lundi 30 juin 2008

Hélène Beck


Hélène Beck - Le déluge -

Jusqu'au 28 septembre 2008, le Centre National d’Exposition de Jonquière, présente une rétrospective des œuvres d’Hélène Beck. Ses tableaux, du début de sa carrière à aujourd’hui, abordent des scènes de vie actuelles et traditionnelles, des paysages, des portraits. Plusieurs sculptures céramiques témoignent de la force d'expression de cette artiste et d'un regard original teinté d'humour qu'elle pose sur les êtres.

Un catalogue de belle facture, intitulé Hélène Beck, un regard authentique, propose un répertoire commentée des toiles et sculptures exposées dans cette rétrospective. On peut y lire ce texte que j'ai écrit sur l'œuvre de ce peintre qui, depuis mes débuts comme critique, m'a toujours inspiré respect et admiration.

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Libre de toute école, de toute tendance, de toute mode, l’œuvre explosive de l’artiste peintre Hélène Beck témoigne de la puissance créatrice d’un art authentique. Autodidacte, son talent n’ayant pas subi les influences intellectuelles institutionnelles, elle a su mettre la couleur au service d’une expression forte nourrie par ce regard qu’elle pose avec acuité sur les êtres, les événements et les paysages.

Seule devant la toile blanche, Hélène Beck voit une fenêtre ouverte sur ce monde qui l’habite. Il jaillit, à coups de fusain, en larges traits spontanés. Prémices inspirants qu’elle efface sous la fougue d’un pinceau généreux, désormais lancé dans une composition encore imprévisible. Elle s’empare de la vie qui bat autour d’elle, brosse son tableau au rythme des échos passés ou présents, usant des formes comme d’autres usent des mots, peintre-chroniqueur de notre histoire.

À redécouvrir l’œuvre de Beck, dans cette rétrospective de 50 ans de carrière, il est fascinant de constater combien sa palette est intemporelle. La qualité de son art, dès ses débuts, a subjugué les analystes. Cette qualité ne s’est jamais démentie. Elle a évolué sans rien perdre de son essence première : la flamme, le souffle, l’originalité, l’audace. L’impétuosité trahit l’exaltation, l’urgence de saisir et la détermination à imposer une vision très personnelle de ses compositions.


Hélène Beck - Les danseuses nues -

Qu’elle peigne un paysage - Bientôt la fin de l’hiver 2003, Automne en Charlevoix 2006 , La Maison grise 2007 - on assiste à l’heureux mariage d’une ondulation des lignes. Arbres et montagnes dansant avec murs et toits des maisons. Qu’elle s’insinue dans l’intimité d’une chambre - Chambre de jeune fille 1972 - la sensualité du personnage se répercute dans les lignes des objets. Sarcastique, humoristique, ironique, l’artiste n’épargne pas les foules - Parade de la St-Jean 1981 -, révèle l’âme secrète des classes sociales - Les danseuses nues, Les snobs 1981 - et capte le tragique - La mise au tombeau - ou l’insondable - L’adolescent 2006.

Que l’artiste se soit nourrie de sa région pour brosser des toiles percutantes ne fait pas d’elle un peintre du Saguenay dans le sens géographique restrictif. Le sens de ses compositions dépasse l’illustration d’une scène pour raconter, au-delà, l’expression humaine universelle surgissant d’un événement.

Que l’artiste s’inspire de ce qui l’entoure pour brosser des tableaux d’une écriture impérieuse fait d’elle un peintre d’influence expressionniste, par la distorsion qu’elle inflige aux formes réelles pour les soumettre avec une sorte d’arrogance positive. Rebelle cependant, osant sa propre fantaisie, même dans le tragique, son œuvre n’écarte pas l’intensité du fauvisme, flirtant avec la démarche des tenants de la réalité poétique, ennemis des théoriciens, ardents défenseurs de la liberté de peintre en dehors des courants d’art.

Tout l’art d’Hélène Beck est un art vibrant de liberté, d’authenticité, de force d’expression qui, en 50 ans, ne s’est jamais trahi. Une rétrospective de cette étonnante carrière... Il était temps!


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vendredi 13 juin 2008

Eh! Ben! C'était hier

Jean Laforge - Alexis le trotteur - huile relief, 1967
© Christiane Laforge - Photo Jeannot Lévesque



Jeudi, 12 juin, avait lieu à Chicoutimi, le vernissage d'une exposition
rendant hommage à mon père.
C'était hier.

S'il était encore vivant, Jean Laforge aurait dit:
eh! Ben!
J'ajouterai :
enfin!

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Concept d’exposition

Jean Laforge
Maître du relief
(7 juin 2008-11 janvier 2009)


« Les beaux-arts doivent tenir compte des techniques nouvelles, mais aussi et surtout, des nouvelles expériences, des nouvelles sensations que les hommes devront exprimer; ouvrir leurs yeux sur un autre univers et former leurs mains pour de nouvelles techniques. »
(Jean Laforge)


Artiste autodidacte, le peintre Jean Laforge a consacré toute sa vie à la peinture et au renouvellement de son art. Ayant pour mandat de promouvoir la production d’artistes régionaux qui se distinguent par leur excellence, la Pulperie de Chicoutimi a choisi de présenter l’exposition Jean Laforge, Maître du relief qui se tiendra du 7 juin 2008 au 11 janvier 2009. Il s’agit d’une suite à la série d’expositions des peintres de la région amorcée par la rétrospective de René Gagnon (2003), puis par celle de Jean-Guy Barbeau (2007).

Nous voulons faire connaître davantage ce peintre, décédé en mai 2006, que l’on surnomme le Maître du relief. Nous souhaitons rejoindre prioritairement le public local et régional. Ayant vécu plus de cinquante ans au Saguenay, M. Laforge s’est inspiré des paysages qui l’entouraient et des légendes d’ici. Soucieux de mettre en valeur la production artistique des autres artistes professionnels et amateurs, il a participé à de nombreux symposiums et expositions dans son village d’adoption, Sainte-Rose-du-Nord. L’exposition « Imaginaire poétique de Gilles Vigneault en peintures », réalisée en 1988, fut l’événement le plus marquant dans la carrière de Jean Laforge au Québec.

Belge d’origine, M. Laforge a participé à d’importantes expositions en Europe, notamment en Belgique et en Suisse. La peinture par empâtement, les thèmes privilégiés et les toiles de grand format rejoindront particulièrement la clientèle européenne durant la période estivale.

L’exposition permettra de faire découvrir sous un nouveau jour l’œuvre de M. Laforge à partir d’une sélection de tableaux sur différents thèmes et périodes. Notamment, nous voulons mettre de l’avant le travail de recherche formelle de cet infatigable chercheur.


Objectif général

Nous désirons mettre en lumière la recherche fondamentale de cet artiste qui tout au long de sa carrière a mené plusieurs expérimentations. Inspiré par un bas-relief de plus de 2000 ans, le peintre a trouvé dans les enseignements des Anciens des pistes de solution pour résoudre le problème de la coloration de la pâte. Sa technique de prédilection, le relief, lui a permis de naviguer entre la figuration et l’abstraction.

S’adressant à un large public, l’exposition veut également témoigner du parcours de vie peu commun de Jean Laforge. L’évolution de l’œuvre du peintre est intimement liée à la vie personnelle de l’homme. Cette exposition favorisera la compréhension de l’œuvre et de la démarche artistique de ce peintre au parcours de combattant

Désirant fuir les mondanités et les réunions d’artistes, M. Jean Laforge s’est vu critiqué et renié par les tenants de l’abstrait, les non-figuratifs et les figuratifs. N’appartenant à aucune école de pensée, l’homme de convictions a payé cher le prix de sa liberté de créer. Pendant plusieurs années, il a vécu une période d’isolement. Plutôt réservé en public, le peintre faisait preuve de générosité lorsque des visiteurs se présentaient à son atelier. L’artiste tenait à ce que les acheteurs moins fortunés puissent acquérir de ses toiles.

Nous souhaitons que la diffusion des œuvres de Jean Laforge contribue au rayonnement et à la renommée de l’artiste.

Nathalie Boudreault
directrice des collections et de la recherche,
La Pulperie de Chicoutimi


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Qu'ajouter à cela sinon:


lundi 9 juin 2008

Une photo vaut mille mots

Photo Reuters - La robe de Sarah Jessica Parker


Les webmasters de cyberpresse font-ils de l’humour?

