jeudi 2 juillet 2009

De la tentation totalitaire délivrez-nous

Si imparfaite soit-elle la démocratie demeure actuellement la meilleure façon d’administrer le pouvoir. Force est de constater que certains conseils d’administration assimilent mal ce système qui exige l’écoute et le respect des voix exprimées.

Au printemps dernier, un président d’organisme culturel s’est octroyé le pouvoir absolu d’un choix douteux auquel se sont silencieusement soumis les membres du conseil d’administration. J’en ai suffisamment parlé ici et .

Il y a quelques jours à peine, un autre conseil d’administration, celui de la Coopérative de développement culturel de Chicoutimi fondée en 1974, mieux connue sous le vocable Théâtre du Saguenay, a manifestement renié les droits de certains de ses membres en leur adressant une lettre pour les dissuader de ne pas se présenter à l’assemblée générale annuelle du 30 mai dernier à La Baie. Dans Le Quotidien du mardi 30 mai, texte de Stéphane Bégin, et sur les ondes de Radio-Canada, on peut prendre connaissance de ce fait.



Le Quotidien, mardi 30 juin - Stéphane Bégin

Finalement, c’est heureux!, les membres de la coopérative, présents à l’assemblée générale ont renversé la décision d’exclusion prise par le Conseil d’administration (via une réunion téléphonique de certains administrateurs et non pas de tous) en raison de l’opposition affirmée de ceux-ci à l’égard de la rénovation de l’auditorium Dufour. Le président Vassilis Fasfalis a été sévèrement blâmé et les membres ont dénoncé l’incohérence du CA.

«Les membres de la Coopérative de développement culturel de Chicoutimi qui gère le Théâtre du Saguenay exigent des comptes. En assemblée générale annuelle, mardi soir, ils ont accusé le conseil d'administration, et son président Vassilis Fasfalis, de manquer de transparence, de cohérence et d'honnêteté. Certains ont même qualifié le CA "d'organisation boiteuse ayant d'importants problèmes de gouvernance". Ceux-ci ont été priés de consulter leurs membres avant de prendre position en leur nom», lit-on dans Le Quotidien de ce jeudi 2 juillet.

Enfin! Peut-on espérer que la population concernée et active dans le domaine culturel reprenne vraiment sa place. Les gens élus ou nommés à la direction des organismes culturels sont les mandataires des décisions que prennent ceux qu’ils représentent. Ils n’ont d’autre pouvoir que celui qui leur est prêté. Lorsqu’on se soumet, lorsqu’on se laisse bâillonner ou que l’on s’abstient d’agir, on cautionne. L’inaction d’un peuple est le meilleur allié de la dictature… Ou, à défaut, de l’incompétence.

Plusieurs personnes, présentes à cette assemblée, ont eu la gentillesse de répondre par courriel à ma demande d’information concernant cette assemblée que l’on décrit houleuse et qui a duré 4h30.

Outre le reversement de l’exclusion de Me André Salesse et des musiciens à l’origine d’une pétition en faveur d’une salle de concert, Éric Dufour et Marie Gilbert Thévard – ces deux derniers ont assisté à l’assemblée générale - voici plusieurs points majeurs que confirment les multiples témoignage qui m’ont été adressés depuis hier :

- Motion de blâme à l’égard du président Fasfalis pour la gouvernance du Théâtre du Saguenay.
- Annonce surprise de la vente du Cabaret urbain Opéra au montant d'un dollar. Le nom de l’acheteur n’a pas été dévoilé.
- Opération déficitaire influant sur une perte nette (180 000$ avance Le Quotidien) pour l’exercice finance se terminant le 30 juin 2008.Le montant est difficile à déterminer, aucune copie des états financiers n’était disponible pour les membres. Rappelons qu’il n’y a pas eu d’assemblée générale annuelle de la Coopérative (Théâtre du Saguenay) en 2008.
- Élection de cinq nouveaux administrateurs, mandat de trois ans, dont un employé du Cégep de Chicoutimi occupant un poste de gestion et Éric Dufour du Conservatoire de musique.
- Demande la tenue d’une assemblée générale spéciale des membres dans les plus brefs délais concernant le projet de la salle de spectacle. L’aval de la majorité des membres de l’assemblée sera requis pour tout projet de salle de spectacle (spectacle-multifonctionnelle-de concert, ou autre dénomination)
- Rendre disponible rapidement les règlements généraux (à jour) et les copies des états financiers au 30 juin 2008.


Porte-parole habilité du Conseil régional de la culture, la conclusion de Lucien Frenette est éloquente. Il m’écrit : « À titre de directeur général du CRC, j'assiste à chaque année à plusieurs assemblée générale annuelle (AGA) de différents organismes (Pulperie, Maisons des Bâtisseurs, Chambres de commerces, ATR, Langage Plus, CLD, etc.) et je peux vous dire que le TDS, qui gère un budget de près 1,6 million, ne rencontre pas les exigences requises en matière de gouvernance et de respect envers ses membres.»

Salle de spectacle

Récemment, sur les ondes de CBJ, Jean-Pierre Girard invitait mon confrère, le très informé journaliste Daniel Côté, pour tenter de brosser un portrait de la «saga salle de spectacle». Je l’ai retrouvé sur Youtube.


Entrevue de Jean-Pierre Girard à CBJ
avec Daniel Côté, journaliste au Quotidien


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Et pour mémoire, voici un document souvenir
qui nous a fait rêver en 2005.


samedi 27 juin 2009

Gatien Moisan, trop de silence

Marche au crépuscule - Gatien Moisan 2008
Photo invitation rétrospective au CNE de Jonquière


Que de silence sur la rétrospective de Gatien Moisan qui se tient au Centre national d’exposition de Jonquière. Quarante-huit ans de carrière de cet artiste intemporel passeront-ils inaperçus? Pas assez «pop» pour la Une des médias de la région?

Voilà pourtant une exposition remarquable en tout point. D’une modernité à faire pâlir bien des métropoles tant la démarche de ce peintre est d’une richesse dont la principale qualité est sa constance dans la quête de la perfection.

Lorsque l’on pénètre dans la salle d’exposition dédiée à son œuvre, le regard est happé par ses œuvres les plus récentes. Toiles qui ont été exposées au Toqué rouge et dont je parle ici.

Les plus achevées? Non, car de tout temps Gatien Moisan n’a cessé de traquer le visible dans sa plénitude, avec les outils de l’époque. En cela, il devient un des plus futuristes de nos artistes. Visionnaire qui dépasse le présent et pour cela peut-être considéré, à tort, inaccessible.

La rétrospective chemine de son art actuel à celui de ses débuts. Pourquoi chercher d’autres mots que ceux de la commissaire à l’exposition, Denise Pelletier, qui écrit dans le dépliant de l’exposition, hélas privée d’un catalogue qui aurait pourtant été essentiel autant que justifié, laquelle écrit : «Aujourd’hui il arrive à un résultat fascinant, comme en témoignent ses toiles, où sont combinées, juxtaposées, superposées et entrelacées les images, les photographies, les formes et les couleurs. Il aborde l’infographie comme il le fait pour les autres médiums : par réflexion, exploration, calcul, minutie, recommencement.»

En pénétrant dans le temps de ces quatre décennies, le visiteur constate la logique et la rigueur de la démarche de Moisan. Sur ses toiles, on voit la grandeur humaine confrontée à l’espace. Et s’il utilise son propre corps nu pour en exprimer la forme et le sens, s’il s’empare de ce qui l’entoure – entre autres sa fille enfant, les rochers de Sainte-Rose-du-Nord – c’est que l’objet est le tremplin d’une réflexion picturale qui nous entraîne aux confins d’une vision. En cela, Gatien Moisan est l’artiste dans ce qu’il a de plus noble et de plus absolu.

Je ne répèterai pas ce que j’ai dit plus tôt sur ce blogue (ici), sinon qu’il serait temps de poser un regard sur l’art quand il est pratiqué avec superbe.

Souhaitons que le Centre national d’exposition de Jonquière consacre un espace de son site Internet à l’œuvre de Gatien Moisan et y publie l’intégrale du très beau texte de sa commissaire afin, non seulement qu’il subsiste des traces de cet important travail réalisé pour la rétrospective, mais aussi pour inviter les internautes du monde à découvrir la qualité de nos artistes. Il est plus que temps d’inscrire ce que nous sommes sur la grande Toile du XXIe siècle.

L’exposition rétrospective des œuvres de Gatien Moisan est à voir au Centre national d’exposition de Jonquière jusqu’au 20 septembre.

L’œuvre de toute une vie et pourtant c’est gratuit!


Gatien Moisan
© Photo Rocket Lavoie



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Doux moment

Élika Laforge
J'ai déjà publié cette photo, mais elle est si belle
que je la voulais pour illustrer ce propos
© Andrée-Anne Lachaine

Après des jeux, des mots doux, beaucoup de câlins, Élika se prépare à dormir. Assise près de son lit, je veille les battements de ses paupières. Cet instant me propulse dans le passé, dans le même climat d’infinie tendresse, alors que son papa, au même âge, luttait contre le sommeil. Et, comme je le faisais pour lui, je me suis mise à chanter la berceuse de Mozart. La petite, le regard fixé sur moi, écoutait sans bouger. Je termine le premier couplet par «dors petite princesse dors…». Temps suspendu… Soudain Élika lance «Bravo!» et applaudit. Une marée d’amour m’envahit. Je ris et poursuis la chanson jusqu’à ce que le sommeil l’emporte vers la lune aux reflets changeants.

Voici la berceuse trouvée sur Youtube,
interprétée par Nana Mouskouri.




Et voici les paroles

Berceuse de Mozart

Mon bel ange va dormir
Dans son nid d'oiseau va se blottir
Et la rose et le souci
Là-bas dormiront aussi
La lune qui brille aux cieux
Voit su tu fermes les yeux
La brise chante dehors
Dors, mon petit prince, dors
Ah! dors, dors

Mon ange a-t-il un désir?
Tout pour lui n'est que joie et plaisir
Un jouet il peut changer
Il y a un mouton et berger
Il y a chevaux et soldats
S'il dort et ne pleure pas
Il aura d'autres trésors
Dors, mon petit prince, dors, ah! dors

Mon petit prince au réveil
Recevra les présents du soleil
Qui seront de beaux habits
Brodés d'or et de rubis
La lune d'un fil d'argent
Avec un reflet changeant
En aura cousu les bords
Dors, mon petit prince, dors, ah! Dors


Élika dans son petit lit de bois
© Andrée-Anne Lachaine


Mission accomplie!

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mardi 23 juin 2009

La chanson rebelle

Stera - Afghan Star
En arrière plan Elaha Sorue


Ce matin, j'ai écouté l'émission Grand reportage portant sur Star Afghanistan (2005), sauvegardé sur mon ENP (enregistreur numérique personnalisé). Les participants franchissent une frontière entre l'obscurité imposée plusieurs années par les Talibans et l'aube d'un lendemain qui chante que désirent les jeunes Afghans. Mais le risque n'est pas le même selon que l'on soit un homme ou une femme.

Pour les deux jeunes chanteuses parmi les dix concurrents de SA, c'est leur réputation et leur vie qu'elles ont mis en jeu. Élaha Sorue, éjectée à la demi-finale, a été menacée de recevoir de l'acide au visage par un inconnu et par des membres de sa familles. Quant à Setara, retirée dès la seconde émission, elle a provoqé un tollé de protestations en dansant tout en chantant. Oh! scandale! La voilà traitée de putain et menacée de mort. En peut en voir un extrait ici.

Chanter peut devenir un acte de guerre pour ces rebelles Afghanes ou une arme de combat si l'on écoute ce chant de Boris Vian, «Le déserteur». Cet autre rebel, Boris Vian, mort le 23 juin 1959, comme nous le rappelle Denise Pelletier (ici).



lundi 22 juin 2009

Mon pays est un fjord

Irrésistible tentation

La flèche littorale - Saint-Fulgence
© Photo Denise Pelletier


Fidèle lectrice du blogue Spécial du jour, je découvre cette superbe photo d'un point de vue exceptionnel - oui, je multiplie les superlatifs! - révélant un coin de MON pays. La flèche littorale de Saint-Fulgence, à peine deux kilomètres de la Maison heureuse (chez moi)

« La flèche littorale de St-Fulgence, explique Denise Pelletier sur son blogue, est une formation rocheuse naturelle et disposée perpendiculairement à la ligne du rivage sur une longueur de 650 mètres. Cette longue bande de sable et de roche s'est formée là où se rencontrent l'eau salée et l'eau douce. Sa particularité, c’est qu’elle est disposée perpendiculairement à la côte, alors que les flèches littorales (il en existe un peu partout dans le monde) sont en général parallèles à la rive. C’est d’ailleurs la plus longue flèche perpendiculaire au rivage en Amérique du Nord. »

Mer à Denise pour la permission accordée de publier cette photo.

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vendredi 19 juin 2009

Téléchargements illégaux, loi Hadopi édentée

Ouf!

Le Conseil constitutionnel de la France a censuré en grande partie la loi Hadopi qui vise à combattre le téléchargement illégal. J'en disais (ici) tout mon inquiétude, sachant que cette loi séduisait certains Québécois, nullement préoccupés des droits et libertés constitutionnels.

Le Conseil indique que «c'est à la justice de prononcer une sanction lorsqu'il est établi qu'il y a des téléchargements illégaux», peut-on lire sur ZDNet.fr

On peut lire certains réactions (ici), ainsi que le reportage de Christian Rioux, correspondant à Paris du journal Le Devoir: « Celui-ci (le Conseil constitutionnel) a jugé qu'elle ne respectait pas la présomption d'innocence et que les sanctions prévues étaient anticonstitutionnelles. D'ici à la fin du mois, la loi sera tout de même promulguée. Mais chacun sait qu'elle n'aura pas de dents. »

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Une pacotille de petits villages, dixit Michèle Richard

Encore elle!

Peintre amateur depuis 1984, qui n’a jamais exposé (si l’on excepte le Manoir Morin-Heights), jamais été soumise à la critique, jamais participé à quelle qu’activité d’importance que ce soit en arts visuels et totalement inconnue dans le monde de la peinture professionnelle, Michèle Richard rejette d’un revers de la main (de la bouche plutôt) les arguments des personnes qui ont osé contester sa présidence, à ce titre comprenons-le, du Symposium international Jean-Paul Lapointe. Et je la cite :

«Ce n’est pas une pacotille de petits villages qui va me déranger», déclare-t-elle.

Voilà en quelle estime elle considère la ville hôtesse qui l’accueille cette fin de semaine.

On peut l’entendre sur le site de CBJ alors qu’elle accordait une entrevue à l’émission Café, boulot, dodo animée avec brio par Doris Larouche, dont voici le lien:
http://www.radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/emissions/emissionV0.asp?pk=920

mardi 16 juin 2009

Wouf!


Depuis une semaine, assistant à différents évènements culturels, j’ai cessé de compter le nombre de fois où l’on m’a demandé :

- Christiane, que pensez-vous de la présence de Michèle Richard (et de son chien) au symposium de peinture?

- Je pense qu’elle serait parfaite pour présider une exposition canine, ai-je rétorqué sans rire.

J’ai déjà (ici) exprimé ce que je pense de ce choix qui, selon le témoignage de personnes bien placées dans la hiérarchie de l’organisation du Symposium international Jean-Paul-Lapointe, n’aurait pas été débattu au sein du conseil d’administration. Ce serait le choix d’une seule personne qui aurait fait taire la dissidence en affirmant que tout était conclu et donc trop tard pour modifier cette décision devenue, dans les faits, un choix imposé.

Aperçu de la page 35
Le Quotidien samedi 13 juin


J’ai lu, dans Le Quotidien et le Soleil du samedi 13 juin, que trois artistes professionnels, Hélène Beck, Thérèse Fournier et Jérémie Giles ont, pour cette raison, donné leur démission. Ils ne participeront pas à ce symposium de peintures et de sculptures qui se targue de réunir des artistes professionnels réputés, où un comité de sélection a pour mandat d’évaluer puis d’accepter ou refuser les artistes selon des critères sélectifs bien précis.



Lettre de Jérémie Giles
Publiée à la page 11 dans Le Quotidien de mardi 15 juin
Texte complet à la fin de cette page


Ébahis et fortement ébranlés en apprenant que Michèle Richard aurait l’honneur d’être leur présidente, plusieurs peintres et sculpteurs, m’ont exprimé leur désarroi.

- Que ferais-tu à ma place?

- À la mienne, je me tirerais de là. À la tienne, je ne peux pas décider. Comment renoncer à participer à un symposium qui a attiré sucessivement 40 000 personnes (2000), 35 000 (2002) et près de 25 000 à sa dernière édition (2007)? Doit-on risquer l’absence ou cautionner un choix contestable et contesté? Quelle clientèle veut rejoindre la pensée «populiste» qui anime les organisateurs: des visiteurs intéressés à l’art visuel? Ou des voyeurs curieux de voir un vedette faisant les manchettes pour les mises en accusations répétitives et les acquitements tout autant répétitifs) ?

- Mais si on me met sur la liste noire pour le prochain symposium?, s’inquiète le peintre.

- Je doute fort que cela puisse se faire et encore moins se justifier. Mais voilà bien pourquoi je ne peux pas dire, ni à toi ni à qui que ce soit, quoi faire? C’est très personnel comme décision.

Ce dialogue s’est répété plus de cinq fois depuis la parution de la Une du Quotidien dévoilant le nom de la présidente d’honneur.

Michèle Richard peint en dilettante depuis 1984, soit 25 ans. Un loisir très légitime. Mais rien à voir avec le travail des artistes inscrits au symposium international de Chicoutimi.

J'ai été voir sur la Toile (ici), les photographies des peintures signées par Michèle Richard. Que dire de ce que j’ai vu? Peu de créativité, pas de style personnel. Pire, on constate une nette et «visible» dépendance de cette peintre «amateure» envers les modèles (cartes d’artistes, photographies) qu’elle reproduit avec fidélité. Signalons, entre autre, cette troublante parentée entre ses chaumières et les peintures de l'américain Thomas Kinkade. Cela accentue notre perplexité de la voir présider un symposium international réunissant des créateurs en art visuel.

Souhaitons qu’aucun cachet n'ait été versé pour tenir ce rôle. Sinon, l’esprit du fondateur de ce symposium - qui, plusieurs fois, a fait don de ses œuvres pour investir les bénéfices de leur vente dans le fonds servant à la tenue de cet évènement - aura vraiment été trahi.

Voilà ce que j'en pense!

***

Réponse de Jérémie Giles

En réaction aux propos tenus par le président du Symposium international Jean-Paul-Lapointe, Monsieur Jean-Guy Maltais, dans l’édition du samedi 13 juin 2009 du journal Le Quotidien, la présente s’adresse aux 12 membres du conseil d’administration de cet évènement.
Par déférence à votre égard, j’aurais préféré que ma décision de me retirer de la sixième édition du symposium demeure entre nous et ne fasse pas l’objet d’un débat public. Je n’avais pas l’intention de polémiquer autour de la question de votre choix de la présidence d’honneur. Mais puisque vous avez rendu publique ma décision personnelle, je me vois obligé de réagir afin d’apporter quelques précisions.
Votre président dit « que j’aurais donné le nom de la présidente d’honneur comme prétexte et qu’il considère que c’est un jugement. »
Qu’il soit bien clair que ma décision de me retirer fut immédiate, suite à l’annonce de votre choix quant à la présidence d’honneur. NON! Ce n’est pas un prétexte, c’est la raison! Cela et aussi votre façon de procéder, Je remercie votre président pour considérer que j’ai fait preuve de jugement, cette faculté de l’esprit qui permet à nous tous de juger et d’apprécier. Bref! de nous faire une opinion. Voilà qui me réjouit !
Je ne connais pas le rouage interne de votre organisation, mais je suppose que cela fonctionne selon les règles usuelles pour tous les salons et symposiums du genre. À savoir: un conseil d’administration qui décide, par le vote majoritaire de ses membres, de la démarche de la manifestation et des nominations nécessaires au bon fonctionnement de l’événement. De plus, un conseil qui s’assure de l’indépendance et des qualifications des membres désignés du jury, lesquels doivent examiner et ultimement choisir les candidatures de ceux et celles qui prendront part aux activités du symposium. Si c’est de cette façon que vous opérez, je vous dis CHAPEAU !
Concernant votre détermination de rendre l’événement moins élitiste, vous devriez changer de formule. Un symposium est, en soi, une manifestation constituée d’élites. Alors, je suggère très respectueusement une formule où l’élitisme est complètement absent. Voici ma suggestion: « L’INTERNATIONAL DU CHAPEAU », qui aurait comme slogan : « VOUS N’ÊTES PAS OBLIGÉ D’EN FAIRE POUR EN FAIRE PARTIE ».
Il s’agirait de lancer une invitation autour de la planète et ne demander que le nom et l’adresse de ceux ou celles qui aimeraient participer à une véritable foire de l’art visuel. Dans un grand chapeau, spécialement confectionné pour l’occasion, on y introduirait tous les noms et l’on y pigerait, au hasard, le nombre désiré de participants. Quoi de moins élitiste? Qui sait, ma tante Rosanna qui a suivi des cours de peinture à l’huile sur toile auprès d’une certaine dame du nom de Murielle, quelque part en Floride dans les années 1980, pourrait être chanceuse et, enfin, pouvoir participer à un événement culturel d’envergure. Ce n’est qu’une suggestion qui demande à être peaufinée un brin. J’éviterais le sourire à ce stade-ci, car celui-ci pourrait être perçu comme du sarcasme de ma part et pourtant! Alors, rions-en, c’est bon pour le moral !

Jérémie Giles
gilesartplus@sympatico.ca


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Réaction d'Hélène Beck et Thérèse Fournier

Réalité, fiction ou humiliation ???
Présence de Mme Michèle Richard à la présidence d’honneur
d’un événement culturel qui se veut de haut niveau et international.

Il nous est difficilement acceptable de passer sous silence notre réaction à la suite des propos tenus et cités par M. Jean-Guy Maltais dans le journal Le Quotidien de samedi, 13 juin 2009.

Dans ce milieu de l’Art et de la Culture où notre région se distingue pour la qualité exceptionnelle d’organisation et de participation, alors que tant de personnes oeuvrent pour conserver cette réputation qui nous précède et nous suit, voilà que l’on voudrait baisser le seuil « d’élitisme » du Symposium International que lui a conféré son fondateur, M. Jean-Paul Lapointe, de regrettée mémoire…

Et tout semble normal aux yeux de la majorité des participants. Se pourrait-il que d’autres raisons que les bonnes inspirent ces artistes qui souvent se sont dits défenseurs et affichés comme des « élites »?

Mme Richard, à qui nous ne pouvons en vouloir d’avoir été invitée à remplir cette fonction, sera donc la sacrifiée afin de diminuer la qualité élitiste de l’évènement… et… au Saguenay. Pour baisser l’élitisme d’un étage, c’est réussi et en ascenseur en plus.

Ce rôle de la présidence d’honneur d’un symposium n’incombe qu’aux artistes possédant certains pré requis dont: une fiche de route exemplaire et non d’un attrait autre que pour l’exercice de son Art, ainsi que l’expertise d’un bon leadership auprès de ses ami(e)s artistes.
Autrement, si la personne est d’un autre milieu, étranger à l’activité, comme un politicien par exemple, on appelle ça, un invité d’honneur.

Autre anomalie qui offusque davantage. On constate avec quelle extravagance on semble fier de la présence de cette personne, sans oublier FIDO, et qu’il n’y a aucun nom d’artiste suffisamment important pour en faire la mention.

Non mais, on n’est quand même pas sur le gibet pour accepter ce genre de manières, la tête rentrée dans les épaules comme si tout ça se voulait plausible et tout à fait normal. Tant qu’il y aura des gens qui se tairont en acceptant de se faire entartrer, notre culture régionale baissera dans son élitisme car, il y aura toujours des illuminés prêts à troquer leur fierté pour un plat de lentille.

En espérant que ça ne se reproduise jamais plus dans notre beau Royaume.

Thérèse Fournier
Jonquière, Qué.
fournierjtaqua@videotron.ca

Hélène Beck
Chicoutimi, Qué.

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mardi 9 juin 2009

Gatien Moisan, une rétrospective au CNE

Dans l'attente - 1994 - Gatien Moisan
Acrylique sur masonite 90 x 71 cm
© Gatien Moisan

Gatien Moisan sera à l’honneur au Centre national d’exposition de Jonquière le dimanche 14 juin 2009. La rétrospective promise des œuvres de cet artiste sera présentée jusqu’au 20 septembre. Après Hélène Beck en 2008, Le CNE poursuit cet engagement annuel de nous rappeler le parcours de nos artistes en arts visuels.

Le choix de Gatien Moisan me réjouit. L’intégrité de l’homme est égale à la grande qualité de sa démarche artistique, entreprise il y a plus de 40 ans. Gatien est un pur. Une sensibilité hors norme au service d’une maîtrise artistique réconciliant diverses écoles de pensée. Un art contemporain, moderne et futuriste. Un art ouvert sur les temps.


© Progrès-Dimanche - 29 avril 2007 - page 42

En avril 2007, j’avais consacré deux pages du Progrès-Dimanche sur son retour au Saguenay-Lac-Saint-Jean et son exposition au Toqué Rouge de Jonquière. J’ajouterai ce reportage à la fin de cette page.

Mais je voudrais d’abord nommer la commissaire de cette rétrospective que nous propose Lionel Brassard, président du conseil d’administration du Centre national d’exposition et Manon Guérin, directrice. Il s’agit d’une personne très dévouée à la cause des arts, membre fort actif du conseil d’administration de la Société d’art lyrique du Royaume, blogueuse qui vaut le détour sur Spécial du jour, journaliste de la Section des arts à la retraite et amie, Denise Pelletier.

