samedi 23 septembre 2017

Paroles de mères ou les mots du silence, essai de Mona Gauthier





Livré par la poste au printemps dernier, le dernier livre de Mona Gauthier a fait frémir ma boîte aux lettres de ces nombreux silences révélés. Le titre lui-même est révélateur opposant la parole au silence en huit mots :

Paroles de mère
ou les mots du silence

. 

Aborder un tel essai, alors que la signataire a une place très spéciale dans notre vie, ne peut être exempt d’une certaine subjectivité. 



1979




L’écriture a provoqué notre première rencontre. Mona et moi venions toutes deux de remporter un prix littéraire national à la Société d’Étude et de conférence. 

De cet événement propice au dialogue est née une amitié et, quelques années plus tard, l’envie de réaliser un projet d’écriture portant sur la petite histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Mais, y a-t-il de petite histoire?

Lorsque j’ouvre la première page d’un livre, j’éprouve toujours une sorte de fébrilité semblable à celle qui m’anime quand je monte à bord d’un avion. À la différence que le livre est un transporteur qui ne dévoile pas tout de la destination. 




Avec Paroles de mères impossible d’occulter l’amie derrière l’auteure, pas plus que le fait de connaître son parcours universitaire en littérature et en psychanalyse. Autant d’expériences s’ajoutant à une érudition certaine qui allaient inévitablement teinter le propos.

 

Au fil des pages, je constate que Mona Gauthier n’a rien renié d’elle-même. Mais sa parole a puisé à la meilleure source qui soit pour livrer un essai d’une grande sensibilité : le cœur. Le sien, dont elle a osé suivre le chemin de nombreuses cicatrices, celui des femmes de sa vie (grand-mère, mère, filles), pour finalement étreindre toutes les femmes dans leurs silences comme dans leurs paroles.  Ce livre est à la fois intimiste et universel, personnel et publique.

Observatrice avisée, l'auteure se met à l’écoute des silences passés et présents, ces deux temps où les femmes subissent la pression sociale jusqu’à la faire sienne. Elle dénonce l'oppression, elle questionne l'irrationnel. Elle oppose les certitudes des unes à celles des autres, démontrant les contrastes : avoir ou ne pas avoir d’enfants, s’objecter ou promouvoir la contraception et/ou l’avortement, valoriser la femme ou foyer ou lui préférer la femme de carrière. Un labyrinthe de concepts mis en évidence provoquant habilement la réflexion. 



Le souci de l’objectivité, de l’analyse où domine la raison, n’exclut pas l’émotion. Dans le chapitre Le deuil impossible, où elle décrit la longue et inconcevable agonie de sa fille aînée frappée par le cancer, la parole de la mère exprime à la fois la douleur devant la souffrance de son enfant, la révolte devant l’emprise de charlatans, l’impuissance devant des choix qui ne lui appartiennent pas.  « (…) J’ai compris que je n’en avais pas le droit [critiquer ses choix] et je me suis tue jusqu’à la fin. Je suis restée bouche bée devant mon impuissance à aider ma propre fille. »

 
 Paroles de mères ou les mots du silence  est un essai qui invite à poursuivre cette quête de la parole. Un livre courageux, où nous, lectrices, trouveront dans certains passages les reflets de notre propre histoire.


***

Paroles de mères ou les mots du silence est la toute première publication des éditions ALIAS. 



Mona Gauthier a également publié :
 
La métamorphose du sujet dans Fadette, Journal d’Henriette Dessaules 1884/1880, thèse de maîtrise ès arts. Lettres Françaises, Université d’Ottawa, 1987. 




Notre histoire à petits pas, Almanach historique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, coauteure avec Christiane Laforge, Saguenay, Les Éditions du Gaymont, 1987.



L’instant freudien : psychanalyse et culture, sous la direction de Gilles Dupuis, Mona Gauthier et Robert Richard, Montréal, VLB 1989.



La jouissance prise aux mots ou la sublimation chez Georges Bataille, Paris, L’Harmattan, coll. Sexualité humaine, 1996.



Les voies de la psychanalyse, sous la direction de Mona Gauthier, Paris, L’Harmattan, 1997.
 

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Commentaires :

 


Vous avez présenté votre livre avec beaucoup d’élégance et de justesse. En vous écoutant, je me disais: « Comme elle a du talent, cette Mona ! » J’étais admiratif. Je suis convaincu que tous ceux qui étaient là sont partis avec l’envie de vous lire. C’est un fort beau livre. Il va faire son chemin. Ce n’est pas seulement votre histoire et celle de vos proches qui s’y trouvent décrites avec grande finesse et sensibilité, mais aussi une tranche de l’histoire du Québec.  ( G. )
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Voilà qui est superbe!  […]. On peut même dire que c'était un livre attendu, mais sans que les gens l'aient attendu consciemment. C'est un livre qui devait être fait, et qui, on s'en aperçoit seulement après l'avoir lu, vient en quelque sorte remplir un vide. Un livre qui tombe pile, le tien!  (R.)
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 J'ai trouvé ce livre un petit bijou, intéressant, touchant, agréable, chaleureux et habilement franc, mettant en mot son vécu et à travers elle le vécu des mères de sa famille, d'une grande portée, en essai libre, mais écrit par une psychanalyste.   (G.M.)

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Dans les médias : entrevues


http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/Les-matins-d-ici/segments/entrevue/27461/meres-livre-mona-fortier
 
http://uniquefm.ca/infos-unique/paroles-de-meres-ou-les-mots-du-silence-37008



Dans les médias Critiques


 Marc-Léopold Lévy, psychanalyste français directeur de l’École de psychanalyse laïque, membre du Cercle freudien et de l’Association psychanalyse et médecine. Directeur de l’École de psychanalyse laïque de Paris. Il a également publié plusieurs essais dont le dernier, Critique de la jouissance comme une, chez Érès.
 


