dans le monde des arts, chaque semaine est une moisson de souvenirs. Les rencontres avec les chanteurs, les peintres, les comédiens de tous âges nous font vivre leur enthousiasme, leur passion, leur espoir et quelques fois leur déception. Ils sont plusieurs, au fil des dimanches et autres jours à inspirer nos doigts sur le clavier. Plus nombreux, hélas, sont ceux dont on ne parlera pas. Ceux dont on ne lira plus leurs rêves.

On ne s’y habitue pas, on a seulement la science du deuil et la pudeur de ne rien dire quand la pensée frémit à la douleur de ces blessures jamais refermées. La fébrilité qu’engendre la célébration des fêtes me semble un rendez-vous avec la nostalgie. On dirait que les absences s’accrochent aux branches de l’arbre de Noël. Larmes mentales dont le reflet éclaire les présences pour mieux dire aux vivants: «Le temps qui passe ne se rattrape guère» ou encore, comme Gilbert Langevin: «[...] au plus faible murmure, dans l'éclos dans l'ultime, voilà pourquoi je vénère ton nom comme on respire, sans savoir s'il s'agit tout à l'heure de mourir ou de vivre autrement sur un autre versant....".

Les nôtres

Et si nous accrochions ensemble quelques noms à l’arbre de nos pensées, me suis-je dit ce matin? Un instant donné à la mémoire de ce qu’ils ont été dans ce milieu artistique. Au risque d’en oublier. osant prendre la mémoire en défaut, convaincue que chacun y ajoutera le nom des siens.

J’ai souvenir de Roch Laroche (2006), directeur musical du Chœur Amadeus, de Lucien Ruelland (1999), ténor de carrière et baryton-basse de voix, de Jean-Alain Tremblay ( 2005) auteur de «La Nuit des perséïdes», de Gilbert Langevin (1995), grand poète québécois, de Jean-Paul Desbiens (2006) l’incommodant Frère Untel, des peintres Léo Paul Tremblé (1995), René Bergeron (1971), Arthur Villeneuve (1990), Hugh John Barret (2005), de la Dame des arts Pierrette Gaudreault (2007) qui en ouvrant la porte de sa demeure nous a ouvert un monde de culture.

Une pensée toute spéciale au peintre Jean-Paul Lapointe, décédé le 14 janvier dernier, le temps de dire que la Bibliothèque publique de Chicoutimi présente une exposition rétrospective de ses œuvres.

Les vôtres

Au moment de l’écriture, il y a certainement des oublis. J’en appelle à l’indulgence pour l’émotion ressentie à l’évocation de ces artistes qui, en différentes époques, ont été des hommes phares dans ma carrière. Il y aura d’autres temps pour la mémoire. Il serait dommage de ne pas nous les rappeler.

Parmi les disparus, impossible de ne pas évoquer le plus cher à mon cœur de fille, le peintre Jean Laforge (2006). En cette période, le vide semble plus profond. «La fébrilité qu’engendre la préparation de la célébration des Fêtes accentue l’absence» confirment les familles en deuil que je croise au hasard de ces derniers jours. D’en parler, avec quelqu’un qui sait, apaise et nous conforte dans cet élan qui nous pousse à ne plus rien laisser se perdre de la présence des vivants.

«Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs, je reprendrai la route, le monde m'émerveille. J'irai me réchauffer à un autre soleil.» Ainsi chante Barbara, dans un superbe relevé de tête vers la vie qui continue.

Dans l’arbre de ce Noël, où s’est accroché un peu de nostalgie, scintille le reflet de toutes les promesses: de nombreux spectacles en perspectives, des voix à entendre, des comédiens à admirer, des toiles à regarder, des livres à lire. Ils sont présents, ils sont là près de nous, bien vivants. C’est le temps ou jamais de prendre rendez-vous avec eux.

dimanche 2 décembre 2007

Les murs chantent




Doux décembre!

La maison heureuse se pare pour les fêtes. Élika fait des AhAAAAA rieurs avec son Papili. Andrée-Anne termine la décoration de mon sapin de Noël que je voulais aussi beau que le sien. Ariel fixe les guirlandes lumineuses. Les murs chantent au rythme des voix de Claire Pelletier, Gino Quilico, Marie-Michèle Desrosiers, Marie-Denise Pelletier et Mario Pelchat. Je regarde et j’écoute cet instant heureux.