Dans son édition du 9 juin 2008, pour illustrer le potin sur le fait que la robe griffée Nina Ricci, fièrement arborée par Sarah Jessica Parker lors de la première new-yorkaise du film Sexe à New York, avait déjà été portée ( oh! scandale! ) par Lauren Santo Domingo, le 5 mai dernier, lors d’un bal. Pour preuve, elle a été photographiée, ainsi vêtue, en compagnie de son designer Olivier Theryskens, énonce l’article.

Ce qui m’amuse, c’est de voir la photo, telle que publiée sur le site web de Mon cinéma de cyberpresse.ca, reprise ci-haut, avec la légende «La fameuse robe en question… ».

Vous y voyez une robe ?????

dimanche 1 juin 2008

Leonard Cohen à Chicoutimi

Leonard Cohen à l'auditorium Dufour de Chicoutimi, le 30 mai 2008
© Le Quotidien. Photo Sylvain Dufour




Le Quotidien

Arts et spectacles, samedi 31 mai 2008, p. 3


Rien de moins que de l'amour
Leonard Cohen envoûte le public saguenéen


CHRISTIANE LAFORGE
claforge@lequotidien.com

CHICOUTIMI - Du jamais vu! Si intense que l’on demeure sans voix, ne trouvant pas le mot pour traduire ce moment d’exception. Un spectacle unique. Un personnage immense. Entre Leonard Cohen et le public ce n’est rien de moins que de l’amour.

Vendredi 30 mai 2008. Occupant la totalité des sièges de l’auditorium Dufour de Chicoutimi, le public vibre avant même l’arrivée des musiciens. Leonard Cohen entre en scène. C’est déjà l’ovation. «Je vous aime» crie quelqu’un. «Moi aussi je vous aime», réplique l’artiste. Si menu dans son costume anthracite, tenant son chapeau contre sa poitrine, saluant gentiment, il a une telle présence que l’on succombe, conquis.

À peine commence-t-il a chanter Dance me to the end of love que s’instaure une certitude : nous ne serons pas déçus. Loin de là.

Sur la scène, entièrement habitée par les nombreux instruments, trois choristes aux voix très belles, six musiciens - et quels musiciens ! Dix artistes en harmonie pour livrer un spectacle mémorable. À l’entracte comme à la fin, les réactions sont délirantes. Plusieurs fois le public se lèvera spontanément pour l’applaudir, manifestant son émotion sous l’impact des mots et son admiration pour la grandeur du poète.

Précédant ses chansons de courts textes qu’il récite en français, du moins au début, le charme de Leonard Cohen réconcilie Molière et Shakespeare, abolissant avec grâce les limites des deux langues. L’effet est impressionnant. Il crée un lien puissant entre lui et son public par le pouvoir de tout ce qu’il exprime à travers les mots et la musique de ses chansons. On peut bien aimer ses disques, cela ne rivalisera jamais avec ce qui se passe là, ce vendredi de mai, sur la scène de l’auditorium Dufour.

À la troisième chanson il demande «Est-ce que je peux parler anglais ?» pour évoquer ses 15 ans d’absence sur scène et prétendre avec humour «qu’il n’y a pas de remède pour l’amour». Jusqu’à la fin, il établit un lien entre ses chansons et ses musiciens, maintenant le rythme sans bavure. C’est impeccable et chaleureux, propice à l’adhésion inconditionnelle aux échos d’une âme sensible, lucide, tourmentée et pourtant amoureuse. «Comme un oiseau sur la branche, je cherche ma liberté» récite-t-il avant de chanter la très émouvante Bird on a wire. Ce qu’il dit, ce qu’il chante n’a de simple que l’apparence. Ses textes, même les plus sombres, sont d’une telle poésie qu’on les reçoit l’esprit ouvert à la confiance qu’il a d’être compris. Et il l’est.

Everybody Knows met en évidence la grande qualité de ses musiciens. La répétition de certaines phrases, comme un mantra, s’appuie sur la musique. Elle en modifie la couleur, en accentue le sens qui se transforme dans le rythme et les intonations. Avec In my secret life on a le sentiment qu’il entre à l’intérieur de la chanson. Ce n’est pas mécanique, ce n’est pas technique. Cela vient de l’intérieur de lui et explose en douceur dans l’oreille de nos cœurs.

De sa voix grave, il crée de la douceur. De sa silhouette il exprime toute la profondeur de sa parole. Puisant dans les succès anciens, risquant des chansons nouvelles, la salle réagit sans cesse et avec force. Lorsqu’il termine la première partie c’est l’ovation. À la seconde l’accueil est vibrant et Suzanne ajoute à la fièvre du public. Hallelujah les éblouit. Democracy les transporte.
Pas question de le laisser partir, la salle scande son retour. Il revient de bon cœur et, trois chansons plus tard, ravira tout le monde en disant: «On n’est pas pressé», avant de continuer.

Difficile d’expliquer ce qui se passe entre cet homme et son public. Une communion. Une reconnaissance. Tout se résume à cet aveu spontané : «Je vous aime» lancé. Moi aussi monsieur Cohen… plus encore, désormais !

Leonard Cohen, si menu dans son costume anthracite, tenant son chapeau,
saluant gentiment, a une telle présence que l'on succombe, conquis.

© Le Quotidien. Photo Sylvain Dufour



Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Musique; Littérature et livres
Taille : Moyen, 478 mots

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dimanche 25 mai 2008

Le bonheur est dans le Fjord


Fjord Saguenay
© Christiane Laforge





Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche 11 mai 2008, p. 53

Le bonheur est dans le fjord
Un pur délice!

Christiane Laforge

Chicoutimi - Le livre se trouvait à travers mon courrier, comme un rayon de soleil traversant la grisaille de ce printemps 2008. Curieuse, j'ai franchi les pages titres pour atteindre le début du chapitre un.

Je lis : «Le premier jour se lève sur les collines de Chicoutimi. Averse de soleil dans mon oeil et sur le balcon de la Villa au pignon vert qui surplombe la rue Jacques-Cartier.» (p.14)

Happée je suis. Sans retenue jusqu'à: "un chemin fou de courbes et de montées dans les rondeurs de la montagne." (p.85). Le lendemain, je replonge jusqu'à la dernière ligne, "Le bonheur est dans le Fjord" qui deviendra le titre de ces récits de voyage de Danielle Dubé et Yvon Paré, publié aux Éditions XYZ.

Le lancement officiel aura lieu le 29 mai à La Pulperie de Chicoutimi.

Impulsive, je me lance sur le clavier pour écrire ma première impression, en toute subjectivité, à ce duo d'auteurs. "J'ai reçu le bonheur hier. Je ne peux mieux dire! Votre livre, c'est du bonheur pour le lecteur. Yvon, quelle poésie! Un véritable extracteur du sens profond des mots. Tu les utilises avec une science telle qu'on se laisse porter par eux à travers ces lieux qui, s'ils me sont familiers, se révèlent plus intenses et plus beaux à travers ton regard. Danielle, la parole toujours bien ancrée dans la réalité des faits, tu nous dévoiles toute l'humanité de chaque être que vous rencontrez. À vous lire, l'un si complémentaire de l'autre et pourtant si total l'un et l'autre, j'ai le sentiment de retrouver ce contact si rare avec l'essentiel des gens et des lieux. "Un été en Provence" m'avait déjà séduite par ces qualités, mais ici c'est l'apogée. "Le bonheur est dans le Fjord" est un pur délice. Un ouvrage magnifique, si intensément subjectif que je me dis : Enfin! il existe encore des écrivains capables de tant aimer le sujet de leur livre qu'ils magnifient les mots pour le dire."
Deux semaines plus tard, reprenant la lecture dans le contexte d'une entrevue à préparer, les impressions se précisent. Rien à renier de l'écrit qui leur a été adressé dans la spontanéité d'une émotion ressentie à la découverte de ce livre. Impossible de dire mieux... et pourquoi vouloir le dire autrement?

Seule interrogation : la maquette de la page couverture.

La photo choisie met en scène un couple assis face à une étendue d'eau. La mer ? La Baie ? Certainement pas le Fjord. Danielle Dubé défend leur choix.

"C'est une photo devant Tadoussac. Tadoussac, c'est l'entrée sur le Fjord. On voit un couple... cela nous interpellait. Le couple regarde le fleuve. Cela évoque la navigation, c'est ainsi que la région a été découverte. C'est le lieu de départ. C'est le dépaysement. La photographie d'Yvon nous rappelle combien nous nous sommes sentis comme des gens qui viennent d'ailleurs."