Mères et paroles pleines   


« Tu choisiras la vie »
Genèse ch 30  V19



Ce livre tranche sur tout ce qui a été écrit sur la mère aussi bien comme récit que comme tentative d’explication  ou d’assignation à  un rôle.

Dans son essai, Paroles de mères ou les mots du silence, Mona Gauthier tente de donner la parole aux mères. Attentive au discours tenu sur elles, qu’il provienne de toute source possible elle en rend compte sans juger ni prescrire, tel un analyste, dont elle a longtemps occupé la fonction. De plus elle se laisse aller a dire son propre ressenti de mère et de fille, à l’aide d’un propos autobiographique illustré de photos de famille suivant une libre association, aussi bien de l’actualité que de ses propres souvenirs dans un temps non vectoriel, le présent ne servant qu’à inscrire des expériences de mères qui se déroulent et s’associent librement à travers les époques, l’espace et les générations dans la joie et le deuil. 
  

Cette écriture permet d’éviter une linéarité qui édulcorerait la charge des mots qui  cernent un réel dont une élaboration véritablement ordonnancée donnerait un sentiment d’intelligence qui ne servirait qu‘à s’en défendre. À partir de cette approche grâce à des mots pulsionnels chargés de signifiance, le lecteur est  saisi par le poids de chair et de jouissance que cet écrit met au jour sans fausse pudeur au plus juste du désir propre au nouage pulsionnel de l’auteure.



Si on est femme par posture, homme par attribut, père par fonction  et mère par état,  ce livre traduit parfaitement l’état de mère et c’est ce qui en fait un écrit vivant dans lequel nous sommes entraînés du début à la fin comme dans un roman captivant. Paroles de mères, paroles pleines qui disent le théâtre de la vie en toute simplicité, en toute vérité et qui nous invitent, tout comme le « Je » de l’auteure, à choisir  la  vie ainsi que le prescrit la Genèse.

Marc-Léopold Lévy
Paris, le 19 mai 2017
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Librairie Pantoute

9Mai 2017


Christian Vachon
Essais



La vie pas si silencieuse de nos mères
 


Ce n’est pas une histoire de sa mère et de sa grand-mère que nous narre Mona Gauthier dans son ravissant et sensible Paroles de mères ou les mots du silence, publié cet hiver chez l’éditeur québécois Alias. Il s’agit plutôt de l’histoire de toutes nos mères et nos grands-mères, l’histoire courageuse de ces générations de femmes d’avant la révolution féministe de la fin des années 60 qui « sont parvenues à vivre et à survivre dans la résignation et l’abnégation ».
 


Mona Gauthier, psychanalyste de formation et enseignante universitaire, aurait pu faire de ces propos et non-dits, de cette « écoute flottante » des paroles de sa mère et de sa grand-mère, un texte savant. Elle propose plutôt, et c’est tant mieux, une œuvre intimiste, confidentielle, abordant « sans une rigide linéarité » une foule de sujets (des corsets à baleine à l’avortement, en passant par la chirurgie plastique, la retraite,…), sautant d’une époque à l’autre, allant vers l’avant, vers l’arrière, laissant s’épanouir la couleur des mots, passant du « rouge au noir », nous entraînant dans un « tourbillon », un peu comme une « peinture de Jackson Pollock ».

Le récit gagne en franchise, en humanité, bouscule nos émotions, suscite de multiples réflexions. Bien des tabous sont transgressés. Bien des idées reçues sont ébranlées. Des femmes résignées nos mères? « Ma mère n’était pas une sainte, elle n’a jamais prétendue l’être ». « Je l’ai maintes fois entendue se plaindre de la situation des femmes et de leur impuissance à contrôler leur vie (,,,), en particulier le nombre d’enfants qui se succédaient et faisaient que les pauvres mères finissaient par oublier qu’elles étaient femmes avant tout ». Le désir? Connaît pas. Il n’en était pas question : « bien peu de place au romantisme, et beaucoup d’espace aux névroses infantiles ». Nul doute, selon Mona Gauthier, la pilule anticonceptionnelle est la découverte médicale qui a constitué l’élément le plus important de l’histoire de la maternité depuis les origines, menant à cet acte libérateur : « décider si l’on voulait un enfant, quand on le voulait et aussi combien on en voulait ».


On peut être rebelle et ne pas renier sa foi. La mission la plus cruciale de la mère de Mona, la mission cruciale de bien de nos mères, demeurait l’enseignement religieux. La grande messe du dimanche représentait l’activité la plus importante de la semaine. Le plus grand défi de l’adolescente Mona était de « résister à la vocation religieuse qu’on lui faisait miroiter depuis sa naissance ».



Gardiennes de la foi, gardiennes de la santé : sa mère, en digne fille de sa grand-mère et nos mères, en dignes filles de nos grands-mères, se faisaient infirmières avec « les moyens du bord », affrontaient cette menace que représentait la maladie pour les grandes familles (Mona était la dernière d’une famille de treize enfants).
 


Sa mère, nos mères devaient vivre avec des secrets de famille. Le grand frère trop aimable de Mona, Roméo, rappelait trop à sa mère son propre frère Ange-Ainé qui avait « la fâcheuse réputation » de « trop aimer les femmes ». Il aura même un garçon hors-mariage.

Mona ose ce questionnement : « Ma mère avait-elle été amoureuse de mon père? ». Mona enquête, émet des doutes. « Je l’aurais tellement voulu cependant ». « Sujet délicat pour une fille (et – pourquoi pas! – pour un fils) que celui de la vie intime de sa mère ». Mona cherchera à expliquer pourquoi sa mère ne se montrait pas attirée par la présence de son père « plutôt bel homme, mince », « plus artiste qu’homme d’affaire », qui, après des absences répétées pendant de longs mois (gagne-pain oblige dans des chantiers forestiers), « semblait vouloir maintenant occuper son territoire ».
 