Je suis enchantée!

vendredi 23 novembre 2007

Paradoxe

Je suis régie par une charte des droits qui déclare que nous sommes tous égaux .

Je suis régie par une charte des droits qui autorise les religions à enseigner le contraire.

mercredi 21 novembre 2007

La question se pose

Parmi mes courriels, ce mercredi 21 novembre 2007, cette question de Micheline Carrier, éditrice du site Sisyphe :

Est-ce de l'islamophobie de critiquer l'intégrisme islamiste?

Bonne question!


«[...] Jusqu’ici, il se dégage des audiences de la Commission et des mémoires qu’elle a reçus une ferme volonté de préserver la primauté de la langue française, la laïcité des institutions et l’égalité hommes-femmes de l’influence des religions. Faut-il s’en étonner quand on sait que l’histoire du Québec a été marquée par une forte emprise des autorités catholiques sur les pouvoirs civils et l’ensemble de la société ? Le principe de l’égalité hommes-femmes fait l’objet des plus fermes interventions. Là encore, rien d’étonnant si on se rappelle que les intégristes religieux s’attaquent en premier lieu à la liberté des femmes. Aucune religion ne reconnaît dans les faits l’égalité hommes-femmes, certaines la combattent activement et persécutent même les femmes qui luttent pour leurs droits.

Devant le sort réservé à des femmes de pays où la religion sert d’alibi à toutes les violations et à toutes les violences (5), la crainte que de pareils intégristes puissent être tolérés au Québec me paraît légitime. Faut-il rappeler qu’en dépit des lois québécoises et canadiennes, il existe chez nous des adolescentes forcées à se marier, des filles excisées, des hommes polygames, des femmes incitées à afficher des symboles de soumission, et il y a eu au moins un « crime d’honneur » dans l’Ouest du Canada. La France nous donne aussi l’exemple de meurtres par lapidation et autres crimes commis au nom de l’islam contre des femmes, par des hommes de leur famille ou des amis.»

Texte complet :
http://sisyphe.org/article.php3?id_article=2798

mardi 20 novembre 2007

Julie Boulet



Ce n’est pas moi, c’est l’autre!

Hummm!? Julie Boulet dormait pendant que son chauffeur fautait. Soit!

La désinvolture avec laquelle la ministre s’est empressé d’accuser son chauffeur, se dotant elle-même d’un alibi dormant, avec les conséquences que l’on sait pour cet employé de l’État, me laisse un goût amer.

Madame ne prêche pas par noblesse du cœur. Plutôt que d’être solidaire d’une délinquance «exceptionnelle ??», son chauffeur n’ayant sans doute (!!!) jamais dépassé (???) les limites permises avant ce jour fatidique, et assumer sa part de responsabilité, pour cause de «tolérance ministérielle», Julie Boulet s’est réfugiée derrière le conducteur.
«Ce n’est pas moi c’est l’autre».

Quel manque d’élégance!!

lundi 12 novembre 2007

Salon des Métiers d'art


Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche 11 novembre 2007, p. 40


L'occasion de valoriser le travail des artisans

Laforge, Christiane

Le Salon des Métiers d'art est le moment propice pour de nombreux artisans de la région de faire valoir leur travail. L'artisan existe depuis des milliers d'années, précédant de loin la machine. Ce qui est réjouissant, ce 11 novembre 2007, jour de tous les souvenirs, c'est de constater que le talent de l'humain s'incarne encore et toujours dans l'objet qu'il fabrique. La matière prend forme par la pensée et par les mains.

Ils sont des travailleurs autonomes, des créateurs, des artistes pour qui l'objet a une âme. Poètes de la matière, ils investissent une part de leur humanité dans la chose fabriquée manuellement. Le Salon des Métiers d'art a bien raison de dérouler le tapis rouge pour ces artistes de la première heure. Quelques jours de gloire pour d'innombrables heures de travail.

