samedi 25 avril 2020

Lettre à mon petit-fils Victor Laforge pour son 11e anniversaire

 
Cher Victor

Victor Laforge et sa Mamieke



Aujourd'hui, ce 25 avril 2020 tu fêtes ton 11e anniversaire de naissance. Tu fêtes la 11e année de ta vie. Et je me dis qu'il est temps de t'écrire tout l'amour que j'ai pour toi.  

Tu es l'enfant, le deuxième enfant d'un amour partagé entre Ariel, mon fils, et Andrée-Anne, ma belle-fille. Tu es l'enfant d'un désir lucide, songé et voulu par ce duo amoureux de donner la vie. À ton âge, ton papa parlait déjà de ses futures enfants. Tous les jeux et les livres qui le passionnaient ne devaient être ni donnés et encore moins jetés, car ils étaient conservés pour ses enfants. Avant de se connaître ton papa et ta maman avaient ce même projet de vie.

Ta grande sœur Élika, avait déjà fait de moi une grand-maman. Avec elle j'ai vécu ce phénomène étrange et merveilleux de renaître autrement. L'amour inconditionnel et fulgurant que l'on découvre à la naissance de son propre enfant (que l'on soit mère ou père) provoque un sentiment puissant qu'on ne s'imagine pas revivre. Devenir grand-parent est tout aussi intense. Mais il y a une différence. On hérite du meilleur. L'amour sans la responsabilité quotidienne et ses exigences. 

Je dois te faire un aveu. Je me demandais comment j'allais pouvoir t'aimer autant que ta grande sœur, tellement elle occupait mon cœur et mes pensées. Et toi, petit homme, avec ton sourire irrésistible, ton abandon confiant dans mes bras te berçant, tu m'as révélé que le cœur est une organe qui grandit. Toi, à peine né, tu m'as permit de grandir.

Merci Victor. Tu m'as tellement appris sur moi-même et sur la vie. Je succombe au charme de ta gentillesse, de ton humour, de ton espièglerie et de ta façon d'exprimer ta tendresse. 

En cette année 2020, bien que je ne pourrai te serrer dans mes bras, comme sur la photo de mon anniversaire en 2018, tu demeures  mon espoir de lendemains heureux et complices. Ta présence, ton existence me convainquent de croire en la beauté du monde.

Joyeux anniversaire mon Victor. Célèbre bien chaque jour de ta vie. 

Pour résumer cette lettre, je n'ai que ces mots : je t'aime

Ta Mamieke


mercredi 26 février 2020

LE GRAND DÉPART DU CINÉASTE JEAN-LOUIS FRUND


Photographe de grand talent, Jean-Louis Frund a accompagné Félix Leclerc dans ses tournées en France dans les années 1960 et est devenu cinéaste de la nature au début des années 1970 , bien avant que ce ne soit à la mode. PHOTOTHÈQUE LE SOLEIL


Le 29 janvier dernier, le cinéaste Jean-Louis Frund fermait les yeux sur cette nature qu’il a tant aimée et filmée. Un choix ultime, mettant fin aux souffrances d’une maladie fatale, accompagné qu’il était dans ses derniers jours de ses amours et amis.

Je n’aurai connu cet artiste qu’en cheminant sur la voie de l’amitié. J’écrivais ma peine devant l’imminence de la mort de Gatien Moisan, peintre et ami de longue date. Sous les mots de la réponse reçue, j’ai ressenti l’écoute attentive et la compréhension. Et pour cause! Nous vivions le même chagrin pour les mêmes raisons, alors que mon interlocuteur était le témoin de la dernière étape de la vie de son grand ami Jean-Louis.

En me parlant de lui, le sculpteur Roger Langevin me faisait découvrir ce cinéaste de talent, né le 5 janvier 1936 à St-Thomas Didyme.  Sa ville natale lui a consacré une page pour souligner la prestigieuse carrière du 9e enfants du couple Albina Perreault et Donat Gravel. Orphelin en bas âge, recueilli par un voisin dont il a pris le nom, Frund, Jean-Louis a débuté comme photographe de presse à Chicoutimi et à Montréal, métier qui lui a permis d’accompagner Félix Leclerc lors de sa deuxième tournée en France.   

« Producteur et réalisateur de plus de 47 films, Jean-Louis a reçu de très nombreuses distinctions, dont la médaille de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres qui lui a été remise par le ministre français de la Culture et de la Francophonie, Monsieur Jack Lang. Son plus grand honneur est certes celui d’être distribué dans 65 pays et vu par des centaines de milliers de téléspectateurs. »
 (Source)

En 1998, le cinéaste prend sa retraite mais non pas l’homme. « Ébéniste de talent, outre l'entretien et l'aménagement d'une forêt de 40 arpents, il a entrepris de ses mains une plantation de plus de 3800 arbres : 27 essences de feuillus et 8 essences de conifères. »

 Sur le site de la municipalité, on retrouve plusieurs liens pour sa biographie, sa filmographie et les honneurs reçus.