Mona découvrira qu’il n’y pas de prince charmant, de ce « un jour mon prince viendra » dans la réalité quotidienne d’une mère ordinaire à cette époque d’avant la pilule. « Ce n’était pas mon père comme mari, et père de ces enfants qu’elle n’aimait pas, ce qui lui déplaisait, c’était le côté sexuel de la chose (…). Elle ne faisait pas l’amour, elle ne faisait pas la haine, elle faisait son devoir d’État comme l’Église l’exigeait (…) contrainte de satisfaire le désir de l’autre, sans même éprouver pour sa part, la moindre satisfaction ». « Comment aurait-elle pu être heureuse du retour du mari quand arrivait le printemps? ». Constat dur, constat lucide, constat trop longtemps tabou.

Mona nous entretient aussi de sa propre expérience de mère pas toujours « enthousiasmante ». « S’il y a un moment que j’ai exécré dans mes maternités, c’est bien celui de l’arrivée du lait qui commençait aux derniers mois de ma grossesse et ne se terminait parfois que plusieurs mois après la naissance ». Elle subissait le « supplice du trop-plein », du « sevrage qui ne voulait pas se faire ».
 


La femme n’est pas nécessairement vouée à la maternité, il ne faut pas hésiter à le réaffirmer, mais Mona confesse tout de même que « s’il y a cependant quelque chose dont je demeure à jamais convaincue, c’est que mes enfants sont ce que j’ai fait de mieux de toute ma vie de femme. Tel était mon désir à moi, je le pense sincèrement ».
 


Elle se confie davantage, aborde le drame, parle de sa grande fille de 38 ans, de ce « Maman, j’ai le cancer », de ce « vide », de « l’après-coup du deuil », du vertige d’une mère qui voit son enfant partir avant elle. « Ce n’est pas de la fille sérieuse, professeure de droit, féministe engagée dont me parlait mes souvenirs, mais plutôt de la petite fille qu’elle avait été (..), c’est ma petite et non la grande femme qu’elle est devenue qui vient me consoler de son départ ».
Mona était grand-mère d’une petite fille qui venait d’avoir quatorze ans. « J’étais habituée à dorloter ma petite-fille, à avoir le meilleur, je devrais dorénavant occuper la position de mère ». Elles vont former un trio inséparable : « la marraine, la petite-fille et la maman grand-maman ».

Douloureux aveux, touchants aveux, des paroles de mère mettant fin à un tabou familial. « La consigne du silence », avoue finalement Mona, « a régné sur toute mon enfance (…) et une grande partie de ma vie ». Une forme de soumission, d’impuissance? « Ne pas parler ne veut pas dire ne pas penser, ne pas réagir à l’inacceptable et, surtout, ne pas désirer ».

Mona Gauthier, avec ce digne hommage à la vie pas si silencieuse de nos mères, gravant son désir de dire, ses pensées secrètes « sur son ardoise », nous enseigne merveilleusement bien les bienfaits de « l’écoute flottante ».


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jeudi 17 août 2017

L'AMI EST DE RETOUR


Après quelques mois de silence le journal L'AMI est de retour. Un numéro de 8 pages où Élika, la rédactrice s'exprime sur différents thèmes.

L'AMI en version PDF
Pour accéder un journal cliquer sur cette photo de la page Une

L’AMI silencieux

Les deux derniers numéros du journal L’AMI comptaient 12 pages. Un effort considérable pour une si jeune rédactrice. Compétitive, Élika a trouvé, sans peine, mille prétextes pour retarder la sortie du No 3. Je suis  certaine qu’elle ne pouvait pas se résigner à faire moins, tout en se disant que c’est beaucoup de travail pour une jeune fille très occupée. Il est vrai qu’elle mène une vie très active, passionnée qu’elle est, surtout pour la danse, le karaté et le théâtre. Autre motif que je devine : Élika a tellement de sujets qu’elle veut aborder qu’elle ne sait plus comment tout traiter en un journal.  Et cela, la paralyse un peu.


Alors, je lui ai suggéré de publier un No spécial, dans lequel, par des questions et réponses, elle pourrait s’exprimer sur un choix de thèmes. Cela lui rendrait la chose plus facile tout en lui permettant de se remettre en selle. Elle a souri et, avec enthousiasme, s’est installée devant l’ordinateur pour réaliser une entrevue de plus de 20 minutes.


J’étais curieuse de connaître ses thèmes et d’entendre les réponses d’une enfant de 9 ans. Réponses que je transcris le plus fidèlement possible (je vous épargne quelques euh!).

Je la savais passionnée. Je savais qu'elle aimait la danse. Mais je ne me doutais pas à quel point.Avec son langage, ses expressions, cette petite fille de 9 ans continue de m'enchanter. Son propos est parfois drôle, parfois émouvant. Sa sincérité est évidente. Élika ne triche pas. Et si jamais je tente d'amoindrir certains mots, elle le corrige quand elle fait une dernière lecture avant de donner son aval à l'impression.

Le lancement de la version papier a eu lieu à Sainte-Rose-du-Nord, dimanche 13 août en présence de 18 personnes. L'ambiance fort joyeuse a rendu la tâche difficile pour la photographe. Nous avons retenu une photo d'Élika avec son papa qui illustre bien la fierté.