Pour l’inauguration de cette rétrospective attendue, le Centre national d’exposition annonce la présence de Roger Bertrand, 39e Président de l’Assemblée nationale du Québec. En 1997, Gatien Moisan avait été choisi pour réaliser son portrait, selon la tradition instaurée à l’Assemblée. Une œuvre qui a suscité bien des commentaires, car l’artiste a eu l’audace de sortir des sentiers battus pour tirer de sa palette un portrait inhabituel, d’un grand symbolisme.


Roger Bertrand 1997 - Gatien Moisan
39e président de l'Assemblée nationale

Description :
La partie supérieure du Président au fauteuil, lumineuse, exprime la lumière devant inspirer ses décisions. Le bleu violet des tons évoque la solitude et le dévouement du personnage. Dans le bleu vert de la partie inférieure, se déploient la puissance, les fonctions et les tâches du Président. Le cercle rouge dépeint à la fois la vitalité de l’Assemblée et l’opposition qui se dessine parfois entre la Présidence et l’un ou l’autre des personnages parlementaires. Les trois têtes sous le Parlement, par leurs tons de beige, rayonnent dans un calme bienveillant et dégagent une atmosphère chaude et bienfaisante. La position des têtes suggère que le Président constitue l’une des assises importantes du Parlement.



Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche 29 avril 2007, p. 42


Gatien Moisan
© Photo Rocket Lavoie - Le Quotidien



CHRISTIANE LAFORGE
claforge@lequotidien.com

JONQUIÈRE (CL) - Qui ne se souvient pas de Gatien Moisan ? Ce perfectionniste de la forme, exigeant professeur d’art autrefois chargé de cours à l’UQAC, est de retour dans sa terre d’âme.

Natif de Saint-Raymond de Port-Neuf, il avait adopté le Saguenay-Lac-Saint-Jean, séduit par le cœur de Gilberte et par l’esprit du Fjord qui a imprégné son œuvre tandis qu’il vivait à Sainte-Rose-du-Nord. En 1981, il se résigne à l’exil, faisant escale en diverses régions. Il balise son existence au nombre de ses déménagements. Plus de dix en 25 ans, bientôt trois en trois ans. «L’homme en fuite c’est moi, confie-t-il devant ses toiles où son personnage est souvent happé par l’espace. Ma dernière résidence sera mon urne, taquine-t-il, quoique là encore, on peut la déplacer. »

Ne pas s’y tromper. L’humour de Gatien n’a rien de sombre. Pas plus que ses toiles, solidement structurée par la règle d’or, si chère à son art qu’elle y est omniprésente. La rigueur de l’artiste repose sur une connaissance de son métier poussée à l’extrême. Il nous console à lui seul de cette prolifération d’artistes en arts visuels maniant le verbe mieux que le pinceau.

Du 2 au 30 mai, à la Galerie Toqué rouge d’Arvida, Gatien Moisan présentera une exposition réunissant des toiles grandes et petites, abordant le thème cosmique. À partir du caillou ramassé sur la rive nord du Saguenay, il reprend possession des rochers qui ont largement envahi ses toiles anciennes, plate-forme d’un départ vers l’espace infini, l’ultime voyage de l’homme.

Œuvre de Gatien Moisan
© Photo Rocket Lavoie - Le Quotidien


Exposition au Toqué Rouge

Une version de l’histoire de l’humanité

L’avant salle de la galerie Toqué Rouge dissimule l’exposition en cours, «Dérive, solitude, rêve» de Gatien Moisan. La symbolique, bien qu’involontaire, a du sens. Passage terrestre avant d’accéder au cosmos qu’il faut aborder par la droite.

Une première toile capte le regard, masse rocheuse aux transparences réussies. Puisant dans les techniques des anciens où la peinture à l’eau précédait l’huile, Gatien Moisan tire parti des nombreuses possibilités de l’acrylique pour travailler sa pierre en différentes couches. On a envie d’y coller l’œil pour en capter l’effet.

La seconde toile reprend l’élément du rocher tout en l’intégrant dans une composition où l’espace prend place pour finalement s’imposer avec force dans le troisième tableau. «Repos céleste» nourri d’une fréquentation assidue au club d’astronomie de Saint-Raymond.

Des formes géométriques dessinent finement une structure architecturale toujours basée sur le nombre d’or. Question d’équilibre. La démarche de Moisan aspire à la perfection, l’harmonie. Depuis toujours, il a le souci de soumettre ses compositions à la «divine proportion». De nombreux peintres, sculpteurs et architectes célèbres l’ont intégré à leur art, assurés d’atteindre ainsi une harmonie totale dans leur création. Cette quête d’un équilibre absolu confère à l’œuvre de Moisan une force intérieure contrastant avec la netteté des formes et des couleurs. Ce qui pourrait être froideur, par une technique trop parfaite, séduit par l’harmonie qui s’en dégage. Il devient alors facile de s’identifier à ce corps humain, alter ego de l’artiste qui devient son propre modèle, humain suspendu entre les deux mondes et qui va, au fil des tableaux, être happé par l’infini du vide de l’espace.

En progressant au rythme des toiles exposées, le visiteur découvre une version de l’histoire de l’humanité.

Petits formats

Bien que Gatien Moisan apprécie les grandes surfaces, il se révèle très à l’aise dans les petits formats. Étonnantes pièces où l’on retrouve toute l’éloquence des toiles lus grandes. L’une après l’autre, elles sont des fragments d’un tout et pourtant complètes dans ce qu’elles expriment de cet affrontement entre l’humain et le cosmos.

Certaines pièces intègrent superbement la somme de la démarche artistique de Gatien, sachant partir du très figuratif environnement des lieux où il a séjourné pour s’élever au-delà. Communion réussie entre la terre et le ciel, que l’on pense à «La sablière de Métabetchouan» ou «Regard sur le Piékouagami.»

Ne se voulant d’aucun courant, sinon celui de «faire ce que je veux faire», Gatien Moisan conclut: «On fait partie de l’univers et l’univers fait partie de nous», évoquant toutes les questions et tout ce qu’il y a à découvrir.

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«Combien de temps pour réaliser cette toile ?», demandait un visiteur au peintre Gatien Moisan. «45 ans», répondit l’artiste. Une toile est la somme de toutes les expériences et de la science acquise au cours d’une vie. Si les premiers coups de pinceaux des œuvres exposée à la galerie Toqué Rouge de Jonquière n’ont que cinq ans, la main qui en a brossé les bleus dominants apprend la maîtrise de son art depuis 1962.

Des nomades

Peintre et professeur d’art de 1964 à 2005, Gatien Moisan a quitté le Saguenay en 1981. Il est de retour depuis 2203, le temps de construire sa future ex-maison au bord de l’eau, à Saint-Félicien. Depuis 2008, il a pignon sur rue à Saint-Honoré. La beauté du lac n’a pu rivaliser avec la fierté parentale, père et mère suivant de près la carrière en théâtre de leur fille Sara qui évolue dans diverses troupes de la région. «Nous sommes toujours ici (Saguenay) pour la voir et nous voulions aussi nous rapprocher du mouvement, du centre du milieu culturel.»


Polyvalence

Scénographe à ses heures, surtout lors que Sara fait partie de la distribution, Gatien moisan s’est joint à ses filles, Sara et Mira (comédienne et musicienne résidant à Montréal) pour prêter main forte à l’entreprise Artisac, fondée à Saint-Félicien par son épouse Gilberte Dufresne.

Des expositions

Rappelons que l’artiste a réalisé plusieurs expositions solos dans de nombreuses galerie, dont: Galerie d’art Benedek-Grenier, Québec; Galerie Wells, Ottawa; La Chasse Galerie, Toronto; Burnaby Art Galery, Burnaby (B.C.); Galerie Arts St-Louis, St-Raymond. Il a aussi participé à des expositions collectives: Institut des Arts de l’Ontario; Arts Festival, Lewiston(Maine); Calgary Allied Arts Council, Calgary; UQAC; Foire internationale de Washington, États-Unis; Galerie d’art du Grand Théâtre de Québec; Artistes québécois contemporains(Collection Loto-Québec); Artistes de renom, Moulin Marcoux, Pont-Rouge; Vieux Presbytère de Deschambeault.

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samedi 6 juin 2009

Jamais je n'oublierai le 30 mai 2009

La pétillante Acadienne Peanut (aliasLola Dionne)
Entre Christiane et Christian Laforge

© Photo Réjean Leclerc



« Il y a des moments si merveilleux

Que l’on voudrait que le temps s’arrête

Et tu te demandes pourquoi
Cette nuit-là te démesure »

(Gilbert Bécaud)


Imaginez! Pendant 38 ans, vous gagnez votre vie à écrire sur les artistes. Vous êtes payée pour vibrer devant les œuvres créées par des êtres possédés, uniques, si forts et si fragiles à la fois. Pendant 38 ans, vous apprenez à les aimer, formée que vous êtes par un maître qui, sans chercher à museler l’idéaliste, vous a dit : «Christiane, n’oublie jamais que ce sont des humains pour qui cela est toute leur vie. Ton article va durer deux heures. Ses conséquences vont durer toute leur vie (Jacques Collard, écrivain et critique d’art du Pourquoi Pas? à Bruxelles)

Imaginez! La tête pleine de souvenirs, le cœur riche d’amitiés nées de ces rencontres professionnelles, vous écrivez: «C’est le temps de partir».

Par courriel ou par téléphone, ils sont nombreux à vous dire «On te regrettera!»

Parce qu’un au revoir ne suffit pas, les journalistes, mes confrères et consœurs du journal Le Quotidien et le Progrès-Dimanche, répondent à l’appel de la maître du jeu de toujours, l’étonnante Jojo (Johanne St-Pierre) et me font une joyeuse fiesta le 3 mai à La Baie. Ce fut bon. Ce fut émouvant. C’est un superbe souvenir.

Bertrand Tremblay (à ma droite) surnommé le Patriarche
lors du brunch festif du 3 mai dernier.
Rocket Lavoie saisi en flagrant délit, croquant les belles du jour:
Patricia et Andrée Rainville, Catherine Doré,
que regardent Yvon Paré, Daniel Côté et Serge Lemelin
© Photo Jeannot Lévesque


Imaginez! Le samedi 30 mai 2009, l’inattendu survient.

Une centaine de personnes, artistes de toutes disciplines, diffuseurs, communicateurs, représentants du monde de la culture ont répondu à l’appel du maître du jeu Jérémie Giles et accueillent une Christiane éberluée en entonnant «C’est à ton tour…». J’ai gagnez ma vie à écrire sur leur passion, leurs œuvres, leurs réalisations. Et ce sont eux qui me remercient.

Caron Néron et sa compagne
© Photo Bertrand Tremblay

Carol Néron, éditorialiste au Quotidien - porte-parole officiel et très enthousiaste des absents, Michel Simard éditeur du Progrès du Saguenay et Denis Bouchard rédacteur en chef - a ouvert le «déluge» de témoignages qui n’a cessé de la soirée. Je retiens de son discours sa certitude de mon amour pour la langue française.

Bertrand Tremblay, «mon ex»… rédacteur en chef, toujours chroniqueur au Quotidien, «lecteur assidu de ce blogue» affirme-t-il, a su illustrer à la fois les faits d’armes les plus forts d’une carrière, citant des extraits d’un texte sur la mort annoncée d’un artiste connu, et les côtés joyeux d’une amie prompte à partager les rires des turbulents épicuriens du club C'est pas facile du Deauville.

L’humour «pieux» de l’unique Hélène Beck a finalement confirmé l’humeur joyeuse de cette soirée, tout en décrétant, sans contestation possible, que la petite Belge a réussi à s’intégrer. «Elle est des nôtres… » a chanté la réputée artiste peintre de Chicoutimi.

Paroles lues, paroles dites, mots écrits et lettres cueillies à la fin de la soirée, messages publics, messages privés, je me sens comme un arbre au printemps dont les branches bourgeonnent. J’ai vécu un chant d’accueil bien plus qu’un au revoir.

Albert Larouche a chanté Envoi de fleur
© Photo Bertrand Tremblay

Albert Larouche a chanté «Envoi de fleurs» d’Henri Bernard/Paul Delmet.





Envoi de fleurs,
Ici interprétée par Hervé David


Marie-Claude Simard - Clément Tremblay
Fondateurs de L'Ensemble Bouffon

© Photo Réjean Leclerc

Avant de nous livrer quelques extraits de leur CD Le Passeur, Marie-Claude Simard et Clément Tremblay ont créé la «Valse de Christiane», composée pour moi, et que j’ai dansée avec grand plaisir aux bras de Michel Cloutier.

Sabrina Ferland a chanté a capella un extrait de l'opéra Gianni Schicchi « O mia babbino caro » (Lauretta) de Puccini. Que l'on peut entendre (ici) interprété par Maria Callas.



Guy Tay a mis en peinture toute la symbolique des liens que tissent les mots, après en avoir usé lui-même avec éclat pour évoquer le parcours d’une journaliste. Micheline Hamel et Yvon Gaudreault ont été les chefs de chœur pour un canon incroyablement flatteur sur l’air de Frère Jacques.

Élaine Girard, Ariane Blackburn,
Lison, Andrée, Claire-Hélène Hovington
René Gagnon et Claude Bérubé
© Photo Bertrand Tremblay

Élaine Girard a retrouvé un micro, le temps de quelques missives, comme si cela se passait pour vrai à la radio. Et Lison Hovington, visage emblématique des belles heures de la télévision régionale, a lu des extraits de Cœur innombrable avec tant de talent que j’aurais pu envier l’auteur de ces textes.

Jérémie Giles
Organisateur de cet évènement et fondateur de
la Société de l'Ordre du Bleuet
© Photo Réjean Leclerc


La soirée, dont ceci n’est qu’un résumé, s’est terminée par l’annonce officielle de la création de la Société de l’Ordre du bleuet, hommage qui sera décerné chaque année à des artistes et défenseurs de la culture au Saguenay-Lac-Saint-Jean.



Depuis samedi 30 mai, je n’ai plus de mots.
Ils tourbillonnent dans ma tête
esquivant mon désir de s’en emparer pour dire que j’ai connu…

un moment si merveilleux…
et cette nuit-là me démesure.

Merci de tout cœur à chacun de vous pour cet inoubliable 30 mai 2009

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mardi 2 juin 2009

Ouf! La loi Hadopi a été rejetée!

Ne rêvez pas. La répression a le Pouvoir.

Effectivement rejetée en avril, la loi Hadopi a été adoptée le 12 mai dernier par les députés de la République de France à 296 voix contre 233. Liberté, égalité, fraternité!
Bien naïfs ceux qui croient qu'il s'agit de défendre les droits d'auteurs.

Que les droits d'auteurs soient protégés, je suis d'accord. Que l'on cherche une solution intelligente et juste pour contrer le téléchargement illégal, je comprends. Mais qu'une république (la France) qui est née dans une volonté de droits et liberté ait pu concocter une loi telle que la loi dite HADOPI (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet), confiant à un tiers, en total conflit d'intérêt et non à la Justice, le pouvoir de surveiller (espionner?) et de punir (coupure totale allant jusqu'à un an de tout accès Internet au «client payeur de cet accès internet) l'accusé, coupable ou non, sans jugement, sans défense, sans égard au fait que «le crime» reproché puisse avoir été commis par un autre que «le présumé coupable», me fait terriblement peur.




Mes convictions personnelles et mon respect pour les artistes m'imposent de ne jamais, intentionnellement, télécharger illégalement. Cependant, il arrive que plusieurs membres de ma famille, plusieurs amis et amis d'amis de passage se connectent sur le routeur inscrit à mon nom, ainsi qu'ils me permettent de le faire quand je les visite. Je deviendrais responsable de leurs téléchargements ainsi que de toutes autres personnes qui, à mon insu, utiliserait légalement ou non mon accès Internet? Merveilleux monde que l'on voudrait nous imposer, où la présemption d'innocence, le droit à la défense et la justice sont bafoués.

Pourquoi me suis-je intéressée à cette loi? Parce que certains fournisseurs de l'Internet au Québec, notamment Pierre-Karl Péladeau de Vidéotron, aimeraient bien disposer de ce pouvoir.

Petit à petit, au nom de la «vertu», notre société devient répressive, infantilisante et coercitive. On ne veut pas nous protéger. On veut nous contrôler.

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lundi 1 juin 2009

Magnifique regard d'une mère

Élika Laforge
sous le regard de sa maman



Je trouve cette photo irrésistible tant il y a de l'amour et de la fierté dans le regard d'Andrée-Anne regardant sa petite Élika. Heureuse petite fille aimée!

dimanche 24 mai 2009

Paternité



Cela dit tout!


Victor et Ariel Laforge - Mai 2009

Maintenant Ariel sait!
Je compatis... avec tout de même un sourire.


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jeudi 21 mai 2009

Michèle Richard à Chicoutimi : un choix imposé

Michèle Richard au Symposium Jean-Paul-Lapointe:
Pour rendre la peinture et la sculpture moins élitistes???

La rumeur circulait, mais je n’y croyais pas. Cela ne pouvait être qu’un canular. Mais non. Le Quotidien confirme ce matin 19 mai 2009 que la chanteuse Michèle Richard sera la présidente d’honneur du Symposium international Jean-Paul-Lapointe, cet été au Vieux Port de Chicoutimi. Ce sera la première expérience d’un symposium pour ce peintre amateur dont la principale exigence, avant d’accepter cet honneur, a été d’être accompagnée de son chien. Du coup, elle a aussi demandé l’inclusion de son «initiatrice» à la peinture, Lise Auger.

Sans doute, après de longues et pénibles recherches, les organisateurs n’ont pas réussi à trouver dans la région hôtesse de cet évènement un seul artiste professionnel réputé pour présider ce symposium!

Il voulait se démarquer des symposiums antérieurs, plaide Jean-Guy Maltais. Pas de doute, c’est réussi!

La présidence d’honneur d’un évènement comporte deux aspects: d’une part, on attend du président que sa réputation, son professionnalisme et son engagement apportent du prestige à un évènement. D’autre part, cela consiste également à rendre hommage à ladite personne.

« L'objectif consiste à populariser la peinture et la sculpture, à les rendre moins élitistes» écrit Daniel Côté dans son article, citant les paroles de Jean-Guy Maltais. Cela est très révélateur d’un courant de pensée conservateur qui a marqué tristement la dernière élection fédérale l’automne dernier.

Pourtant, en 2004, le même Jean-Guy Maltais déclarait à la presse: « L'envergure de ce regroupement artistique n'a d'égal que le talent qui y afflue. Nous retrouvons ici des gens qui sont reconnus mondialement. Tous les artistes qui participent au symposium sont accrédités par des associations de peintres et de sculpteurs. »

Que doivent penser nos artistes de la région, que le comité de sélection a refusé d’inclure dans l’édition 2009, sous prétexte que ce symposium s’adresse à des artistes de haut calibre? Nos artistes professionnels vont-ils réellement se résigner à contribuer à un symposium où les organisateurs témoignent d’aussi peu de respect à l’égard de leur art?

La finale est juteuse: «Le comité organisateur imposera un prix d'entrée de deux dollars pour réduire un peu le flot des visiteurs.» Sûr que nos artistes qui investiront leur temps et assumeront les frais de leur présence dans l’espoir de vendre leurs œuvres souhaitent vivement qu’il n’y ait pas foule. Ça travaille mieux dans la solitude!

Tiens, le Salon du livre a baissé son prix d’entrée à un dollar pour obtenir l’effet inverse et ainsi accroître le nombre de ses visiteurs.

Oupsss! À deux dollars l’entrée, cela ne va-t-il pas faire «élitiste»?

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vendredi 15 mai 2009

La mort d'un frère


Mon frère aîné, Jacques est mort à 3h30 du matin ce 14 mai 2009. Derrière les mots de cette simple phrase, il y a l’amputation d’un membre. Nous l’avons cruellement ressenti, deux heures plus tard, au moment de quitter sa chambre de l’hôpital de Chicoutimi, où il a franchi la dernière marche de sa vie.

La réalité s’est imposée : nous n’étions plus que trois enfants, Christian, Jean-Marie et Christiane, de ce quatuor laforgien venu de Belgique retrouver un père absent depuis six ans. Je me souviens, sur le pont de l’Arosa Star, faisant fi des ordres et des appels à la prudence, nous narguions la tempête secouant le navire, convaincus d’être invincibles. Nous ne le sommes pas.

Jacques Laforge - Moment de bonheur

Avis de décès

LAFORGE (Jacques)

Le 14 mai 2009, Jacques Laforge est décédé au Centre de santé et de services sociaux de Chicoutimi, à l’âge de 69 ans et cinq mois, entouré de l’amour de sa famille. Né en Belgique, fils des regrettés peintre Jean Laforge et dame Ida Pierard, il est arrivé au Québec en 1957. Membre de la Jeune chambre de commerce de Chicoutimi, homme d’affaires à l’esprit créateur, peintre et sculpteur se disant modestement artisan, Jacques Laforge s’est fait avantageusement connaître comme président de la Société des arts de Chicoutimi, comme directeur de la salle de spectacle l’auditorium Dufour avant la création de la coopérative du Théâtre du Saguenay, ainsi qu’à titre de directeur général du Carnaval-Souvenir de Chicoutimi, auquel il s’est consacré corps et âme jusqu’à ce que la maladie vienne limiter son envol et l’écarte de la vie active.
Époux inconsolé de feu Alix Fortin, il laisse dans le deuil ses enfants : Nathalie (Marcel Savard), Nadia (Ian Cloutier), Jean-François (Karine Girard); ses petits-enfants : Kim, Michaël, Cassandra, Loïc et Daphné; ses frères Christian (Lola Dionne), Jean-Marie (Christine Tremblay), Christiane (Réjean Leclerc); ses neveux : Claudine (Luc Bergeron), Frédéric (Sandra Laroche), Ariel (Andrée-Anne Lachaine); ses arrières petits-neveux : Stéphanie, Mathieu, Élika et Victor, ses amis et amies de toujours fidèles et très présents.
Jacques, ainsi que tu l’as demandé, ta famille réunie a pris le vin de la tendresse en ton nom, souhaitant ardemment que tu puisses enfin trouver l’apaisement auprès de ton épouse Alix, de qui tu as été amputé si cruellement en pleine jeunesse, de ta mère tant chérie et de ton père dont tu as été longtemps un pilier dans sa carrière d’artiste.
Aujourd’hui nous comprenons mieux que jamais ces mots de ton poème : «Après», adressé à l’ami disparu :

Pourquoi pleures-tu ainsi?
Je comprends… Pardonne-moi.
Je ne suis pas parti
Je reste près de toi […]
Si mon corps est sans mouvement
Mon cœur, mes yeux vivent encore
Tournés vers de nouveaux soleils
Ils voient tout ce que ne voient pas les corps

Répondant à ton souhait, nous avons fait don de tes organes et tu as été incinéré sous la direction de La Coopérative Funéraire de Chicoutimi. Parents et amis, afin de respecter ses dernières volontés, il n’y aura aucune cérémonie civile ou religieuse. Cependant, vous pouvez faire un don à la Société canadienne du cancer, section Saguenay-Lac-Saint-Jean, 930, Jacques-Cartier Est, local B-210, Chicoutimi (Qc) G7H 7K9, à la mémoire de son épouse Alix Fortin. Vous pouvez adresser les messages de sympathie à l’adresse suivante : jacqueslaforge2009@hotmail.com ou par la poste à la Coopérative Funéraire de Chicoutimi, 2442 Rue Roussel, Chicoutimi, QC; (418) 545-2643.

jeudi 7 mai 2009

Lettre à Denise Pelletier



Très chère Denise,

Après un dimanche riche d’émotion, lors du brunch organisé pour souligner «mon retrait» de la vie journalistique par l'irremplaçable et généreuse JoJo, où sont venus 26 confrères/consœurs de la rédaction, je viens de relire la lettre que tu m’as adressée pour la circonstance.

Quel cadeau que cette lettre!

Je n’irai pas jusqu’à dire que c’était bien que tu ne puisses venir à cette fête, quoique ce message de ta part t’aura non seulement rendue très présente, mais il me reste tel un gage précieux de cette équipée vécue pendant 36 ans où notre complicité professionnelle a fleuri en amitié ouverte sur l'avenir.


Johanne St-Pierre,
l'incomparable organisatrice de nos fêtes

et moi,
l'heureux objet de ce mémorable 3 mai 2009

À l'Auberge des 21 de La Baie
Photo Bertrand Tremblay

Ta lettre, lue par Johanne, ce 3 mai 2009 à l’Auberge des 21 de La Baie, a été applaudie avec émotion par tous. Pardonne-moi si j’ose l’offrir en lecture à un plus large public. J’ignore s’il y a un fond de vanité de ma part ce faisant. Je sais surtout qu’il y a désir de partager les échos chaleureux de ta personnalité,toi l'observatrice intelligente et sensible, la femme authentique à qui j’ai le bonheur de dire au revoir… et que ce soit le plus tôt possible.




Denise Pelletier - 2006 Lors de la fiesta de sa retraite © Photo Jeannot Lévesque

Lettre de Denise Pelletier 3 mai 2009
(Message pour la nouvelle retraitée Christiane Laforge,
de la part d'une vieille retraitée, Denise Pelletier)

Ma chère Christiane,

Je regrette vivement de ne pouvoir être là au moment même où tu viens me rejoindre dans la béatitude d'une retraite… qui n'a pourtant rien de béat, tu le sais bien.

Je te demande donc de me pardonner mon absence aujourd’hui, qui survient parce que tous les groupes dont j’ai fait partie dans ma vie semblent s’être donné le mot pour organiser une rencontre précisément cette fin de semaine! Je me console à la pensée que nous aurons certainement toi et moi bien d’autres occasions de nous rencontrer.