Marraine de l'évènement pour une dixième année, Marie-Lise Pilote exprime bien la pertinence de souligner la présence de ces travailleurs artistes. Propos que rapportait notre journaliste Anne-Marie Gravel dans Le Quotidien de mercredi : "J'aime les créateurs et ceux qui font partie de la catégorie des artisans ne sont pas toujours appréciés à leur juste valeur. C'est difficile pour eux de se vendre et de vendre leurs œuvres. Ils peuvent créer mais ils ne sont pas nécessairement à l'aise pour communiquer."

Dans le cadre d'un Salon des Métiers d'art, la parole est à l'objet. Il témoigne du talent, de l'originalité et de la tradition. Reflet d'une culture, d'une époque, il identifie l'origine par le matériau choisi et suggère la destination par le client qui l'acquiert. L'objet de l'artisan est unique, cela ajoute à sa valeur qui n'est pas seulement monétaire.

Des artisans solitaires

Sur le tapis rouge, les artisans demeurent bien solitaires. Leur travail est loin d'occuper la place qui lui est due sous les feux de la rampe et dans les préoccupations des subventionneurs. Le modeste dépliant de la Corporation des Métiers d'art et l'absence d'un site internet en disent long sur leurs moyens financiers, malgré une contribution de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) et le soutien technique et financier de la ville de Saguenay.

À l'ère d'une conscience en éveil sur l'urgence de préserver l'environnement, les artisans méritent les lauriers de la persévérance et de la survivance. Ne sont-ils pas les défenseurs indéfectibles du développement durable, de l'objet qui s'ajoute au patrimoine culturel par sa nature artistique plutôt que de figurer parmi les jetables qui polluent nos terres. Ce n'est pas de l'or, de la fibre, de la terre ou du bois que les artisans nous proposent, mais un savoir-faire, une valeur ajoutée insufflant à l'objet matériel le sens noble du travail artistique au service de l'utile.

L'incarnation du savoir-vivre humain

Comment mieux dire que le céramiste Luc Archambault, récipiendaire du Prix Jean-Marie-Gauvreau en janvier dernier, quand il déclare : "Les praticiens en métiers d'art sont l'incarnation fragile et vivante d'un savoir-vivre humain en voie de disparition. Il est de toute première instance que cela soit et perdure.

Dans un monde nucléarisé, compartimenté, sur-spécialisé, savoir encore fabriquer un objet matériel ou abstrait, de bout en bout, de la matière terre à la théière, du lingot d'or au bijou, de la fibre végétale ou animale au textile ou au vêtement est aujourd'hui, unique, exceptionnel. Ce savoir-là ne doit pas se perdre. Il se perdra à force si l'on n'y prend garde. Il existe encore parce qu'une poignée de fous y voient leur bonheur, mais cela ne peut durer si l'avenir est bouché..."

Le combat mené par les artisans est inégal dans un monde où le déséquilibre fait loi dans nos médias entre les différentes disciplines artistiques. Un prix donné en arts visuels (idem pour les livres) n'a jamais l'attention télévisuelle de la chanson, du théâtre, du cinéma, de la télévision ou du rire. Une discrétion qui s'ajoute à celle de nos élus à l'inauguration du Salon des Métiers d'art.

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Doc. : news·20071111·PD·0016








samedi 3 novembre 2007

La Guerre des Têtes Heureuses


Guerre : Jean Proulx et Marie Villeneuve
© photo Sylvain Dufour-Le Quotidien

Intense et douloureuse! La nouvelle production des Têtes Heureuses est un véritable moment d’exception. Si riche soit le texte de Lars Norén, il ne peut atteindre cette force sans la puissance du jeu des cinq comédiens.

La première, hier soir, au Petit théâtre du pavillon des arts de l’UQAC, s’est jouée devant un public qui, pendant deux heures, a retenu son souffle, subjugué. Ils n’étaient pas nombreux à ce rendez-vous, à peine 14 spectateurs. Et pourtant, pendant deux heures, chacun a oublié les fauteuils vides tant la scène était tonitruante, même dans les silences.

Guerre

Quelque part dans le temps suspendu à l’absence d’un avenir, quelque part dans un lieu dévasté par la guerre, des rescapés s’affrontent. Une femme, deux très jeunes filles, deux hommes, sur une scène qui divise en deux la salle, comme un fleuve coulant inexorablement d’un point à un autre.