Élika Laforge au lancement du journal L'AMI et son papa Ariel Laforge



Élika avait 7 ans lors du lancement du tout premier numéro de ce journal. Le 4 septembre prochain elle célèbrera son 10e anniversaire. Elle affirme n'avoir pas du tout l'intention de renoncer à SON journal.




samedi 1 juillet 2017

Redécouvrir le peintre Guy Tay : rétrospective de 50 ans de carrière au CNE

Guy Tay au vernissage de sa rétrospective  présentée au CNE

 Guy Tay fait partie des personnages qui ont marqué le début de ma carrière de journaliste. J'avais 22 ans. Le Centre culturel de Jonquière, inauguré en 1967 allait devenir un lieu où l'art du Saguenay¬Lac-Saint-Jean déployait ses ailes. Guy Tay y a été pour beaucoup. Le dynamisme et l'audace ont ouvert grand la porte à l’innovation. Cette rétrospective présentée par le Centre national d'exposition de Jonquière permettra à ceux qui l'on connu sous cet aspect sérieux d'artiste peintre de constater à quel point il a su maintenir une constance dans son travail en art visuel : la qualité certes, mais plus encore un don véritable de mettre l'image au service de l'expression.  Pour ceux qui ne le connaissaient pas, c'est l'occasion de le découvrir.

Jonquiérois de naissance, Guy Tay ne se résume pas. Il est à la fois professeur d'arts plastiques, peintre, décorateur, illustrateur, concepteur d'évènements spéciaux, animateur, comédien, acteur, metteur en scène, maître de piste (cirque), clown, sculpteur de ballons, magicien, illusionniste.Une énumération que l'on retrouve sur son tout nouveau site Web officiel.

La rétrospective est fort bien conçue. Sur des présentoirs fermés, une peinture du jeune Guy à ses débuts, quelques livres qu'il a illustrés dont  Alexis Le Trotteur de Jean-Claude Larouche. Puis les tableaux, par ordre chronologique, démontrant une démarche en évolution, dominée par le souci de la protection de l'environnement, privilégiant les matières recyclées dans ses créations.


 Rétrospective de 1967 à 2017 des œuvres de Guy Tay Tremblay au CNE



Dans l'édition du Progrès du vendredi 30 juin 2017, Anne-Marie Gravel relate :

« Le parcours de Guy Tay Tremblay en dévoile beaucoup sur l'artiste. Amoureux de l'art sous toutes ses formes, le Jonquiérois a œuvré à travers le Québec et même au-delà au gré des projets qui l'animait. À l'image de ses créations, il ne s'est jamais laissé imposer de barrières. 

GuyTay Tremblay est plus qu'heureux de voir ses œuvres au CNE. « Je me pince. Il y a 50 ans, j'étais ici, sur le mont Jacob, comme directeur de l'animation », affirme d'emblée celui qui en plus d'avoir donné des ateliers de peinture à l'Institut des arts au Saguenay, a enseigné les arts plastiques et le théâtre dans différents établissements de la région.

« Je me rends compte qu'on laisse des traces importantes. Je le constate par la rencontre d'individus à qui j'ai enseigné. C'est la plus belle récompense. »

On peut lire son reportage ICI

On peut aussi lire la présentation de cette exposition sur le site La vitrine culturelle de Saguenay ICI


Lors du vernissage au CNE


L'Homme de pierre - 1967


Tout de suite à notre gauche, en entrant dans la salle d'exposition, j'ai été captivée par cette œuvre. Les couleurs chaudes, les forment se chevauchant et nous entraînant à les voir à la fois morcelées et dans un tout où le côté sombre nous attire comme dans une caverne à l'intérieur de laquelle surgissent des formes renouvelées. On perçoit l'homme ainsi que des personnages, têtes d'oiseaux, feuilles d'arbres... l'œil cédant ou dépassant l'imaginaire. 

Dans sa description Guy Tay précise : 

Rien n'existe jusqu'au moment laissant couler l'encre faire son chemin sur le canevas, des formes sineuses cheminent et serpentent dans toutes les directions.

Syncronisé au geste, l'œil de l'artiste reste vigilent pour faire naître l'inattendu. Puis, tout s'éclaircit, le décor se précise laissant place à un personnage dissimulé dans le roc.

Silence...
Encore une fois, l'œuvre se fixe dans le temps.

La lumière et les couleurs transparentes viennent alléger la composition et les ombres indiquent que l'artiste, parfois, peut créer à l'ombre de son imagination.


 Atome & Galaxie - 1965

Adepte des films de science-fiction, me voici projeté dans un monde inconnu et à découvrir la technique du crayon de cire jumelé à l'encre noire. Dans un premier temps, les couleurs parcourent la toile dans toutes les directions, puis c'est la noirceur totale avec l'encre qui masque tout. Finalement, c'est l'opération que j'appellerais magique, car grâce à des outils appropriés (grattoir, lame plate ou pointe fine) la toile s'illumine de nouveau. Opaques ou transparentes, des formes et des objets hétéroclites apparaissent, se figent dans le temps.

Isolée, une boule de feu nous rappelle que, tout autour, des zones sombres se cachent encore bien des mystères dans les galaxies lointaines. (Guy Tay)



1976 - Forêt de totems

La planète crie « Au secours! ». Elle a besoin d'amour.
Les temps modernes nous ont fait apparaître des monstres mécaniques qui ont systématiquement ébranlé l'écho système par une déforestation sans limite.

Pour suppléer à ce décor dénudé, voici « FORÊTS DE TOTEMS  » figée dans le temps.
Solidement plantés comme des sentinelles, ses arbres, aux figures gravées dans l'écorce, sont habillés de pastel et d'encre de couleurs comme pour cacher certaines blessures laissées par la main de l'homme.

Au loin, à bout de souffle, j'entends encore chanter Diane Dufresne : « Donnez-moi de l'oxygène ». (Guy Tay)



1970 - Éclatement


 1983 - Les divines divaguent

 Il y a quelque chose d'émouvant dans cette toile. La beauté des oiseaux superposant la beauté des vagues dont on ne sait si elles sont un danger ou un attrait. Tout est mouvement et bruissement. Une danse des formes.

1983 - L'Envol

Guy Tay décrit l'Envol : Ma thématique des années 80 fut principalement marquée par des sujets animaliers. En tête, ce sont les oiseaux qui ont retenu ma recherche.