Mes excuses également à vous tous, chers collègues et amis avec qui j'aurais bien aimé partager cette fête.

Donc, Christiane, même si j'ai quitté la section des arts depuis presque six ans, ce qui me vient à l’esprit en pensant à toi, ce sont ces 30 années (j’arrondis le chiffre) pendant lesquelles nous avons travaillé ensemble. Même ci ce fut pendant certaines périodes pour deux journaux différents, c'était néanmoins ensemble. De ce mélange de complicité et d’amitié tissé au fil des ans, je retiens ces quelques éléments.

Les débuts

Je t'ai connue quelques années avant de commencer à travailler avec toi, au moment où tu es arrivée au Collège du Bon Pasteur. Tu venais de loin… de très loin. Tu étais parmi les “petites”, pour moi qui terminais le cours classique. Immédiatement tu t'es fait remarquer par tes prouesses… au ballon-volant!

En 1973, c’est moi qui suis arrivée au Progrès où tu te trouvais déjà depuis quelques années. Ensemble, avec tous les autres collègues, nous avons présidé à la naissance d’un nouveau journal: Le Quotidien.

La section arts et celle des affaires sociales (une apellation que tu as vite substituée à celle de "pages féminines"): deux pages grand format, à alimenter et à monter chaque jour. Comme directrice et responsable de cette section culturelle qui a connu moult formules et versions, tu a su lui imprimer une orientation résolument professionnelle, axée sur la mise en valeur du travail artistique.

La création en marche

Après avoir mis au monde cette section, nous avons assisté, ensemble, à d’innombrables naissances au sein du milieu culturel régional. Des troupes de théâtre, des musées et galeries, des grands spectacles, des maisons d'édition et même un orchestre symphonique, ont pris forme sous nos yeux, et la plupart sont encore aujourd'hui bien vivants.

Mais surtout nous avons vu naître et s’épanouir tellement d’artistes: comédiens, danseurs, musiciens, peintres, écrivains (le masculin inclut le féminin bien sûr), que je ne puis les nommer, tant ils sont nombreux. Nous pouvons nous dire marraines de ces enfants dont certains vont encore aujourd'hui leur chemin, qu'il soit obscur ou glorieux.

Que ce soit au Quotidien ou au Progrès-Dimanche, chacune pour notre journal, avec d'autres précieux collaborateurs, ou ensemble pour le même journal, nous avons posé sur eux le même regard, à la fois affectueux et critique. Nous avons, dans nos écrits, poursuivi le même objectif: les faire découvrir et connaître, les évaluer le plus honnêtement possible. Nous nous consultions quand, par malheur, il fallait souligner leurs faiblesses: nous trouvions cela difficile, mais nous l'avons fait néanmoins, car nous le leur devions, et surtout nous le devions à nos lecteurs.

Aux créateurs de cette belle région que tu as adoptée et qui t'a adoptée, il faudrait ajouter tous les autres qui sont venus de l’extérieur, de très loin parfois, vers nous et vers le public d’ici.

Mais je m'arrête ici car si je voulais faire l’énumération de tout ce que nous avons “couvert” et découvert, il y aurait matière à écrire un très gros livre.

Le soutien mutuel

La pudeur nous empêche parfois d'évoquer publiquement cet aspect du travail, pourtant essentiel entre collègues, entre femmes, entre amies. Quand je traversais une période difficile, physiquement ou moralement, tu le devinais, tu le savais, et sans que nous ayons besoin d’en parler, tu m’épaulais, gommant pudiquement quelques erreurs ou absences. J’espère t’avoir rendu la pareille chaque fois que tu en as eu besoin.

Les attitudes

Nous avons toujours travaillé en collaboration, en association, plutôt qu'en hiérarchie, dans la confiance et le respect mutuels: tu l'as voulu ainsi et je t'en suis redevable.

Différentes et complémentaires, nous avons toujours eu en commun l’enthousiasme, l’admiration, le respect envers tous ces gens désireux d’embellir le monde par leurs créations.

J'ai partagé ta ferveur, ta curiosité et ta confiance dans la nature humaine. Nous nous sommes trompées sans doute parfois, mais somme toute je crois que nous avons fait du bon boulot.

Pas seulement nous, d'ailleurs: tout le monde, journalistes, employeurs et autres employés, a mis l'épaule à la roue pour que nos journaux soient les meilleurs possibles. Toi et et moi ne sommes plus là… d'autres continuent à accomplir ce merveilleux travail, et je les salue.

La passion

Je m’en voudrais de terminer sans rendre hommage à tes qualités personnelles et humaines, que j’ai découvertes et appréciées à mesure que je te connaissais mieux: fonceuse, persévérante, plutôt sûre de toi, parfois téméraire, tu es une passionnée dont les passions deviennent vite contagieuses.

Tu sais plaider ta cause et te montrer persuasive: défendant la section des arts comme une tigresse ses petits, tu es régulièrement montée au front, frappant à la porte du directeur de la rédaction pour obtenir de l'espace, des effectifs, afin que nous puissions mieux accomplir notre travail. Les employeurs n'ont bien souvent pas eu d'autre choix que de souscrire à tes demandes.

L'écriture

Dotée d'un solide sens de l'humour, tu sais te montrer attentive aux petits détails qui expriment les mouvements de l'âme humaine.

Tu possèdes à merveille l'art de saisir les nuances d'une émotion, qu'il s'agisse de la tienne ou de celle des autres, et de les exprimer avec une grande clarté teintée de poésie.

L’écriture est une part importante, sinon essentielle de ta vie, et en lisant ton "texte d’adieu" publié dans le journal et sur ton blogue, je retrouve toutes ces qualités qui sont les tiennes: justesse, sensibilité, sens de la nuance, générosité. Et suis sûre que tu mettras tout cela au service de projets qui te sont chers et que tu pourras enfin réaliser.

Fidèle et généreuse, tu sais surprendre ou rassurer ceux qui t’entourent. Tu es beaucoup aimée et entourée, sûrement parce que toi-même tu aimes beaucoup.

La mémoire

Bref, ma chère Christiane, de notre aventure commune je ne garde que de bons souvenirs qui me nourrissent encore aujourd'hui. À ton contact, je me suis enrichie (au sens figuré, bien sûr!) de plusieurs choses et surtout, de notre indéfectible amitié.

La vie qui bat

Bonne retraite, chère amie, je crois que tu as déjà compris, grâce au jeune Victor qui se pointe le nez au moment où tu quittes le journal, que la vie continue, que la vie qui veut vivre te tiendra encore longtemps occupée.

J’ose néanmoins te souhaiter de pouvoir ralentir quelque peu le rythme et prendre un peu de repos: tu verras, non seulement c’est faisable, mais c’est même agréable.

Denise Pelletier

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vendredi 1 mai 2009

L'Ensemble Bouffon a conquis les Français


L'Ensemble Bouffon - 2009
Jessy Dubé, Clément Tremblay, Marie-Claude Simard, Jean-René Lavoie
au lancement de l'album Le Passeur
© Photo Sylvain Dufour - Le Quotidien

L’Ensemble Bouffon est revenu de France avec un billet de retour pour 2010 dans les étuis des violons et d’une guitare.

Nos mousquetaires de la musique traditionnelle sont partis trois pour présenter à la Vieille France les chants de leurs ancêtres après quelques siècles dans les vents de quelques arpents de neige.

Une première escale à Olivet, le jeudi 26 mars, a suscité l’envie de les entendre plus encore, comme l’écrit Eric De Rhuiz, directeur des bibliothèques :

«Tout d'abord merci encore pour ce concert à Olivet si chaleureux et de m'avoir fait également partager un peu de votre musique en rythme !! Merci de m'avoir invité sur scène avec vous. J'écoute votre CD tous les jours et je ne m'en lasse pas. Mes préférences sont, même si cela est difficile tant l'univers est cohérent, pour Sunday river (superbe ballade) et J'ai dit oui pis y a dit non (connivence, humour et bonne humeur, ce qui vous caractérise à mon avis). [...] Voilà, nous nous occupons de vous trouver des dates pour votre venue 2010 en France.»

Deux jours plus tard, Clément Tremblay, Marie-Claude Simard et Jessy Dubé étaient accueillis à Angoulême, précédés par une promotion fort enthousiaste.

«L'ensemble Bouffon arrive spécialement du Québec en exclusivité», titrait le bulletin de nouvelle. «L'année 2009 sera un cru très spécifique avec la venue pour la première fois en France de l'ensemble Bouffon, un groupe musical de la région de Saguenay-Lac-Saint-Jean qui animera notre soirée de musiques traditionnelles du Québec, samedi 28 mars à la salle fêtes de La Couronne» explique Eliane Roy, la présidente de l'association La Couronne-le Québec Autrement. En négociation depuis plusieurs mois avec les responsables du groupe musical, la petite équipe de bénévoles du comité de jumelage a décroché «son exclusivité». Le groupe musical québécois fera l'aller-retour pour proposer «une veillée du bon vieux temps des premiers arrivants d'ancêtres qui savaient fêter» aux cousins couronnais. […] Passionné par les musiques traditionnelles du Québec, l'ensemble Bouffon a enregistré trois disques compacts. Dans son troisième opus de 2003, le groupe a ajouté des chansons apprises dans le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Sorti en février dernier, le dernier album de chansons est le résultat des cueillettes entreprises par les musiciens auprès des aînés de leur région. Le comité de jumelage couronnais a été créé en mai 1998, l'histoire de ce dernier est intimement liée à celle des douze échanges scolaires qui ont eu lieu entre 1990 et 2001. Ses objectifs étant de faire connaître au plus grand nombre le Québec. »

Conquête confirmée

Jessy Dubé et Marie-Claude Simard
Photo Philippe Rebeix - Sud Ouest


Le mardi 31 mars, le journal Sud Ouest racontait le passage remarqué de notre trio. «L’Ensemble Bouffon a conquis le public couronnais embarqué sous le charme de chansons, de musiques traditionnelles et même de danses, le tout agrémenté par d'histoires bien savoureuses venues du Québec, écrit le journaliste. Ce trio de la région du Saguenay, auteur de plusieurs albums, venait pour la première fois en France. Il est connu dans la Belle province pour son travail de recherche sur le patrimoine musical et la mise en valeur des musiques et chansons de sa région. Organisateurs ravis Quant à l'équipe organisatrice, elle est ravie. Ce concert, qui a été un vrai succès, lui a permis d'atteindre son objectif, à savoir faire connaître au public, le Québec, ses habitants et sa culture, le tout, bien sûr, dans l'optique de la défense de la francophonie.

Je n'ajouterai rien, sinon vous suggérer d'écouter Le Passeur. Rien de mieux pour comprendre pourquoi L'Ensemble Bouffon retournera en France en 2010.

Et pourquoi pas Musique traditionnelle d'Irlande, leur premier album, À cause, leur second, À cause d'eux, troisième opus dont on peut entendre un extrait, Par les temps qui courent, ici.

***


lundi 27 avril 2009

Une histoire d'amour


Andrée-Anne- Élika - Victor



Heureux trio

Élika, 19 mois, a rencontré son petit frère Victor, 14 heures, dimanche 26 avril 2009.
Maman André-Anne a les bras plein d'amour. Comment dire mieux?

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samedi 25 avril 2009

Victor Laforge


Victor Laforge... 46 minutes

Joie!

Le papa se porte bien. La maman est très heureuse. Victor Laforge est né à Chicoutimi, ce 25 avril à 17h02. Il pèse 3,70 Kg ou 8lbs 15 onzes et mesure 53 cm. Vigoureux, il redresse déjà la tête.

Vivement demain!

lundi 20 avril 2009

Jour J


La chambre est prête pour accueillir
Victor

Ce 20 avril 2009 devrait être le jour de la naissance de Victor Laforge. Le petit frère d'Élika nous fera-t-il languir à son tour?

Certains signes prédisaient une naissance hâtive. Monsieur est plus fûté. L'attente provoque une attention accrue. Idéale pour une entrée royale.

C'est le jour J.

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dimanche 19 avril 2009

Passionara pour Rocket Lavoie

Photographe photographié
Mariane Villeneuve, Rocket Lavoie et Marica Morin
@ photo Rocket Lavoie


Jeudi, 19 mars. Sans le savoir, c'était ma dernière conférence de presse.

Ariane Blackburn, directrice artistique, avait convié les médias pour leur livrer les nouveautés de la revue Ecce Mundo 2 - Passionara. Mon photographe de presse, Rocket Lavoie, membre de l'équipe de Jeannot Lévesque - superbe équipe à laquelle j'ai souvent demandé l'impossible - a succombé à la tentation de s'inscrire de belle façon au cœur de l'évènement. Joignant l'utile à l'agréable, Rocket s'est entouré de deux danseuses d'Ecce Mundo, Mariane Villeneuve et Marica Morin que nous pourrons voir sur scène, au théâtre Ecce Mundo situé au Pavillon sportif de l'Université du Québec à Chicoutimi, dès le 3 juillet prochain.

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samedi 11 avril 2009

La Vie parisienne : 1463 présences



La Vie parisienne - SALR 2009
Mise en scène Éric Chalifour
© Photo Sylvain Dufour

Coordonnatrice de la Société d’art lyrique du royaume, pour ne pas dire directrice-générale, Gisèle Munger me confirme aujourd’hui 1463 présences pour les cinq représentations de La Vie parisienne.

Un chef de réputation internationale, Jean-Philippe Tremblay, à la direction musicale. Une étoile montante du chant lyrique au Canada et en France, Marie-Ève Munger soprano colorature, à la direction artistique. Une œuvre d’Offenbach parmi les plus jouées depuis sa création en 1863. Une mise en scène et une interprétation de qualité… Et 1463 spectateurs pour un spectacle d’opéra bouffe où nous avons déjà été des milliers à être présents à Chicoutimi.

Jeannot Harvey
© Photo Sylvain Dufour

C’est le moment ou jamais de souligner ce doublé du président d’honneur de la dernière levée de Fonds de La Société d’art lyrique du Royaume, Jeannot Harvey. Afin d’aller au bout de son engagement de soutenir cette activité artistique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le président du Groupe Cegerco Inc. a acheté tous les billets de la seconde représentation de La Vie parisienne, celle du jeudi 2 avril.

«La culture est ce qui nous distingue comme personne, comme communauté et comme pays et c’est ce qui reste dans la mémoire des gens. Mais pour les artisans de ce milieu, il leur est difficile, même presque impossible en ce moment, de trouver des fonds afin de concrétiser leur projet.» Signant ce propos dans le programme souvenir de La Vie parisienne produite par la SALR, Jeannot Harvey lance aux gens d’affaires de la région : «Nous croyons que nous devons donner l’exemple.»

La Vie parisienne - SALR 2009
Le ténor Gaétan Sauvageau - Le baryton Dominique Côté
© Sylvain Dufour

La vente des billets figure en bonne place dans les revenus nécessaires au soutien du développement d’une maison de production. Les jeunes talents que nous formons dans nos écoles ont besoin, dans leur région, d’une scène propice à leur servir de tremplin. Une tâche qui nous concerne tous.

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mercredi 8 avril 2009

Jean-François Lapointe , un prince


Jean-François Lapointe - baryton
futur Prince Eletski de Monaco



À la représentation de Les pêcheurs de perles de Bizet, présentée en février dernier à l’Opéra de Toulon, notre baryton Jean-François Lapointe réconcilie Christian Colombeau, critique du magazine Sortir, avec cette œuvre célèbre.

Peu tendre à l’égard de Jesus Garcia qu’il surnomme le calamiteux Américain, titrant son texte « Bizet massacré par le ténor ! Des pêcheurs de perles sauvés par les clefs de Fa à l'Opéra de Toulon », Colombeau manifeste une grande admiration pour le Québécois.

« Encore une fois c’est Zurga qui remporte la palme et sauve une bien discutable soirée. Remercions Jean-François Lapointe pour son métier (il lui en faut une sacrée dose). Une puissance de jeu peu commune, une conviction rare, une voix noble, expressive, large, sans défauts, des accents inouïs de vérité, de pathos, et une musicalité sans faille… Parfait, simplement parfait. Idéal. Grandiose. Immense. Une prise de rôle réussie. A l’applaudimètre un beau succès personnel. »

Jean-François Lapointe, héros d'un soir

Benito Pelegrin est tout aussi dithyrambique dans sa critique retrouvée sur Classique News.

« D’autant, que la scène est littéralement embrasée et dévorée par le Zurga de Jean-François Lapointe, au point qu’il en devient pratiquement le héros, seul personnage un peu complexe, amoureux, ami et jaloux, si bien qu’à le voir et l’entendre, on se dit que l’opéra devrait porter ce nom de personnage. Il n’a qu’à paraître, allure et figure, altier et chaleureux, et il est d’évidence le maître reconnu par tous. Voix puissante, large et égale sur un long registre, il fait montre d’une vaillance héroïque dans une tessiture tendue et s’offre le luxe de nous gratifier d’un la facultatif d’un éclat et d’une force dignes d’un ténor. Sa scène de jalousie, elle, est digne d’Othello : bref, grand chanteur, grand acteur, grand artiste dans tous ses rôles. »

Bientôt prince

En ce moment, le chanteur est à Monaco. Il se prépare pour le rôle de Prince Eletski dans La Dame de Pique de Tchaïkovski, à Monaco, à l’affiche les 24, 26, 28 et 30 avril à l’Opéra de Monte Carlo -Salle Garnier Monaco. Un beau moment en perspective devine-t-on, à la lecteur de son dernier courriel :

« Ici, à Monaco, la distribution est exceptionnelle! Il faut dire que le théâtre est des plus prestigieux. Et son directeur, des plus compétents! »

Entendre un Valentin apprécié




Jean-François Lapointe
Faust - Mort de Valentin

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samedi 4 avril 2009

Une lettre de Michel Marc Bouchard


Michel Marc Bouchard
Photo officielle
© Mario St-Jean/ Mention obligatoire du photographe.



Grande admiratrice de l'œuvre de Michel Marc Bouchard, j'ai reçu et lu cette lettre avec beaucoup d'émotion. Je l'avoue, j'ai éprouvé une certaine fierté car il est pour moi un de ces artistes et auteurs qui m'inspirent un infini respect et qui m'ont donné du bonheur à vivre mon métier de journaliste.

Voilà que ce matin, je la retrouve publiée dans Le Quotidien, sous le titre :

Les artistes perdent leur ambassadrice

Madame Laforge,

C'est avec une sincère émotion que je vous salue à l'occasion de vos adieux comme journaliste culturelle après 38 ans de dévotion à la promotion de la littérature, de l'art et de ses artisans. Je vous remercie avec chaleur pour tout ce que vous avez fait pour les artistes de notre région.

Par votre rigueur, par votre curiosité et par votre inclination à la découverte, plusieurs d'entre nous ont eu droit à une lecture sensible et articulée de notre travail. Loin du mercantilisme, loin du sensationnalisme, vous avez abordé chacun de vos articles avec le soucis de révéler l'artiste et son œuvre, et chacune de vos critiques avec la plus des grandes des sincérités et le plus grand des respects. Vous avez su ,au cours de ces milliers d'articles, créer un dialogue entre les créateurs et le public. Vous avez collaboré d'une façon indiscutable au lustre de notre grande maison de presse régionale et la qualité de votre plume a été reconnue par le Prix Jules-Fournier du Conseil supérieur de la langue française.

Personnellement, vous n'avez pas toujours été tendre à mon endroit, mais sachez que j'ai toujours cru que sans une critique forte et loin de toute complaisance, nous les artistes, nous ne serions pas appelés à nous dépasser si nous ne savons pas l'entendre avec discernement. Une critique forte rend l'artiste plus fort.

Je crois que les écrivains, que les artistes de la musique, que ceux de la danse, du cinéma, des arts plastiques et du théâtre, professionnels ou amateurs, que tous les chercheurs et les chercheuses d'invisible de notre Royaume perdent avec votre départ du Quotidien et du Progrès-Dimanche, leur plus grande ambassadrice.

Chère Christiane Laforge, encore merci et mes meilleures vœux dans tous vos projets futurs.

Michel Marc Bouchard
dramaturge et scénariste




jeudi 2 avril 2009

La vie parisienne… joyeuse folie saguenéenne




Scène de La Vie parisienne - SALR
©Photo Sylvain Dufour - Le Quotidien



Le plaisir était au rendez-vous



Sans Offenbach, le livret de La Vie parisienne d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy aurait-il franchit le cap des 142 ans de popularité? Un texte d’une telle pauvreté serait bien vite vilipendé par la critique malgré les airs éblouissants du compositeur. Dénonçant la superficialité ridicule des «nantis» toujours en quête de jouissances faciles, le scénario comme le sont souvent les livrets de l’opéra bouffe, ne paie pas de mine… À moins d’être revu par des Saguenéens à l’esprit vif.


Gaétan Sauvageau - Gardefeu
La Vie parisienne - SALR
© Photo Sylvain Dufour

La Société d’art lyrique du Royaume présente, depuis mercredi, cet opéra bouffe de Jacques Offenbach, la plus jouée de ses œuvres dit-on, à la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, dans une version incontestablement jouissive.

Pas de temps mort. La mise en scène d’Éric Chalifour a su tirer parti d’une musique endiablée, misant sur une interprétation alerte, très physique, bouffonne à la limite de l’excès, dans un bel équilibre vocal des chœurs autant que des solistes.

La Vie parienne - SALR
«Bouffone à la limite de l'excès»
Marie-ève Munger (Gabrielle) - Jean-Sébastien Turgeon (Frick)
© Photo Sylvain Dufour

L’adaptation épurée, les allusions à l’actualité québécoise et régionale, les clins d’œil nombreux et amusants – rarement entendre parler russe n’aura été aussi distrayant – la scénographie ingénieuse malgré sa sobriété, la composition des tableaux et les déplacements sur la scène, tout démontre le professionnalisme des artisans de cette production de belle venue.

Maestro Jean-Philippe Tremblay
© Photo Sylvain Dufour

L’orchestre, sous la direction de Jean-Philippe Tremblay, a livré une interprétation vibrante, parfaitement intégrée à ce tout théâtral, vocal et instrumental. Les chœurs, nombreux dans cette opérette, ont chaque fois été un plaisir. Faut-il les nommer ? Peut-être quelques-uns particulièrement accrocheurs: Elles sont tristes les marquises, Rondeau du Brésilien et la finale de l’acte I, Ce que c'est pourtant que la vie (Triolet de Gardefeu), l’air tyrolien, Son habit a craqué dans le dos, et la finale du 4e acte.

Marie-Ève Munger - soprano colarature
Gabrielle dans La Vie parienne de la SALR
© Photo Sylvain Dufour

Bien qu’ayant toujours déclaré occuper un modeste second rôle dans cette production, Marie-Ève Munger, une fois de plus, brûle les planches. Son jeu théâtral, sa prestance et son interprétation s’ajoutent à une voix très belle qui ne cesse de nous plaire. La soprano colorature campe une Gabrielle mutine, adorable, dont la fougue apporte de la couleur au personnage de la «timide» gantière.

J’ai beaucoup apprécié l’accent et la classe de la Martina Govednik (Métella), l’assurance et la vitalité de Caroline Tremblay (Pauline). Peut-être moins à l’aise dans le jeu théâtral, Ariane Girard (la barronne) a un timbre de fois très particulier, un vrai plaisir que de l’entendre chanter.
Irrésistible tandem - Dominique Côté, Gaétan Sauvageau
La Vie parisienne - SALR
© Photo Sylvain Dufour

J’ai trouvé irrésistible le tandem créé avec une belle complicité par le baryton Dominique Côté (Bobinet) et le ténor Gaétan Sauvageau (Gardefeu), deux belles voix en solo comme en duo. En fait, nous étions gâtés par la distribution masculine avec l’hilarant Martin Giguère (Prosper et Joseph), les enjoués Éric Renaud (Alphonse et Urbain), Jean-Sébastien Turgeon (Frick) et Julien Patenaude (Le baron) et l’exotique séduisant Gérald Germain (Le Brésilien).
La Vie parisienne - SALR
Gérald Germain Le Brésilien
© Photo Sylvain Dufour

Soulignons le travail ardu des danseuses sous la direction de Julie Dubois-Gravel. De nombreuses et vivantes chorégraphies qui, malgré certaines échappées compréhensibles et une performance pas toujours égale, ont contribué habilement à l’ambiance tourbillonnante de ce spectacle hautement festif.

Julien Patenaude (Le baron)
Gaétant Sauvageau (Gardefeu)
Ariane Girard (La baronne)
La Vie parisienne - SALR 2009
© Photo Sylvain Dufour


Un beau rendez-vous que cette production 2009 de la Société d’art lyrique du royaume! De belles voix, un jeu dynamique et beaucoup d’humour.

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À la mémoire de Stan d’Haese

Stan d'Haese 1936-2009



Samedi 4 avril, la quatrième représentation de La Vie parisienne de Jacques Offenbach sera présentée à l’occasion d’une soirée dédiée à la mémoire du très regretté Stan d’Haese, décédé le 4 mars dernier à l’âge de 73 ans.

À ce sujet, Marie-Ève Munger, directrice artistique, écrit : «J’ai une pensée pour les bâtisseurs qui, comme Stan d’Haese, ont aidé à faire de la Société d’art lyrique du Royaume la pierre angulaire qu’elle est devenue dans le domaine lyrique québécois. Et je vous assure que nous continuons à regarder vers l’avenir pour poursuivre leur rêve et le nôtre, celui de mener la SALR toujours plus haut afin de faire honneur aux artistes, aux bénévoles et au public qui nous soutient.»

Stan symbolise tout le dévouement, l’énergie, le talent et la foi qui caractérise tant de personnes investissant, ici, leur temps et leurs connaissances afin de doter notre région d’une vie culturelle riche et inspirante pour nos enfants…. Pour nous tous.