"Le bonheur est dans le Fjord". Excursion au pays du Saguenay. Récits de voyage. 248 pages. XYZ éditeur.

claforge@lequotidien.com

Catégorie : Arts et culture
Sujet(s) uniforme(s) : Littérature et livres; Voyages, aventures et tourisme
Taille : Moyen, 358 mots

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Doc. : news·20080511·PD·0054

mercredi 21 mai 2008

Jean Laforge



L'Artiste signant sa biographie
Jean Laforge 1913-2006
© Sepro-cl






Je me souviens du 20 mai 2006





jeudi 15 mai 2008

Le monde où je vis


Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche 11 mai 2008, p. 48



Le monde où je vis

Famine, ouragans, inondations, volcans en éruption, appauvrissement des «faibles revenus», stagnation des «moyens» (hausse de $1 en 25 ans), et hyper enrichissement des riches (plus de 16% de leurs gains). Banques et compagnies pétrolières font des milliards de profits de plus que l’an dernier. A-t-on vraiment envie d’entendre parler des artistes ?

Prêtera-t-on une oreille attentive aux créateurs qui risquent une plainte parce que leurs revenus annuels est toujours moins de 20 000 $ ? Quelqu’un se demandera-t-il par quelle aberration les programmes d’aide à l’emplois pour les organismes culturels excluent toute personne qui en a déjà bénéficié sans égard à un minimum de sens des réalités ?

Mais encore

Il y a peu, à la télévision, j’entends une animatrice, saisie au vol d’une frénésie «zapping» qui m’est familière - la frénésie zapping et non l’animatrice - s’insurger contre la hausse du budget du Conseil des arts du Canada destiné à Patrimoine Canada : «Il y a bien plus important que de sauver des vieilles pierres» lança-t-elle, en évoquant les sans abris de Montréal. La citation n’est sans doute pas textuelle, mais dans l’esprit, le sens n’est pas trahi. Et son co-animateur de renchérir d’un hochement de tête significatif.

Et pourtant

La progression sociale d’une nation va de pair avec le développement de sa culture. À investir dans nos vieilles pierres, dans la sauvegarde de notre mémoire collective, dans le développement de l’expression de notre langue, de notre musique, de notre danse, de notre peinture, de nos sculptures, de notre architecture, c’est dans l’avenir que nous investissons, ainsi que dans la conscience de nos valeurs humaines. La voix de Marie-Nicole Lemieux ne ferait-elle pas plus et mieux pour notre reconnaissance internationale que la voix de nos mitraillettes (sont-elles nôtres)?

Si nous savions mieux protéger nos «vieilles pierres», qui sait? nous aurions peut-être l’intelligence de préserver nos richesses naturelles et nos fleurons industriels plutôt que de les brader au nom d’une mondialisation imposée par les maîtres du monde, si bien servis par les élus de notre utopique démocratie.

Des voix dans le désert ?

« Dans un monde confronté à des problèmes inédits à l’échelle planétaire, la créativité, l’imagination, la capacité d’adaptation que développe l’éducation artistique se révèlent être des compétences aussi importantes que la maîtrise technologique et scientifique pour les résoudre» a déclaré Koïchiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO, lors de la séance de clôture de la Conférence mondiale sur l’éducation artistique : Développer les capacités créatives pour le XXIe siècle. «Il ne faut jamais perdre de vue trois objectifs majeurs de l’éducation si nous voulons nous attaquer aux questions principales du monde d’aujourd’hui, ajoute Sir Ken Robinson, conseiller principal à la Fondation J.Paul Getty de Los Angeles : comment vivre ensemble, cultiver une identité propre et favoriser la compréhension mutuelle?»
Selon l’UNESCO Les arts peuvent apporter beaucoup à la communication entre les cultures.

Le monde où je vis

Je vis dans un monde où il est «normal» que de milliers de personnes, abondamment stimulées par les médias, assistent à un spectacle sportif dans un immense salle sans cesse rénovée dont nul n’osera interroger le prix de sa construction et de son entretien, pas plus que du salaire des joueurs. Je vis dans un monde qui écoute du Mozart et du Molière, qui s’arrache à prix d’or les œuvres des Van Gogh et Marc-Aurèle Fortin, mais ne s’indigne ni s’étonne de la pauvreté de ces artistes d’hier et d’aujourd’hui. Je vis donc dans un monde où l’on sacrifie les terres fertiles pour des intérêts mercantiles.



-30-


dimanche 11 mai 2008

L'Auberge du cheval blanc

L'Auberge du cheval blanc, production 2008 de la SALR
Patrick Mallette (Léopold) et Roger Girard (Bistagne)
© Photo Rocket Lavoie - Le Quotidien





Arts, samedi 10 mai 2008, p. 34

L'Auberge du cheval blanc
La version saguenéenne renoue avec le succès

CHRISTIANE LAFORGE

JONQUIÈRE - L'air tyrolien réussit bien à La Société d'art lyrique du royaume qui aura pratiquement fait salle comble, soir après soir, depuis mercredi. Avec raison. L'Auberge du cheval blanc renoue avec le succès par la qualité des voix, une direction artistique impeccable, un chœur bien accroché au scénario, un orchestre complice et une mise en scène inspirée.

Sans rien perdre du charme de l'époque ni du pays où se situent ces intrigues joyeuses et romantiques, les artisans de cette version saguenéenne de la célèbre opérette ont su insuffler une modernité fort à propos, avec un zeste d'allusions politiques locales et quelques clins d'oeil sympathiques au cinéma.

Par tradition, ces comédies anciennes sont toujours un peu lentes à mettre en place les intrigues et les personnages, sans doute pour l'époque, dans une volonté de durer plus longtemps sur scène. Pourtant, impossible de retrancher quoique ce soit à cette mise en scène réussie.

L'action est menée sans longueur et, s'il faut encore se résigner à ne pas saisir tous les mots chantés, surtout au tout début, on ne s'ennuie pas un instant à l'Auberge du cheval blanc.

Les interprètes

La distribution n'a aucune faille. Geneviève Couillard Després crée une Josépha énergique capable de coup de cœur et de coup de gueule bien sentis. Patrick Mallette chante un Léopold convaincant, très à l'aise dans ce rôle qui lui permet de donner toute l'ampleur à sa belle voix.



L'Auberge du cheval blanc, production 2008 de la SALR
Marie-Ève Munger (Sylvabelle),Roger Girard (Bistagne), Patrick Mallette (Léopold)
© Photo Rocket Lavoie - Le Quotidien

Marie-Ève Munger incarne une Sylvabelle mutine; elle se prête à la fantaisie et l'ingénuité de son personnage sans jamais céder à la tentation de se croire une diva, aussi performante dans le chant que dans le jeu de comédienne.

Thomas Macleay campe un Guy Florès solide. On le sent maître de son jeu, aussi bien dans la fiction que sur la scène.

François-Pierre Perron est adorable dans le rôle de Piccolo. Initié au théâtre à sept ans, ce jeune homme de 11 ans est manifestement un comédien né. Quant à Martin Giguère, il sera pour moi le Célestin le plus mémorable de toutes les versions de L'Auberge du cheval blanc.
En poussant son personnage à la limite de la caricature, il le rend des plus sympathiques, donnant du charme à ce dandy naïf irrésistible.

Soulignons aussi la performance d'Éric Renald tour à tour empereur, Gook et Professeur Hinzelmann sans trahir l'un pour l'autre, celle de Caroline Tremblay, la zozotante Clara, de Laurie Tremblay, la Zenzi sensible au jeune Piccolo et de Louise Gagné, l'amusante postière et surprenante Kathi.

Parmi tous, Roger Girard coiffe la couronne de laurier. On le connaît de longue date, remarqué chaque fois dans chacun de ses rôles. Cette fois, il se surpasse. Son Napoléon Bistagne vole la vedette avec un jeu dynamique et coloré. On lui devra bien des rires.

L'action

Dans le mouvement, le rythme, l'équilibre des tableaux et les effets de surprises, on reconnaît bien là l'efficace mise en scène d'Éric Chalifour. Excellente idée d'intégrer la danse aux scènes qui, sans cela, auraient pu être plus ternes. En fait, les chorégraphies de Georges-Nicolas Tremblay, qui a su recourir au talent de quatre danseurs professionnels de la troupe Ecce Mundo, s'intègrent parfaitement à l'intrigue, ajoutant une touche de fantaisie et de rêve supplémentaire aux envolées vocales des tendres duos amoureux.