Convaincues de la mort du père, du mari, les trois femmes survivent presque malgré elles. La guerre les a rejoint dans leur chair dévastée, humiliée, affamée. La mère s’accroche à la présence d’Ivan, le frère
qui a échappé au combat en simulant une maladie. La grande sœur pourvoie aux impératifs de la survie en vendant son corps aux envahisseurs. La cadette simule l’enfance pour mieux croire à ses propres chimères. Tout n’est qu’apparence. Un mensonge collectif qu’il faut être aveugle pour en révéler toute la noirceur. Ce que fait le père, surgissant de la tombe imaginaire où chacun l’avait enfoui. Un père aveugle qui revendique sa place, ses droits et sa part d’illusion.

C’est une autre guerre qui commence.

Les interprètes

Étonnante et superbe Marie Villeneuve, dans le rôle de la fillette. Un jeu parfaitement maîtrisé. Un visage éloquent. Elle brûle les planches par sa seule présence. Mais tout aussi remarquable est le jeu de Jean Proulx, ce père rejeté, incompris et incapable de comprendre. Il rend avec mesure l’intensité croissante de sa frustration. Haïssable dans cette injuste colère à l’aveu de sa femme violée. «Si tu avais eu de l’honneur tu te serais donné la mort avant que je rentre.... Tu es une merde.» Méprisable dans sa lubricité à l’idée de sa grande fille devenue femme. Et si pathétique dans cette aveuglement, plus du cœur que des yeux, qui l’isole de toute humanité.

Johanna Lochon campe une Beenina émouvante, forte et faible à la fois, vibrante et si fragile. Sara Moisan est déroutante. Ce rôle difficile de la femme écrasée qui s’entête à relever la tête, à vouloir aimer, à protéger et à tuer parce qu’elle veut vivre malgré la mort . Elle réussi avec brio à maintenir l’équilibre impossible des extrêmes.

Le jeu de Jonathan Boies n’atteint pas la force des autres. Créer Ivan n’est pas simple. Là où les autres arborent des couleurs vives (au figuré) son personnage est une somme de demi-tons. Un lâche et un tendre, un faible et un gourmand, une pièce détachée en déroute qui impose sans doute un jeu plus retenu. Qu’il retient peut-être trop. C’est à lui qu’il revient pourtant de décrire l’indescriptible: «On a vécu si longtemps dans le noir qu’on n’arrive pas à voir la lumière. On ne savait pas si on était vivant ou si on était mort. Alors on peut faire des choses qu’on ne se serait pas cru capables de faire.»

«Guerre» est un théâtre d’acteurs. La démonstration des Têtes Heureuses est d’autant plus éloquente que ses interprètes expriment des émotions sans avoir expérimenté la source de ces blessures racontées par Lars Norén. Oui, un moment d’exception... une fois de plus!


Publié dans Le Quotidien
du 2 novembre 2007

lundi 29 octobre 2007

Des nouvelles de Jean-François Lapointe


Tout se confond.

Premiers flocons de neige sur le Fjord Saguenay .

Désertion des oiseaux. Vent froid.

Lettres sur la semaine de l’amitié.

Téléphone de Jean-François Lapointe.

Élika pas vue depuis deux jours afin de ne pas lui transmettre un virus grippal qui transforme la Maison heureuse en infirmerie.


Je retiens l’appel de notre célèbre baryton qui m’annonce la sortie, le 16 octobre dernier, de Chausson - Duparc: Poème de l'amour et de la mer, son second album sous étiquette Analekta. Que de discrétion dans nos journaux à ce sujet. Premier Québécois de l’histoire à avoir obtenu le rôle titre à la Scala de Milan, voix dont les médias européens ne cessent de vanter la richesse et dont je cherche en vain sur l’internet de quoi lire concernant d’abord son disque sur Verlaine en hiver dernier, incluant quatre œuvres du compositeur André Mathieu , et maintenant celui de Chausson-Duparc.

Jean-François Lapointe est célèbre. Talentueux. Encensé par la critique. Et il s’excuse de me «déranger» un dimanche, jour présumé de congé journalistique, car il doit quitter dès mardi pour Bruxelles où il va chanter l’opéra Werther de Massennet, version baryton. Il a hésité à me téléphoner...