Roger Langevin

Le 29 janvier 2020, dernier jour de Jean-Louis Frund, Roger Langevin écrivait les paroles d’une courte chanson. Un texte sobre qui traduit bien cette intense émotion et aussi le désarroi au moment de l’adieu. Son ami, le compositeur interprète Claud Michaud (natif de Jonquière) l’a mise en musique. Ce jour, il m’a fait parvenir la version finale que je partage ici.


 
Chemise blanche, 
chanson écrite par Roger Langevin, le 29 janvier 2020,
mise en musique et interprétée par Claud Michaud
en guise d'adieu au cinéaste Jean-Louis Frund



Les médias ont été plus que discrets à l’égard de Jean-Louis Frund. Heureusement, un autre de ses amis, Claude Villeneuve, biologiste, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi et chroniqueur au journal Le Quotidien a livré un beau témoignage à la mémoire du réalisateur, dont voici un extrait :

Claude Villeneuve
 […] Être rédacteur n'est pas un métier facile, j'en conviens. D'autant plus qu'avec mon équipe de l'époque, nous avons eu la chance d'écrire les bandes sonores d'une série de 13 films de la série Histoires naturelles de Jean-Louis Frund. Je vous en parle aujourd'hui, car le mercredi 29 janvier, atteint d'un cancer incurable, il a demandé l'aide médicale à mourir pour aller voir ailleurs la nature d'un autre œil. 

Jean-Louis Frund fait partie des personnes exceptionnelles que j'ai pu côtoyer durant ma carrière. Natif de Saint-Thomas-Didyme et orphelin très tôt, il a été élevé par un voisin d'origine helvétique qui vivait dans le même rang. Né Gravel, il a pris le nom de son bienfaiteur. 

Photographe de grand talent, il a accompagné Félix Leclerc dans ses tournées en France dans les années 1960 et est devenu cinéaste de la nature au début des années 1970, bien avant que ce ne soit à la mode.

Il a produit 47 films en carrière, la plupart avec la complicité de son ami, l'éditeur Clément Beaudoin. Le cinéaste aventurier a fait des expéditions dans l'Arctique, en Alaska, à l'île de Sable et un peu partout dans la forêt boréale pour y filmer le comportement des animaux. Avec du matériel cinématographique qui paraîtrait aujourd'hui antédiluvien, il a ramené des images exceptionnelles. Les films de Jean-Louis ont été vus par des centaines de milliers de personnes dans une soixantaine de pays à travers des diffuseurs prestigieux comme Discovery Channel. 

J'ai la chance de fréquenter Clément et Jean-Louis depuis 25 ans. J'ai beaucoup appris en leur compagnie. Un grand homme nous a quittés.  (version complète ici )

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Voici des notes biographiques trouvées sur le lien de St-Thomas-Didyme sans que soit identifé l'auteur.
 


Réalisateur, caméraman, producteur, né en 1936 à St-­ThomasDidyme, au Lac-­St-­Jean, Québec. Dès l'âge de vingt ans, il se passionne pour la photographie. Issu d'une famille de photographes, c'est dans le studio de ses oncles qu'il apprend à manipuler ses premiers appareils. Par la suite, il suit des stages avec le célèbre photographe­illustrateur Arik Nepo de New-­York. Il travaille quelque temps auprès du portraitiste Elefsen de Chicoutimi et étudie la couleur au Studio Lumière à Ste-Hyacinthe et chez Professionnal Color Services à Montréal.

En 1960, il travaille comme photographe­reporter au magazine McLeanActualité ainsi qu'à RadioCanada. En 1961, au cours d'une exposition de ses photos à Val Menaud (au Saguenay), il fait plusieurs rencontres qui seront déterminantes : Félix Leclerc, Gilbert Langevin, Jean Gauguet­Larouche.

En 1964, il tourne ses premières images à l'Île d'Orléans, auprès de son ami, le poète et chansonnier Félix Leclerc qu'il a accompagné à Paris l'année précédente. Ces séquences seront reprises dans le film de Jacques Gagné intitulé Pieds nus dans l'aube qu'il produira trente ans plus tard en 1994.

Il réalise son premier film, Jean­Gauguet Larouche, sculpteur en 1966. Portrait d'un créateur marginal et intense. Lors de l'Exposition universelle de 1967, il photographie diverses activités au pavillon de la France et prépare l'exposition intitulée l'Amitié FrancoCanadienne, regroupant des illustrations et cartes géographiques des premiers explorateurs Français en Amérique.