Souhaitons une salle comble, ce samedi 4 avril, pour saluer la mémoire de ce géant qui s’est donné sans rien demander, sinon d’aller de l’avant pour bâtir un monde auquel il croyait.

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lundi 30 mars 2009

Adieu... je suis de retour



Progrès-dimanche

Arts Édito, dimanche, 29 mars 2009, p. 42

Le temps de partir

Christiane Laforge


Voilà venu le temps de se dire adieu.

Ce jeudi 26 mars, j'écris le texte ultime de ma carrière de journaliste au Progrès du Saguenay. Partagée entre une certaine tristesse de voir se terminer une carrière passionnante et une grande joie d'ouvrir mes ailes vers une nouvelle étape de ma vie.

Mars 1970

Tout a commencé en mars 1970. De passage, rue Labrecque, pour saluer et remercier le PDG du Progrès Dimanche, je me vois offrir un emploi. Je revenais d'un long séjour en Belgique, d'où j'avais envoyé au journal des textes établissant un parallèle entre l'ancien et le nouveau monde. Ces deux mondes dont j'étais issue.

La chronique "Comme mes yeux voient", publiée dans le Progrès Dimanche venait de m'ouvrir les porte de la salle de rédaction, murmurait mon orgueil... "Pour classer une montagne de photos de presse en désordre", a déclaré mon employeur.

Quinze jours plus tard, la tâche une fois terminée, on m'invitait à quitter les lieux. Trop tard! J'ai refusé de partir, plaidant voir une montagne de travail que je pouvais assumer. Je fus convaincante.

Lasse de me limiter à être secrétaire de rédaction, j'ai risqué quelques écrits. Un mois plus tard, je devenais responsable des pages féminines, suivies peu après des pages des arts.

L'escalade

En créant le cahier Arts et société, j'entamais le début d'une carrière journalistique qui a permis à mes yeux de "voir" plus que jamais.

Invitée à me joindre à l'équipe fondatrice du journal Le Quotidien, le 30 septembre 1973, sous la direction de Denis Tremblay, j'ai connu l'exaltante période de l'évolution de la condition féminine, avant de me consacrer exclusivement à la vie artistique.

J'ai vécu la naissance des troupes de théâtre et de danse que j'applaudis encore aujourd'hui. J'ai vu grandir et mourir de nombreux peintres. J'ai lu des centaines de livres de nos auteurs, aujourd'hui célèbres. J'ai écouté des voix superbes. J'ai été aux premières loges à la naissance des grands spectacles.

Mars 2009

Le monde des arts au Saguenay-Lac-Saint-Jean est l'Everest de ma carrière. Jour après jour, mes mots ont été les piolets d'une ascension, aidant à me hisser pour gravir ma propre montagne.

Aujourd'hui, je me retrouve au sommet de 38 années vécues avec passion. Et je contemple, fascinée, émerveillée de voir ce bouillonnement de culture, cette vitalité créatrice qui est la nôtre.

Il n'est pas un reportage, pas une critique qui m'ait laissée indifférente. Je sais la volonté, l'espoir, l'angoisse, sous-jacente à toute création. J'ai voulu comprendre et partager. J'ai surtout appris à aimer. À vous aimer, vous les artistes de qui j'ai tant parlé à ces lecteurs que j'ai voulu, en tout temps, respecter.

Aujourd'hui, j'entreprends la descente de cette montagne journalistique. Un autre sommet taquine mon regard.

Au revoir! Et pour ceux qui souhaitent naviguer avec moi sur le blogue www.oragesurocean.blogspot.com , je dirai: au relire!


© 2009 Progrès-Dimanche. Tous droits réservés.

dimanche 8 mars 2009

Ce 8 mars 2009, Rita...

Rita Turbide 1921-2009
Photo prise le Jour de l'An 2008
à la Maison heureuse



À Chicoutimi, à 8h ce matin du 8 mars 2009, Rita est morte. Coïncidence? Ce pas définitif, elle a choisi de le franchir la Journée internationale de la femme.

Née en Acadie le 20 janvier 1922, les yeux de Rita Turbide se sont longtemps ouverts sur La Baie des Ha! Ha! Elle ne les plus jamais refermés depuis... sauf aujourd'hui, à bout de trop de douleur torturant son corps depuis des années. Je l'imagine déjà, en train de s'excuser de déranger auprès de ses amis qu'elle quitte, espérant ne pas troubler ceux qu'elle avait la certitude de retrouver, surtout Rodrigue son amour, Pauline Julien et Gérald Godin ses poètes.

Rita, portant le flambeau d'un foi indéfectible envers son Québec qu'elle a toujours défendu avec ardeur, a su être avant tout, plus que tout, l'incarnation de l'amitié. Et elle, si fidèle et constante dans ses affections, s'étonnait toujours que l'on puisse l'aimer.

Réflexe dans le chagrin, j'ai ouvert le classeur, gardien du trésor écrit de toute mes correspondances échangées depuis des années, pour relire les lettres de Rita. Pour ramener à la vie cet esprit intense que j'ai eu le privilège de connaître. Et je bascule sur ces lignes manuscrites, ces mots tracés à l'encre bleue sur un papier décoré d'oiseaux :
«Christiane, tu es pour moi non seulement une précieuse amie, mais la petite fille que j'aurais aimé avoir

Une adoption du cœur dont je mesure aujourd'hui toute la portée, maintenant que je ne la reverrai jamais plus pour lui dire : «Je t'aime Rita». Ce à quoi elle répondait : «Oh! je l'sais. J'en ai de la chance!»

Moins que moi Rita, moins que nous qui te pleurons, sachant très bien que ces larmes ne remplirons jamais le vide laissée par ton départ.

Jamais rassasiée de livres
Photo prise le Jour de l'An 2008
à la Maison heureuse
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samedi 7 mars 2009

Humeur sur l'humour






Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche 15 février 2009, p. 43

Cours de Saguenéen 101
De l'humour ?

Christiane Laforge

Au secours j'ai perdu le sens de l'humour! À moins que mon sens de l'honneur ou ma fierté saguenéenne prévale sur la soumission à une dérision condescendante de plus en plus flagrante d'une certaine l'intelligentsia.

J'ai regardé le Cours saguenéen 101 que diffuse les iStudio Cinéma Télévision sur le site Internet du film Le Bonheur de Pierre. Un film tourné à Sainte-Rose-du-Nord, comédie humoristique confrontant un français pratiquant le bonheur envers et contre tous, au sein d'un petit village peu enclin à y tolérer «l'étranger», un Français qui plus est. La bande-annonce du film est amusante et, connaissant le talent combiné des Pierre Richard, Rémy Girard et autres comédiens, nul doute que le 17 février prochain, nous passerons un bon moment lors de la première mondiale de cette production franco-québécoise. Rien à redire pour l'instant, même si, à l'instar des Ch'tis ou de La Grande séduction, le comique repose sur l'excès, voire la caricature de traits humains universels.

Sainte-Rose-du-Nord a déjà été le lieu de tournage de plusieurs grandes productions: Toby sur les courses de chiens de traîneaux, certaines scènes de Robe noire et Nouvelle-France. Mais tous ces films n'identifiaient jamais aussi clairement le site magnifique des trois anses de ce village sur la rive nord du Fjord du Saguenay.

Comment ne pas miser sur les retombées touristiques possibles d'une telle vitrine? Prêts que nous sommes à accueillir ces gens d'ailleurs, désireux de mieux connaître cette région et sa population la plus francophone du Québec.

Alors quoi? Pourquoi le Cours de saguenéen 101 me blesse-t-il? Pourquoi ne me fait-il pas rire?

Que les métropolitains ou les gens d'outre-mer trouvent drôles cette «peuplade» d'une «bourgade» isolée, je peux les comprendre. Nul n'est à l'abri de l'ignorance. Paris Match l'a magistralement démontré dans son reportage sur le 400e de Québec.

J'ai en mémoire la très amusante leçon du «parler» québécois donné au public français par Linda Lemay. Je l'ai même trouvé savoureuse au point de le faire écouter à des amis européens. Aurais-je perdu mon sens de l'humour?

En écoutant le Cours de langue saguenéen 101 présenté par Louise Portal, je me suis sentie en terre étrangère. Le syndrome du Ch'tis a frappé notre comédienne, ambassadrice de sa région, qui se prête à un discours où l'on accentue des traits marginaux du langage populaire, non représentatifs et surtout en rien exclusifs au Saguenay - chesse, frette, boswell (??), l'élision de l'accent sur dépanneur (?), etrange (?), l'ineffable «là là» - dans une forme caricaturale peu flatteuse. Que ces expressions fassent partie du paysage ne signifie pas que c'est la norme. Et l'autodérision, que l'on nous souhaite, suppose un fond de vérité. Une vérité avec laquelle les scénaristes de iStudio prennent beaucoup de liberté, nous attribuant des expressions peu ou pas connues ici. Un peu plus de rigueur aurait aidé à la digestion!

«Mais c'est de l'humour», insistent les Ghyslain Harvey (Promotion Saguenay) et les «gens» anonymes soi-disant amusés qui auraient «applaudi cette farce», affirment ses concepteurs. «C'était de l'humour», se défendaient les tenants du dernier Bye-Bye avant de se confondre en excuses, tout étonnés que certaines personnes se soient senties blessées plutôt qu'amusées. Non! C'est de la dérision frôlant le mépris. Ce mépris menant à la méprise irrespectueuse et vulgaire d'un député français, Pierre Lasbordes, accueillant le premier ministre du Québec Jean Charest en lui demandant: «J'espère que vous n'avez pas trop la plotte à terre» (sic), sous prétexte de faire de l'humour en parlant, croyait-il, comme les Québécois.

J'ai perdu le sens de l'humour. Nul besoin de me le dire. Je l'ai troqué contre le désir impérieux de convaincre «l'étranger» que les vents froids de nos hivers blancs insufflent à notre langue une poésie unique débordant des œuvres littéraires des Nicole Houde, Lise Tremblay, Michel-Marc Bouchard, Daniel Danis, Jean-Roch Gaudreault, Yvon Paré, Alain Gagnon, André Girard, Élisabeth Vonarburg, Gérard Bouchard et nombreux autres.

La promotion du film Le Bonheur de Pierre n'aurait certainement rien perdu à ouvrir sa tribune sur le monde réel de ce peuple du Fjord.


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Théâtre Palace Arvida... le sort en est jeté


Théâtre Palace Arvida
©Photo Sylvain Dufour - Le Quotidien


«2009. Ah! Une année toute neuve où tout n’est encore qu’une promesse!», écrivais-je dans mon Art Édito publié dans le Progrès-Dimanche du 11 janvier 09.

Une année qu’une crise économique mondiale transforme en défi.

Les pessimistes prévoient une réduction des subventions publiques et privées. Quoique, près de 2,7 milliards de nos impôts vont aller dans les goussets de l’industrie automobile américaine. J’aurais préféré le fromage… et plus encore le ramage de nos auteurs, de nos chanteurs, de nos comédiens. Il faut que la roue tourne dans ce pays où l’on retiendra désormais au bercail les pas de danse et les musiques qui, avant l’automne 2008, franchissaient avec honneur les océans.

Les cyniques voient une belle occasion de justifier de nouvelles coupures au nom de l’austérité imposée. Il y a de la grogne dans l’humeur d’un public qui remet sérieusement en question les choix et plus encore le coût de certaines œuvres soumises à leur regard perplexe.

Les sceptiques doutent de la portée d’une voix, celle des élus et celles des artistes qui semblent se complaire dans le silence malgré le maintien des coupures de 46 millions après les avoir dénoncées si passionnément avant les dernières élections fédérales.

Les ironiques, fidèles spectateurs de la grande scène publique, nous diront qu’avec 18 sénateurs de plus et une croissance exponentielle du nombre des ministres, il faut y voir un exemple de la nouvelle politique de création d’emplois au service de la comédie humaine.

Toute nouvelle année devient la somme de ce qui a précédé. Certains affrontent la fin d’un rêve cherchant le secret du phœnix, d’autres poursuivent un combat créatif malgré les doutes récurrents, parce que créer est LA raison d’être.

Le poids des briques

L’ombre de janvier plane sur les fondateurs de Québec Issime. La fougue créatrice qui ne s’est jamais démentie parmi les membres de ces familles d’artistes vient de frapper un mur.

L’image est directe, car il s’agit bien de briques contre lesquelles se cassent des ambitions. Icare n’est pas le seul dont l’orgueil a fondu au soleil. Furent-ils trop audacieux?

À Chicoutimi, malgré les protestations du milieu, plusieurs bâtiments, joyaux de notre patrimoine architecturale, ont été sacrifiés sans égard à leur valeur historique : la maison du Dr Angers en 1978, la gare de Chicoutimi dont la restauration ratée aura été pire que le pic du démolisseurs, la maison J.-A. Truchon en 1989, le théâtre Capitole de la rue Racine en 1991, la maison Lévesque en 2007. Ouf! On a sauvé la Pulperie… de justesse.

Le Théâtre Palace Arvida figurerait sans doute dans cette funèbre énumération s’il n’y avait eu la témérité de la famille Doré? Irréaliste défi?

Et si le tort était de les avoir laissés seuls à oser croire que l’on devait sauver le Palace?

L’achat et la rénovation de la bâtisse ont pesé lourd sur les épaules de Logistik 22 qui se voulait, avant tout, une maison de productions, de création et de diffusion de spectacles.

L’éveil public et le soutien politique sont-ils venus trop tard pour assurer l’avenir de ce qui s’est révélé une école et un tremplin pour de nombreux artistes rayonnant aujourd’hui hors de la région ? Plusieurs musiciens au Cirque du soleil, plusieurs chanteurs sur les scènes du Québec nous le disent.

«Mais où trouver l’argent?» se défendent les protecteurs (?) des fonds publics? Peut-être au même endroit que les 8 M$ dépensés pour la restauration du Palais des sports de Jonquière en 2005, ou les 2,2 M$ pour le centre multi sports du parc St-Jacques, ou encore le million additionnel annoncé en 2007, de nouveau pour le Palais des sports, fonds provenant des surplus d’Hydro-Jonquière.

Lourdes, très lourdes sont les briques!

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Le 14 novembre 2007, en conférence de presse, il était question de la formation d’un comité de concertation composé de représentants de la Ville et du gouvernement du Québec, avec la collaboration d’Emploi Québec, promotion Saguenay, du ministère du Développement économique, Innovation et Exportation (MDEIE) et du Conseil local de développement (CLD) de Saguenay. Plusieurs mesures étaient envisagées pour un redressement de la situation financière de Logistik22 afin d’assurer son existence au sein de la communauté régionale incluant la sauvegarde du Palace Arvida. Pourtant, quatorze mois plus tard, le syndic Fabien Tremblay obtient du tribunal le mandat de vendre le Théâtre Palace Arvida pour défaut de paiement. Qu’est-ce qui n’a pas été fait ?

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mercredi 11 février 2009

Une maison face au nord

Une maison face au nord
Guy Migneault - Louisette Dussault
© Photo Rocket Lavoie





Le Quotidien
Arts, samedi, 31 janvier 2009, p. 21

Une maison face au nord
Un privilège pour le spectateur


Christiane Laforge

Un grand moment! La création de la pièce Une maison face au nord, le mercredi 28 janvier à Jonquière, aura été un privilège.

Joyeux trentenaire, a su dire le dramaturge Jean-Rock Gaudreault au Théâtre La Rubrique en leur offrant cette pièce à mettre au monde. Un public ému, amusé, conquis par la beauté d'un texte superbement porté par des comédiens impeccables dans leur jeu.

La pièce

Avec tendresse, avec humour, avec doigté, Jean-Rock Gaudreault a su raconter les saisons de toute une vie, en brossant subtilement le portrait social, économique, politique et familial d'un couple.

Mieux encore, il a campé son histoire sur les flancs de Chicoutimi surplombant la rivière Saguenay, risquant des détails précis - la rue Racine, le Progrès-Dimanche, Place du Royaume - sans y enfermer son texte. Il ne serait pas impossible d'adapter la géographie du récit à d'autres régions semblables, car le propos demeure universel.


Une maison face au nord
Guy Migneault - Louisette Dussault
© Photo Rocket Lavoie

L'auteur s'insinue dans le cœur d'un couple en fin de parcours, mettant à nu les traces de leur existence : le chagrin inconsolé de l'enfance, les grandes illusions amoureuses, les souvenirs heureux d'une maison pleine des cris d'enfants turbulents, le dur labeur pour gagner son pain, la confrontation à leurs préjugés face à l'étranger, les désillusions politiques, l'éloignement des enfants. Tissé dans les nuances de ces confrontations de la vie, leur présent est la somme de joies et de tristesses qu'ils affrontent chacun à leur façon.

" Ça m'a pris rien qu'une heure pour faire le tour de c'que j'ai ramassé pendant toute une vie, déclare Henri. Quand tu dis que toute ton histoire est là, sur des étagères ; tout c'qui a servi à bâtir des centaines de maisons, pis d'garages... Y a pas un coin d'la région où j'ai pas travaillé. Ben, dans a rue pour m'en r'venir ici, tout avait l'air de s'écrouler. Là, j'ai eu pour mon dire : "Mon vieux, tout ce qui t'entoure est en train de sacrer l'camp, pis t'en fais partie."



Une maison face au nord
Guy Migneault -
A.-J.Henderson

© Photo Rocket Lavoie

Le jeu

La force du texte prend toute son ampleur par la voix des comédiens. On les croirait taillés sur mesure, tous indistinctement, pour les mots qu'ils portent avec brio.

Il aurait été si facile de pousser un peu trop dans la caricature, de jouer grossier ou mélodramatique. Rien de tel. Tout est crédible, mesuré, tantôt drôle, tantôt émouvant. Il fallait une direction habile pour saisir la grandeur de ce qui semble petit.

Guy Mignault (Henri) maîtrise bien les nuances de ce personnage tout d'une pièce, au caractère tranchant, bourru, épris de son pays et si meurtri par les humains. "Quand j'me suis rendu compte que mon rêve était en train d'me mentir, j'me suis réveillé carré" lui fait dire l'auteur, confiant à ce personnage les répliques les plus percutantes : " On fera pas notre pays. On l'aura pas pis, pour moi, ça va rester une des grandes peines de ma vie. Comme si il y avait une promesse que j'avais pas tenue. Rien que d'en parler... C'est comme si j'avais hérité d'une sorte de colère... "

Le propos semble politique, mais le ton révèle davantage la complexité d'une société qui ne retrouve plus ses balises. Les liens avec le savoureux Larry (A.-J.Henderson) qui absorbe toute la poésie d'Henri, lui retournant sa manière de voir en disant : "C'est toujours spécial la première neige, hein ? La lumière... L'odeur... C'est comme si la terre était prise par surprise."


Une maison face au nord
Guy Migneault - Marcelo Arroyo

© Photo Rocket Lavoie


La relation filiale qu'établit Henriquez (Marcelo Arroyo) avec son enthousiasme naïf : "Le Canada, c'est le paradis pour mes enfants". Deux exemples d'une capacité d'accueil sans nier celle du rejet. Le paradoxe.

Un paradoxe qui se devine dans le sentiment amour-haine à l'égard du pays, dans la tendresse-colère envers des enfants qui n'ont pas réalisé les rêves que l'on a faits pour eux et l'affection-rancune marquant les rides du couple. Louisette Dussault rend bien la nature complexe et contradictoire de la femme si résistante qu'elle se casse dans la tempête, chêne ayant tout à apprendre du roseau.


Une maison face au nord
Guy Migneault
© Photo
Rocket Lavoie

Mise en scène

L'ingéniosité des décors permet d'alterner entre plusieurs lieux... et de nous convaincre de les voir tels que décrits. La mise en scène impose un rythme qui, s'il semble parfois trop lent, laisse respirer les répliques qui, sous l'apparente simplicité du langage, sont chargées d'un contenu intense qu'il faut prendre le temps d'absorber.

Entre chaque tableau, le lien musical et les effets sonores, cris des outardes ou chant d'oiseaux, créent une sorte de rupture, un temps d'arrêt. Sur le moment, on le perçoit comme un choix nécessaire pour passer d'un décor à l'autre, au risque de rompre l'intensité de l'envolée oratoire. Impossible d'y trouver une alternative et, avec le recul, cette impression de coupure dans le rythme s'estompe, devenant plutôt un temps suspendu utile au changement d'ambiance voulue. À la finale une ovation bien méritée !

Une maison face au nord
Guy Migneault
© Photo
Rocket Lavoie

"La Maison face au nord" de Jean-Rock Gaudreault, mise en scène de Jacinthe Potvin, coproduction de La Rubrique, du Tandem et du Théâtre français de Toronto, à l'affiche de la salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière jusqu'au 14 février.

À voir absolument !

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lundi 9 février 2009

Polytechnique, l'éloquence de l'art


Photo du film Polytechnique



Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche, 8 février 2009, p. 34




L'éloquence de l'art

Christiane Laforge

Voilà plus de 35 ans que j'utilise les mots pour parler des artistes et de leur importance. Tout ce temps d'une carrière journalistique au cours de laquelle je n'ai jamais douté de cette conviction: l'art est la voix, le miroir, l'expression de ce que nous sommes.

Le jeune réalisateur de Polytechnique Denis Villeneuve et son équipe, producteurs, scénaristes, comédiens, en sont un exemple frappant.

Outre que le cinéma réunit plusieurs disciplines artistiques, sa finalité, à l'instar d'autres formes d'expressions artistiques, transcende le pire et le meilleur de notre humanité.

La tragédie du 6 décembre 1989, alors qu'un homme a délibérément tué 14 femmes étudiant à cette école de Montréal, suscite le désarroi, l'horreur devant la violence du geste, une infinie tristesse devant l'incompréhensible fatalité. Et pourtant, face au grand écran du cinéma Odyssée de Chicoutimi, je me suis inclinée devant une œuvre d'art magistrale.

Montrer

Le film Polytechnique dépasse l'évènement réel qui a marqué toute une population en 1989. Le scénariste Jacques Dabvidts a su aller au cœur d'un fait pour en extraire la forme.

Comment dire? Il a retenu les gestes comme le sculpteur détermine les formes. Il a situé les mots, jamais trop, jamais trop peu, comme le peintre amalgame les couleurs. Les comédiens sont devenus la toile réfléchissant l'ensemble pour en rendre l'expression voulue. La caméra a su tirer parti de chaque plan. Cette route longeant les glaces projetées à la verticale comme une toile se défaisant sous nos yeux. Ou ce couloir inversé comme pour mieux ressentir le sentiment d'un univers totalement renversé. Tant d'exemples d'un film exceptionnel que l'on pourrait citer!

Denis Villeneuve montre les faits. Avec justesse, avec une maîtrise du propos et le remarquable travail de Pierre Gill à la photographie. Il ne raconte pas l'histoire, il nous permet de la regarder. Sans jugement, sans colère, sans préjugé. Nous laissant à notre propre incompréhension devant l'incompréhensible. Parce que c'est cela qui est dit. Il n'y a rien à comprendre. Si horrible, si tragique et totalement inexplicable.

Dire

Polytechnique dépasse les mots. Rend caduques les discours et surtout les propos véhéments des uns et des autres en quête de coupables.

Ce film dépasse l'histoire qu'il raconte. Parce que "ce fait" hélas! n'est pas unique. Récemment, en Belgique, un jeune homme a pris d'assaut une crèche et y a tué plusieurs bébés. Plus près de nous, une famille a été décimée nous laissant pantois, la tête pleine de pourquoi?

Le film ne donne pas de réponse. Là n'est pas le but du cinéaste. Le film démontre qu'il n'y a rien à comprendre au fait lui-même, mais tout à comprendre de ses conséquences, de la douleur, du désarroi. La foudre foudroie. On en meurt. On peut survivre.

Ce film est la somme d'un art achevé. Celui du scénariste, du réalisateur, du photographe, du musicien et des comédiens. Impeccablement dirigés, ils incarnent une vérité humaine qui nous remue, nous trouble profondément et, curieusement, abolit la colère. Rien à juger. Rien à condamner. Seulement l'immensité d'un chagrin justifié. Et une œuvre cinématographique pour l'exprimer.

Tout est senti... ressenti. Un battement de cœur que ponctuent les silences.

L'art a son meilleur!

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mardi 3 février 2009

Joyeux anniversaire Ariel

Élika et Ariel... doux moments


Ariel, fils tant aimé

Ce 3 février 2009, te voilà à ta 26e année d’existence. Toi, mon enfant pour toujours, tu es un homme, un époux, un père. Et pourtant…

Moi, ta mère, je ne sais pas compter les ans. Ils se juxtaposent, s’imbriquent les uns dans les autres, se confondent. Les ans deviennent les couleurs sur la palette du peintre. Ais-je su, à ce point, les marier l’une à l’autre pour achever cette œuvre de vie que tu représentes?

Je te regarde avec orgueil. Il n’est pas une toile, pas un livre, il n’est rien qui puisse m’honorer plus que ton sourire quand tu découvres, à ton tour, le sens de ces mots en regardant ta petite fille. Tu sais le plus important de mon sentiment pour toi, parce que tu le ressens pour ta fille.

Là est notre rencontre mon fils.

Pendant le quart d’un siècle tu as été mon étoile polaire. J’ai navigué sur des mers tourmentées sans jamais sombrer parce que tu étais là.

Aujourd’hui, moins qu’hier je n’ai pas l’intention de rentrer au port. Mes voiles sont gonflées vers de nouveaux horizons. Et le plus troublant dans ce voyage sans fin, c’est de regarder mon ciel et de voir s’y multiplier les étoiles.