Le tout est accompagné avec brio par l'orchestre de Chambre de l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, dirigé par Toshiaki Hamada. Un orchestre qui a su très vite adapter son jeu afin de soutenir les voix sans les supplanter, tout en prenant sa place avec une réelle complicité. Devenant un personnage en soi, avec ses répliques musicales ponctuant l'action.

Ce qui fait la force de cette production 2008 de la Société d'art lyrique du royaume, c'est la conviction d'une volonté partagée par tous de faire la preuve de la valeur de cet art. Serait-ce qu'il a fallu y croire au-delà des difficultés - et elles furent nombreuses - pour mener à bien "ce miracle chaque année renouvelé" comme l'a si bien dit le président de la SALR, Luc Blackburn, dans le discours d'ouverture? L'émotion était palpable sur les visages lors des saluts répétés devant un public qui les a longuement applaudis le soir de la première.




jeudi 1 mai 2008

Neige d'avril


Neige d'avril devant la Maison heureuse de L'Anse-aux-foins le 30 avril 2008


La nature a de l’humour. Voilà sa réponse à mes perles d’eau.

... ou alors, magnanime, elle a voulu vêtir mes arbres nus.

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mardi 29 avril 2008

Des perles d’eau






J’ai attendu la fonte des neiges, j’ai attendu le cri des outardes et des oies blanches et j’attends le printemps avec tant d’impatience que ce mardi pluie peut bien me narguer... je n’y vois que des perles d’eau.

Ma petit Élika, 7 mois, a dit ses premiers mots. Lison a fait ses premiers pas d'un retour à la joie. Je m'éveille au chant des oiseaux. Les branches de mon arbre, encore nues de leurs feuilles, s'habillent de plumes. Ce mardi pluie peut bien me narguer... je n’y veux voir que des perles d’eau.

***

dimanche 20 avril 2008

La conquête d'Élika


Élika Laforge, 7 mois




Regardez-là bien, Élika vient de découvrir le secret. La longue marche de sa vie commence par la conquête de son espace. Curieuse, vive, active, sûre d’elle, elle apprivoise le pas. C’est magnifique!

À l'abordage!

dimanche 13 avril 2008

Berghella


Philippe Berghella
© Photo Jeannot Lévesque - Progrès-Dimanche



Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche 2 mars 2008, p. 32

Berghella
Un monde d'émotion, tel un vent chaud et froid

Christiane Laforge

Un petit prince inventé par St-Exupéry s'émerveillait des couchers de soleil. Dans le regard de Philippe Berghella c'est un lever de soleil que l'on découvre et un prince qui se nomme «Vivre». Voilà ce que j'aime dans ce métier : me retrouver face à face avec la beauté!

«Ce que j'ai gardé dans mon cœur/ C'est pas les larmes, ni la peur/ Ce que j'ai gardé, dans mes yeux/ C'est le feu.»

Aucunement étonné d'apprendre que son premier album avait suscité peu d'émoi, Philippe Berghella ne l'est pas davantage de savoir que son deuxième opus provoque des réactions enthousiastes. «Depuis le premier CD j'ai beaucoup appris. J'ai chanté dans trois pays, j'ai donné 400 spectacles. Avec Don Juan j'ai appris à vivre mes chansons sur scène. Don Juan m'a redonné le goût du théâtre.» L'album le pousse à se donner lui-même.


Son pays

En tournée de promotion au Saguenay, Philippe Berghella a le sentiment de rentrer au pays. Une mère félicinoise, un père sicilien artiste et absent, le chanteur a passé sa prime jeunesse à Chicoutimi, si ce n'est deux années d'escapade à Baie-Comeau. Il gratte ses premières cordes à 14 ans, cueille ses premiers cachets en pièces de 25 cents jetées dans l'étui de sa guitare par les passants qui le croisent sur le Vieux Port de Chicoutimi.

«... apprendre à reconnaître/ Dans la main qu'il a tendue l'espoir d'un jour être maître du destin qu'il a voulu./ Devenir un homme pour croire ce que j'ai cru/ Quand je n'étais personne qu'un enfant dans la rue.» (Devenir un homme)

Écrire

Philippe Berghella ne veut rien de plus que la musique. Auteur compositeur il ne craint pas de laisser à d'autres le choix des mots pour raconter ce qui le fait vibrer. Félix Gray lui a d'abord écrit la chanson titre de l'album «Vivre».

«C'est un auteur qui n'écrit pas pour n'importe qui. Je lui parlais de moi, de ce que j'ai vécu, de mon père. Il m'a présenté d'autres textes, inspirés de ma vie.» Gray signe dix textes sur les douze chansons de l'opus. Toutes chargées des sentiments propres à Philippe, comme dans «Trop de silence», pourtant un extrait de Don Juan, écartée lors de la mise en scène de la comédie musicale. Cette chanson établit un véritable lien entre la comédie musicale, où Philippe incarnait Raphaël, et l'album «Vivre», empreint d'une expérience partagée qui a contribué, assure-t-il, à la mise au monde de sa jeune carrière.

Survivre

«Dans ce métier, surtout aujourd'hui, on ne sait pas si on va gagner notre vie à long terme. Avec l'avènement Internet on devient de plus en plus accessible, on se libère d'un côté. Avec le téléchargement, notre travail devient gratuit. Aura-t-on les moyens de continuer? peut-on se demander. »

Si Don Juan devait reprendre la route du monde, Berghella ne demanderait pas mieux que de refaire les valises de Raphaël. «Cela peut revenir.... je croise les doigts.»

À moins que «Vivre» ne le propulse seul sur la scène. Une tournée de spectacles pourrait bien être amorcée dès l'automne. Tout est à venir, conclut Philippe, l'espoir sur le bord des lèvres., en route pour d'autres entrevues.

L'album «Vivre»

Philippe Berghella a trouvé les complices d'un talent qui se déploie avec bonheur dans ce nouvel album réalisé par Guy St-Onge dans le Studio Référence de Saint-Calixte. Une musique pop francophone, où s'harmonisent guitare espagnole, mandoline, piano, accordéon et chœurs.

Sa voix a atteint sa pleine maturité. Il la maîtrise à volonté pour accrocher des mots chargés de sens qu'il dépose en douceur ou «éraille» avec efficacité. Dès la première mesure de «Trop de silence» l'attention lui était toute acquise.

Aimer tout de suite mots, musique et voix, à l'écoute d'une chanson est rare. Mais quand, à la seconde, «Revoir mon père», piano, violon, paroles portent la douleur du récit, le cœur est frappé. L'émotion n'attend pas pour s'engouffrer comme un vent chaud et froid.

«Les autres c'était l'université. Moi, mes études, c'était le pavé. Dans le froid je grattais ma guitare. L'automne, l'hiver et, quand l'été, ils attendaient d'être diplômés, moi j'attendais pour un dollar. Ce n'était même pas difficile. Je ne crois pas avoir souffert. [...] moi je voulais revoir mon père.» (Revoir mon père)

Oui, avoue-t-il, Berghella nourrit son art de sa vie. «Je suis de l'école de Cat Stevens, de Brel... Ce que je veux c'est tout ce qu'il y a de vrai dans la musique. Faire place aux émotions... Cela est plus facile de mettre en chansons ses sentiments que de parler... Pour que les gens se retrouvent dans ce que je chante il faut que cela soit vrai.»

Pour «Vivre», Philippe a prêté sa plume au parolier Félix Gray, sachant qu'il trouverait les mot pour dire ce qui l'embrase. Dire l'homme de 30 ans, ses blessures, ses joies, ses fêtes et ses amours.

«Dire que si les enfants peuvent apprendre, on a seulement su se défendre, sans essayer un peu d'arrêter de toucher le feu.» (Dire)

De passage à Chicoutimi pour la promotion de son album, Philippe Berghella se souvient: «Quand j'ai quitté ici j'avais des rêves de succès. Que cela soit rapide ou long. Aujourd'hui, j'ai vu avec Don Juan que c'est beaucoup du business. Le succès, il ne faut pas trop y réfléchir. Je vis au quotidien. Je suis un oiseau de nuit. Pas de routine. J'aime qu'une semaine ne soit pas pareille à l'autre. Ce que j'ai appris sur le succès... c'est de prendre cela à la légère. Il faut rester sain là-dedans. Vivre un jour après l'autre. Ce qui m'est important: je sais que je peux chanter.»