En 1968, il co­réalise avec Jean-­Claude Labrecque un moyen métrage sur Félix Leclerc, intitulé La Vie. Cette même année, il présente une exposition photographique portant sur de nouvelles expérimentations techniques à la Maison des Arts la Sauvegarde à Montréal.

De 1968 à 1970, il s'isole de plus en plus à la campagne où sa passion pour la nature l'amène à produire Connaissance du Milieu, une série de six diaporamas pour le ministère de l'Éducation du Québec.

En 1970 il participe à une importante exposition dans le Grand Nord à la rivière Korok, et l'année suivante, il effectue un diaporama de plus de 200 photos sous le thème Les oiseaux l'hiver pour le Musée des sciences naturelles d'Ottawa. Il débute sa carrière de cinéaste animalier à l'Office national du film où il réalise La volée des neiges, un film sur l'oie blanche tourné dans l'Arctique et dans la Réserve nationale de Cap-­Tourmente. Suit la réalisation, toujours pour l'ONF, du film Le grand héron, où il nous livre des images inédites de cet oiseau dans ses lieux de reproduction, l'estuaire du SaintLaurent.

En 1978, il fonde sa propre maison de production, Les Productions JeanLouis Frund Inc. qui compte maintenant plus de trente films à son actif. De 1980 à 1983 il produit et réalise une série de douze courts métrages pour les télévisions de RadioCanada et de Radio-­Québec. Il intitulera cette première série Connaissances du milieu; on y retrouve plusieurs films tournés dans l'Arctique, dont Omingmak, le boeuf musqué, Le vrai combat de l'orignal et la saison des amours de l'orignal, Migrateurs et résidents de l'Arctique, Du glacier à la plaine, Une oasis Arctique.

Il s'intéresse particulièrement à la Vallée du Saint-­Laurent, avec Les oiseaux pêcheurs et Les Pingouins du Saint-­Laurent. Il se rend en Islande pour des séquences de La grande couvée, l'Eider duvet.
De 1984 à1987, il produit, toujours pour les télévisions de Radio-­Canada et de Radio-­Québec, une nouvelle série de sept films: Faune Nordique. Cette série le ramène plusieurs fois dans l'Arctique pour le tournage du Renard Arctique et cette fois il se rend jusqu'à la Terre de Feu, pour y tourner Cap au Sud sur la migration des oiseaux. Il a parcouru les États-­Unis pour le tournage du Bison et de l'Antilope d'Amérique ainsi que Le cerf de Virginie. Il nous révèle ses techniques et sa grande dextérité comme caméraman dans Avoir des ailes, un film consacré entièrement au vol.

De 1988 à 1990 la série Faune nordique II est produite et réalisée pour Radio-­Canada, Global Television Network, TVOntario et Discovery Channel. Huit films pour lesquels il sillonnera le Canada d'Est en Ouest, pour y rapporter les superbes images de l'Île de Sable, pour le Phoque Gris, les Chevaux de l’Île de Sable et le Secret du loup, ainsi que pour Fiançailles dans le marais et L'Otarie de Steller, aux Archipels de la Reine Charlotte en Colombie-­Britannique. Dans cette même série, Les Oies de Konrad Lorenz ainsi que La Mère substitut ont nécessité plusieurs tournages à Grunau en Autriche.

En 1989 il termine Avoir du panache, documentaire d'une heure, véritable monographie sur l'orignal. En 1990, il prépare un projet en 35mm pour salles, Avoir des Ailes, qui ne verra jamais le jour. Pour en effectuer la recherche et le développement, il se déplacera jusqu'en Nouvelle-­Zélande, Hawaï, Tahiti, aux Galápagos, en Argentine, au Costa Rica. Cette même année, il produit Derrière la Caméra où il nous livre les secrets de son métier. En 1994, une année productive, il termine la production de trois documentaires d'une heure/télé : Pieds nus dans l'aube qui a été réalisé par Jacques Gagné à partir des images et des nombreuses photos qu'il a prises au cours de ses rencontres avec Félix Leclerc.

Il a produit et réalisé De ma Fenêtre,où il nous dévoile le fruit de ses nombreuses années d'observations. Ce film a remporté le prix du meilleur court métrage aux 12e Rendez-­vous du cinéma québécois ainsi que Prix de la Côte Picarde au Festival du film de l'oiseau à Abbéville en France. De ma fenêtre a également remporté le prix du meilleur film scientifique québécois au 5e Festival International du Film Scientifique ainsi que le grand prix du Jury au Premier Festival Agrovidéo. Le prince Harfang, a été présenté en première mondiale à l'occasion de la rétrospective de ses films au Quatrième Festival du Film québécois de Blois.