Ce 3 février 2009, te voilà à ta 26e année d’existence. Tu es un homme, un époux, un père… là est ta vie. Empare-toi d’elle mon fils aimé, car là est ton avenir.

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samedi 31 janvier 2009

Jean-Marie Laberge


Euphorie- Bronze - Jean-Marie Laberge


«Dix ans, ça fait danser les idées» clament Les artistes de la Maestria.

En novembre 2008, pour célébrer le dixième anniversaire de leur association, 15 peintres et sculpteurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean ont invité 15 écrivains de la région à leur valse de la mémoire.

Chaque artiste devait réaliser une œuvre de grand format inspirée d’un site ou d’un évènement touristique de la région. À partir d’une photographie de la peinture ou de la sculpture, l’écrivain a écrit un texte inspiré de la pièce à laquelle il était jumelé. L’exercice a incité les uns et les autres à créer en toute confiance, les auteurs demeurant libre de décrire, commenter ou divaguer sur la composition visuelle soumise à leur regard.



La flutiste- Bronze.
Jean-Marie Laberge


Un piège! Car j’anticipais toute la poésie d’une envolée d’outardes, le ballet d’un banc de ouananiches ou encore le geste musicale d’un concertiste, thème que l’artiste sait si bien reproduire en occultant le corps du musicien pour n’en tailler que les seuls membres essentiels à l’instrument de musique.

Une idée préconçue de l’œuvre à décrire que nourrissaient également plusieurs auteurs à l’égard de «leur» artiste. Jusqu’à ce que, confrontés à l’œuvre proposée - dans ce cas précis, le site de la Pulperie de Chicoutimi - les ébauches de textes se sont envolées. En création, rien n’est plus agréable que l’inattendu.

Pour chaque jumelage, un face à face provocateur entre le visuel et la page blanche. Le pas de danse allait devoir se soumettre : l’artiste mène le bal, l’écrivain a suivi la cadence.


Menu minet - Bronze - Jean-Marie Laberge




C’est ainsi que

Eau Vivre
bas relief en aluminium coulé de Jean-Marie Laberge,
inspiré de La Pulperie de Chicoutimi
est devenu sous les mots
Nous sommes ce que nous avons été

Un peuple dur comme le métal, orgueilleux comme la cime d’un arbre, issus d’un royaume d’eau et de forêt, déversant sa science dans les papiers porteurs de notre savoir et de notre imagination, architecte d’une histoire dont la modernité d’abord taillée dans le bois, se coule aujourd’hui dans l’aluminium. Voilà ce que je vois dans le bas-relief de Jean-Marie Laberge, intitulé «Eau-Vivre», créé pour le 10e anniversaire de La Maestria.

L’art de Jean-Marie Laberge réside dans cette fascinante habileté à mouler dans les formes sculptées l’essence d’une vision. L’ensemble de son œuvre en témoigne. N’a-t-il pas coulé dans le bronze la grâce d’un vol d’outardes?


L'envol - Bronze - Jean-Marie Laberge

La singulière élégance de la marche des empereurs de l’Arctique?


L'heure du bain - Bronze - Jean-Marie Laberge

Ou l’expression et l’intensité du doigté musical ?



Le pianiste - Bronze - Jean-Marie Laberge

Sous la contrainte d’un thème touristique imposé, l’auteur du monument «Vers l’avenir», érigé en 1988 devant l’École Dominique-Racine, a surpassé la représentation visuelle d’un lieu. Sa murale, La Pulperie de Chicoutimi, allie le symbolisme, le narratif, le figuratif dans une allégorie, impressionnante par la savante complexité du contenu et la moderne simplicité du rendu.

Eau Vivre - Bas-relief aluminium - Jean-Marie Laberge

Au centre du bas-relief, trois visages d’hommes, empreints d’une sérénité intemporelle, s’emparent du premier regard. Qu’importe si les traits évoquent un nom précis! Dans les sillons de chaque visage, on devine la trace d’une population laborieuse contribuant à l’édification d’un patrimoine ancré dans les entrailles d’une terre féconde. À la gauche de la murale des bâtiments rappellent la grandeur du rêve de ces bâtisseurs dont l’œuvre a succombé dans la débâcle tragique d’une crise économique pour renaître en gardienne de notre mémoire. À la droite, le langage personnel de l’artiste va à l’essentiel de la forme, partant de l’arbre transformé en billots chutant vers l’eau tumultueuse dont la forte énergie remonte en une vague vers le papier se dévidant, comme des marches d’escalier, allant des premiers grands journaux vers la base hautement significative où nous lisons : «Le Progrès du Saguenay».

Le symbolisme de cette œuvre, racontant la grande histoire de l’industrie du bois et du papier, force motrice du développement du Saguenay-Lac-Saint-Jean, prend toute son ampleur d’avoir été coulée, en cette année 2008, dans les tons gris argent de l’aluminium.
Plus éloquente, c’est impossible!


Christiane Laforge
19 octobre 2008

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vendredi 23 janvier 2009

Y'EN A MARRE!

Une Lolita s’en va t’en guerre.


Mais pas de guerre sans victimes


Y'en a marre!

Si je ne me marie pas, c’est parce que je ne veux pas être mariée. Et j’assume.

En 1981, en prévision de mon mariage, j’ai payé un notaire pour qu’il prépare un contrat en séparation de biens. J’étais une femme adulte épousant un homme adulte, tous les deux conscients de nos droits et devoirs. C’était notre CHOIX d'homme et de femme LIBRES d’opter pour la séparation de nos biens.

En 1989, la ministre Monique Gagnon-Tremblay a concocté et imposé la loi 146 sur le patrimoine familial. Sous-entendant notre incapacité intellectuelle d’évaluer les conséquences de notre liberté d’établir un contrat d’union tel que nous le voulions. Heureusement pour les conjoints mariés avant le 1er juillet 1989, nous avons eu le privilège de retourner, à nos frais, devant un notaire, avant le 1er janvier 1991, pour nous soustraire à cette loi (close dont s’est prévalu la ministre elle-même, voir note à la fin). Une décision dont je me suis félicitée lors de mon divorce.

Il y a quelques années, toujours adulte, responsable et consciente de mes actes, je me suis engagée dans une union de fait. Pas question pour moi d’un mariage m’imposant les contraintes d’un régime matrimonial dont les règles ne me conviennent toujours pas (la loi 146 me prive du droit de disposer de mes biens à ma convenance). De toute façon, nous pouvons, si l’un et l’autre le veulent, établir un contrat d’union, conforme à ce que nous souhaitons.

Et voilà que l’issue d’un procès pourrait remettre MA liberté en question et celle de 34% des couples québécois qui ont choisi de ne pas se marier. Je me sens insultée quand les «très désintéressés» avocats mettent en doute la capacité des femmes et des hommes de prendre des décisions éclairées.

Que les enfants nés d’une union de fait soient protégés est légitime et souhaitable. Chaque parent doit être tenu de contribuer au bien-être de ses enfants de façon responsable et équitable.
Pour les adultes, à chacun d’assumer ses choix.

Sinon, quelle alternative restera-t-il aux amoureux désireux de cohabiter?

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Note 1 : 1.Tous les couples mariés tant avant qu'après le 1er juillet 1989 sont soumis aux dispositions relatives au patrimoine familial. Cependant, les couples mariés avant le 1er juillet 1989 pouvaient se soustraire à cette loi par une convention notariée signée avant le 31 décembre 1990. Au-delà de 60 000 couples se sont désengagés de l'application de cette loi. Mme Monique Gagnon-Tremblay, ministre qui avait parrainé cette nouvelle loi et qui avait vanté les mérites et les qualités intrinsèques de cette mesure de protection, s'est soustraite à l'application de cette loi. (S. Dansereau, 4 janvier 1990)


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samedi 17 janvier 2009

Aux âmes bien nées...

... La valeur n'attend point le nombre des années


Élika Laforge
arrière petite-fille de l'artiste peintre
Jean Laforge


Élika, 16 mois, réclame du bleu à sa maman,
mais elle ne le met pas seulement sur le papier




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mercredi 31 décembre 2008

Adieu 2008


Devant La Maison heureuse, neige sur l'arbre aux oiseaux

Lorsque je me suis éprise de la vie, j’ignorais qu’elle allait se transformer en cheval fou, galopant bride abattue au fil des ans.

«Le temps passe trop vite» disaient mes père et mère à leur huitième décennie, oubliant avoir sermonné ma jeunesse impatiente disant : «Tu as tout le temps pour cela… Tu as toute la vie devant toi.»

Eh! Bien non, je ne l’ai pas eu le temps. J’ai voulu l’étreindre pour mieux le retenir. Il a toujours filé, insaisissable comme le vent gonflant les voiles de mon voilier. Je sentais sa présence. Une force me propulsant vers demain, orgueilleuse de fendre les eaux de ma vie vers les continents de mes passions.

Terre… Terre, crient aujourd’hui les moussaillons de ma descendance, ignorant que je ne veux pas vraiment y aller… en cette terre. Je veux pousser plus loin, être une mer sans fin, une mère sans limite.

L’humain voyageur arbore sur ses valises les vignettes des pays visités. Les souvenirs de mes traversées tumultueuses et de mes escales en ports d’attache toujours temporaires ont laissé des traces; ils collent à ma peau comme les coquillages à la coque des navires. Pas question d’en retirer un seul. Ils sont mon histoire.

Avec regret, je dis adieu : Adieu 2008.

Avec gourmandise j’ouvre les bras à 2009. Bienvenue 2009. Viens, que je t’enlace!


Le regard du père


Ariel regarde sa fille Élika


Noël 2008
Le regard d'un père sur sa petite fille.
Toute la tendresse.
La beauté.

Élika apprend l'amour.

Qu'est la crise économique à côté de cela ?

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jeudi 11 décembre 2008

Épreuves du temps d'André Boucher


© Photo André Boucher - Épreuves du temps





Condensé du reportage publié dans le Progrès-Dimanche
Les Arts, dimanche, 30 novembre 2008, p. 34

Livre d'art Épreuves du temps
André Boucher sublîme ce qui est



© Photo André Boucher - Épreuves du temps


Par Christiane Laforge

L'œil aiguisé du photographe de presse, jadis au journal Le Soleil, a su voir l'œuvre du temps. Là où nous serions si nombreux à ne percevoir qu'usure et délabrement, André Boucher a saisi la beauté cachée sous les «Épreuves du temps».

Surfaces ridées, craquelées, couches de couleurs superposées se soulevant comme pelures qu'il a encadrées dans l'objectif pour n'en retenir que l'essentiel.

Le temps est un artiste. On le constate au regard de ce livre de photographies, lancé en octobre dernier lors de l’inauguration d’une importante exposition sur ce thème qui se termine ce 30 novembre au Centres des arts contemporains du Québec, à Montréal.



© Photo André Boucher - Épreuves du temps

En 1995, le fondateur du Groupe Image, devenu photographe indépendant au service des arts et des médias, publie un premier ouvrage au titre interrogatif et précurseur? : «Est-ce que quelqu'un a remarqué quelque chose?» Lui, certainement!

En 2002, le Salon d'automne international des Beaux-arts de Montréal, rend hommage à la qualité de son travail et lui décerne une médaille d'or pour «Pelure de fer». Il était l’unique photographe parmi une cinquantaine d’exposants à cette biennale internationale.

À 57 ans, ce Saguenéen d'origine, présente le fruit de quinze années de recherches, dans un livre étonnant, à rendre jaloux les peintres en quête de formes et de couleurs exceptionnelles.

«Épreuves du temps» est un recueil de photographies sur l'érosion d'un environnement urbain qu'il nous invite à regarder autrement.



© Photo André Boucher - Épreuves du temps


André Boucher est perçu par certains comme un photographe impressionniste. Si l’on conçoit que l'impressionnisme se caractérise «par une tendance à noter les impressions fugitives, la mobilité des phénomènes plutôt que l'aspect stable et conceptuel des choses», le terme convient à son approche photographique qu’il résume superbement : «Créer pour capter l'instant magique qui se livre, se révèle pour sublimer ce qui est, témoigner de ce qui fut. Créer pour laisser une trace, quelques grains de lumière et un peu de son âme derrière soi.»

Le livre

À la découverte du livre «Épreuves du temps», la surprise est totale. À moins d'être familier avec le travail du photographe André Boucher, on se convainc de feuilleter un livre d'art représentant les toiles d'un peintre.

Christine Leroy, qui signe le texte de présentation, l'exprime très bien: «Oscillant entre abstraction et figuration, impressionnisme et automatisme, la photographie d’André Boucher surprend malgré elle, emprunte un langage pictural qui nous confond. Elle se joue des limites, du temps, de l’histoire de l’art et des hommes, pour leur livrer, dans une éclatante métaphore chromatique, le devoir de vigilance.»

Voir au-delà

À défaut d'avoir pu visiter son exposition «Épreuves du Temps» qui se terminait le 30 novembre dernier au Centre des arts contemporains du Québec, le livre offre une alternative des plus séduisantes. L'œil est confondu. S'agirait-il de peintures qu'on ne serait pas moins curieux de tourner les pages pour découvrir tout un monde de formes et de couleurs. Savoir regarder. Dépasser l’apparence pour voir au-delà. André Boucher ne pratique pas uniquement l’art de la photographie, mais aussi l’art de regarder. Derrière sa lentille, il montre le chemin d’inattendu.

Sans doute passerions-nous à proximité de ces surfaces, murs ou portes, bois ou métal - on ne peut pas nommer «la chose» - sans y voir plus que la corrosion des jours. André Boucher a choisi de s'en approcher, captant les strates révélatrices de toute une histoire à deviner.

Il le dit lui-même : «Je cherche l'inédit, l'inattendu, l'éphémère, le viscéral, les textures et les couleurs qui deviendront intemporelles avec une dimension insoupçonnée.»



© Photo André Boucher - Épreuves du temps

Œil de maître

Dans certaines photographies, on pourrait prétendre voir un paysage, grand ciel bleu dominant une plaine désertique où la verdure peine à s'étendre. Pour d’autre, une parcelle d’un tout plus grand dont l’absence de forme à reconnaître cède le pas devant l’abstrait où tout demeure en équilibre, comme la toile réussie d’un maître peintre.

Sillonnant les rues de Montréal ou s'échappant sous le soleil de la Havane, le regard du photographe s'attarde sur les surfaces dont il cerne les effets résultants du temps, sa durée comme ses intempéries et son soleil.

«L'artiste nous livre une vision très personnelle, un regard unique et pourtant empreint d'universalité, une œuvre métissée et multiple entre accent zen et expression baroque, nordicité et exubérance tropicale, faisant écho à la diversité du monde», conclut Christine Leroy.

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Entretien avec André

Devant les œuvres exposées du photographe André Boucher ou même les reproductions de son livre «Épreuves du temps», les spectateurs, même des professionnels de la peinture, sont mystifiés, croyant admirer des peintures. Armand Vaillancourt ne s’y est pas laissé prendre. «C’est un des rares, constate André, ajoutant, mais je ne fais pas cela pour mystifier. C’est un problème de perception. Ma perception. Je photographie les ravages du temps sur le bois ou le métal comme on fait de la récupération. Je vois la beauté.»

Évoquant Cuba où il a mitraillé des lieux vétustes, il raconte : «Pour moi, c’est un paradis. Pour eux c’est un cauchemar. Finalement, ils se rendaient compte que je trouvais beau leur environnement.»

À sa manière de regarder, André Boucher réconcilie l’âge et ses rides. C’est toute l’histoire d’une vie qu’il saisit dans l’objectif de l’appareil photo.

Du vol à l’envol

Après ses études au Cégep de Jonquière et quelques semaines d’apprentissage au Progrès-Dimanche en 1972, André Boucher hésite entre rester pour la naissance du nouveau journal Le Quotidien, né en octobre 1973 et un poste de photographe de presse au Soleil de Québec. Admirateur de Don McCullin, il préfère l’esthétisme du sujet que la contrainte conventionnelle du fait divers. Ses confrères le surnomment «Le poète aux vertes espérances».

Le vol de tous ses appareils de photo, au début des années 1980, provoque son envol vers une indépendance ponctuée, «de simplicité volontaire» commente-t-il avec humour.

Les trois ans du Groupe image , «où j’ai compris que je n’étais pas un tenancier de galerie», les tribulations dans le monde des artistes comme photographe indépendant, les incursions dans le monde du cinéma, du documentaire et de la télévision (Laflaque en 2D), tout ce qu’il a fait l’a conduit à cette publication audacieuse du livre «Épreuves du temps», tiré à 1000 exemplaires, aux éditions Carte Blanche.

Les pages du livre représentent la somme de 15 années d’expériences humaines et techniques, entre 1986 et 2004. «Je suis issus d’une école très mélangée», résume-t-il, concluant que «la photo numérique c’est libérateur. Mais attention, mes photographies sont sans altération, elles ne sont pas modifiées.»



André Boucher dédicace son livre à Claude Péloquin
© Photo Michel Tremblay


La tête pleine de projets, l’artiste prévoit se donner quelques semaines de repos avant d’entreprendre une nouvelle étape, dans le documentaire. Il est question d’une collaboration avec le poète Claude Péloquin et de nombreuses autres idées jaillissant du temps consacré à numériser tous les négatifs accumulés au cours de sa carrière de photographe de presse.

«Heureusement, j’avais gardé mes droits d’auteur sur tous mes négatifs.» Ouf! S’exclame-t-il, songeant à la destruction massive des nombreuses archives de presse, brûlées pour faire de la place.

Sachant si bien regarder le passé, André Boucher, artiste photographe, a tout l’avenir devant lui.

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vendredi 5 décembre 2008

Babine... s'émerveiller encore!


Il y a des films qui nous enchantent



Photo - © 2008 Alliance Films Inc.
Vincent-Guillaume Otis (Babine) et Luc Picard (Toussaint Brodeur)



Progrès-dimanche
À l'écran - Télé et cinéma, dimanche, 30 novembre 2008, p. 43

Babine

Irrésistible!

Christiane Laforge

Irrésistible Babine! Ce conte filmé de Fred Pellerin, réalisé par Luc Picard est un cadeau. On en porte le souvenir comme un bijou au cœur. Un charme magique qui nous rassure, convaincu désormais de ne jamais succomber au désabusement parce que le ciel de Pellerin est envahi par les lucioles.

Que l'on connaisse les personnages de Fred Pellerin par ses livres ou ses spectacles ou non, importe peu. Dès la première image, en plongée sur la vallée profonde où se niche le petit village de Saint-Élie-de-Caxton, le spectateur est séduit.

Il suffit de s'abandonner, guidé par la voix du narrateur (Fred Pellerin) qui va décrire les tourments, les chagrins, les joies de Babine, le fils de la sorcière, et des gens de son village au temps où on "fabriquait de la démesure sur le grandiose de notre quotidien".

On y raconte ce pays du barbier de sévices, de la belle Laurette, prix Nobel de l'amour" effeuillant sans fin la marguerite, de la fumeuse de bonne aventure, des mains de fer en quête de velours. On y décrit les déboires du Forgeron amoureux de la Veuve St-Barnabé, maîtresse du Vieux curé, de Madame Gélinas enceinte depuis vingt ans, du Curé Nouveau qui pratique l'art "de punir le coupable et culpabiliser les autres". Bref! comme le dit si bien le conteur, il s'agit "d'un rêveur du minuscule qui récolte l'incroyable".

Une équipe

Photo - © 2008 Alliance Films Inc.

La distribution : Vincent Guillaume Otis, Luc Picard, Alexis Martin, Isabel Richer,Marie Brassard, Julien Poulin, Marie-Chantal Perron, Antoine Bertrand, René Richard Cyr, Maude Laurendeau, Gildor Roy

Le film est le résultat d'un véritable travail d'équipe. À l'imagination débridée du conteur, plusieurs ont ajouté leur science. Joanne Arseneau apprenant à Fred Pellerin les contraintes d'un scénario, Luc Picard brossant la part d'humanité des personnages que le conteur percevait comme une bande dessinée. "Luc a étoffé les personnages et l'univers visuel du scénario: il les a rendus plus réalistes pour l'écran." Savoir garder la folie de l'un tout en préservant le réalisme de l'autre.

Savoir aussi capter en chaque comédien l'étincelle propice à la magie essentielle à une telle histoire. La distribution est un coup de maître. Chaque rôle est superbement campé. À croire qu'il n'y a que des premiers rôles.

Vincent-Guillaume Otis crée un Babine d'une naïveté touchante. L'innocence dans sa beauté. La gentillesse enrobée de courage et de générosité. L'expression de son visage, le langage du corps, la maîtrise des gestes, tout est réussi dans ce jeu qui nous révèle un grand comédien.

Luc Picard (Toussaint Brodeur) a la flamme qui convient à cet original tout en tendresse et passion, Isabel Richer (La sorcière) a la beauté et la prestance... De quoi damner un saint et exaspérer le Curé Neuf (Alexis Martin) détestable à souhait comme il se doit dans un conte bien fait. René Richard Cyr peut se laisser aller à toutes les fantaisies dans le rôle du décoiffant Méo Bellemare.

Le langage

Le mieux sera de les découvrir dans ce film dont le visuel n'a rien laissé au hasard. En recomposant le village de Saint-Élie-de-Caxton, Nicolas Lepage, concepteur visuel et Jérôme Sabourin, directeur de la photographie, sont parvenus à ancrer les lieux dans un mélange de réalité fantastique.

Un budget de 6,3 millions$, 200 plans d'effets visuels. C'est déjà un exploit. Et pourtant, s'il y a tant de magie dans ce film, s'il nous reste collé à la mémoire, c'est par une singulière et magnifique symbiose entre Fred Pellerin et ses interprètes. Les tournures de phrases, les expressions, la poésie et les prouesses verbales qui font la popularité du jeune auteur nous sont rendues avec un naturel désarmant dans la bouche des comédiens. Un beau film! Un grand film!

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Astérix aux Jeux Olympiques



Il y a des films qui nous déçoivent


Oélix (Gérard Depardieu) et Idéfix
Astérix aux Jeux Olympiques
Photo Brono Calvos / Laurent Pons
© 2007 Les Éditions Albert René / Goscinny - Uderzo





Progrès-dimanche
À l'écran - Télé et cinéma, dimanche, 16 novembre 2008, p. 47

Astérix aux Jeux Olympiques

La médaille d'or du pire cinéma

Christiane Laforge

Déception assurée pour les fans de Goscinny et Uderzo, pères d'Astérix le Gaulois qui voudront se procurer le troisième film de la série Astérix, maintenant disponible en DVD. Frédéric Forestier et Thomas Langmann ont produit un véritable navet non comestible.

Il a fallu se donner beaucoup de mal pour que le film "Astérix aux jeux olympiques" coiffe les lauriers du dérapage le plus réussi. Une couronne fanée de 80 millions d'euros. La participation des professionnels du sport Zidane, Mauresmo et Parker, clin d'œil pourtant sympathique, n'ont pu faire rebondir des répliques aussi dégonflées qu'un ballon troué. Même Michaël Schumacher n'a pu sauver la mise pour franchir la ligne d'arrivée d'une course à la débilité.

Piètre scénario

Ce film n'a rien à voir avec la bande dessinée de René Goscinny et Albert Uderzo. Le scénario en a conservé quelques répliques, reprises parfois hors contexte et bien loin de l'humour et de la finesse d'esprit de ses créateurs.

En fait, ils étaient quatre scénaristes, Thomas Langmann, Alexandre Charlot, Olivier Dazat, Franck Magnier, à concevoir une très infidèle histoire inspirée de la célèbre bande dessinée. Un attelage sans cheval de tête où chacun a dû vouloir tirer dans sa direction.

Sthéphane Rousseau (Alafolix) - Astérix aux Jeux Olympiques
Photo Brono Calvos / Laurent Pons
© 2007 Les Éditions Albert René / Goscinny - Uderzo

Cela expliquerait peut-être l'absence de cohérence de l'intrigue dont on ne sait plus si la trame repose sur les tentatives répétées de Brutus pour tuer César ou sur la compétition olympique. En introduisant de nouveaux personnages - Brutus (Benoît Poelvoorde) malgré tout assez crédible, Alafolix (Stéphane Rousseau) condamné à un rôle sans panache ou la princesse Irina (Vanessa Hessler) sans consistance - en modifiant l'intrigue originale pour l'abêtir dans un conte maladroit où la princesse doit épouser le vainqueur, la trahison est complète. Le chien Idéfix a finalement le meilleur rôle.

Les producteurs de ce désastre ne prétendent pas reproduire au cinéma la bande dessinée de Goscinny et d'Uderzo. "Tirée de l'oeuvre de ..." spécifie le générique. Encore heureux de le préciser car cette parodie douteuse est tout ce que l'on veut, sauf inspirée. Difficile de ne pas y percevoir un opportunisme malsain, croyant profiter lucrativement, du battage médiatique pré-olympique des jeux de Beijing.

Sauve qui peut


Alain Delon dans le rôle de César - Astérix aux Jeux Olympiques
Photo Brono Calvos / Laurent Pons
© 2007 Les Éditions Albert René / Goscinny - Uderzo

Dommage pour Stéphane Rousseau. Faire partie d'une distribution prestigieuse devait le ravir. Ce rôle d'Alafolix ne sera certainement pas sa meilleure carte de visite. Le personnage est d'une telle vacuité que tout le talent qu'on lui connaît et qui n'apparaît pas ici n'a aucune chance de sauver le personnage. Le César campé par Alain Delon parvient à se hisser quelque peu au-dessus d'un jeu d'acteur désespérément nul.

Quelques scènes, trop rares, permettent de croire qu'il y a eu un minimum de compétence au service de ce film... sans doute un intrus se trompant de plateau: César vu de dos, bras levé, comme pour saluer d'un seul geste toute la grandeur de l'armée romaine, une mer de soldats en rangs parfaits nous rappelant Star Wars. Ainsi que certains passages de la course de chars.