Philippe Berghella
Photo de presse








mardi 8 avril 2008

Adieu René


Léontine Lavoie (Christiane Laforge) et son fiancé Dominique Guay (René Laberge)
dans Les Grands Revenants (Carnal-Souvenir de Chicoutimi 1988)




Tristesse

J’apprends aujourd’hui le décès, survenu le 30 mars dernier, de René Laberge, cet épicurien… toujours heureux quand il y avait de la musique et du vin.

Les souvenirs affluent : le club de L’Ordre du tablier, chasseurs des meilleures tables, le groupe C’est pas facile dont un membre devenait le cuisinier du jour chaque premier vendredi du mois au Deauville. Il y eut aussi Les Grands Revenants, ce théâtre amateur du Carnaval-Souvenir de Chicoutimi, où il avait endossé l’habit du journaliste Dominique Guay, tandis que je portais la jupe de Léontine Lavoie, institutrice (Photo).

Ma pensée, ce jour, va tout spécialement à Candide Dufour (mon professeur de piano), sa compagne de vie. Les mots n’existent pas qui comblent le vide laissé par un départ définitif… sinon de dire : tout continue, la vie, les tendresses, les amis, la mémoire de ce qui a été.

dimanche 6 avril 2008

Dieu en trois temps

I

À l'insu des gens raisonnables, de plus en plus souvent, j'explore la nuit. À travers les saisons, j’en saisis les nuances.

Plus je m'éloigne de la ville plus je m'approche d'une magie qui n'a que faire des toits remparts. Je m'abandonne aux étonnantes sensations qui naissent dans l'obscurité, dans le silence solitaire où germe la plus étonnante illusion.

Un drapé de lumière danse dans le ciel. Une coulée de vagues venant vers le sol se meut comme une invite séduisante qui s'empare du regard pour mieux posséder l'âme offerte à cet appel.

Je ferme les yeux, un bref moment, pour mieux voir l'aurore boréale déversant en moi toute l'énergie céleste.

Me voilà déesse.

Je retrouve mon origine. Je m'évade de l'apparence terrienne pour devenir musique de silence, se jouant sur l'orgue illusoire du ciel nordique. Investie, enfin, de la puissance absolue de dieu. Ah! l’exaltante sensation de l'omnipotence!

Me voilà dieu avec le pouvoir infini de libérer les hommes de leur souffrance. Et ne le faisant pas... Prétextant que leur liberté est à ce prix.


II

Cris d’enfants de nos guerres.

Devant l'insoutenable je m'enfuis. Mon cœur bat comme le tam-tam d'un messager cherchant désespérément du secours.

Épuisée je m'étends sur le dos et rive les yeux sur le ciel allumé par d'innombrables étoiles. Subjuguée, je m'accroche à elles, envahie par leur silence. Tout se tait. Tous se taisent. Et j'entends...

Mon âme est criblée par l'écho infini. Je tremble d'impuissance devant la souffrance. Je hurle d'intolérance a l'égard de la douleur infligée. Il n'y a plus assez d'étoiles pour réfugier chaque appel entendu.

J'ai fermé toutes les fenêtres de la maison des autres pour mieux en ignorer les pleurs. J'ai ouvert grand les miennes pour mieux fuir mes peurs.

J'ai scruté chaque ciel de toutes mes nuits pour trouver la réponse. Le temps a répondu aux questions de l'enfance :

Les étoiles ne sont pas des signes gravés dans le ciel par le cri des enfants.
Les fenêtres ne sont pas des remparts.
Et devenir grande ne fait qu'aviver la conscience d'être bien petite.


III

Dans la solitude de mon salon défilent les images d'un drame. La somme douloureuse d'émotions se multiplie par chaque être concerné.

Anonyme, face a l'écran de la télévision, j'observe les visages que l'on ne montre pas : un homme, deux petits garçons et les images que l’on montre : une voiture, une rivière.

Au-delà du récit journalistique décrivant la chronologie des faits il y a l'épouvante. Étrange symbiose! Je suis le petit garçon terrorisé dans la voiture, voyant le père aimé jeter dans l'eau le corps vivant de mon frère, enfermé dans un sac. Figé, je sais qu'il va bientôt se retourner contre moi.

Dans le confort de ma maison heureuse, je deviens le témoin, tout aussi immobile que l’enfant devant l'horreur, taraudée par la haine envers le bourreau. Dans la tourmente de ma révolte, je suis confrontée à l'avocate illusoire qui plaidera la cause du père, au procureur criant vengeance contre l’assassin, à la mère blessée suppliant que l’on sauve ses enfants, au dieu muet regardant son œuvre.

Je me précipite au chevet de mon fils endormi, parce qu'il n'existe que son regard brun-vert pailleté d'or pour me convaincre de l’amour. Que me sert d'aimer à travers tant de cris ? Prendre dans mes bras un seul enfant du monde et le préserver d'un mal qui ne vient que des autres ? Son innocence lui donnera-t-elle le droit de n'être pas victime?

Tout dieu est vain si les enfants doivent souffrir.

***


Christiane Laforge
Saint-Fulgence
10 avril 2001
6 avril 2008

jeudi 27 mars 2008

Les enfants soldats de Suzanne Lebeau



Progrès-dimanche
Les Arts - Théâtre, dimanche 23 mars 2008, p. 40

"Le bruit des os qui craquent"
Un thème qui trouble

JONQUIÈRE - Avec Le bruit des os qui craquent, Suzanne Lebeau veut mettre l'insoutenable à la portée des enfants de dix ans. Lundi dernier, la dramaturge et cofondatrice du Théâtre Carrousel a présenté en lecture cette pièce de théâtre qu'elle destine à un jeune public. Pour la circonstance, le Théâtre la Rubrique a invité des personnes concernées par le théâtre et les enfants, auteurs, enseignants, comédiens, metteurs en scène.

Une trentaine de personnes ont répondu à l'invitation, laquelle consistait à donner leur avis sur l'éventualité de présenter cette oeuvre particulièrement grave à un public très jeune, dès le second cycle du primaire. L'auteure n'en est pas à ses premiers pas dans l'exploration des drames humains dont les enfants sont victimes, mais cette fois, le thème abordé, les enfants soldats, a de quoi troubler tout le monde.

Jouant de prudence, pourtant convaincue de la capacité des enfants à recevoir une telle et douloureuse vérité, l'auteure consulte. Serait-ce pour mieux préparer les adultes à partager l'intense émotion que suscite l'histoire d'Élikia et de Joseph?

Après avoir écouté, dans un silence total, ce récit à trois voix livré sur une scène habillée de quelques chaises de métal, d'une table en retrait et d'un micro, les auditeurs semblaient secoués et perplexes. Réfléchissant à haute voix, les réticences du début ont évolué vers une assurance grandissante sur la pertinence de permettre à des jeunes d'au moins dix ans d'entendre cette pièce que produira bientôt Le Carrousel.

Le choc

La guerre fait partie de la vie des enfants. Suzanne Lebeau rappelle les grandes manifestations menées contre la guerre en Irak: "Dans la foule, des petits de tous les âges marchaient auprès des adultes pour protester. Deux mois plus tard, ces mêmes enfants pouvaient voir la guerre en direct à la télévision."

Lorsqu'elle a vu, pour la première fois, un documentaire sur les enfants soldats, enrôlés de force à l'âge de six ans, petits garçons et petites filles, battus, drogués, violés, entraînés à tuer, elle avoue: "J'ai été bouleversée au-delà de ce que je pouvais croire ou penser. La réalité est encore plus terrible que ce que j'ai mis dans le texte. Dans la réalité, pour beaucoup, il n'y a pas cette porte ouverte sur l'espoir."

Amnistie internationale dénombre au moins 300 000 enfants soldats dans le monde. Difficile de croire que les enfants ne se sentent pas concernés. Ce n'est qu'après avoir imaginé et créé ses propres personnages que l'auteure est partie au Congo, voir de ses yeux, entendre de leur bouche, les témoins et survivants de ce fait atroce. "Je me suis d'abord demandé si l'auteure pouvait parler de ces réalités à nos enfants qui ne les connaissent pas... ces réalités qui nous bouleversent tant, nous qui sommes adultes."

Elle a ensuite rencontré 13 groupes de jeunes de 10 à 12 ans de milieux sociaux et culturels différents. Après avoir regardé le documentaire, tous ont accepté de répondre à son questionnaire.