C'est au cours de cette manifestation qu'il est nommé Chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres par le ministre de la Culture et de la Francophonie de France. La médaille lui a été remise par Monsieur Jack Lang, maire de Blois en présence du délégué général du Québec à Paris et des nombreux participants. Le prince Harfang remportait le Prix de la Ville de Montréal pour le meilleur film scientifique sur l'environnement à l'occasion du 6e Festival International du Film Scientifique du Québec. Le 29 février 1996, le film était présenté au Muséum des Sciences naturelles de Paris. Cette projection fut suivie d'un échange avec l'auditoire.

Histoires naturelles, une série de 13 documents d'une heure, réunit l'ensemble de son oeuvre pour diffusion au Canal D, à Discovery Channel et à CFCF en 1998. Cette même année, il livre son dernier film, Boréalie/Sylva Borealis, un documentaire de deux heures portant sur la forêt boréale qui a été produit pour les télévisions de Télé-­Québec, Radio-­Canada, TV 5 et pour la Télévision Suisse Romande, ainsi que pour Discovery Channel, dans sa version anglaise.

Fin connaisseur de la nature et effectuant des recherches scientifiques rigoureuses, l'œuvre de Jean-­Louis Frund est caractérisée par des images uniques, un commentaire original et un véritable sens de la construction dramatique. Très respectueux des espèces qu'il filme, il est sensible avant tout aux comportements des individus qu'il choisit de nous présenter dans leur décor naturel. Récipiendaires de nombreux prix, ses films sont vendus dans soixante pays, dont les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Japon et rejoignent plus de cent millions de téléspectateurs à travers le monde.

En avril 1998, les enfants lui rendent un hommage à l'occasion du 4e rendez-­vous international de cinéma jeune public, Les 400 coups. Son dernier film Boréalie est présenté en première mondiale à la cinémathèque québéquoise lors de la clôture de cet événement et sera lancé à Québec quelques semaines plus tard. Boréalie marque l'ouverture du Festival International Téléscience à Montréal et au Musée de la Civilisation à Québec. Il a été présenté au Muséum des Sciences Naturelles à Paris. À l'occasion du Printemps du Québec à Paris, Boréalie a été projeté au Palais de la Découverte ainsi que dans une station de métro dans une mise en scène de Robert Lepage.


samedi 23 novembre 2019

Ma lettre ultime à Gatien Moisan







Gatien, très cher Gatien,

De nos yeux à notre cœur, nous sommes nombreux à naviguer sur nos larmes versées devant l’inéluctable  absence de toi. Comment ne pas ressentir ce vide que tu laisses mon merveilleux ami. Toi, qui n’as jamais rien renié : l’amour, ta famille, tes amis et l’art que tu as transcendé toute ta vie.

Je t’ai connu alors que tu vivais sur la rive nord du fjord Saguenay. L’artiste que tu es ne voyait pas l’aspect visuel, tu en saisissais l’essence pictural. Tu y a intégré le corps de l’homme nu autant que la beauté de ta fille Mira. Toute ton œuvre témoigne de cette perception artistique et philosophique. Tu nous faisais comprendre que nous étions le tout. L’eau, la roche, l’humain, l’espace. Tu faisais partie de ce tout, toi l’humain omniprésent là où l’art vibrait. Tu as mis ton talent au service de nombreuses créations, comme peintre, concepteur de décors et professeur. Tu as mis tes heures libres à voir et entendre les artistes, devenus tes frères et sœurs d’art. 

L’amitié se fout du temps t’avais-je écrit dans le passé. Elle naît dans la complicité, la confiance et s’installe dans le cœur pour ne jamais en partir. L’amitié, c’est une histoire d’amour entre personnes qui se reconnaissent et se choisissent. Et passent les années. Le lien se tisse au fil des souvenirs. On finit par croire que la source de ce fil qui nous lie l’un à l’autre est sans fin. Il l’est. Oh! Oui. Il l’est dans le sentiment. Mais il fera quand même très froid, là, dans cette absence que nous impose ton départ.

Je me souviens de mars 2015. Le terrible diagnostic qui te frappait de plein fouet. Ton cerveau si génial, si ordonné, si créatif envahi par un crabe mortel. Et toi, l’artiste mathématicien, le perfectionniste des formes géométriques, l’apôtre de la règle d’or, tu riais de te savoir bientôt à la merci du désordre.

    -  Moi, qui étais toujours si mathématique, je vais devenir tout désordonné, me disais-tu de l’autre côté de la ligne téléphonique.

Et ton rire continue de couler sur ma peine.
Depuis 4 ans, les mois ont joué du tambour, scandant tour à tour l’inquiétude et l’espoir, jusqu’à nous convaincre de ta force capable de défier le temps. Tu nous subjuguais par ta sérénité face à la mort annoncée, l’apprivoisant pour mieux l’empêcher de t’enlacer. En témoigne cette photo de toi que tu avais publiée sur la grande Toile. Cette photo qui gifle ton destin. Cette photo à la fois terrible et sublime. Une fosse. Toi étendu au fond tandis que les racines s’étirent par-dessus ton corps immobile.