Mais ce "peu" est rapidement oublié devant les bourdes répétées d'une équipe qui a peut-être voulu remporter la médaille d'or du championnat peu enviable du pire cinéma.

© 2008 Progrès-Dimanche.

Astérix aux Jeux olympiques (France, 2008). Réalisation : Frédéric Forestier et Thomas Langmann. Scénario : Alexandre Charlot, Olivier Dazat, Franck Magnier et Thomas Langmann, soi-disant inspiré de la bande dessinée de Goscinny et Uderzo. Production : Jérôme Sedoux. Musique : Frédéric Talgorn. Image : Thierry Arbogast. Montage : Vincent Tabaillon. Décors : Michail Krasnoborov Redwood. Costumes : Chloé Lesueur. Interprétation: Benoit Poelvoorde (Brutus), Clovis Cornillac (Astérix), Gérard Depardieu (Obélix), Alain Delon (Jules César), Stéphane Rousseau (Alafolix), Jean-Pierre Cassel (Panoramix), José Garcia (Couverdepus) et Adriana Karembeu, Jamel Debbouze, Francis Lalanne, Zinédine Zidane, Michael Schumacher, Franck Dubosc, Sim, Amélie Mauresmo, Tony Parker et autres grandes stars du cinéma français.

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mercredi 3 décembre 2008

La vie est belle

Ariel, né le 3 février 1983
Photo de mon fils, au quatrième jour de sa vie

Ce 3 décembre 2008, Ariel a appris que son second enfant sera un fils.

Je regarde la photo de ce bébé de quatre jours, encore toute étonnée de la puissance de cette vie qui se continue encore et encore. Le petit garçon endormi venait d'arriver dans la Maison heureuse où, maintenant devenu un homme, il va, à son tour, y accueillir son fils, au printemps 2009. Un petit frère pour Élika, petite reine de nos cœurs depuis septembre 2007.

L'amour se multiplie.

Projet de vie 2 d'Ariel et Andrée-Anne
Rendez-vous dans 138 jours


mercredi 26 novembre 2008

Dieudonné à Chicoutimi







Le Quotidien

Actualités, samedi, 1 novembre 2008, p. 4

Dieudonné appuie là où ça fait mal

Christiane Laforge

CHICOUTIMI - Ne cherchez plus du vitriol. Dieudonné a tout consommé.

J'ai fait l'con, annonce-t-il dans le titre de son nouveau spectacle. Moi non plus a répondu un public jaune-hilare, hier soir, à l'auditorium Dufour de Chicoutimi.

C'est que le très controversé humoriste français appuie là où ça fait mal. Difficile de garder les yeux fermés sur les drames d'une humanité malade de surconsommation et de ses ambitions économiques. Comment s'absoudre des fautes passées quand elles sont commises dans le présent?

"L'humour, c'est tout ce qu'il me reste", déclare-t-il après avoir brossé quelques scènes d'horreur.

Des histoires qui ont fait rire une salle de 350 personnes, où jeunes et moins jeunes ont démontré qu'ils étaient très au fait de l'actualité internationale, de la politique européenne, africaine, américaine et tout autant des hauts faits des plus grands criminels.

Évoquant le boycott que lui font subir les médias français, Dieudonné a très vite répondu aux attentes de son public, paré à entendre la rumeur voulant que Le Pen ait accepté d'être le parrain au baptême de sa fille. Tous les moyens sont bons pour faire parler de soi, faut-il comprendre, "Puisque, ose-t-il dire, si tu as pas de kippa dans une agression, on ne se déplace pas."

L'acuité du regard qu'il porte sur les comportements sociaux n'a d'égal que le verbe acide dont il use pour nous renvoyer l'image de ces "voyeurs" friands des actes odieux et des scandales dans lesquels se complaisent les médias. Quoique les coups les plus violents qu'il assène demeurent son récit sur les Pygmées. Le parallèle entre la déforestation condamnant les Pygmées d'aujourd'hui à disparaître et le sort des Amérindiens il y a 400 ans en est un bel exemple.

"Les autochtones, sous prétexte qu'ils sont là depuis toujours, ils se croient chez eux", lance-t-il.

"Mais il est où ton pouvoir d'achat?" demande-t-il au personnage fictif qui semble ne pas comprendre l'importance du pipeline traversant l'Afrique pour transporter le pétrole si "essentiel" aux Américains.

Dieudonné n'hésite pas écorcher quelques politiciens, Powell, Sarkozy, Bush et Harper, au grand plaisir du public qui manifeste son approbation. Son Colin Powell allant devant l'ONU avec "la preuve irréfutable" de l'existence des armes de destruction massive en Irak, l'interview des mères, frères et fils de criminels célèbres, les allusions à Condoleeza Rice comblent la salle qui réagit à tous ses coups.

Grinçant

Il y a des moments très intenses dans ce spectacle d'humour grinçant.

On regrette cependant certaines longueurs. Le sketch mettant en scène le président du Cameroun et une journaliste traîne en longueur et fait perdre de l'efficacité à des répliques, malgré toute l'ironie qui s'en dégage.

Les interventions du personnage, jouant le rôle de metteur en scène, n'apportent rien au spectacle. Au contraire, elles coupent le rythme et atténuent l'intensité créée par l'humoriste.

Le spectacle de 90 minutes, sans interruption, s'est terminé dans l'émotion alors que Dieudonné a récité un texte sur la Palestine dans le style de son ami, le chanteur Claude Nougaro, auquel il a emprunté l'accent teinté de soleil pour prêter sa voix à un jeune kamikaze palestinien. Un beau moment.

Irrévérencieux, cru et mordant, l'humour de Dieudonné est d'une redoutable efficacité. Serait-il un miroir, non déformant, renvoyant à chacun son image? Mieux vaut en rire! L'humour n'est-il pas tout ce qu'il nous reste? o

© 2008 Le Quotidien. Tous droits réservés.


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vendredi 14 novembre 2008

Obama, 44e président des USA



Le 4 novembre dernier, plutôt que d’assister, à la salle François-Brassard du Cégep de Jonquière, à la représentation inattendue de «Barabbas dans la passion l'origine du premier clown noir», que je me réjouissais pourtant de voir enfin, j’ai succombé à la tentation de suivre le dépouillement du vote des Américains. Je voulais assister en direct à la fin du règne républicain et à l’élection du premier président née d’une femme de race blanche (Ann Duham) et d’un homme de race noire (Barak Hussein Obama Sr.). Je savais que le Théâtre du Faux-Coffre m’offrirait, le printemps prochain, une autre chance de les voir sur scène. Je n’avais que ce 4 novembre pour assister à cette élection sans précédent.

Au moment de choisir leur candidat à la présidence, les Démocrates ont préféré Obama. J’aimais les qualités d’Hillary Clinton. Mais bon!… on est en démocratie.

Ils ont eu raison. Les Américains ont élu Barak Obama. En fait, 349 grands électeurs sur 538 l’ont élu, ainsi que 95% des Afro-Américains, 60% des Latinos et asiatique, 56% des femmes, 66 % des jeunes de moins de 29 ans, 52% des 30-44 ans, 50% des 45-59 ans sur les 64,1% Américains ayant exercé leur droit de vote. Parmi la population blanche (74% des Américains), Barak Obama a obtenu 43% des suffrages contre 55% pour McCain.

Un homme à la peau noire accède à la présidence des États-Unis.

L’incroyable d’un temps révolu est maintenant arrivé.

Y pensant, ces derniers jours, me sont revenus ces mots de mon enfance : « Après des siècles et des siècles d'esclavage, le Belge sortant du tombeau a reconquis par sa force et son courage son nom, ses droits et son drapeau. » (3e version, 1860, de la Brabançonne). Quand l’oppressé se redresse, il y gagne en grandeur

Le symbole est beau!

Le discours de Jon Favreau, oh! pardon… le discours d’Obama, chargé d’une force émotive impressionnante, a su l’exprimer. Et ce récit de la dame centenaire afro-américaine, témoin vivant de nombreux changements sociaux et politiques, quelle image puissante!

Depuis le 4 novembre, les commentateurs utilisent les mots : espoir, rêve, changement. Les attentes sont si grandes à l’égard d’un seul homme que je m’inquiète.

Non non, je n’aurais pas voulu de McCain. encore moins le jour où il nous a présenté Sarah Palin comme aspirante à la vice-présidence. Je n’ai pas l’esprit républicain. Farouchement libre penseur, je crains les gens de droite autant qu’ils me désolent.
Mais que de questions encore sans réponse sur ce 44e président d’un pays que 53% des 64,1% votants, soit environ 34% des Américains de 18 ans et plus, ont élu.

Mon rêve à moi… peut-être la prochaine étape dans cette évolution : une femme multiraciale, socialiste et athée à la présidence des Etats-Unis?

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samedi 1 novembre 2008

Jérémie Giles


Jérémie Giles
© Photo Jeannot Lévesque - Le Quotidien

L'art au service d'une cause humanitaire est une constante dans notre société québécoise. Jérémie Giles en a fait un code de vie depuis longtemps. Le peintre sculpteur de Jonquière a présenté une grande exposition de 75 tableaux, inaugurée le 2 octobre dernier, à l'Agora de la Maison du Citoyen de Gatineau. L'ensemble des œuvres ont été mises en vente sous forme d'encan silencieux au profit de La maison Mathieu-Froment-Savoie, centre de soins palliatifs fondé en 1999 à la mémoire du jeune violoncelliste prodige Mathieu Froment-Savoie, mort d'un cancer à l'âge de 13 ans.

Sur les toiles peintes au nom d'un jeune artiste, Jérémie a composé les couleurs des lieux aimés de sa vie. Ses Extraits du pays portent un regard appuyé sur la beauté de sites particuliers, croqués au crayon ou à la caméra dans les territoires variés de ses pérégrinations à travers le Québec. Homme de toutes les terres, plutôt que de se faire le chantre d'un seul pays, le peintre capture l'essence du lieu unique pour en extraire ses traits universels. C'est ainsi que ses paysages peuvent être de partout dans l'univers nordique, tout en nous étant familiers dans la force évocatrice de ses eaux et la luxuriance de ses forêts.


© Toile de Jérémie Giles
© Photo Jeannot Lévesque - Le Quotidien

Du portrait au paysage, du figuratif à l'abstrait, les techniques de l'art n'ont pas de secret pour lui. Explorateur d'expérience, il ne s'impose aucun style, sinon le sien, préférant adapter son coup de pinceau à l'intention qui sous-tend un projet. Pour cet encan silencieux, le langage de ses toiles était celui du paysage.

« Le paysage pour moi, ce n'est pas la maison dans un décor, ni l'homme ni l'animal... Je ne m'intéresse pas à ça. Notre paysage c'est d'abord le ciel, le roc, la flore et l'eau. Je veux me concentrer sur l'aspect du paysage vierge. Essayons d'apprécier l'esthétique des choses plutôt que la reconnaissance. »

Concepteur et réalisateur de vastes projets, Jérémie Giles annonce que cette exposition était la dernière d'une telle ampleur qu'il réalisera. Il a puisé dans ses réserves de collections antérieures pour compléter le nombre imposant des toiles, bien qu'une grande partie ait été conçue au cours de la dernière année. Une tâche d'envergure dont il ne s'est laissé distraire que par quelques sculptures, dont deux bustes de peintres du Saguenay (Jean-Paul Lapointe en 2007 et Jean Laforge en 2008) et, pour bientôt, un bronze grandeur nature de Mathieu Froment-Savoie jouant du violoncelle. S'ajoute une intéressante exploration d'une théorie en art visuel qu'il nomme le
parcellisme.

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L'exposition
Extraits d'un pays n'est pas la première du genre que réalise cet artiste. La liste est longue des entreprises d'envergure qu’il a menées à bien. Sa force réside dans un caractère fonceur autant que frondeur, indépendant jusqu'à l'absolu, qui n'a jamais retenu le sens du mot impossible.

Qu'une idée traîne dans les parages, Jérémie Giles la cueille comme d'autres ramassent les coquillages. Il ne se contente pas d'écouter le chant de l'océan d'une coquille vide collée à son oreille. Il n'aura de cesse que s'il parvient à faire entendre ce chant à tous les autres.

L'art est un miroir

Il a tenu plus de 46 expositions solos et 32 expositions de groupes. Fondateur du Symposium de peinture de Baie-Comeau, il y avait bâti et animé le Centre d'art Manicouagan, lieu de rencontre des grands poètes et peintres réputés, jusqu'en 1992. Passionné d'histoire et de sciences naturelles, il a réalisé deux importants centres d'interprétation des sciences de la terre, le plus récent étant l'Écomusée de Hull, inauguré en 1997.

Créateur de plusieurs dessins armoriaux et de plusieurs sculptures publiques pour des villes québécoises, il a sculpté l'explorateur Samuel de Champlain, une œuvre de trois mètres de hauteur coulée en bronze, inaugurée à Gatineau en septembre 2004 pour commémorer le 400e anniversaire de l'établissement de la première colonie française en Amérique.

Pédagogue-né, l'artiste accepte difficilement les limites. Las des restrictions budgétaires et coûts faramineux des droits de reproduction, il a trouvé un moyen original et exceptionnel de monter une exposition thématique sur l'expression identitaire canadienne à travers la peinture. À défaut de rassembler des œuvres témoins, Jérémie a contourné tous les obstacles dans une démarche titanesque se traduisant par une exposition itinérante de 72 tableaux, signés Jérémie, représentant autant de peintres canadiens décédés.

Cette collection complète porte le nom L'art est un miroir car, explique l'artiste:
« L'identité d'un peuple correspond à sa façon de s'exprimer et aux moyens qu'il emprunte pour le faire. Les arts, sous toutes leurs formes, sont justement les fenêtres à travers lesquelles les autres nous perçoivent et nous reconnaissent. »

Jérémie a brossé le portrait de 72 peintres sur une toile de fond reproduisant, dans le style propre à l'artiste représenté, une de ses toiles. Du Ayotte, du Borduas, du Cosgrove, du Fortin, du Jackson, du Krieghoff, du Pellan, du Villeneuve, de la main d'un peintre unique.

Un travail de quatre années de recherche et d'exécution.
« C'était un défi, dans le sens que je m'apercevais que la grande majorité ne distinguait pas ce qu'était l'art canadien. Je ne voulais pas projeter des diapositives sur un artiste, mais faire une lecture de son art, de sa démarche. »

La collection circule dans l'Ouest canadien. Viendra-t-elle au Saguenay-Lac-Saint-Jean? Il en coûterait moins de 10 000 $, mais cela semble trop cher pour nos institutions muséales.



L'art donnera-t-il un nouveau sens au mot parcellisme? Loin de l'entendre comme l'éparpillement d'une force commune, Jérémie Giles verse dans son
isme l'anoblissement du détail.




© Jérémie Giles - Toile peinte reproduisant une parcelle
d'une toile figurative (voir photo suivante)
© Photo Jeannot Lévesque - Le Quotidien


© Jérémie Giles - L'encadré intérieur cible la parcelle
destinée à être reproduite en grand.
(voir photo précédente)

© Photo Jeannot Lévesque - Le Quotidien


Démontrant que la composition globale d'une toile est la somme de parties équilibrées, il en extrait une parcelle minimale qu'il reproduit en grand.

« Je me demandais depuis ma vingtaine: pourquoi faut-il que l'image soit représentative de quelque chose ou de quelqu'un pour être appréciée? Pourquoi les formes et les couleurs ne peuvent-elles pas à elles seules communiquer un sentiment aussi puissant que celui de l'image identifiable ou reconnaissable? »

La question exigeait une réponse. «Cela m'a incité à explorer les moyens capables de démystifier ce passage du figuratif au non-figuratif tout en permettant d'apprécier également l'une ou l'autre forme d'image. »

Entraînant divers observateurs non initiés dans sa démarche, Jérémie a constaté que la personne, découvrant comment on pouvait extraire une image dite abstraite d'une image figurative, se montrait beaucoup moins réticente à observer et sentir des œuvres moins conventionnelles. « J'ai toujours pensé que l'œil évoluait lorsque la ligne qui sépare les deux formes d'art s'estompait. »

Pour inaugurer la présentation publique de sa démarche et illustrer le parcellisme, l'artiste juxtapose la toile figurative et la toile non figurative, reproduisant une parcelle agrandie de la première.

« En choisissant d'encadrer une parcelle d'un sujet ou d'une image dont nous sommes l'auteur, de transposer celle-ci sur une surface agrandie, on réalise ainsi un tableau parcellaire. C'est-à-dire que cette création est une composition faite selon les valeurs chromatiques, de lignes et de formes et surtout, selon un certain ordre esthétique. Ainsi, est né le parcellisme, une oeuvre abstraite, mais néanmoins concrète. »

Dans l'histoire de l'art, on apprend que les courants artistiques sont le résultat d'explorations menées dans l'univers des mots, des sons, des formes et des couleurs. Le peintre invite les créateurs à ouvrir grandes les fenêtres aux risques et périls de passer pour un illuminé. Il conclut: «L'image n'a jamais eu à être identifiable pour être signifiante, exaltante et inspirante. »

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Ce texte est la reprise modifiée d’un reportage signé Christiane Laforge
publié dans le Progrès-Dimanche du 28 septembre 2008




lundi 20 octobre 2008

Triple deuil

En moins d’une semaine, sur deux continents, j’ai dit adieu à trois personnes.
Jean-Guy Barbeau, Georges Gillotay et Gilles Paradis.

Jean-Guy
Pour le premier, il était 11h quand j’ai su. Quatre heures plus tard, j’avais «pleuré» les mots de ce chagrin dans un texte publié le lendemain dans les pages du journal Le Quotidien.

Georges

Pour le second, ce fut plus discret. Une lettre à son fils Patrick, en Belgique, pour lui dire toute l’affection de sa famille québécoise. Georges était venu au Québec en 1988, en compagnie de Suzanne. Quelques semaines inoubliables, disait-il. Je l’ai revu, pour la dernière fois, chez lui, en 1998. Nous avons écouté chanter Helmut Lotti, ravi de me prendre en défaut, lui qui connaissait Vigneault, en m’informant que ce chanteur est belge.

Gilles



Gilles Paradis, été 2008
© Photo Jeannot Lévesque

J’ai connu Gilles Paradis avant de m’inscrire parmi ses consœurs de travail. C’était vers 1963. J’étais à l’âge où les parents disent aux enfants d’aller jouer dehors pour ne pas déranger les grandes personnes. Branle-bas de combat dans la maison : deux journalistes étaient attendus. L’aura du mot journaliste! Une espèce capable de provoquer le fantasme à la seule idée d’être doté de ce pouvoir de vaincre l’anonymat.

Gilles venait rencontrer mon père pour parler du projet «Parc Royal», un plan de développement touristique des monts Valin, avec pentes de ski, descentes des rapides, chasses à courre, et plus encore. Ce n’était pas une première pour papa. Il avait déjà fait les manchettes avec son pouvoir électrique construit sur la décharge, pourtant bien modeste, du lac artificiel qu’il avait fait naître à Saint-Honoré.

Puis ce fut mon tour, en 1972. Gilles Paradis, journaliste aux arts pour Le Soleil, avait écrit un reportage à partir des coupures de presse des journaux belges sur l’exposition de Jean Laforge à Bruxelles et le lancement, en présence du consul canadien, de sa biographie écrite par sa fille : «Christiane et Jean Laforge charment les critiques belges» écrivait Gilles Paradis. J’étais loin de soupçonner que nous allions tous les deux faire partie de l’équipe fondatrice du Quotidien, en 1973.

Gilles était celui qui demandait : «Comment vas-tu?» en demeurant attentif à la réponse. Ce n’était pas une formule de politesse, mais bien une vraie question. Je l’ai compris, un 24 mars. C’était mon anniversaire et personne ne semblait s’en soucier. Je me suis donc invitée au restaurant La Calèche pour un repas en solitaire. À l’entrée, j’ai croisé Gilles Paradis quittant les lieux.

- Ça va ? me demande-t-il, ajoutant aussitôt à ma grise mine :
- Ça va pas ?
- Juste mon anniversaire en solitaire, ais-je répondu.

Il est parti… Et revenu quelques minutes plus tard, une rose à la main.

Il était ainsi Gilles. D’une gentillesse à vous émouvoir. Et, je le regrette aujourd’hui, je ne lui ai jamais dit que cette rose amicale ne s’est jamais fanée.

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vendredi 17 octobre 2008

La culture, un enjeu politique en 2008




Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche, 12 octobre 2008, p. 52

La culture, une première au débat

Christiane Laforge

Rarement, voire jamais, les arts ont été un enjeu électoral au Canada. Il faudra se souvenir de cette élection d'octobre 2008, alors que la question des subventions au développement, au soutien et à la diffusion internationale de la culture est de toutes les tribunes. Si bonne soit ma mémoire, je ne me souviens pas d'un débat des chefs où il a été question de la culture et des artistes, comme ce fut le cas le 30 septembre dernier. Pourtant, sans distinction d'allégeance, l'incurie de nos gouvernements successifs à l'égard des arts n'a jamais fait défaut.

Outrée

Les organismes et les institutions de la culture sont constamment à se battre pour leur survie, dépensant une énergie folle à défendre leur existence avant de pouvoir songer à investir dans leur développement. Nos écoles aux classes surpeuplées craignent devoir amputer la musique, les arts visuels et le théâtre de leur programme officiel, que les écoles privées assument, à prix raisonnable certes, mais non accessible à toutes les bourses.

Et que dire des artistes, ces écrivains, peintres, sculpteurs, danseurs, musiciens, comédiens, ces créateurs dont le cerveau et le talent sont la matière première d'une industrie engendrant plus de 83 milliards $ de revenus dans notre économie collective? Alors que la grande majorité d'entre eux gagne moins de 20 000 $ par an. Une statistique où il faut tenir compte que la plupart cumulent plusieurs métiers, hors de leur profession artistique, pour subvenir aux besoins de leur famille.

Citoyenne d'une région qui étonne par le nombre incroyable de ses artistes actifs, fille adoptive d'un pays qui résiste à son assimilation, témoin privilégié d'une vitalité culturelle qui a enfanté ses héros reconnus dans le monde, je m'insurge contre les tenants du discours méprisant à l'égard des artistes.

Je suis outrée d'entendre et de lire les propos de ces "échotiers politiques" confondant les quelques "vedettes" dont se délectent les magazines populistes malheureusement populaires et les abonnés métropolitains des émissions de variétés, dites à tort culturelles, avec le créateur d'œuvres d'art, travailleur autonome sans droit au chômage ni à la sécurité d'emploi.

Mépris

Le discours démagogique d'un chef d'état et de ses subordonnés a trouvé échos auprès d'une population qui déverse un bien triste venin sur les forums de toutes les tribunes. Ils ont le temps d'écrire leur opinion dans une totale liberté d'expression. Cette liberté en voie d'être bridée par certains projets de loi, par l'abandon de programmes de soutien et les critères, non-dit ouvertement, en train de s'instaurer pour devenir éligible à une subvention (investissement?).

Pendant que chacun y va de ses qualificatifs lapidaires et injurieux à l'égard des artistes, peut-être devrait-on regarder davantage les faits.

Qui sont les gâtés?

Dénonçant les coupes récentes des subventions dans plus de 13 programmes, les artistes ont été taxés d'être gâtés et profiteurs. Dans son dernier budget, le gouvernement fédéral a annoncé 21 milliards de dollars pour stimuler l'économie canadienne (gens d'affaires, industriels, commerçants, importateurs, exportateurs: gâtés et profiteurs?). Cette mesure représente, d'ici 2009-2010, un avantage d'environ 1,3 milliard de dollars pour le secteur de la fabrication et de la transformation (Gâtés? Profiteurs?). Cela inclut 250 millions de dollars à un fonds d'innovation pour l'industrie de l'automobile (Gâtés? Profiteurs?). On s'inquiète de la Santé, de l'Éducation et du sort des familles monoparentales déclare un ministre. Le gouvernement a prévu 14,7 milliards $ pour la défense nationale.

Sur un budget global de 242 milliards, moins de 1,5% vont à la "culture". Précisons que le ministère du Patrimoine canadien chapeaute la culture, les arts, le patrimoine, les langues officielles, la citoyenneté et la participation, le multiculturalisme et les initiatives liées aux autochtones, à la jeunesse et aux sports.

En 2005, le Patrimoine canadien consacrait 66% de son budget à la culture. Aujourd'hui, la part du budget du ministère du Patrimoine consacrée aux arts et à la culture est de 58%, une diminution de 8%.

© 2008 Progrès-Dimanche.


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lundi 13 octobre 2008

Jean-Guy Barbeau


Jean-Guy Barbeau
une œuvre vouée à peindre «la femme»



Le Quotidien

Arts, samedi, 11 octobre 2008, p. 36

Le monde des arts est en deuil
Le peintre Jean-Guy Barbeau signe sa dernière toile, celle de sa vie

Christiane Laforge

CHICOUTIMI - Aussi discrètement qu’il a vécu sa vie, le peintre Jean-Guy Barbeau vient de nous quitter. Il succombe à une longue maladie qu’il a combattue avec l’élégance silencieuse qui était la sienne. Cet homme doux, humble dans le succès, a traversé nos vies en demandant si peu que sa mort éveille tous les mots retenus.

Ouf! Dirons-nous, en pensant à la grande rétrospective de ses œuvres, présentée en avril 2007 à La Pulperie de Chicoutimi, hommage lui a été rendu. Il a pu entendre et voir l’amour et l’admiration de ceux qui ont été ses élèves, ses compagnons, ses amis, tous éblouis par un maître qui n’a rien imposé aux autres sinon sa propre ferveur à atteindre l’absolu dans la forme et la couleur.