Jean-François Lapointe est un de ces artistes que j’ai eu le privilège de découvrir à ses débuts. L’inoubliable et magnifique entrée en moto sur la scène de l’auditorium Dufour de Chicoutimi dans «Orphée aux enfers». L’impayable mousquetaire ivre de «mousquetaires au couvent» de l’opérette du même nom, et l’acharné directeur artistique de la Société d’art lyrique du royaume qui a réussi à lui obtenir ses titres de noblesses d'organisme culturel subventionné. Mais, c’est un bonheur que de lui parler... et un honneur aussi.

Jean-François Lapointe est un de ses artistes qui donne tout son sens à ma carrière de journaliste et critique d’art. J’aime les artistes. J’aime leur passion. Leur force créative et cet héritage qu’il nous lègue sans vraiment en mesurer toute la richesse. Les plus modestes sont souvent les plus grands.

Je vais aller quérir ses deux albums et préparer mes doigts à danser sur le clavier tout ce qu’il va m’inspirer et que je partagerai avec les lecteur de mon journal cette semaine où dimanche-repos s’est transformé, sous la voix d’un artiste, en dimanche vibrant d’enthousiasme.

Maintenant, le vent, la neige, la grippe... ne font qu’attiser la flamme. Tout est chaleur!

dimanche 21 octobre 2007

mercredi 17 octobre 2007

L’accordéon de Figaro

L'Ensemble Bouffon : Marie-Claude Simard et Clément Tremblay
© Photo Jeannot Lévesque




Clément a troqué son fusil de chasse contre un accordéon. Le cerf d’Amérique en brame de joie.

Chaque fois que je franchis la porte de la petite maison orange de la rue Saint-Pierre, maison centenaire qui ne mourra pas sous le pic des démolisseurs de Chicoutimi, j’éprouve l’intense curiosité d’un enfant devant le cadeau à ouvrir. Car, pas une fois, je n’ai quitté cette maison le cœur vide. Hier, le coffre au trésor contenait cette nouvelle tellement symbolique de l’âme de ce musicien : «Mon voisin voulait se défaire de son accordéon. Je l’ai échangé contre mon fusil de chasse», m’a-t-il annoncé tout content.

Que je vous dise. Clément est mon coiffeur. Rien à voir avec le Figaro de Mozart. Même si, avec sa complice Marie-Claude, il transforme parfois la scène en champ de bataille conjugal. Un numéro comique tiré du spectacle que présente L’Ensemble Bouffon.

J’ai connu Clément dans les coulisses des Grands Revenants. Il était le coiffeur-maquilleur attitré de la troupe amateure du Carnaval Souvenir de Chicoutimi. J’y tenais le rôle de Mademoiselle Léontine, institutrice collet monté, précuseur du mouvement féministe, fiancée à l’illustre Joseph-Dominique Guay, fondateur du journal Le Progrès du Saguenay. Déjà en ce temps-là, tandis que Clément jouait du peigne et du crayon, il parlait d’abondance de musique. Le bonheur!

Pas étonnant que la conversation se continue depuis bientôt 20 ans!

Clément est subtil. Je crois qu’il me coiffe... alors qu’il me pare. Au-delà de la mise-en-plis savante il sème des musiques. Celles qu’il me fait entendre et souvent découvrir. Celle qu’il joue à la guitare, accompagnant Marie-Claude, sa violoniste, dont il ne cesse de vanter, avec raison, le talent créateur.

Hier, Clément se disait millionnaire. Riche de toutes ces musiques que le duo traque depuis un an parmi les familles de la région, en quête de notre patrimoine de chansons traditionnelles. Riche des souvenirs anticipés des spectacles que l’Ensemble Bouffon va donner ici et ailleurs et riche de l'ivresse d’un prochain album.

Je l’écoutais, ravie de sa richesse, la tête pleine de sourires à la seule idée de ce fusil transformé en accordéon. Nul doute : le son sera plus beau.

lundi 15 octobre 2007

L'essentiel

Les Journées de la culture sont à l’automne ce que les volées d’outardes sont à nos printemps : un signe d’espoir. Chaque septembre québécois se termine par trois jours d’activités artistiques gratuites offertes à tout public. Quel est le sens d’un tel évènement ?
La question demeure très actuelle.