"Je n'avais qu'une question pour enclencher la discussion : est-ce que nous, les adultes, avons le droit de vous parler de ces réalités "dérangeantes" que vous ne connaissez pas? Ils ont répliqué: "Vous en avez le devoir. Si nous ne savons pas, comment pouvons-nous nous situer dans le monde? À quel âge aurions-nous le droit de savoir?" "

La gifle du théâtre

Par expérience, Suzanne Lebeau connaît le pouvoir du jeu théâtral. Elle l'a constaté, "le public réagit plus fortement a une gifle donnée au théâtre qu'au visionnement d'une guerre en direct à la télévision, malgré les morts et le sang qui coule."

Pour parler des enfants soldats, l'écrivain a tout misé sur les mots. Gervais Gaudreault, cofondateur du Théâtre Carrousel , en a fait une "mise en espace" où l'absence de décors ajoute à l'intensité de ce texte, lu à trois voix, dans un ton juste et émouvant par Émilie Dionne, Lise Roy et Sébastien René.

Au centre de la scène, face au public, deux personnages: Élikia, 13 ans et Joseph, 8 ans. Enrôlée à 10 ans, Élikia a franchi les limites de l'horreur. Violence, cruauté, drogue, viols multiples jusqu'à ce que le "chef", Rambo, en fasse sa concubine attitrée. Un statut qui lui permet, un temps trop bref, de soustraire la nouvelle recrue à la brutalité d'un rebelle et, pourquoi pas, prendre le risque de le sauver. L'action se déroule au fil des mots qu'échangent les enfants entre eux, ou en aparté avec le public, traçant le récit de leur fuite. Une longue marche dans l'espoir de retrouver le village du garçon.

Sur la gauche, en avant-scène, une femme seule, assise devant un micro. Une infirmière, citée devant une quelconque Commission des droits de la personne, livrant avec un calme olympien, sans jugement, sans accusation, le témoignage de ce qu'elle sait sur le drame des Élikia et Joseph de ce monde. "Ils doivent savoir, recommande-t-elle à ses interlocuteurs muets... peut-être sourds craint-elle. Quand ils sauront, ils vont arrêter tout ça. [...] Les mots de la bouche ne peuvent pas tout raconter, ils sont trop près de la haine. Pourquoi les enfants restent avec les rebelles, malgré la violence et l'horreur? Quand tu es un enfant, tu fais ce qu'on te dit... La peur, le pouvoir... le lien avec son arme. La première chose qu'un enfant apprend c'est à manier une arme et à tuer. Ils sont drogués. Pourquoi les petites filles? Devinez. Il y a cinq filles pour soixante hommes."

Le récit alterne entre la parole des enfants, créant l'action et le témoignage de l'infirmière, situant l'histoire dans son contexte. Maintenant l'équilibre entre l'aspect dramatique des faits et la résilience des enfants si humains dans cet enfer, si fragiles et si forts dans leur innocence.

Élikia et Joseph atteindront le rivage tant souhaité. Une fin heureuse? Soyons réalistes. Joseph a échappé à l'enrôlement. Élikia, dont le prénom signifie espérance, mourra du sida à 15 ans. "J'avais une seule vie à vivre et c'est déjà fini!" termine Élikia. "Comment soigner une blessure qui ne saigne pas? demande l'infirmière. De quoi voulez-vous que nos filles meurent? D'une balle ou du sida."

Tel que présenté, ce très beau texte est saisissant, parfois insoutenable, toujours intense. Prêt à être livré, même à un public jeune. Souhaitons qu'il soit précédé d'une sensibilisation à l'existence des enfants soldats et suivi d'une réflexion axée sur la part d'espoir qu'il sous-entend, a exprimé un public fortement ému.

claforge@lequotidien.com


Illustration(s) :

Suzanne Lebeau est venue présenter une lecture d'un texte bouleversant sur les enfants soldats.

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Sujet(s) uniforme(s) : Théâtre
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lundi 24 mars 2008

24 mars 2008






Mes 30 ans...


Le plus bel âge de ma vie !


Je les ai toujours. On ne perd pas ses 20 ans, encore moins ses 30 ans. Ils sont là, comme des trésors accumulés.


Alors...


Imaginez un peu comment je me sens aujourd’hui, ce 24 mars 2008, alors que j’ai deux fois 30 ans...


.

dimanche 16 mars 2008

Taisez cette langue...


Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche 16 mars 2008, p. 36

Reflet d'une triste réalité

Laforge, Christiane

" Taisez cette langue que nous ne pouvons entendre " pourrait-on parodier, sachant que la langue de Molière a été occultée par la CBC, au montage de l'émission sur les grands moments du gala du Panthéon des auteurs compositeurs canadiens. Émission diffusée sur les ondes ontariennes de Radio-Canada le 3 mars.

Grande colère de Claude Dubois, le lendemain de son intronisation, en apprenant cette pratique appliquée depuis cinq ans. Et ce dans le silence des Québécois antérieurement inscrits au Panthéon, dont Gilles Vigneault (2006) et Jean-Pierre Ferland (2007).

"Il s'agissait d'une émission sur le réseau anglais télé de Radio-Canada destinée à un auditoire anglophone", a expliqué Jeff Keay, porte parole de CBC. Gala animé en anglais par l'homme orchestre Grégory Charles, lequel n'a pas survécu, lui non plus, au couperet.

Reflet d'une réalité

Bien sûr! Jeff Keay peut prétendre que "son" public ne connaît pas les québécois... Et pour cause! Il a tout de même répliqué que "l'émission se voulait un effort pour refléter un gala de trois heures en 44 minutes."

Peut-on parler de "refléter" un événement si celui-ci est amputé d'un élément majeur de sa composition, à savoir la présence de l'entité artistique francophone du Canada? La main tendue aux Québécois par les organisateurs de ce Gala du Panthéon des auteurs compositeurs canadiens, leur donnant une place qui leur revient de droit, est bafouée.

En effet, le PACC ne déclare-t-il pas que sa raison d'être est d'honorer les réalisations exceptionnelles des auteurs-compositeurs canadiens et de ceux qui ont apporté une importante contribution à leur héritage"?

Le Panthéon perd le sens même de son existence dans ce reflet arbitraire du diffuseur anglo-canadien. Aurait-il vendu âme en cédant les droits de diffusion du gala à CBC ?

Tout en démissionnant de ses fonctions de secrétaire général du PACC, Martin Duchesne aurait déclaré : "En achetant le show, CBC, avec son "cash", a soudain eu un droit de gérance et flushé tout ce qu'il y a de francophone comme de la merde, même les Gilles Vigneault, Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland et Raymond Lévesque", relatant que les animateurs francophones étaient priés "de se tenir physiquement à l'écart des animateurs anglophones pour faciliter leur coupure au montage".

Que faut-il croire ?

Je m'étonne que cet état de fait, récurant depuis cinq ans, ne soit révélé qu'en 2008. Également victimes de cette éviction, comment Vigneault, comme Raymond Lévesque, reconnus pour leur ardeur à défendre la langue française au Canada, ont-ils pu subir cet affront - car c'en est un - sans rien dire ?

Je tremble à l'idée que ce ne soit pas le seul fait de la bêtise et de la francophobie de quelques-uns. Je tremble à la possible vérité de l'hypothèque émise par Denise Pelletier, dans son commentaire retrouvé sur wikio.fr, sur les intentions même du Panthéon, à savoir: "... on comprend qu'ils ont fait semblant d'honorer des artistes québécois juste pour respecter des conditions d'obtention des subventions gouvernementales!"

Et pendant ce temps, l'Association canadienne des radiodiffuseurs remet en question les quotas de musique vocale de langue française. Dans son mémoire déposé le 4 mars dernier au CRTC, l'ACR réclame une baisse de 65 % à 50 % du quota de musique vocale de langue française diffusée par la radio francophone dans la région de Montréal et de Gatineau-Ottawa.

Pendant ce temps, Bruno Pelletier négocie avec plusieurs pays d'Asie non francophones intéressés à coproduire son "Dracula" dans sa version originale québécoise française.

????






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Sujet(s) uniforme(s) : Musique; Radio et télévision
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samedi 8 mars 2008

Le rendez-vous de notre histoire

Non, je n’ai pas le droit de vote pour choisir qui occupera un des postes politiques parmi les plus importants de ma planète.

Je le regrette. J’aurais aimé que ma voix puisse compter en faveur de ce rendez-vous historique alors que nous n’avons jamais été si près d’élire une femme à la tête des États-Unis.

Les médias sont-ils conscients de leur influence et de leur total manque d’objectivité dans leur manière de décrire les candidats?