Jean-Guy Barbeau, l’insondable lac tranquille dont le calme apparent ne trahissait rien d’une angoisse persistante devant le désir impérieux de sonder le mystère de l’art! Que d’expériences, d’explorations, de doutes pour parvenir à son propre langage pictural. Que de persévérance, de travail et de recommencement pour atteindre la maîtrise essentielle à une œuvre vouée à peindre «la femme», à la rendre belle sans mièvrerie, à la confondre, avec superbe, avec les fleurs et les oiseaux. Jean-Guy Barbeau dont le silence vibrait de poésie!

Coïncidence? Pendant que les mots de ce texte hésitent sur le clavier, coule la musique de Spiegel Im Spiegel (Miroir dans le miroir) d’Arvo Part, lequel percevait sa musique comme une lumière blanche retenant toutes les couleurs que seul un prisme pouvait dissocier et rendre visibles. Barbeau a été ce prisme rendant visible ce qui est au-delà de la forme.

Le chant du monde

Résumer Jean-Guy Barbeau à son parcours professionnel et social serait aligner des tubes de couleurs sans les ouvrir. La palette de sa vie est un foisonnement de contrastes où la transparence côtoie l’insondable.

Natif de Lorettville, il a vécu son enfance à Bellechasse, avant de s’installer à Chicoutimi en 1951. Diplômé de l’École des Beaux-Arts de Québec, professeur d’arts plastiques au Secondaire à Chicoutimi, il fait partie des pionniers de l’enseignement des arts au Saguenay auprès de Pierrette-Gaudreault, fondatrice de l’Institut des arts, tout en poursuivant sa propre quête dans la solitude de son atelier de la rue Melançon, le regard rivé sur les monts Valin.

Son œuvre, trop peu connue du public, a pourtant rayonné du Québec jusqu’en Europe, où il a exposé en Pologne et en Hongrie. Et pour cause! Touche à tout intellectuel, Jean-Guy Barbeau a fait l’essai de plusieurs styles et matériaux. Émule de grands peintres, sensible à l’audace des autres, le parcours de ce peintre inclut de nombreuses tendances, allant du tachisme à l’abstrait, du fauvisme au cubisme. Des explorations d’où il est revenu avec un style bien à lui, un style qui lui survivra et fera écho à des œuvres futures. L’art de Barbeau est intemporel.

Que l’œil prenne plaisir à plonger dans les jeux géométriques de ses compositions, surfant sur les transparences savamment brossées par couches superposées, n’exclue pas une sensibilité attentive aux grandes préoccupations de son temps. Chantre de la femme, certes, mais pas seulement cela. Certains de ses tableaux évoquent les conflits guerriers, la douleur humaine, d’autres racontent notre passé. Il est l’auteur d’une imposante murale de plus de 278 mètres carrés qui parait autrefois le mur à l’accueil de la Maison de la presse inaugurée en 1980, laquelle résumait les grands moments de l’histoire de la région.

La fin du tableau

S’étonnera-t-on que le grand départ de Jean-Guy Barbeau ait lieu dans la splendeur de l’automne? L’artiste ne pouvait que souhaiter la valse pourpre et or des feuilles de nos érables pour saluer la fin de sa toile ultime. Le maître a toujours su quand déposer les pinceaux et s’incliner, avec cette modestie légendaire, devant l’œuvre achevée.

Une œuvre qui nous émeut, comme l’homme qu’il était, bien au-delà du temps!

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dimanche 21 septembre 2008

La culture en péril : investir plus encore




Progrès-dimanche

Arts Édito, dimanche, 31 août 2008, p. 44

Pour garder la flamme

Laforge, Christiane

Les bravos retombés, les projecteurs éteints, les haut-parleurs muets, le rideau se ferme en douceur sur une autre saison de spectacles et festivals d'été au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Des années d'apprentissage, des années de pratique, des mois de répétitions pour exister quelques heures sous le regard d'un public qui en a tant vu déjà. Je m'incline.

Je m'incline... émue. Parce que dans ce Canada du XXIe siècle ces artistes professionnels, ces jeunes passionnés, convaincus de la raison d'être de leur art, ont le courage de refuser que s'éteigne la flamme que des politiciens s'évertuent à noyer avec une désinvolture révoltante.

Les dernières gifles infligées aux artistes par le Gouvernement Harper soulèvent, depuis plusieurs semaines, un tollé de protestations à travers le pays. Espérons que leurs voix seront entendues. L'enjeu est de taille pour notre avenir.

Et pourtant

Tous le disent: les arts ont besoin de plus d'investissements qu'ils n'en obtiennent actuellement. De plus, Joseph L. Rotman le confirme ainsi que le dernier rapport du Conference Board publié le 26 août, "la contribution directe du secteur culturel canadien à l'ensemble du produit intérieur brut (PIB) du pays a atteint quelque 46 milliards de dollars ou 3,8 % en 2007. Dans cette analyse, intitulée Valoriser notre culture: mesurer et comprendre l'économie créative du Canada, le Conference Board estime que les répercussions du secteur sur l'économie sont encore plus vastes; elles s'élevaient à 84,6 milliards de dollars en 2007, soit 7,4 p. 100 du PIB réel total."

Cette industrie emploie plus de 616 000 personnes au Canada.

Toutefois, lit-on dans le rapport du Conference Board, "lorsque l'on prend en considération l'incidence directe, indirecte et induite du secteur culturel, on constate qu'au total 1,1 million d'emplois lui sont attribuables."

Puisque nous avons voté pour les tribuns d'une société réactionnaire et capitaliste, assumons. Mais puisqu'ils sont capitalistes, ces élus devraient être sensibles à l'impact économique de leurs décisions. Est-ce trop demander un peu de cohérence à défaut d'idéal?

Investir

Le vent dominant du gouvernement fédéral pourrait - pourrait? - très bien contaminer les administrateurs des fonds publics de nos municipalités. La vigilance s'impose, alors que nos producteurs et créateurs du Saguenay-Lac-Saint-Jean doivent plus que jamais obtenir le soutien de leurs élus, hors de toute partisanerie politique.

La baisse drastique du nombre des touristes, crise qui affecte de nombreuses régions d'ici et d'ailleurs, doit nous inciter à défendre par tous les moyens le maintien et le développement de nos produits culturels. Le Théâtre du Palais municipal a subi un dur revers cet été. Loin d'y voir une raison de baisser les bras, il nous faut au contraire y investir tout autant. Et s'il faut remettre en question le contenu du produit qui se doit de rivaliser avec ce qui se fait ailleurs dans le monde, sachons y mettre les ressources et le temps pour ce faire.

Sachons aussi investir dans le développement d'autres productions qui ont su démontrer une étonnante créativité tout en faisant preuve d'une gestion rigoureuse. Imaginons ce que deviendra Ecce Mundo avec un budget d'un million de dollars et une salle conçue sur mesure. Cette production est sans doute celle qui se rapproche le plus des grands spectacles de notre monde moderne dont le Cirque du soleil et Robert Lepage sont des leaders éblouissants.

Plutôt que de réductions de budgets et abandons de programmes de soutien c'est d'investissements accrus qu'il faudrait parler. Il y a plus d'avenir dans un pas de danse que dans une balle de fusil.

© 2008 Progrès-Dimanche. Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20080831·PD·0038


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samedi 6 septembre 2008

Jean-François Lapointe Le Magnifique!


Jean-François Lapointe a un heureux problème. Il doit veiller à maîtriser son enthousiasme à l’égard des nombreuses offres qui lui sont adressées sinon les pages de son agenda vont déborder. Il doit parfois refuser certains engagements parce qu’il a déjà dit oui ailleurs. Cela est même arrivé avec La Scala de Milan où il a chanté Pélléas en 2005.


Jean-François Lapointe dans le rôle de Pelléas
© Photo courtoise JF Lapointe

« La Scala, c’était assez exceptionnel. Premier Québécois depuis 55 ans et le premier rôle-titre jamais arrivé. Depuis, j’ai dû refuser plusieurs fois d’y retourner. Soit la date coïncidait avec mes autres engagements, soit le rôle ne me convenait pas. Je sais quand un rôle n’est pas adéquat pour ma voix. J’ai toujours été excessivement prudent à ce niveau.»

Le Monde

« De beaux projets en perspectives jusqu’en 2013 », assure-t-il.
Lors de notre entretien, il revenait des Chorégies d’Orange où il a campé un Valentin très remarqué dans l’opéra Faust de Gounod.


Jean-François Lapointe (Valentin)
dans l'opéra Faust
aux Chorégies d'Orange, août 2008

© Photo courtoisie JFL

« L’incontestable vedette de la soirée! » soulignent plusieurs critiques.
L’Europe accapare de plus en plus ce baryton, Jeannois de naissance qui a grandi à Chicoutimi et tenu ses premiers rôles sur la scène de l’auditorium Dufour aux belles heures de l’opérette du Carnaval-Souvenir. « Un véritable tremplin pour jeunes chanteurs » a-t-il toujours affirmé. Si fermement convaincu de l’importance de développer l’art lyrique en région qu’il a dirigé, pendant plusieurs années, la destinée de la Société d’art lyrique du royaume sur laquelle il garde un regard affectueux, critique et parfois… anxieux.

Laterrière

Les occasions d’entendre chanter Jean-François Lapointe seront plus rares désormais au Québec. Cela devient un privilège qu’il ne fallait pas manquer, alors qu’il était, le dimanche 24 août dernier, au Rendez-vous musical de Laterrière, pour interpréter des grands classiques du répertoire vocal avec la soprano Marie-Ève Munger et le pianiste Michael McMahon.
Denise Pelletier, amie et journaliste à la retraite qui a été mon équipière pendant plusieurs années à la Section des arts du Quotidien et du Progrès-Dimanche, en parle superbement ici.
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Le texte qui précède devait être l’introduction du reportage publié le jour même dans le Progrès-Dimanche. Le voici.



Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche, 24 août 2008, p. 46

Depuis l’âge de 22 ans
Une carrière internationale menée avec beaucoup d'entrain

Laforge, Christiane

CHICOUTIMI – Grands favoris de plusieurs directeurs artistiques d’opéras connus sur la scène mondiale, Jean-François Lapointe sent venir à lui de nouveaux personnages. Sa voix a pris de la maturité, une ampleur, une force qui le sert bien dans une carrière internationale qu’il mène avec entrain.
Que de chemins parcourus, depuis ses fougueuses interprétations des personnages sortis des opérettes Orphée aux enfers, La Veuve Joyeuse, Les Mousquetaires au couvent à Chicoutimi, précédant de peu sa victoire au Concours international de chant à Paris qui lui ouvre la voie à une carrière internationale alors qu’il n’a que 22 ans!
L’élève de Louise André à l’Université Laval de Québec et de Martial Singher à Santa Barbara a campé plus de soixante grands personnages lyriques. Obtenant sans difficulté les premiers rôles de baryton qui, par son interprétation très personnelle, deviennent siens. Dans la presse européenne, on dit «le Pelléas», «le prince Danilo» et, désormais, après sa prestation aux Chorégies d’Orange, «le Valentin» de Jean-François Lapointe.
Une belle voix ne suffit pas dans le monde lyrique. Les directeurs artistiques peuvent choisir parmi les meilleurs du monde. « Et ils sont nombreux », affirme le baryton. Un artiste doit s’emparer de son personnage, lui donner un ton, un style, un caractère tellement unique qu’il s’impose comme favoris des publics, des critiques et des producteurs.

Personnage multiple

Entre 1988 et 2007, Jean-François Lapointe a chanté Pelléas de Débussy plus de 200 fois. Ce rôle est encore à son agenda jusqu’en 2012. Après quoi, il ciblera plutôt celui de Golaud, annonce-t-il. Personnage imposant campé en 2007 à Paris par Laurent Naouri alors que Jean-François incarnait Valentin et Marie-Nicole Lemieux, Geneviève.
Son rôle de Valentin, dans Faust semble aussi voué à un bel avenir. Les critiques ne tarissant pas d’éloges : «Le baryton québécois Jean-François Lapointe fut avec une force, voire une brutalité machiste, un Valentin de grande allure à la voix puissante » écrit Philippe Gut, dans L’Humanité.
Tour à tour Hamlet, Figaro, Almaviva, Don Giovanni, Jean-François Lapointe est aussi Escamillo dans Carmen, en compagnie de la montréalaise Nora Sourouzian dans le rôle-titre. Le spectacle, présenté plus tôt à Lausanne puis à Vichy, fera une tournée au Japon en octobre prochain.
Dans son carnet s’inscrivent aussi « Les Pêcheurs de perles » de Bizet à Toulon, Claudio dans « Béatrice et Bénédicte » de Berlioz à Paris, la « Dame de pique » à Monaco en avril 2009, « Eugène Onéguine » plus tard toujours à Monaco et, dans deux ans, le rôle de Ford dans « Falstaff », son premier Verdi.
«Un rôle pour baryton lyrique, un registre vocal plus large, explique le chanteur. Ma voix s’ouvre à de nouveaux répertoires… Des défis trop beaux pour ne pas les relever.»

L’avion

Sa carte maîtresse : une bonne santé. Son regret : le temps loin de sa famille. Sa seule plainte : le stress des voyages en avion. «Le respect des horaires se détériore. La perte des bagages, cela m’arrive au moins deux fois par année. Chaque voyage comprend 4 à 5 correspondances. Par année, cela me fait de 30 à 40 vols. Tout cela ajoute à l’angoisse et à la fatigue. »
Vivre en Europe ne serait pas une solution puisque ses rôles successifs le conduisent d’une ville à l’autre, incluant exigeant des trajets de six à sept heures en train. « C’est extrêmement rare que je travaille dans une même ville… et le coût de la vie y est très cher. On est bien chez soi au Québec! J’ai toujours été conscient de ça. »
Travailler davantage sur le continent Nord-américain est utopique pense-t-il. L’opéra n’y est pas ancré aussi profondément qu’en Europe. «Comparé à Orange, la culture ici c’est le désert. À Orange, on compte 8000 spectateurs chaque soir. Les gens de tous âges y viennent du monde entier. Ils achètent leur billet un an à l’avance. Orage est un festival prestigieux, un des plus courus par le public et qui reste très populaire.»
Tellement, explique le chanteur que l’on vend des billets pour assister aux répétitions. «Pour les générales, c’était déjà ouvert au public. Mais pour les répétitions, cela devient de plus en plus courant pour une somme modeste. Et ils sont plusieurs centaines. Moi, je trouve ça affreux. Ce n’est pas facile d’essayer des choses, de se tromper… et entre artistes il y a des choses qui doivent se dire sans témoins. »
Tout n’est pas négatif cependant. Comme le rôle de Valentin n’exige pas une présence constante sur la scène, Jean-François en a profité pour aller rencontrer les gens. «C’est un échange assez sympathique. C’est unique. Ce sont des instants précieux. On sent que ces gens-là se sentent plus attachés à l’opéra. Ils viennent en famille.»
Investir
Cette ouverture à l’art lyrique est également politique. Les pouvoirs publics ne s’attendent pas à ce qu’un opéra soit rentable. Ils n’ont pas peur de subventionner généreusement, remarque l’artiste.
Dans une entrevue, accordée le 4 juin dernier à un journaliste canadien, Jean-François Lapointe exprimait son opinion en ce sens.
« Il faudrait nous rendre compte que la culture c’est important et arrêter de confondre les termes culture artistique et culture sociale. Nous n’exigeons pas des musées qu’ils rapportent de l’argent; nous savons qu’ils existent pour protéger notre patrimoine. La même chose vaut pour les arts. C’est une question de priorité des gouvernements. La culture d’un peuple, ce n’est pas seulement ses acquis sociaux (les soins de santé, par exemple). Il faut s’investir dans les choses de l’esprit, cultiver les arts pour eux-mêmes. »

Les Québécois

« Les artistes québécois ont beaucoup la cote en Europe. Ils y sont assez nombreux et très présents, dans le populaire et surtout dans la musique classique. » Jean-François Lapointe en sait quelque chose, lui qui était sur scène, pour une seconde fois, avec Marie-Nicole Lemieux (Dame Marthe dans Faust, Geneviève dans Pelléas), tandis que Hélène Collerette, occupait la place de premier violon de l’Orchestre Philharmonique de Radio France, sous la direction musicale de Michel Plasson.
Pendant les quelques semaines de répétition le travail est intense. «Tous les trois, on s’est vu pas mal, mais on n’a pas beaucoup de temps de congé.»
Marie-Nicole Lemieux a tout de même pris le temps de recevoir Jean-François Lapointe et Hélène Collerette. «Avec une tourtière, évoque joyeusement le chanteur. Une tourtière en France, il fallait le faire! »
Lorsque plusieurs artistes québécois se retrouvent dans une même production, ils sont vite, et plutôt affectueusement, ciblés comme le « clan québécois ».
« Lors des saluts, nous étions sur la passerelle qui entoure l’orchestre à Orange. On saluait en regardant du côté d’Hélène et Michel Plasson, a murmuré «Vive le Québec!»

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Jean-François Lapointe (Valentin)
Une scène de Faust aux Chorégies d'Orange, 2008
© Photo courtoisie JF Lapointe



Ce qu’ils en disent


• Jean-François Lapointe, admirable chanteur et acteur, d’un engagement total, est un Valentin héroïque mais élégant qui fait de sa mort, malgré le conformisme moral glaçant du personnage sans pitié pour sa sœur, une terrible tragédie. (Benito Pelegrin, Classique news)

• L’incontestable vedette de la soirée fut le Valentin de Jean-François Lapointe, voix ample, superbe, vivante, jouant son rôle pleinement, qui nous a touchés profondément. Mais joignons lui le passage éclair de Marie-Nicole Lemieux, dame Marthe truculente, à la voix convaincante et au jeu naturel. (Hervé Galien, Cahier de la musique classique)

• [..] Jean François Lapointe qui est plus qu'un brillant Valentin, tant par le chant que par le jeu. (Forum France 2)

• En dehors d'une distribution et d'une mise en scène très honnêtes, le grand vainqueur de la soirée fût Jean-François Lapointe pour sa magnifique prestation de Valentin. Il a tout (puissance, clarté, timbre, engagement, présence). Enfin un chanteur d'opéra qui ne se la joue pas, mais qui joue et chante. Ovation ce samedi dernier bien méritée!
(Jean-claude Meymerit, Aqui)

• Jean-François Lapointe est un Valentin d'un beau métal, sans mièvrerie, Marie-Nicole Lemieux une Dame Marthe impayable et savoureuse, véritable luxe pour un rôle aussi court. (Christian Merlin, Le Figaro)


• Musicalement, la soirée cultivait un état de grâce. Dans la transparence et la souplesse attendrie de la direction de Michel Plasson […]. Grâce aussi à un plateau vocal qui ne souffre aucune faiblesse, des émois respectueux de la très drôle Dame Marthe de Marie-Nicole Lemieux au solide Valentin de Jean-François Lapointe. (Serge Martin, Le Soir)

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jeudi 21 août 2008

Attention! danger imminent



Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche, 17 août 2008, p. 44

Dangereuses décisions à caractère politique

Laforge, Christiane

Après l'abandon annoncé du programme Routes commerciales du ministère du Patrimoine de 9 M$ à la fin de l'année fiscale, le gouvernement Harper abolit le programme PromArt du ministère des Affaires étrangères, 4,7 M$, destiné à soutenir la présence de nos artistes hors du pays. Motif avoué par voix interposées bien informées: ce programme a donné son appui à des artistes "trop radicaux, trop marginaux" qui n'ont pas le profil "de fiers représentants du Canada à l'étranger".

Il s'agit de ce même gouvernement dont les représentants tentent d'instaurer la censure au cinéma via le projet de loi C-10. Ces décisions politiques, soupçonnent plus d'un observateur avisé, sont prises en réaction à des cas individuels bien spécifiques qui dérangeraient les "valeurs" des tenants de ce gouvernement... pour le moment minoritaire, tel le groupe rock expérimental Holyfuck (3000$) ou le documentariste Avi Lewis (5000$) qui apparaît doublement "irrecevable" en tant qu'époux de l'altermondialiste Naomi Klein et collaborateur au réseau de télévision anglais d'Al-Jazira.

Ces "abolitionnistes" savent-ils que ce programme s'est enorgueilli du soutien accordé aux Grands Ballets canadiens, au cirque Les 7 doigts de la main, à la troupe Ex Machina de Robert Lepage? Savent-ils que ce fleuron québécois qu'est le Cirque du Soleil a pu se développer de 1984 à 1992 avec l'investissement de nos impôts dans ses tournées pour devenir autonome avec le succès mondial incontestable qu'il connaît?

L'apport de nos artistes

Le rayonnement de nos artistes hors de nos frontières est tout aussi essentiel au développement de la vie culturelle hors des métropoles. Des événements comme le Festival international des rythmes du monde, des productions audacieuses comme la Fabuleuse, des entreprises culturelles privées produisant en spectacles de variétés comme Ecce Mundo, Québec Issime ou en théâtre comme la Rubrique, les 100 Masques, s'inscrivent dans cette vaste et importante force économique canadienne qui contribue au PIB.

Serait-on à renier les propos du discours du trône du 2 février 2004? "Les artistes et les entreprises culturelles du Canada comptent parmi nos meilleurs ambassadeurs; ils constituent en outre un élément de plus en plus dynamique de l'économie du savoir."

Le 8 août dernier, le nouveau président du Conseil des arts du Canada, Joseph L. Rotman, a déclaré se mettre au service d'une cause qui lui est très chère: "Maintenir le Canada à l'avant-garde du développement culturel. Grâce à plus d'un demi-siècle de financement public des arts, le Canada est devenu un chef de file mondial sur la scène artistique. Cependant, trop peu de Canadiennes et de Canadiens apprécient à sa juste mesure la contribution des arts et de la culture à la société, et savent à quel point nous pourrions accomplir davantage avec plus de fonds."

Inquiétude

Le conseil québécois du théâtre se dit stupéfait à l'annonce de la fin de ce programme effective le 1er avril 2009. "Les dégâts que causera cette coupure sauvage et insensée auprès des artistes, des compagnies et des festivals de théâtre canadiens seront, à n'en pas douter, immenses. Il est inquiétant qu'un pays riche et évolué comme le Canada empêche ces artistes de rayonner à l'extérieur de ses frontières sous prétexte que ceux-ci représentent des figures "radicales" ou "marginales" comme le qualifie Anne Howland, directrice des communications du ministre David Emerson du ministère des Affaires extérieures et du Commerce international. Exigeant du premier ministre Harper l'annulation immédiate de cette décision, le CQT dénonce une attitude qu'il juge "de nature essentiellement idéologique et rétrograde, relevant du plus pur obscurantisme de la part du gouvernement conservateur".

Faut-il s'inquiéter de ce mouvement d'extrême droite où la liberté d'expression ne semble plus une valeur primordiale de la liberté individuelle et collective? Ce ne sont pas les premières coupures imposées au domaine des arts par ce gouvernement. Et pourtant, déclare le président du CAC: "Quelque 600 000 artistes et autres travailleurs du secteur culturel canadien contribuent à la renommée du Canada dans le monde et injectent plus de 43 milliards de dollars annuellement à l'économie canadienne."

© 2008 Progrès-Dimanche. Tous droits réservés.

Numéro de document : news·20080817·PD·0035


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Faisant suite à cet éditorial, CBJ a diffusé cette entrevue :

http://www.radio-canada.ca/regions/saguenay-lac/Radio/boulotdodo.shtml

archives :


20 août 2008 - Coupures dans la Culture...la région inquiète!

Le gouvernement conservateur a coupé près de 23 millions de dollars dans au moins sept programmes destinés au milieu artistique. Dimanche, la journaliste Christiane Laforge signait un éditorial dans lequel elle faisait part de ses inquiétudes. Nous la recevons en studio.

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vendredi 8 août 2008

Yvon Paré analyse Jean Laforge


Le fantôme - Huile relief de Jean Laforge
Exposée à la Pulperie de Chicoutimi
© Christiane Laforge


La Pulperie de Chicoutimi accueille, jusqu’au 11 janvier 2009, l’exposition des œuvres de Jean Laforge « Maître du relief ». Yvon Paré, chroniqueur au journal Le Quotidien où il a fait carrière comme journaliste, critique d’art et pupitreur a écrit une analyse fort intéressante sur le peintre. Il m’a aimablement permis de reproduire son texte sur ce blogue.



Actualités, jeudi, 10 juillet 2008, p. 11
Chronique


Jean Laforge échappe au temps

Paré, Yvon

Jean Laforge ne l'a jamais su, mais c'est à lui que je dois d'avoir fait carrière dans le journalisme culturel. Je venais d'être embauché comme correspondant à Roberval pour le journal Le Quotidien. On demandait à ce collaborateur de s'attarder aux conseils municipaux et aux activités à caractère politique. Alfred Hamel, l'homme d'affaires bien connu, était alors maire de Saint-Félicien et Joseph-Arthur Tremblay dirigeait Roberval. L'un de ses échevins était nul autre que Benoît Bouchard. C'était bien avant qu'il fasse carrière à Ottawa et aille s'installer à Paris comme ambassadeur. C'était vivant, souvent tumultueux, jamais tranquille.

Jean Laforge avait présenté une exposition à l'hôtel de ville de Roberval. Une manifestation qui montrait une trentaine de ses oeuvres. Comme j'étais payé au texte, je n'avais pas raté cette chance. Ce fut ma première incursion dans le domaine de la culture. Quelques semaines plus tard, Denis Tremblay, le responsable de la rédaction, me demandait si j'étais intéressé à un poste dans la section des arts du Progrès-Dimanche. Jean Laforge m'avait servi de référence et ouvert les portes, pour ainsi dire. C'est comme cela que j'ai migré du Lac-Saint-Jean au Saguenay.