Arts Édito
La Culture, vitale pour tous


Plus de soixante organismes culturels, institutions et travailleurs en art du Saguenay-lac-Saint-Jean ont participé à ces journées de «démocratisation» de la culture offrant à tous la possibilité de découvrir les processus de la création, de la production et de la diffusion culturelle. La notion de gratuité est essentielle à la pertinence d’une telle activité qui vise à promouvoir l’accès pour tous à l’expression artistique de notre société.

L’accès. Voilà bien le mot à mettre en évidence parce qu’il est est porteur d’une vérité trop souvent occultée: l’accès aux activités culturelles est indispensable à une société comme l’eau peut l’être à la vie même de notre monde.

Les activités culturelles ont un impact économique réel qui ne devrait pas être remis en question. Pourtant, il est utopique de croire que les artistes et organismes culturels ne seront pas sans cesse contraints de justifier leur raison d’être et d’agir tant que nous ne cesseront pas de les percevoir comme produits et services. Nous avons érigé une société de consommation où le profit matériel cautionne la valeur bien plus que l’esprit. Le pouvoir appartient à ceux qui contrôlent tout ce qui régit notre société, incluant l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, la terre que nous cultivons, jusqu’aux idées nourrissant notre pensée collective via tous les moyens de communications existants.

Par action ou par inaction, par la parole ou le silence nous sommes ce que nous avons choisi. Les Journées de la culture nous incitent à mieux saisir la perspective de notre réalité spirituelle. Laquelle est aussi essentielle à notre développement que l’eau à la vie même.

L’histoire humaine s’inscrit dans nos gènes à travers tout ce qui a été vécu par nos ancêtres. Héritage dont la connaissance est transmise à travers l’expression des cultures successives. L’art des sons, l’art des formes et des couleurs, le langage magnifié par les poètes, le théâtre et la littérature, témoignent de tous nos âges. Passé, présent et futur se révèlent, s’affirment et se développent à travers la pensée exprimée. Imaginons l’effacement total de toutes les traces de notre culture. Le mot réduit à l’unique fonction pratique. Avance, marche, mange, dort, travaille. Pas de musique. Pas d’autres images que la limite de ce que nos yeux voient. Le désert où s’ébat un troupeau éphémère.

L’acculturation d’une société entraîne son isolement, la prive de ses racines et des liens nécessaires à toute évolution. L’enjeu est si grand que les organisateurs des Journées de la culture insistent sur son importance: «Plus que jamais, dans le contexte mondial où la protection de la diversité culturelle devient un enjeu majeur pour le développement des pays, la promotion du droit à la culture pour tous les citoyens apparaît comme une des mesures les plus pertinentes pour conserver, renforcer et stimuler la vie culturelle.»

Si nous ciblons plus spécifiquement le Saguenay-Lac-Saint-Jean dans le contexte culturel québécois nous comprenons encore mieux l’impact culturel sur le devenir social. L’isolement géographique qui aurait pu être réducteur a, au contraire, explosé en ramifications étonnamment riches sous la pression créatrice de nos auteurs, peintres, musiciens, comédiens, danseurs et interprètes. Le rayonnement et la vivacité culturel du Saguenay et du Lac Saint-Jean a franchi toutes les frontières par la qualité et le nombre, par l’originalité et la diversité de nos artistes. Une éclosion qui doit tout à l’appropriation et au développement de notre culture par les nombreuses personnes qui ont consacré leur vie à la formation artistique de nos enfants. Ce choix de société est le facteur déterminant de notre authenticité culturelle.

Cela est d’une évidence telle qu’il serait dangereux d’oublier qu’elle entraîne une responsabilité commune afin d’en assurer la continuité. Et cela signifie prendre conscience que l’on ne s’interroge pas plus sur l’accessibilité de l’eau pour tout citoyen, l’importance des routes pour chaque communautés que sur la pertinence de subvenir au développement culturel de la région. Il ne s’agit pas d’un investissement dont la pertinence se démontre par un profit matériel. Il s’agit d’une source vitale pour tous.


Ce texte a été publié dans le
Progrès-Dimanche le 3 octobre 2004