Devant l’inévitable, tu nous montrais cette photo prémonitoire. L’artiste s’emparant de son destin. N’as-tu pas fait cela toute ta vie? Tu le regardais et le défiais… L’art fut ton rempart. Confronté au voile noire de ta fin de vie, toi, Gatien Moisan, sous nos yeux ébahis, tu en as fait une œuvre d’art.

Esprit nomade, tu avais quitté ton Saint-Raymond de Port-Neuf natal, pour adopter le Saguenay-Lac-Saint-Jean, séduit à la fois par le cœur de Gilberte, ton admirable épouse, et par l’esprit du Fjord qui a imprégné ton œuvre lorsque tu vivais à Sainte-Rose-du-Nord. En 1981, tu te résignais à l’exil, faisant escale en diverses régions. Tu balisais ton existence au nombre de tes déménagements, jusqu’à ton retour à Chicoutimi, afin de suivre de près la carrière théâtrale de ta fille Sara.

L’homme en fuite c’est moi, me confias-tu devant tes œuvres où ton personnage est souvent happé par l’espace. Tu as dit, moqueur,  ma dernière résidence sera mon urne, quoique là encore, on pourra la déplacer.

Ne pas s’y tromper. L’humour de Gatien n’avait rien de sombre. Pas plus que ses peintures, solidement structurées par la règle d’or, si chère à son art qu’elle y est omniprésente.

Aujourd’hui, te connaissant, tu vas transformer nos larmes en fleuve pour t’en aller naviguer dans cet espace si souvent peint par toi sur de nombreuses toiles. Toiles devenues désormais pour toi voiles gonflées des vents sans temps.

Cher Gatien, tu disais : On fait partie de l’Univers et l’univers fait partie de nous

Par ton amitié, on a fait partie de ton univers et, je te le dis, tu fais partie de nous à jamais.


Christiane Laforge
Chicoutimi
23 novembre 2019


 Mes plus sincères condoléances à sa compagne Gilberte Dufresne, à ses filles Mira et Sara, à tous les membres de la famille, à tous ses amis. 




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lundi 7 octobre 2019

La fin des mes dix ans à la présidence du Comité des candidatures de l'Ordre du Bleuet

Gala 2019 - Réal Simard recevant son certificat d'honneur 
des mains de la présidente du Comité des candidatures
© Photo Andrée-Anne Lachaine

Mon cœur s’habille des vents de l’automne ce lundi 7 octobre 2019. Je me sens arbre qui voit chuter ses feuilles dans chaque geste qui précède la dernière tâche. C’est un départ. Pas un divorce. Demain je ferai le dernier pas. Après demain je ferai un premier pas.

D’ici là, mon cœur s’habille des vents de l’automne qui me dépouillent de dix ans de feuilles accumulées, temps donné, temps investi, temps de souvenirs riches de tant de personnes exceptionnelles.

Je quitte la présidence du Comité des candidatures de l’Ordre du Bleuet.

Avec tristesse, car la cause est belle.
Avec optimisme, car l’Ordre a bien grandi et la relève est de qualité.
Avec espoir, car nous sommes de plus en plus nombreux à comprendre les enjeux d’un tel organisme de reconnaissance et de sauvegarde de notre histoire artistique, patrimoniale et culturelle.

Christiane Laforge
Future ex-présidente
Du Comité des candidatures
Société de l’Ordre du Bleuet




dimanche 19 mai 2019

Notre Michel Marc Bouchard ne cesse de nous faire honneur


Dix-sept nouveaux ambassadeurs culturels québécois, dont le dramaturge, scénariste et directeur artistique d’expositions historiques et thématiques, Michel Marc Bouchard, deviendront membres de l’Ordre des arts et des lettres du Québec lors d’une cérémonie d’insignes qui se déroulera le 27 mai 2019.


Michel Marc Bouchard reçu Membre de l'Ordre du Bleuet en 2014


Dix-sept nouveaux ambassadeurs culturels honorés pour souligner les 25 ans du Conseil des arts et des lettres du Québec

1er mai 2019 – Dix-sept nouveaux ambassadeurs culturels québécois deviendront membres de l’Ordre des arts et des lettres du Québec lors d’une cérémonie de remise d’insignes qui se déroulera le 27 mai prochain, pour souligner le 25 e anniversaire du Conseil des arts et des lettres du Québec (Conseil). À cette occasion, les artistes, écrivains, enseignants, gestionnaires culturels et mécènes Daniela Arendasova, Michel Marc Bouchard, Alan Côté, Céline Dion, André Dudemaine, Françoise Faucher, Serge Fiori, Paul-André Fortier, Brigitte Haentjens, Suzanne Lebeau, Zab Maboungou, Nadia Myre, Alain Paré, Rodney Saint-Éloi, Peter Simons, Pierre Thibault et Kim Thúy, recevront le titre de Compagne ou Compagnon des arts et des lettres du Québec.