L'interprétation moderne du plumage avec ses tons tout en douceur, nous amène dans un espace où les forces de la nature sont en fusion : l'eau, l'air et même le feu qui semble rigir des entrailles de la terre.

L'ENVOL est un survol du passé, du présent et d'espoir pour l'avenir. Comme Jonathan Le Goéland, l'aventure se poursuit entre ciel et terre.


La rétrospectives des 50 ans de carrière du peintre Guy Tay Tremblay, est présentée au Centre national d'exposition de Jonquière jusqu'au 17 septembre. C'est à voir.



2001 - Villapolis



2016 - Le couple panache





vendredi 23 juin 2017

Création, collage, souvenirs et plaisir

2017 - Collage de Christiane Laforge


Résultat d'une demi-journée à me faire plaisir. Le collage fait avec des pages de la Une du cahier des arts de feu Progrès-Dimanche, au temps où j'y travaillais avec ma consœur Denise Pelletier.

Mes graphistes, Andrée Fortin et Bernard Gagné, mettaient toute leur créativité au service de la section des arts. Ce sont des bijoux que j'ai conservés, avec l'intention d'en faire des collages.

Celui-ci sera mon premier.

Le but, agrémenter l'arrière de mon meuble d'ordinateur qui ne payait pas de mine avec son aggloméré brun.

2017 - Collage de Christiane Laforge




mercredi 21 juin 2017

Une photo/Deux cents mots présenté au Musée amérindien de Mashteuiatsh



Christiane Laforge, écrivaine, membre de l'APES 
Carol Tremblay, photographe, membre du Club photo de Chicoutimi
jumelés pour le projet Une photo/Deux cents mots
© Photo Dolorès Lavoie


Le projet : Une photo/Deux cents mots

Au printemps 2016, 20 écrivains, membres de l’APES, ont reçu une invitation à relever un défi : écrire 200 mots, ni plus ni moins, inspirés d'une photographie. L’auteur était jumelé à un photographe sans en connaître le nom ni le contexte de sa photo.

Le jumelage a été fait par un tirage au sort. Chef d'orchestre de ces 20 duos, Céline Dion nous écrivait alors :

On dit souvent qu’une photo vaut mille mots… j’espère que celle-ci saura vous en inspirer du moins jusqu’à 200, pas plus (199 peut-être, mais pas 201). Il s’agit pour vous d’écrire un texte littéraire, poétique — en vers ou en prose — un micro récit, une micro fiction, une nouvelle, un fragment, « une épisodie », etc.) inspiré de ladite photo.

C’est tout un défi, beaucoup plus difficile à relever qu’on ne pourrait le croire à première vue... 200 mots, c’est à la fois court et long. Chaque mot compte, chaque mot a un poids, chaque mot a sa place. On est à la fois dans la précision et le flou, à la fois dans le dit et le non-dit, à la fois dans la certitude et l’impression. C’est un concentré. Quoi qu’il en soit, le défi vaut assurément la peine d’être relevé, pour le seul plaisir de l’écriture, comme un véritable exercice de style.

© Photo Carol Tremblay

Regardez bien votre photo — c’est la vôtre, elle est à vous. Examinez ses détails, ses nuances, son atmosphère… laissez-la se déposer sur votre rétine, dans votre tête, laissez-la agir en vous, laissez-la vous travailler au même titre que le langage vous travaille. Laissez aller votre imagination vers l’imaginaire du photographe; parce que c’est ça que ça donnera sur le panneau d’exposition: la rencontre de deux imaginaires!!!

Sur le moment, j'étais perplexe. Ce paysage évocateur de paix, de tranquillité pouvait-elle convenir à mon humeur guerrière, en révolte au vu de tous les saccages autorisés sur les terres de notre terre? Pendant plusieurs semaine, chaque jour je méditais devant ces champs qui m'inspiraient le calme. Et soudain, j'ai vu les nuages la couvrant et les mots sont nés.
Imagine

Temps immobile, capturé, captif, à jamais figé en noir et blanc.
Silence sur papier glacé, unique témoin d’un drame à venir.
Ère révolue sous les traits paisibles de champs balisés par rangées de pins.

Imagine le bruissement du blé mûr que fait tanguer le vent.
Ou sinon, des épis dressés, telles épées dérisoires
Contre un monde sourd au futur, le regard aveugle.

Vois cette belle image.
Et là, imagine. Imagine encore…


Une forêt vierge.
Arbres touffus de résineux et de feuillus.
Bouleaux, pins, érables aux branches enlacées
Uniquement blessés sous l’estoc d’une faune sauvage
Ou décimés par les feux des orages.
Jusqu’à ce jour de coups répétitifs et craquements de chute.
Arbres sacrifiés, racines arrachées
Pour creuser les sillons de champs féconds,
Aux rythmes des rides incrustées sur les visages d’hommes et de femmes
Semant leur avenir, un hier lointain.
Leur survie. Ton héritage.

Beauté. Temps immobile. Capturé.
À jamais figé en noir et blanc sur papier glacé.
Bâtiments des fermes dominent les grands champs bordés d’arbres courbés
Où les épis ondoient sous les vents en vagues dorées.
Témoins d’un rêve réalisé.

Imagine demain.
Rampant sous terre, l’avidité des minières et pétrolières souillant les eaux et saccageant ta terre.

Christiane Laforge
31 août 2016


Expositions itinérantes

Le but de ce projet de création Une photo/Deux cents mots de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES), en collaboration avec le Club photo de Chicoutimi, grâce au soutien du Conseil des arts de Saguenay consistait à faire à la fois œuvre littéraire et exposition. Réunir mots et photographies pour une exposition itinérante dont la première a eu lieu à la Bibliothèque de Chicoutimi, du 8 décembre 2016 au 22 janvier 2017. Par la suite à la Bibliothèque Georges-Henri-Lévesque de Roberval du 2 février au 25 mars; au Pavillon des croisières internationales à La Baie, au Musée Louis-Hémon de Péribonka et, depuis le 8 juin jusqu’au 3 septembre, à la salle Agora du Musée amérindien de Mashteuiatsh. 