La Pulperie

La Pulperie de Chicoutimi présente pendant l'été un aperçu du travail de Jean Laforge, ce peintre d'origine belge qui a oeuvré dans la plus grande des discrétions. C'est qu'il avait choisi de vivre en marge du monde dans sa maison de Sainte-Rose-du-Nord. Un retrait pour mieux réfléchir sur la vie qui l'avait malmené dans son jeune âge. Une méditation qui prenait
immanquablement la forme d'un tableau.

Les responsables de l'exposition ont choisi de s'attarder à une trentaine de tableaux, surtout des reliefs, à cette manière particulière de saisir le paysage en le découpant au scalpel. Il parvenait ainsi à "arracher" ses personnages de la toile, à créer une tension qui les rendait presque autonomes. Comme s'ils voulaient échapper à une fatalité ou une menace qui aspire et engloutit tout.


Le temps qui passe - Huile relief de Jean Laforge
© Christiane Laforge


Jean Laforge a été marqué par la guerre. La pire des calamités pour un jeune homme qui rêvait d'être peintre. Soldat, il a été capturé et détenu dans un camp d'où il est parvenu à s'échapper après de longues années. Que dire de cette perte totale du contrôle de sa vie, de cet enfermement dans un lieu surpeuplé où le moindre geste est sous surveillance? Que dire aussi de la famine et des sévices?

Les humains de Laforge sont des survivants, des spectres réduits à l'état de squelettes. Ils semblent toujours en quête d'un bout de pain et d'un refuge pour échapper aux forces qui soufflent le monde. Que ce soit Don Quichotte ou Alexis le Trotteur, tous sont écrasés par cette fatalité. Heureusement, l'amour procure une certaine embellie. Ils sont jeunes, ont plus de muscle sur les os mais ce n'est qu'un court répit. Il faut s'attarder devant "Les amoureux", où un couple tente d'oublier la menace du monde pour bien saisir cette thématique.

Une pâte forte sert parfaitement le propos, le relief arrache les personnages de la toile qui se réduit à une surface où des forces s'affrontent. La perspective disparaît tellement que l'avenir n'existe plus. On se croirait dans certains poèmes particulièrement sombres de Baudelaire. Les couleurs deviennent des coulées de lave qui emportent tout et les ciels s'embrasent dans de gigantesques brasiers.


Fécondité - Huile relief de Jean Laforge
© Christiane Laforge
Nous aimerions retrouver cette œuvre


Indifférence secouée

Même si Jean Laforge a vécu une trentaine d'années à Sainte-Rose-du-Nord, ce décor semble l'avoir peu marqué. Il a retenu les horizons menaçants, les nuages du fjord qui écrasent quand ils basculent du haut des montagnes. Rien n'est joyeux chez Laforge, sauf dans ces grandes scènes bucoliques que l'on retrouve sur les murs de sa maison. Le monde y devient plus aérien, plus ouvert et moins menaçant.


Plaisir champêtre - Huile relief sur mur de salle à manger
Maison de Laforge à Sainte-Rose-du-Nord
© Christiane Laforge


Une exposition qui secoue notre indifférence consommatrice et qui rappelle que la folie de la violence, que les bêtises s'exprimant par la force pure des armes écrasent les humains et les broie. Un univers qui crée un certain malaise, touche une fibre que nous n'aimons guère effleurer. Impossible de rester indifférent devant une toile de Laforge. Ou l'on s'arrête pour explorer et tenter de comprendre ou l'on prend la fuite. C'est ainsi que le peintre de Sainte-Rose-du-Nord échappe au temps et reste actuel.


L'Éden - Huile relief sur mur
Maison de Laforge à Sainte-Rose-du-Nord
© Photo Jeannot Lévesque


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mercredi 16 juillet 2008

Belle endormie


Élika Laforge - 10 mois- Juillet 2008



Dors petite reine... dors.
Je veille.


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dimanche 6 juillet 2008

NONO du Théâtre 100 Masques


Théâtre 100 Masques : Nono de Sacha Guitry
Frédéric Jean (Robert) et Marilyne Renaud (Madame Weiss)
© Photo Jeannot Lévesque - Le Quotidien



Le Quotidien
Arts, samedi 5 juillet 2008, p. 26



Nono de Sacha Guitry par
Le Théâtre 100 masques
Ambivalence entre appréciation et impression d'inachevée

Laforge, Christiane

CHICOUTIMI - Je regrette rarement d'assister à une pièce de théâtre. Au-delà de la prestation des comédiens, le théâtre m'apparaît comme un miroir capable de refléter les nombreuses variations humaines à la fois de la fiction et de la vérité profonde. La nouvelle production du Théâtre 100 masques, Nono de Sacha Guitry, l'illustre superbement.

Rarement toute la tension nerveuse d'une avant-première, toute l'intensité d'une volonté de se donner à fond dans son interprétation, toutes les modulations du doute et de la foi alternant selon les réactions du public étaient palpables au plus haut point comme ce jeudi soir.

Impossible d'échapper à cette curieuse ambivalence ainsi provoquée face à une représentation où les qualités nombreuses du jeu ne suffisent pas à compenser une impression d'inachevé. J'ai aimé Nono du 100 Masques. Cependant, je n'ai pas été conquise. Ambivalence disais-je?

Certes, jouer devant 16 personnes (jeudi soir) prive les comédiens d'une interaction souvent utile pour asseoir l'interprétation. Quoique j'ai déjà vu des comédiens jouer devant quatre personnes comme si elles étaient mille. La difficulté apparente à laquelle se buttent les cinq interprètes de cette œuvre quelque peu immature de Sacha Guitry (rappelons qu'il s'agit de sa deuxième pièce seulement, créée en 1905, alors qu'il n'avait que 20 ans) serait-elle de ne pas croire à leur personnage?

Le difficile équilibre

La mise en scène de Dario Larouche est très exigeante. Plutôt que d'y aller d'une interprétation conservatrice dans l'esprit léger de cette comédie, il verse sans réserve dans le burlesque.

Il pousse le "théâtral" à la limite de la caricature. Les comédiens doivent s'abandonner sans pudeur, exagérant les expressions des traits et des gestes, livrant une performance physique très athlétique. Une approche originale, audacieuse, très intéressante pour tout amoureux du théâtre qui en est témoin.

Mais le risque est grand. L'extrême demande beaucoup de maîtrise pour doser le tout sans tomber dans le piège de l'excessif. Jérémie Desbiens (Jacques, amant de Nono), plus dans le premier acte que le troisième, l'a bien démontré. Là où Frédéric Jean (Robert) semble un peu trop compassé, où Alexandre Larouche (Jules, le valet) un peu trop bouffon, Jérémie semble s'amuser avec élégance.

Les rôles féminins sont tout un défi. Maryline Renaud (Madame Weiss) entre sans retenue dans la personnalité criarde de la maîtresse vieillissante, au risque de heurter le spectateur. Son audace en ressort malgré tout gagnante, surtout dans la troisième partie où elle semble avoir trouvé ses repères. Une évolution qui sied bien à son rôle, lui-même allant de la victime geignarde perdant son amant à la dominatrice victorieuse au bras de la jeunesse. Émilie Jean (Nono) est plus instable dans ce jeu d'équilibriste où elle doit incarner la jeunesse ambitieuse et vénale en même temps que la naïveté attendrissante... pour ses deux hommes.

Des trouvailles

Tandis que le spectateur suit les pirouettes de Robert entre ses deux maîtresses, Jacques lui ayant imprudemment demandé de prendre soin de Nono pendant son absence, survient à quelques reprises quelques pauses publicitaires. Incongrues et pourtant bien intégrées dans la mise en scène, ces capsules sont très amusantes. Loin de rompre le rythme - lequel gagnera à être resserré - ces pointes d'humour ajoutent au comique de la situation. Les commanditaires de cette production ne sont pas que des noms inscrits sur le programme, mais des personnages surgissant en pleine fiction et nous faisant sourire.

Côté scénographie, les moyens modestes du Théâtre 100 masques sont largement compensés par des choix ingénieux. Beaucoup se joue sur les couleurs des costumes et des décors. Cette histoire en trois temps est ponctuée par le tout noir, le rouge et noir et le tout blanc des trois épisodes. Idem pour les accessoires, deux chaises, une table et la blancheur moqueuse de ces mets servis au troisième acte.

L'humour cinglant

Qui ne connaît pas cette phrase célèbre de Guitry : "Je suis contre les femmes, tout contre"? Son humour cinglant a dérangé la bonne société du temps de sa jeunesse.

Sa première pièce annonce la verve acide de cet auteur prolifique qui, souvent, ne manque pas de lucidité. À retenir, cette phrase du personnage s'interrogeant sur sa jeunesse qui demande : "Me donneriez-vous 25 ans?" - "Si j'avais 25 ans, je les garderais pour moi." Ou sur la longévité de sa relation : " Douze ans neuf mois quatorze jours que nous ne sommes pas mariés. "

Résumant bien l'esprit de cette comédie, Le 100 Masques explique dans son communiqué que "Le plus remarquable dans cette pièce (écrite en 1904), outre l'humour propre à Guitry, c'est sa cruauté. Le couple devient l'objet d'un plaidoyer féroce contre les institutions conjugales, qui n'ont pour conséquences inéluctables que le mensonge, la trahison, la feinte et l'adultère. Sous chacune des répliques, derrière chaque geste, sous le couvert de chaque personnage, l'être humain apparaît dans toute sa négative splendeur: froid, cynique, dur, calculateur, manipulateur. Cette petite historiette d'amour (assez convenue quand elle est prise au pied de la lettre...) prend une teinte de lutte acharnée pour posséder l'autre. L'enjeu: soi-même et son propre plaisir... "

Il s'agit du neuvième théâtre d'été du Théâtre 100 Masques à la Salle Murdock du Centre des arts et de la culture de Chicoutimi.


Catégorie : Arts et culture
Sujet(s) uniforme(s) : Théâtre
Taille : Long, 738 mots

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lundi 30 juin 2008

Hélène Beck


Hélène Beck - Le déluge -

Jusqu'au 28 septembre 2008, le Centre National d’Exposition de Jonquière, présente une rétrospective des œuvres d’Hélène Beck. Ses tableaux, du début de sa carrière à aujourd’hui, abordent des scènes de vie actuelles et traditionnelles, des paysages, des portraits. Plusieurs sculptures céramiques témoignent de la force d'expression de cette artiste et d'un regard original teinté d'humour qu'elle pose sur les êtres.

Un catalogue de belle facture, intitulé Hélène Beck, un regard authentique, propose un répertoire commentée des toiles et sculptures exposées dans cette rétrospective. On peut y lire ce texte que j'ai écrit sur l'œuvre de ce peintre qui, depuis mes débuts comme critique, m'a toujours inspiré respect et admiration.

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Libre de toute école, de toute tendance, de toute mode, l’œuvre explosive de l’artiste peintre Hélène Beck témoigne de la puissance créatrice d’un art authentique. Autodidacte, son talent n’ayant pas subi les influences intellectuelles institutionnelles, elle a su mettre la couleur au service d’une expression forte nourrie par ce regard qu’elle pose avec acuité sur les êtres, les événements et les paysages.

Seule devant la toile blanche, Hélène Beck voit une fenêtre ouverte sur ce monde qui l’habite. Il jaillit, à coups de fusain, en larges traits spontanés. Prémices inspirants qu’elle efface sous la fougue d’un pinceau généreux, désormais lancé dans une composition encore imprévisible. Elle s’empare de la vie qui bat autour d’elle, brosse son tableau au rythme des échos passés ou présents, usant des formes comme d’autres usent des mots, peintre-chroniqueur de notre histoire.

À redécouvrir l’œuvre de Beck, dans cette rétrospective de 50 ans de carrière, il est fascinant de constater combien sa palette est intemporelle. La qualité de son art, dès ses débuts, a subjugué les analystes. Cette qualité ne s’est jamais démentie. Elle a évolué sans rien perdre de son essence première : la flamme, le souffle, l’originalité, l’audace. L’impétuosité trahit l’exaltation, l’urgence de saisir et la détermination à imposer une vision très personnelle de ses compositions.


Hélène Beck - Les danseuses nues -

Qu’elle peigne un paysage - Bientôt la fin de l’hiver 2003, Automne en Charlevoix 2006 , La Maison grise 2007 - on assiste à l’heureux mariage d’une ondulation des lignes. Arbres et montagnes dansant avec murs et toits des maisons. Qu’elle s’insinue dans l’intimité d’une chambre - Chambre de jeune fille 1972 - la sensualité du personnage se répercute dans les lignes des objets. Sarcastique, humoristique, ironique, l’artiste n’épargne pas les foules - Parade de la St-Jean 1981 -, révèle l’âme secrète des classes sociales - Les danseuses nues, Les snobs 1981 - et capte le tragique - La mise au tombeau - ou l’insondable - L’adolescent 2006.

Que l’artiste se soit nourrie de sa région pour brosser des toiles percutantes ne fait pas d’elle un peintre du Saguenay dans le sens géographique restrictif. Le sens de ses compositions dépasse l’illustration d’une scène pour raconter, au-delà, l’expression humaine universelle surgissant d’un événement.

Que l’artiste s’inspire de ce qui l’entoure pour brosser des tableaux d’une écriture impérieuse fait d’elle un peintre d’influence expressionniste, par la distorsion qu’elle inflige aux formes réelles pour les soumettre avec une sorte d’arrogance positive. Rebelle cependant, osant sa propre fantaisie, même dans le tragique, son œuvre n’écarte pas l’intensité du fauvisme, flirtant avec la démarche des tenants de la réalité poétique, ennemis des théoriciens, ardents défenseurs de la liberté de peintre en dehors des courants d’art.

Tout l’art d’Hélène Beck est un art vibrant de liberté, d’authenticité, de force d’expression qui, en 50 ans, ne s’est jamais trahi. Une rétrospective de cette étonnante carrière... Il était temps!


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vendredi 13 juin 2008

Eh! Ben! C'était hier

Jean Laforge - Alexis le trotteur - huile relief, 1967
© Christiane Laforge - Photo Jeannot Lévesque



Jeudi, 12 juin, avait lieu à Chicoutimi, le vernissage d'une exposition
rendant hommage à mon père.
C'était hier.

S'il était encore vivant, Jean Laforge aurait dit:
eh! Ben!
J'ajouterai :
enfin!

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Concept d’exposition

Jean Laforge
Maître du relief
(7 juin 2008-11 janvier 2009)


« Les beaux-arts doivent tenir compte des techniques nouvelles, mais aussi et surtout, des nouvelles expériences, des nouvelles sensations que les hommes devront exprimer; ouvrir leurs yeux sur un autre univers et former leurs mains pour de nouvelles techniques. »
(Jean Laforge)


Artiste autodidacte, le peintre Jean Laforge a consacré toute sa vie à la peinture et au renouvellement de son art. Ayant pour mandat de promouvoir la production d’artistes régionaux qui se distinguent par leur excellence, la Pulperie de Chicoutimi a choisi de présenter l’exposition Jean Laforge, Maître du relief qui se tiendra du 7 juin 2008 au 11 janvier 2009. Il s’agit d’une suite à la série d’expositions des peintres de la région amorcée par la rétrospective de René Gagnon (2003), puis par celle de Jean-Guy Barbeau (2007).

Nous voulons faire connaître davantage ce peintre, décédé en mai 2006, que l’on surnomme le Maître du relief. Nous souhaitons rejoindre prioritairement le public local et régional. Ayant vécu plus de cinquante ans au Saguenay, M. Laforge s’est inspiré des paysages qui l’entouraient et des légendes d’ici. Soucieux de mettre en valeur la production artistique des autres artistes professionnels et amateurs, il a participé à de nombreux symposiums et expositions dans son village d’adoption, Sainte-Rose-du-Nord. L’exposition « Imaginaire poétique de Gilles Vigneault en peintures », réalisée en 1988, fut l’événement le plus marquant dans la carrière de Jean Laforge au Québec.

Belge d’origine, M. Laforge a participé à d’importantes expositions en Europe, notamment en Belgique et en Suisse. La peinture par empâtement, les thèmes privilégiés et les toiles de grand format rejoindront particulièrement la clientèle européenne durant la période estivale.

L’exposition permettra de faire découvrir sous un nouveau jour l’œuvre de M. Laforge à partir d’une sélection de tableaux sur différents thèmes et périodes. Notamment, nous voulons mettre de l’avant le travail de recherche formelle de cet infatigable chercheur.


Objectif général

Nous désirons mettre en lumière la recherche fondamentale de cet artiste qui tout au long de sa carrière a mené plusieurs expérimentations. Inspiré par un bas-relief de plus de 2000 ans, le peintre a trouvé dans les enseignements des Anciens des pistes de solution pour résoudre le problème de la coloration de la pâte. Sa technique de prédilection, le relief, lui a permis de naviguer entre la figuration et l’abstraction.

S’adressant à un large public, l’exposition veut également témoigner du parcours de vie peu commun de Jean Laforge. L’évolution de l’œuvre du peintre est intimement liée à la vie personnelle de l’homme. Cette exposition favorisera la compréhension de l’œuvre et de la démarche artistique de ce peintre au parcours de combattant

Désirant fuir les mondanités et les réunions d’artistes, M. Jean Laforge s’est vu critiqué et renié par les tenants de l’abstrait, les non-figuratifs et les figuratifs. N’appartenant à aucune école de pensée, l’homme de convictions a payé cher le prix de sa liberté de créer. Pendant plusieurs années, il a vécu une période d’isolement. Plutôt réservé en public, le peintre faisait preuve de générosité lorsque des visiteurs se présentaient à son atelier. L’artiste tenait à ce que les acheteurs moins fortunés puissent acquérir de ses toiles.

Nous souhaitons que la diffusion des œuvres de Jean Laforge contribue au rayonnement et à la renommée de l’artiste.

Nathalie Boudreault
directrice des collections et de la recherche,
La Pulperie de Chicoutimi


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Qu'ajouter à cela sinon:


lundi 9 juin 2008

Une photo vaut mille mots

Photo Reuters - La robe de Sarah Jessica Parker


Les webmasters de cyberpresse font-ils de l’humour?

Dans son édition du 9 juin 2008, pour illustrer le potin sur le fait que la robe griffée Nina Ricci, fièrement arborée par Sarah Jessica Parker lors de la première new-yorkaise du film Sexe à New York, avait déjà été portée ( oh! scandale! ) par Lauren Santo Domingo, le 5 mai dernier, lors d’un bal. Pour preuve, elle a été photographiée, ainsi vêtue, en compagnie de son designer Olivier Theryskens, énonce l’article.

Ce qui m’amuse, c’est de voir la photo, telle que publiée sur le site web de Mon cinéma de cyberpresse.ca, reprise ci-haut, avec la légende «La fameuse robe en question… ».

Vous y voyez une robe ?????

dimanche 1 juin 2008

Leonard Cohen à Chicoutimi

Leonard Cohen à l'auditorium Dufour de Chicoutimi, le 30 mai 2008
© Le Quotidien. Photo Sylvain Dufour




Le Quotidien

Arts et spectacles, samedi 31 mai 2008, p. 3


Rien de moins que de l'amour
Leonard Cohen envoûte le public saguenéen


CHRISTIANE LAFORGE
claforge@lequotidien.com

CHICOUTIMI - Du jamais vu! Si intense que l’on demeure sans voix, ne trouvant pas le mot pour traduire ce moment d’exception. Un spectacle unique. Un personnage immense. Entre Leonard Cohen et le public ce n’est rien de moins que de l’amour.

Vendredi 30 mai 2008. Occupant la totalité des sièges de l’auditorium Dufour de Chicoutimi, le public vibre avant même l’arrivée des musiciens. Leonard Cohen entre en scène. C’est déjà l’ovation. «Je vous aime» crie quelqu’un. «Moi aussi je vous aime», réplique l’artiste. Si menu dans son costume anthracite, tenant son chapeau contre sa poitrine, saluant gentiment, il a une telle présence que l’on succombe, conquis.

À peine commence-t-il a chanter Dance me to the end of love que s’instaure une certitude : nous ne serons pas déçus. Loin de là.

Sur la scène, entièrement habitée par les nombreux instruments, trois choristes aux voix très belles, six musiciens - et quels musiciens ! Dix artistes en harmonie pour livrer un spectacle mémorable. À l’entracte comme à la fin, les réactions sont délirantes. Plusieurs fois le public se lèvera spontanément pour l’applaudir, manifestant son émotion sous l’impact des mots et son admiration pour la grandeur du poète.

Précédant ses chansons de courts textes qu’il récite en français, du moins au début, le charme de Leonard Cohen réconcilie Molière et Shakespeare, abolissant avec grâce les limites des deux langues. L’effet est impressionnant. Il crée un lien puissant entre lui et son public par le pouvoir de tout ce qu’il exprime à travers les mots et la musique de ses chansons. On peut bien aimer ses disques, cela ne rivalisera jamais avec ce qui se passe là, ce vendredi de mai, sur la scène de l’auditorium Dufour.

À la troisième chanson il demande «Est-ce que je peux parler anglais ?» pour évoquer ses 15 ans d’absence sur scène et prétendre avec humour «qu’il n’y a pas de remède pour l’amour». Jusqu’à la fin, il établit un lien entre ses chansons et ses musiciens, maintenant le rythme sans bavure. C’est impeccable et chaleureux, propice à l’adhésion inconditionnelle aux échos d’une âme sensible, lucide, tourmentée et pourtant amoureuse. «Comme un oiseau sur la branche, je cherche ma liberté» récite-t-il avant de chanter la très émouvante Bird on a wire. Ce qu’il dit, ce qu’il chante n’a de simple que l’apparence. Ses textes, même les plus sombres, sont d’une telle poésie qu’on les reçoit l’esprit ouvert à la confiance qu’il a d’être compris. Et il l’est.

Everybody Knows met en évidence la grande qualité de ses musiciens. La répétition de certaines phrases, comme un mantra, s’appuie sur la musique. Elle en modifie la couleur, en accentue le sens qui se transforme dans le rythme et les intonations. Avec In my secret life on a le sentiment qu’il entre à l’intérieur de la chanson. Ce n’est pas mécanique, ce n’est pas technique. Cela vient de l’intérieur de lui et explose en douceur dans l’oreille de nos cœurs.

De sa voix grave, il crée de la douceur. De sa silhouette il exprime toute la profondeur de sa parole. Puisant dans les succès anciens, risquant des chansons nouvelles, la salle réagit sans cesse et avec force. Lorsqu’il termine la première partie c’est l’ovation. À la seconde l’accueil est vibrant et Suzanne ajoute à la fièvre du public. Hallelujah les éblouit. Democracy les transporte.
Pas question de le laisser partir, la salle scande son retour. Il revient de bon cœur et, trois chansons plus tard, ravira tout le monde en disant: «On n’est pas pressé», avant de continuer.

Difficile d’expliquer ce qui se passe entre cet homme et son public. Une communion. Une reconnaissance. Tout se résume à cet aveu spontané : «Je vous aime» lancé. Moi aussi monsieur Cohen… plus encore, désormais !

Leonard Cohen, si menu dans son costume anthracite, tenant son chapeau,
saluant gentiment, a une telle présence que l'on succombe, conquis.

© Le Quotidien. Photo Sylvain Dufour



Catégorie : Actualités
Sujet(s) uniforme(s) : Musique; Littérature et livres
Taille : Moyen, 478 mots

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dimanche 25 mai 2008

Le bonheur est dans le Fjord


Fjord Saguenay
© Christiane Laforge





Progrès-dimanche
Les Arts, dimanche 11 mai 2008, p. 53

Le bonheur est dans le fjord
Un pur délice!

Christiane Laforge

Chicoutimi - Le livre se trouvait à travers mon courrier, comme un rayon de soleil traversant la grisaille de ce printemps 2008. Curieuse, j'ai franchi les pages titres pour atteindre le début du chapitre un.

Je lis : «Le premier jour se lève sur les collines de Chicoutimi. Averse de soleil dans mon oeil et sur le balcon de la Villa au pignon vert qui surplombe la rue Jacques-Cartier.» (p.14)

Happée je suis. Sans retenue jusqu'à: "un chemin fou de courbes et de montées dans les rondeurs de la montagne." (p.85). Le lendemain, je replonge jusqu'à la dernière ligne, "Le bonheur est dans le Fjord" qui deviendra le titre de ces récits de voyage de Danielle Dubé et Yvon Paré, publié aux Éditions XYZ.

Le lancement officiel aura lieu le 29 mai à La Pulperie de Chicoutimi.

Impulsive, je me lance sur le clavier pour écrire ma première impression, en toute subjectivité, à ce duo d'auteurs. "J'ai reçu le bonheur hier. Je ne peux mieux dire! Votre livre, c'est du bonheur pour le lecteur. Yvon, quelle poésie! Un véritable extracteur du sens profond des mots. Tu les utilises avec une science telle qu'on se laisse porter par eux à travers ces lieux qui, s'ils me sont familiers, se révèlent plus intenses et plus beaux à travers ton regard. Danielle, la parole toujours bien ancrée dans la réalité des faits, tu nous dévoiles toute l'humanité de chaque être que vous rencontrez. À vous lire, l'un si complémentaire de l'autre et pourtant si total l'un et l'autre, j'ai le sentiment de retrouver ce contact si rare avec l'essentiel des gens et des lieux. "Un été en Provence" m'avait déjà séduite par ces qualités, mais ici c'est l'apogée. "Le bonheur est dans le Fjord" est un pur délice. Un ouvrage magnifique, si intensément subjectif que je me dis : Enfin! il existe encore des écrivains capables de tant aimer le sujet de leur livre qu'ils magnifient les mots pour le dire."
Deux semaines plus tard, reprenant la lecture dans le contexte d'une entrevue à préparer, les impressions se précisent. Rien à renie