Oui... aujourd’hui encore, Olympe de Gouges serait décapitée.

lundi 3 mars 2008

Découverte



DELIVRANCE
1983
NIALA
Huile s/toile 92 x 73
Série IN TEMPORALIBUS


Une de mes découvertes sur Netlog: L'artiste peintre Niala

Il écrit: «L'éternité n'est pas plus dans l'immobilisme que dans le tourbillon, elle est dans l'intensité de l'acte... »

Belle rencontre!


jeudi 28 février 2008

La porte plume de Gilles Laporte

Dans mes courriels, je lis:

Je me suis perdu dans votre blog, pour m'y... trouver... bien !
Merci pour sa richesse.
Partage...

Cordialement
Gilles


Curieuse, je «clique» sur l’adresse mise à la portée de ma souris http://www.gilleslaporte.blogspot.com et je découvre laporteplume:



«Ce que nous reprochons si fort aux autres, cette volonté d’être les plus grands, les plus forts, les plus… productifs à des fins d’appropriation du monde, n’est autre que ce mal qui nous ronge en profondeur et que nos élus nous présentent au contraire comme le signe incontestable de la bonne santé politique et sociale : la... sacro-sainte croissance !
Tant que nous courrons derrière des résultats économiques toujours plus époustouflants (qui, d’ailleurs, n’enrichissent toujours que les mêmes, dont les politiques – voir, à ce sujet, leurs déclarations de patrimoine dans le JO), nous produirons toujours davantage de saloperies et de déchets qui feront crever notre planète (eux avec, sur leurs yachts et tas d’or ! Là, seulement, sera … la justice !).» (extrait de Terre... La fin?)

Peut-on renverser la vapeur ?

«Lorsque l’on est cet authentique citoyen : en entrant en rébellion contre le renoncement imposé à ses prérogatives d’individu libre et responsable, en évitant les voies de la distraction si largement ouvertes par ceux qui voudraient anesthésier le plus grand nombre, en ne succombant pas à la culpabilisation infligée par les donneurs de leçons - fou du roi, en refusant de vendre son bulletin de vote au plus offrant !
Oui, la date du jugement dernier annoncé par Charles reculera pour… nos enfants (voire au-delà), si nous avons le courage de relever la tête.
Les occupations d’hier étaient celles de pays par des armées de dictateurs… que nos anciens ont combattues jusqu’à la mort !
Les occupations d’aujourd’hui sont celles de l’Esprit par des perversions de dictateurs adorateurs du veau d’or ! A nous maintenant, citoyens du monde, de les combattre par la conscience jusqu’au… respect recouvré !
Voltaire n’est pas mort !» (extrait de Renverser la vapeur)


Une invitation nous est lancée sur le blogue LAPORTEPLUME de Gilles Laporte, écrivain et peintre: «Textes nouveaux, histoires originales, échanges à propos des livres , extraits d'œuvres publiées ou inédites, coups de cœur, coups de gueule... Mes impressions, mes émotions, passions littéraires et artistiques, et... les vôtres ! Quelques-unes de mes toiles récentes... vos réactions ! Échangeons !»

De son court message je retiens ce mot si lourd de sens:

PARTAGE





dimanche 24 février 2008

Histoire sans fin d'une salle de spectacle à Chicoutimi


Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche 24 février 2008, p. 40

Histoire sans fin

Laforge, Christiane

... Et dans un geste symbolique, Pilate se dissocia d'une mise à mort évitable en se lavant les mains, rejetant sur les autres la responsabilité d'une décision qu'il venait de cautionner.

Histoire sans fin

En 1984, Yvon Sanche déclenche une première alarme concernant la vétusté de l'auditorium du Cégep de Chicoutimi, lieu de diffusion utilisé par la Coopérative de développement culturel Théâtre du Saguenay. Il réitère en 1986.

En 1998, le rapport Trizart dénonce les ravages de douze années de plus. Il évalue avec réalisme qu'il en coûtera près de 12M$ pour essentiellement corriger les "irritants majeurs" de l'auditorium Dufour.

En 2004, le rapport Trigone, préparé à la demande de la ville de Saguenay et du ministère de la Culture et des Communications du Québec, met en évidence la pertinence d'une consultation publique sur un dossier aussi important. Les Conseillers Trigone ont rencontré plus de vingt organismes représentants du milieu des arts et de la culture. Pour assurer le développement des arts de la scène à Saguenay, Trigone favorise une grande salle de spectacle de 1200 places qui réponde aux normes professionnelles. Déposé officiellement au mois de mai 2005, le rapport avait déjà été rejeté le 16 mars par le conseil de ville.

Le choix

Janvier 2005, la directrice générale du Cégep de Chicoutimi, Ginette Sirois, dépose un projet de rénovation de l'auditorium Dufour au coût de 3,5 M$. La participation de la ville serait de 2,2 M$.

L'Association des centres-villes déposent un projet d'implantation d'une nouvelle salle de spectacle polyvalente de 1200 sièges rejoignant les attentes des organismes culturels. Il reçoit l'aval du Théâtre du Saguenay. L'infrastructure ne se limite pas seulement à une salle de spectacle, mais prévoit loges, bureaux, salle de répétition, café et autres commodités modernes. Coût prévu: 16M$. La participation de la ville serait de 3M$.

Le 4 avril 2005, au cours d'une séance municipale houleuse, le maire de Saguenay rejette tout autre idée que celle de la rénovation de l'auditorium Dufour. Une décision imposée, sans consultation publique, malgré les réserves clairement exprimées par les citoyens et représentants du milieu culturel. Ceux-ci demandent aux élus de prendre au moins le temps de réaliser une analyse comparative des deux projets. Sourds à tout raisonnement, les élus votent pour l'acceptation du projet Sirois. Trois conseillers seulement manifestent leur dissidence. Dès lors, le Théâtre du Saguenay avait-il d'autre choix que de se résigner à la rénovation de l'auditorium du cégep?

Pourtant, très vite, force est de constater que l'évaluation des coûts de la rénovation est irréaliste. On passe de 3,5 à 4,8M$ en avril 2005, puis à 6,5M$ en mai 2006, à 13M$ en février 2008.

Respecter un budget

La semaine dernière, le Théâtre du Saguenay est prié, cavalièrement, d'assumer "ses erreurs" de prévision d'un budget galopant. Ah! oui? Mais qui donc a décidé pour tous que la rénovation de l'auditorium était le bon choix?

En 2005, les élus de Saguenay auraient-ils endossé un projet sans avoir étudié le réalisme des chiffres soumis? Auraient-ils seulement analysé les deux projets avant de s'incliner devant la décision irrévocable de leur chef?

Qui donc, aujourd'hui, est étonné d'apprendre que les chiffres avancés en 2005 se révèlent irréalistes? Ce fait, déjà évident il y a trois ans aux yeux d'un profane, a-t-il échappé - et pourquoi? - à l'analyse réfléchie de ceux qui ont imposé publiquement "leur" choix unilatéral le 4 avril 2005? Qui est à blâmer?

Le milieu des affaires et les organismes culturels ont été, malgré eux, acculés au pied d'un mur vieillissant, alors qu'ils aspiraient à un investissement majeur au bénéfice d'une cité moderne... comme cela s'est fait ailleurs au Québec, avec succès, dans des municipalités plus modestes (Sept-Îles, Joliette, Granby et L'Assomption).

Trop facile de les renvoyer à un devoir imposé, comme s'ils étaient seuls responsables de cette situation.

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samedi 16 février 2008

Litha


Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche 20 janvier 2008, p. 40

Litha, le nouvel album de Skarazula
Curieuse euphorie

Laforge, Christiane

CHICOUTIMI - Les Troubadours de L'Âge des ténèbres de Denys Arcand donnent de l'éclat à notre présent. Le second album de Skarazula suscite une curieuse euphorie. Dans ma tête, les pieds dansent, le corps fait des pirouettes et le temps s'évapore dans les sons joyeux d'instruments médiévaux flirtant sans retenue avec les instruments d'Afrique et d'Orient. La Rose des vents est confondue par le solstice de Litha.

J'avais déjà succombé au charme d 'Ostara, leur premier album célébrant l'équinoxe du printemps, consacrant les sept ans de ce trio fondé en 1999. Litha suscitait à la fois curiosité et crainte. Avaient-ils tenu cette belle promesse d'Ostara? Avaient-ils égaré leurs notes dans les Molières de la récurrence? Charmée en 2006, la conquête est totale en 2007 alors que Litha réchauffe tant l'hiver qu'il pleut en décembre... des larmes de joie, peut-on se dire à l'écoute de ce "clin d'oeil aux fêtes païennes qui ont ponctué la vie de nos ancêtres."