Alors, si vous passez par là, allez lire ou relire les 4000 mots qui sont exposés et regarder au passage les 20 photos inspirées du texte La ronde de Marie-Andrée Gil » invite Céline Dion, membre associé et administratrice de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES). 

Marie-Andrée Gill a gagné le Prix littéraire Damase-Potvin 2015 dans la catégorie professionnelle pour son texte La Ronde .



En janvier, tout ce travail était publié sous la forme d’un calendrier de 20 mois, allant jusqu’en août 2018. Chaque mois agrémenté de la photo et de son texte. 

Les participants
 
Les photographes — membres du Club photo de Chicoutimi :

Emmanuelle Arth, Rodrigue Audet, Joane Dallaire, Stéphane Desmeules, Yvon Guignard, Mariane Lacroix, Dolorès Lavoie, Émilie Racine, Constance St-Gelais, Carol Tremblay, Catherine Tremblay, Pierre Tremblay, Régis Tremblay.

Les auteurs — membres de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES) :

Anne-Marie Allard, Claude Bouchard, Dany Boudreault, Dany Côté, Claire Gagnon, Line Gaudreault, Martin Giguère, Rachel Gilbert, Marie-Andrée Gill, Keven Girard, Julien Gravelle, Cynthia Harvey, Carl-Keven Korb, Christiane Laforge, Alain Larose, Christine Martel, Laurance Ouellet Tremblay, Gérald Savard, Emmanuel Simard, Sophie Torris, Véronique Villeneuve

Idéation, coordination et gestion du projet — Céline Dion

Comité de lecture, dirigé par Jean-Pierre Vidal avec Marjolaine Bouchard et Sophie Gagnon-Bergeron

Conception graphique — Marie-Claude Asselin de Conception MC

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Question 

Cette exposition ne mériterait-elle pas de se promener aussi hors de la région? Une tournée des bibliothèques et de lieux de culture? 


 

Festival Mots et Merveilles 22 avril 2010 : 3ième partie -Christiane Laforge





Des retrouvailles avec un moment de ma vie d'auteur que je redécouvre en furetant sur Youtube. L'Internet devient gardien ne nos souvenirs.

Une série orchestrée par l'APÈS : Les livres marquants - Christiane Laforge











Le défi était de choisir un livre qui nous a marqué comme auteur et comme auteur. Plusieurs livres ont eu une influence sur moi. Mais, ayant commencé très jeune à lire des romans d'adultes, troquant la Comtesse de Ségur pour Victor Hugo, j'ai sentis que beaucoup de mes choix et de mes convictions ont pris racines à la lecture de ce roman intemporel.

https://www.youtube.com/watch?v=zNQ2sNcXE_8

 

dimanche 30 avril 2017

UNE LETTRE MAGNIFIQUE D'ISABELLE LAROUCHE À SON PÈRE ALBERT LAROUCHE

Isabelle Larouche écrivaine

Isabelle m'a accordé la permission de publier cette lettre émouvante sur mon blogue. Samedi 29 avril avait lieu à Chicoutimi les funérailles d'Albert Larouche dont je parlais dans mon billet précédant. Une cérémonie où il fut beaucoup question d'amour et d'amitié.

Adresse pour papa (Albert Larouche) 29 avril 2017

Mon beau petit papa d’amour,
Comme il est difficile de trouver les mots pour exprimer un aussi gros chagrin…
Je voulais tellement être auprès de toi, au moment de ton départ. Pour une dernière fois, te tenir dans mes bras, te bercer, te réconforter et te dire combien je t’aime. Mais maman, Bernard, Hélène et les autres l’ont fait pour moi. Je savais que ta santé déclinait depuis quelques jours, même si au téléphone, on essayait de mettre un voile pour éviter de m’inquiéter. J’étais si loin… Et le temps me devançait…
Au moment où tes forces s’amenuisaient, je chevauchais cet oiseau de feu au-dessus des majestueuses Rocheuses avec leur tête perçant les nuages. J’admirais leur versant illuminé par cette journée qui venait à peine de naître. J’ignorais que cette journée allait être ta dernière… Si j’avais pu, j’aurais demandé au pilote pour qu’il aille plus vite. Mais c’était une chose impossible, tu le sais bien.
J’ai vu défiler les prairies et leurs longues routes linéaires sans savoir que tu t’apprêtais à emprunter un chemin qui n’est tracé sur aucune carte. J’ai reconnu le lac Supérieur encore prisonnier de son vaste écrin de glace alors que toi, tu te libérais peu à peu pour rejoindre l’infini. Quand j’ai enfin survolé le Québec avec ses centaines de lacs comme autant de yeux ouverts sur un printemps timide, j’étais loin de me douter que tu étais sur le point de refermer les tiens pour toujours, mon papa chéri.
Pour ce grand voyage, comme tu disais parfois, tu n’as pas eu besoin de valise ni de passeport. Mais tu étais prêt à franchir les frontières de ce grand mystère où nous nous retrouverons tous un jour. Et tu l’as fait avec dignité, tout en douceur et en élégance; fidèle à ce que tu as toujours été, mon beau papa adoré.
Mais avant d’embarquer pour cette grande traversée, nous marcherons sur tes pas, nous emprunterons les sentiers que tu as défrichés et les traces que tu as laissées. Nous poursuivrons tes lectures, irons à la rencontre des grands de ce monde, découvrirons des endroits inédits et meublerons nos esprits dans de véritables palais de connaissance, comme tu l’as fait toute ta vie.
Aussi bien que toi, nous serons tendres et amoureux, les bras chargés de roses et l’âme romantique. N’as-tu pas inspiré la plus belle et la plus longue histoire d’amour avec maman, ta petite reine tant aimée ?
Par ton exemple, nous serons les meilleurs parents au monde, justes et droits, généreux et complices. Nous consolerons ceux qu’on aime quand ils auront du chagrin. Je sais que tu nous souffleras la bonne parole, le geste à faire, le meilleur conseil et le brin de sagesse dans chaque épreuve à venir. Et grâce au courage et à la ténacité que tu nous as transmis, nous les surmonterons.