Cette prestigieuse distinction accordée par le Conseil rend hommage à leur contribution remarquable au développement, à l’essor et à la réputation d’excellence des arts et lettres du Québec, ici et à l’étranger.

« Le Conseil investit dans l’imaginaire de créateurs d’exception depuis 25 ans. Aujourd’hui, la culture québécoise fleurit et séduit partout à travers le monde grâce au talent et à l’engagement de ces personnalités. La récompense que nous leur offrons témoigne de notre gratitude et de notre admiration envers ce qu’ils ont accompli », a souligné Mme Anne-Marie Jean, présidente-directrice générale du Conseil.
  
« Depuis 25 ans, la Caisse de la Culture accompagne les artistes dans leurs projets personnels et professionnels et leur donne les moyens de leurs ambitions. C’est un réel honneur pour la Caisse d’être aux côtés du Conseil des arts et des lettres en cette année d'anniversaire pour souligner la passion qui habite ces nouveaux ambassadeurs culturels québécois ainsi que leur apport inestimable au rayonnement de notre culture », a précisé Marie-Christine Cojocaru, directrice générale de la Caisse de la Culture.

L’Ordre des arts et des lettres du Québec a 5 ans

Distinction honorifique instituée en 2015 pour souligner le 20 e anniversaire du Conseil, l’Ordre des arts et des lettres du Québec est remis à des personnalités dont les réalisations exemplaires contribuent à l’essor artistique et littéraire du Québec. La distinction est symbolisée par un insigne conçu par l’artiste joaillière Christine Dwane. Quelque 90 personnalités québécoises portent l’insigne à ce jour. .

Conseil de l’Ordre des arts et des lettres du Québec

Les Compagnons et Compagnes sont recommandés par le Conseil de l’Ordre des arts et des lettres du Québec, un jury mis sur pied pour évaluer les candidatures reçues à l’issue d’un appel de candidatures annuel. Leurs recommandations sont entérinées par le C.A. du Conseil. Cette année, ce jury était composé de Hannah Claus, Claude Deschênes, Kevin McCoy et Mélissa Verreault.

La Caisse Desjardins de la Culture, partenaire officiel

Alliée des artistes, moteur de l’économie culturelle et tremplin pour les organismes et les entrepreneurs, la Caisse Desjardins de la Culture est une coopérative financière solidement ancrée dans son milieu. Depuis 25 ans, elle accompagne les travailleurs autonomes dans la réalisation de leurs projets personnels et professionnels, offre aux entreprises et organismes des services financiers adaptés à leur réalité et participe au développement socioéconomique du milieu en soutenant des démarches et des projets structurants.

À propos du Conseil des arts et des lettres du Québec

Dans une perspective de développement artistique équitable et durable, le Conseil soutient dans toutes les régions du Québec la création, l’expérimentation et la production dans les domaines des arts et des lettres et en favorise la diffusion et le rayonnement au Québec, au Canada et à l’étranger.

Suivez et partagez les actualités entourant la remise de l’Ordre via le mot-clic #OALQ sur les pages et du Conseil.
  
Michel Marc Bouchard.| Théâtre et opéra

Dramaturge, scénariste et directeur artistique d'expositions historiques et thématiques, Michel Marc Bouchard est l'auteur de plus de 25 pièces, dont Les Feluettes, Les Muses orphelines, L’Histoire de l'oie, Tom à la ferme et Christine, la reine-garçon, toutes adaptées au cinéma. Récipiendaires de nombreux prix, traduites en plusieurs langues, ses œuvres sont jouées partout dans le monde, particulièrement en France, en Italie et en Amérique latine. Professeur à l’École nationale de théâtre du Canada, il poursuit également une carrière de librettiste pour les opéras de Montréal et de Toronto.





mardi 2 avril 2019

Une rencontre avec Annick Bilodeau de CKAJ 92,5 à Jonquière

 Annick Bilodeau
© Photo courtoisie CKAJ



Les médias sont essentiels. Un organisme ou une personne ou un fait dont personne ne dit mot, c’est un peu comme s’il n’existait pas. Cela va de soi que les plus connus sont ceux dont on parle le plus.

Lors d’une entrevue récente à CKAJ, je me suis demandé si, au-delà de l’image publique, nous connaissions vraiment la personne qui nous accueille pour une entrevue. Un exercice qui vaudrait la peine d’être fait pour toutes les rencontres avec ces « gens des médias » envers lesquels nos attentes sont plus grandes que notre compréhension quand il y a absence.