D'une pièce à l'autre, Skarazula crée un esprit enclin à la fête, certes, mais très sérieux dans un jeu musical que le trio maîtrise. Chaque instrument s'affirme, existe, s'épanouit. On éprouve le sentiment de se trouver en plein dialogue amoureux, joyeux, parfois exubérant, quelquefois nostalgique, jamais ennuyant. Et les voix sont très belles.

Skarazula n'interprète pas. Il crée. Il extirpe des sonorités anciennes, s'inspire de musiques d'hier, mélange les cultures pour recréer la sienne.

L'album inclut quatre compositions originales du trio. Kürdi azeri puisant dans la musique turque de l'Azerbaïdjan est jouée sur l'oud, le kaval, le daf et le dumbek. "Les deux autres pièces originales sont jouées à la vièle à archet: il s'agit de Tarantella, un morceau inspiré de la musique italienne, et de Dans ar kêriadenn, une danse bretonne composée par un Québécois aux ancêtres normands! Mauresque, précédée d'un Taqsim, est quant à elle d'inspiration arabe. Les neuf pièces anciennes qu'on retrouve sur Litha vont des danses italiennes du XIVe siècle aux chansons bretonnes du IXe siècle, en passant par les Cantigas de Santa Maria, d'origine espagnole", explique Steve Grenier, porte parole du groupe.

À découvrir pour qui n'a pas connu Ostara. À explorer pour qui aime que le passé se conjugue au présent. À savourer, une fois de plus, pour qui s'abandonne au son de Skarazula.


Encadré(s) :

QUELQUES NOTES...

Les instruments propres à la musique médiévale utilisés par Skarazula : cistre, mandore, cordophones, vièle à archet, vielle à roue, tambour à cordes, psaltérion, harpe médiévale, guimbarde, chalumeau, rauschpfeiffe...

Instruments d'origine orientale : l'oud, le kaval et les tambours sur cadres, comme le daf, le riq et le tar. Un instrument africain, l'udu...

Quelques collaborateurs pour "Litha" : Marie-Annick Béliveau, mezzo-soprano, Pierre-Alexandre St-Yves au chalumeau, au rauschpfeiffe, à la vielle à roue et au chant, Dominique Haerinck à la harpe médiévale et Frédéric Fontaine à la guimbarde...

Réalisé et arrangé par Steve Grenier et François Rainville, "Litha" (SKA-CD-002) a été enregistré en majeure partie à Saint-Paul de Joliette. La prise de son est signée Alain Girard, Steve Grenier et François Rainville. Le mixage et le mastering ont été réalisés au studio Sygma par Alain Girard et les membres de Skarazula...

Skarazula apparaît brièvement dans le film de Denys Arcand, "L'Âge des ténèbres". Quatre pièces de leur premier album, "Ostara" (5000 exemplaires vendus), figurent aussi sur la trame sonore du film...

Illustration(s) :

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Doc. : news·20080120·PD·0009

Ostara


Progrès-dimanche
Arts-Télé, dimanche 16 juillet 2006, p. B10

Disques

"Ostara"
Retour en arrière signé
Skarazula

Laforge, Christiane

Chicoutimi - Impossible de ne pas parler de l'album "Ostara". Un disque de musique médiévale dont les notes s'éparpillent dans ma tête comme un pollen fécond soufflé par un vent jeune. Trois musiciens québécois ont fondé le groupe Skarazula en 1999.

Leur répertoire s'inspire de musique médiévale, celtique, orientale, que ce soit leurs compositions ou les musiques retrouvées du XIIIe et XVIe siècle européennes et orientales. Dès la première pièce, on est aspiré par leur monde sonore, joyeusement étonné de l'abandon qu'il provoque.

Après plus de 400 représentations, données principalement en milieu scolaire, Skarazula réalise un premier album dont le titre "Ostara" évoque le nom de la déesse de l'aube et du printemps, Oestre. Leur ton musical correspond bien à cette fièvre d'une renaissance qui nous envoûte chaque fois que l'on cède à la tentation de l'entendre. Un album qui ne passera pas inaperçu!

Plusieurs pièces sont de leur cru, compositions aux noms sans banalité : Ostara, Échos de la mer Noire, Dansa de Lauzeta, Kakma, La bransle du Fol, La danse des moustaches, Illusion. D'autres surgissent d'un lointain passé. Ils en ont gardé l'esprit mais y ont insufflé leur propre sensibilité, recréant sans trahir. Il faut dire qu'ils ne s'improvisent pas dans cet univers très particulier. Deux des musiciens sont aussi luthiers de formation. François Rainville et Steve Grenier ont fabriqué plusieurs des instruments dont ils jouent : psaltérion, cistre, mandore, trompette marine, vièle à archet.

Porte-parole du trio, Steve Grenier explique la démarche unique du groupe disant qu'il "s'inspire des diverses façons qu'ont aujourd'hui les musiciens d'aborder la musique ancienne.

Il s'agit de s'inspirer de ce qui a été découvert sur ce répertoire sans tomber dans la recherche d'une reconstitution historique. En combinant cela à une approche où la liberté est évidente en ce qui a trait aux arrangements, le résultat est à la fois moderne et fidèle à l'esprit médiéval."

Ils sont à découvrir, tant pour tout ce qu'ils ont à dire de leurs multiples talents, de cette polyvalence qui leur assure une originalité, de leurs instruments qu'ils maîtrisent si bien, de leur composition qui nous ravit l'esprit, de leur interprétation d'une musique d'autrefois dont l'écho trouve sa place dans la mémoire du coeur.

Après avoir entendu "Ostara" du groupe Skarazula, la curiosité risque fort de s'éveiller à l'égard des musiciens et de leurs instruments.

Leur site Internet est incontournable à cet égard: www.skarazula.com


Encadré(s) :

François Rainville et Steve Grenier ont fabriqué plusieurs des instruments dont ils jouent

Illustration(s) :

SKARAZULA - Steve Grenier (percussions, psaltérion et voix), François Rainville (cistre, mandore, ouo, trompette marine, vièle à archet et voix) et François Perron (flûtes à bec, flûte traversière, voix).


Catégorie : Arts et culture
Sujet(s) uniforme(s) : Musique
Taille : Moyen, 344 mots

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dimanche 3 février 2008

Lettre à mon fils Ariel



Ariel, André-Anne, Élika


Cher Ariel,

Chicoutimi le 3 février 1983 à 23h57...

Ce fut le jour le plus important de ma vie.

Depuis longtemps déjà tu existais dans ma tête et mon cœur. Bien avant de connaître ton père, j’anticipais l’amour que j’éprouverais pour cet enfant né d’une union amoureuse. Le fantasme était si intense que le petit bonhomme peint à mes 18 ans, lors de mes premières expériences du relief en peinture, te ressemble au point que tous croient que tu en a été le modèle et attribuent la toile à ton grand-père. Plus encore, la sensibilité et l’imagination du petit David de mon roman Au-delà du paraître sont les tiennes. Les lecteurs qui t’ont connu au même âge étaient étonnés d’apprendre que le livre t’avait précédé de 15 ans.

Je suis à l’âge d’être grand-maman. Je le suis avec bonheur de cette petite Élika qui aura cinq mois demain. Le plus merveilleux mon fils aimé, c’est que je suis toujours à l’âge d’être ta mère.
Tu es le seul être au monde qui m’appelle «Maman» et tu as su deviner à quel point j’y tenais pour n’avoir pas cédé à une certaine mode où les fils et les filles interpellent leurs parents par leur prénom.

Aujourd’hui, tu as 25 ans. Un quart de siècle. D’y songer me donne le vertige à la seule idée que j’aurais pu ne jamais te connaître. Une autre heure, un autre jour, un autre père, et ce ne serait pas toi. Et sais-tu quoi mon Ariel ? Le plus merveilleux est d’aimer tout de ma vie, parce que c’est ce tout, avec ses joies et ses larmes, ses épreuves et ses succès, c’est le tout global tel qu’il a été qui a permis que tu sois là.

Tu m’as tant appris: l’amour inconditionnel, l’abandon, la confiance, le courage, la résistance. Je t’ai donné la vie, il y a 25 ans. Toi, tu donnes le sens noble à ma vie depuis un quart de siècle.

Pour tout cela, ce 3 février 2008, je veux te dire merci Ariel, mon fils.


Maman