Tout comme toi, nous reconnaîtrons la beauté pour la contempler au quotidien, pour s’en imprégner, s’en inspirer, et la propager à notre tour. Nous continuerons de rire de bon cœur et de s’émerveiller pour des petits riens. Nous cueillerons des graines de passion pour les semer dans notre jardin. À ta manière, nous apprivoiserons le bonheur pour en faire notre ami, en toute simplicité et authenticité. Nous chercherons la lumière et la vérité dans un monde qui en manque parfois, si cruellement.
Les jours de soleil, de neige ou de pluie, nous ouvrirons les fenêtres pour laisser entrer la musique. Nous apprendrons de nouveaux pas de danse, peut-être même des chants ou des poèmes lyriques ! Nous laisserons le vent nous décoiffer et nous humerons les parfums du large rien que pour toi. Nous apprécierons chaque instant, pour que tu les perçoives, dans l’éternité. De temps en temps, nous lèverons notre verre à la vie, entre amis et en famille parce qu’autant que toi, nous serons de bons vivants.
Et oui, ce jour viendra où nous allongerons à notre tour nos ailes pour viser le ciel, où tu nous attends déjà, mon beau papa rempli de merveilles.
Va ! Envole-toi ! Va poursuivre tes aventures dans l’au-delà ! Je sais que tu n’es pas seul mais enfin réuni avec ceux qui sont partis un peu avant. Tu as été un mari exceptionnel, un papa sans pareil, un inoubliable grand-père et un arrière-grand-père aux branches étendues et fortes comme le chêne que tu as planté au bout du terrain, au chalet. Avec le miracle de la vie, tu continueras de semer aux quatre vents de nombreuses petites pousses qui, avec beaucoup de chance, hériteront de tes fossettes, de tes yeux lumineux, de tes cheveux soyeux, de ta voix d’ange, de ta vivacité d’esprit, de ta grande sensibilité et même de tes bras ou tes sourcils hyper poilus !
Tu as mené une vie exceptionnelle et bien remplie. Tu as aussi tout donné. Il est maintenant venu le temps de te reposer, mon beau petit papa d’amour.
En ce jour, et pour le reste de ma vie, je te souffle ce doux baiser… La distance et le temps n’existent plus pour toi. Je sais que là où tu es maintenant, où que je sois, tu le recevras, car tu n’es plus où tu étais, mais partout où nous sommes.

Xxx Isabelle




Albert Larouche, papa d'Isabelle




N'ajoutons rien. C'est trop beau. 

dimanche 23 avril 2017

ALBERT LAROUCHE : CERTAINS ADIEUX N'EN SONT PAS

Albert Larouche 1925-2017



Vendredi 21 avril, Hélène Larouche que j'ai surnommée affectueusement Hélène Junior- en référence à sa mère artiste Hélène Beck - m'écrit quelques mots, lourds de sens, sur le départ imminent de son père Albert Larouche le bien aimé. C'est comme si tout devenait immobile autour de nous. Une vie se termine et, avec elle, malgré nous, une partie de la nôtre s'en va avec elle.

Ce qu'Hélène communique, c'est à la fois sa peine, sa sensibilité, sa force et sa conviction qu'Albert avait pour moi de l'importance. Assez pour que je fasse partie de la confidence et du partage de ce moment de vie... oui, je dis bien moment de vie. 

Dans ma tête, un tourbillon : le sentiment ressenti face à la peine de l'amie, des amis, le rappel des derniers moments de mon propre père, le deuil soudain qui va affecter tous ses amis si proches et dont certains sont les miens. Je pense à Jérémie Giles en particulier. Je pense aussi à sa fille Isabelle  l'écrivaine talentueuse et à son fils Bernard. Je pense à Hélène Beck, ce nom qui a superbement supplanté son patronime de naissance, Claire Boily, dont je n'ai eu connaissance qu'aujourd'hui fouinneuse que je suis sur Internet.

Déjà Membre des 21, le 19 juin 2010, Albert Larouche était reçu Membre de l'Ordre du Bleuet. J'écrivais alors ce texte que je me permets de reprendre, bien qu'il figure en évidence sur le site Web créé pour lui:

De sa naissance à Kénogami en 1925, de ses classes primaires à Jonquière, de ses études secondaires à Arvida et classiques à Chicoutimi, Albert Larouche est le parfait prototype de la fusion avant l’heure. À la géographie de sa jeunesse, il ajoute son mariage avec une audacieuse artiste peintre, Hélène Beck, des enfants très portés sur les arts et l’écriture, le tout additionné de sa propre curiosité archéologique et de l’influence incontestable des ses fréquentations professionnelles.



Comme réalisateur à Radio-Canada, Albert fréquente des célébrités : Maurice Chevalier, Tino Rossi, Luis Mariano, Jacques Brel, Gilles Vigneault, Claude Léveillé, Jean-Pierre Ferland, Ginette Reno, Claude Dubois, Jacques Michel, Robert Charlebois. Il devient le témoin privilégié de mémorables inaugurations : telles que le camp musical du Lac Saint-Jean et l’Université du Québec à Chicoutimi. Lors de l’Expo 67 à Montréal, il est requis pour la réalisation de grands reportages, dont la visite de la reine Élisabeth II, celle du Général de Gaulle, ainsi que le Festival d’Art dramatique réunissant à Saint-Jean de Terre-Neuve des comédiens de chaque province canadienne. La même année, à son retour à CBJ, il ouvre les ondes à la radio-théâtre mettant en scène des jeunes comédiens de la région interprétant nos auteurs. Louise Portal, Michel Dumont, Ghislain Tremblay en gardent souvenir tout comme nos musiciens se souviennent de la populaire série «Banc d’essai» où les finissants des Conservatoires de musique du Québec pouvaient être entendus sur les ondes canadiennes ; sans oublier Les grands concerts de Radio Canada qui captaient les concerts donnés dans notre région.