 Invitée à l’émission Simplement Bilodeau, à titre de présidente du Comité des candidatures de l’Ordre du Bleuet, j’étais curieuse de savoir ce qui motive ce bel enthousiasme pour la radio communautaire. J’ai osé poser la question à Annick Bilodeau.

Originaire de Kénogami, elle a multiplié les expériences en différents domaines, incluant la radio qui demeure le cœur de sa passion. Pourquoi la radio communautaire? En 1997, sensible à la montréalisation des ondes qui rogne l’espace des émissions produites en région, Annick fait ses débuts au sein de la Coopérative des artisans Radio-Soleil.

Convaincue de la nécessité de conserver nos médias de proximité, depuis plusieurs années elle est de tous les combats  afin d’assurer la bonne marche et la survie de CKAJ 92,5.  « Le pouvoir de décision de cette entreprise radiophonique afin de mieux répondre aux besoins multiples des gens de chez nous autant sur le plan  de la diversité musicale qu’au niveau des différents services offerts à la communauté » est ce que j’apprécie le plus, confie-t-elle.

Sa préférence? « Les entrevues axées sur l’intérêt humain, mettre en lumière mes invités et prendre le temps pour le faire. » C’est d’ailleurs ce que j’ai ressenti au cours de nos 15 minutes d’entretien sur les ondes.

Aider et accompagner les personnes en difficulté en lien avec des problèmes de santé mentale font partie de ses principales préoccupations. Pour toucher un maximum de personnes, avec des intervenants qualifiés, avec la collaboration précieuse de Deuil 02 et le Centre de prévention du suicide, Annick coanime au 92,5 les chroniques De l’ombre à la lumière et Célébrez la vie!   C’est sa façon à elle de rendre service à sa communauté et de redonner à la collectivité.

« J’aime l’humain d’abord et avant tout et faire œuvre utile. »

Simplement Bilodeau!  Vraiment ? Je dirais : Formidablement Bilodeau.

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Pour entendre l’émission du 21 mars à CKAJ 92,5 : cliquez ICI




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lundi 11 mars 2019

Le journal L'AMI a 5 ans

No 5e anniversaire disponible ICI


L’AMI a 5 ans. On fera la fête

Profitant de la semaine de relâche, Élika tenait absolument a publier un nouveau numéro du journal L’AMI. Il avait été question d’écrire sur une activité qui lui tenait à cœur : garder des enfants. Elle était très fière d’avoir réussi son cours Gardiens avertis donné par la Croix-Rouge. Elle a déjà une famille qui fait appel à ses compétences et elle espère que d’autres lui feront aussi confiance.

Lorsqu’elle est venue s’installer à l’ordinateur pour ce numéro, elle a décidé de souligner plutôt le 5e anniversaire de L’AMI. Il fallait la voir relire tout ce qu’elle avait écrit depuis février 2015. Elle s’exclamait devait les chroniques de la petite fille de 7 ans qu’elle était, pour leur naïveté et le choix des sujets. Du haut de ses 11 ans, elle prenait la mesure de sa propre évolution. Et je crois que cela va peut-être lui donner un second souffle pour son journal. Elle s’étonnait d’avoir si peu publié en 2018 et lorsque je lui ai parlé d’un prochain numéro en été, son regard m’a fait comprendre qu’elle n’attendrait pas si longtemps.

Je me souviens de l’éclat de ses yeux quand je lui avait parlé de ce projet. Je serais sa conseillère, mais elle devait prendre ses propres décisions sur les sujets abordés. Quelle belle aventure depuis!


Élika, 11 ans, présente le Numéro spécial 5e anniversaire de L'AMI

Dimanche 10 mars 2019, Élika était heureuse de présenter le numéro spécial de son journal L'AMI. Elle a profité du repas dominical réunissant parents enfants et ses grands-parents pour célébrer det évènement. 

Le gâteau a été préparé par sa petite sœur Isyëv (sauf le glaçage précise-t-elle). 

Moments magiques.




dimanche 20 janvier 2019

Une cinquième année pour L'AMI : les confidences d'Élika

Cliquez sur le lien ci-bas

L'aventure du journal L'AMI a commencé en février 2015. Élika avait 7 ans. La publication a fluctué entre 4 pages à 12 pages, selon les sujets abordés. Après un long silence de plusieurs mois, notre jeune chroniquese reprend les mots pour entamer sa cinquième année.  Un numéro de 4 pages seulement, le temps de reprendre contact avec son public. Je l'accompagne avec bonheur dans cette entreprise, comme éditrice et comme guide, mais tout en laissant l'initiative pour le contenu. Avec le temps, que deviendra L'AMI? Il grandira peut-être au fil de sa propre expérience, encouragé par vous qui la suivez depuis bientôt 5 ans. 

Numéro spécial de l’AMI sur les confidences d’Élika

 Depuis plusieurs mois, Élika cherchait les meilleurs sujets pour son journal. Tout y passait, mais elle manquait de temps. Ce temps si rare pour une jeune fille de 11 ans, voilà un bon sujet me disais-je. Elle voulait parler de l’école, de la danse, du karaté, de ses projets.

Je l’écoutais, la questionnais et l’observais en train de commencer à écrire sur papier sa chronique. Trop d’idées. Un tourbillon dans sa tête qui l’incitait à remettre à plus tard.

- Ton journal ne doit pas être une corvée, mais un plaisir. Tu ne dois pas le faire pour me plaire, lui-disais-je.
- J’aime mon journal. C’est juste que je manque de temps. 

Il est vrai qu’elle a tenté de recruter des collaborateurs. Son frère Victor pour la pensée du jour et sa petite sœur pour un article, se disant qu’elle-même avait 7 ans quand on a créé L’AMI. Mais elle a pris conscience qu’il faut parfois consacrer autant de temps à former ses apprentis qu’à tout faire soi-même. 

Et le temps des Fêtes a passé. Il y avait une liste de 20 sujets préparée depuis quelques semaines quand, soudain, je reçois par messenger une suite de phrases portant sur les principaux thèmes listés. 

Il ne restait qu’à mettre le tout en forme pour livrer enfin ce numéro. 

Bonne lecture.


samedi 29 décembre 2018

mercredi 3 octobre 2018

Vlan en plein cœur. Bertrand Tremblay n’est plus mais sera toujours.


 
Ma dernière rencontre avec Bertrand Tremblay



Vlan en plein cœur.


Lorsque je me suis réveillée à l’aube ce samedi 29 septembre, j’ignore pourquoi, j’ai pensé à Bertrand Tremblay, me disant, il serait temps que nous le partagions ce café promis. Je l’ai vu à la réception festive organisée pour les 21. Il m’a enlacé disant sa joie de me voir. Je l’ai embrassé ignorant que c’était pour la dernière fois. Et en ce moment, j’éprouve une infinie tristesse et le regret de savoir le livre de ses mémoires inachevé. Difficile d’admettre qu’il ne soit plus là.

Bertrand Tremblay n’est plus, mais il sera toujours. Pour moi et beaucoup d’autres je n’en doute pas. À la création du journal Le Quotidien, Bertrand Tremblay occupait le poste de rédacteur en chef. Sa porte était toujours ouverte pour les jeunes journalistes que nous étions. À l’écoute et toujours prêt à désigner le meilleur chemin sans jamais l’imposer.

Il avait l’élégance de l’esprit, l’ouverture du cœur. On pouvait ne pas être d’accord, il laissait toute la place à la dissidence, ouvrant quand même la porte à la réflexion. Il m’a inspiré respect et confiance et transmis son amour pour ce Saguenay–Lac-Saint-Jean qu’il n’a jamais cessé de défendre. Avec ses écrits, combien de luttes il a su mener pour que cette région ne soit pas ignorée, pour qu’elle résiste à l’amputation des centralisateurs.

J’ai connu le Bertrand Tremblay festif lors alors que nous étions comédiens dans la série des Grands Revenants du Carnaval-Souvenir de Chicoutimi. Dans les loges, avant et après le spectacle, ainsi que lors des répétitions, avec les autres comédiens s’installe un lien qui n’a plus rien à voir avec le lien professionnel. Mais là, comme toujours, cet homme demeurait intègre, passionné et, à travers son personnage, prêt à combattre pour défendre les idées que l’auteur lui prêtait.

J’ai connu un Bertrand Tremblay farouchement engagé pour que la région ne soit pas dépouillée de ses fleurons. Rédacteur en chef du magazine AL13  il en était un des piliers soucieux d’assurer la pérennité du Centre québécois de recherche et de développement de l’aluminium. Recrutée à ma retraite journalistique comme pigiste, il m’a fait l’honneur de devenir son assistante pendant plusieurs années. Un travail qui a contribué à créer une complicité et, inévitablement, une amitié.

Bertrand m’ouvrait son univers. Je lui ouvrais le mien. Il était un fidèle des Saguenéens, mais il était aussi un fervent admirateurs de nos artistes. Il fut, plusieurs années, membre du jury de l’Ordre du Bleuet,  soucieux de rendre hommage à ceux qui ont contribué à notre richesse culturelle.


J’ai tant de peine de savoir son décès. Et tant de fierté d’avoir eu dans ma vie un être de cette qualité. Mes plus sincères condoléances à la famille de cet homme exceptionnel.

Christiane Laforge
29 septembre 2018