La personnalité d’Albert Larouche est tissée de tous ces fils reliés à l’histoire, la littérature, la musique, le théâtre, développant un véritable attachement à la mémoire. Incontestablement sa devise est «Je me souviens», tout comme se souvenaient les Anciens du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui ont alimenté pendant des années le contenu de sa série d’émission «Au Temps de la galette», un des trésors des Archives nationales.



Membre fondateur et président de la Société d’archéologie du Saguenay, président du Comité d’acquisition du Musée du Saguenay, il a terminé sa carrière en 1983, le temps de recevoir, en 1982, le Prix du Journalisme Auguste-Béchard (fondateur du premier journal de la région), prix décerné par la Société nationale des Québécois en reconnaissance de ses travaux et de la diffusion du patrimoine saguenéen. 


Nommé à juste titre membre honoraire de la Société historique du Saguenay, Albert Larouche met à profit ses longues vacances pour travailler comme bénévole pour cet organisme où il se consacre à l’identification et au classement des photographies accumulées pêle-mêle dans des cartons. En 20 ans, il en a classé plus de 60 000.



Albert a mené sa carrière de réalisateur avec bonheur. Il a su mettre la radio au service de la mémoire et de la culture. Aujourd’hui, adepte enthousiaste de l’ordinateur, il décrète que cet outil merveilleux est «un petit écran par lequel l’univers est entré dans sa maison». Homme modeste, il ne se rend pas compte que ce grand passionné, archiviste dans l’âme, qu’il est, contribue à sauvegarder l’histoire de notre population.



Albert Larouche et sa compagne de vie Hélène Beck, reçus tous deux Membre de l'Ordre du Bleuet le 19 juin 2010.

Je pourrais regretter de n'avoir pas assez souvent profité de sa présence. Je préfère garder précieusement chaque souvenir et me dire que ce fut un privilège que de partager avec Albert Larouche des heures de vie vibrantes comme ce repas festif à mon Refuge roserain où la joie, la poésie et les chansons étaient au rendez-vous. 

« Il y a des moments si merveilleux, qu'on voudrait que le temps s'arrête... » (Gilbert Bécaud)


Quelques saveurs belges pour le dessert comme cette crème vanille qui en a fait saliver plus d'un. Sur la photo on reconnaît Christine Bouchard, artiste peintre, Claude Bolduc et sa compagne Hélène junior, Albert Larouche et Hélène Beck. 


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En quise d'information : La famille accueillera les parents et amis à la Résidence funéraire
Gravel & Fils, Réseau Dignité au 825 Bégin, coin des Champs-Elysées à Chicoutimi.
Les heures d'accueil sont : le vendredi 28 avril 2017 de 14 h à 17 h et de 19 h à 22 h. Samedi, le salon sera ouvert à compter de 9 h. La célébration de la Parole aura lieu le samedi 29 avril 2017 à 10 h 30 à la chapelle Gravel & Fils.

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vendredi 17 mars 2017

L'OPÉRA CARMEN, HÉLÈNE GAUDREAULT ET LE DÉFI ARTISTIQUE FONT LA UNE DE L'AMI


l'AMI Disponible ICI en PDF

L'AMI donne beaucoup de place aux arts

Depuis sa création, le journal L’AMI a souvent parlé d’artistes. Élika vit dans une maison où il y a beaucoup de livres, de films et de toiles sur les murs. Dans sa jeune vie, elle a assisté à de nombreux spectacles : théâtre, opérettes, opéras, chansons populaires, danse. Immanquablement cela se reflète dans les sujets qu’elle aborde.

Mon plaisir est de la laisser aller à son rythme. Et même si je collabore intensément à la publication de son journal, les décisions lui reviennent quant aux sujets choisis et à l’espace donné. Pour une seconde fois, L’AMI atteint les 12 pages. Cela représente de nombreuses heures pour la rédaction de ses textes qu’elle tient à faire seule. Parfois à partir d’un brouillon manuscrit. Le plus souvent, directement sur le clavier.  

Je tremble un peu : Élika songe à recruter des journalistes.

Quant à ses entrevues enregistrées, nous faisons la transcription toutes les deux. On écoute. Puis, pour certains passages, elle choisit d’en faire un résumé. Pour d’autres, elle cite les propos enregistrés que je transcris pour elle, mes doigts étant, pour l’instant, plus rapides que les siens. Élika se prépare sérieusement avant de faire une entrevue. Je n’interviens aucunement dans ses questions… et elle me surprend agréablement.

L’AMI est un moment magique, un temps partagé de grande complicité. 

Par votre lecture et vos réactions vous encouragez cette belle expérience. 

Amis lecteurs, merci.


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Élika a reçu une belle lettre d'appréciation

Très chère Élika,

Je suis bouleversée par ton reportage touchant sur la SALR et à mon égard dans L'AMI de mars. Te rencontrer pour une entrevue fut fantastique et le résultat génial que tu as produit est au-delà de toutes mes attentes! MERCI au centuple d’avoir fait de moi “l’Amie du jour”! C’est un honneur dont je me souviendrai longtemps avec fierté! Merci également d’avoir consacré Doumou “mascotte” de ton journal d’exception, dans lequel tu es, pour nous tous qui le lisons avec intérêt, une RÉVÉLATION!

Tu es une écrivaine profonde qui analyse avec justesse les situations et tu pourrais déjà faire rougir d’envie bien des journalistes (pas ta Mamieke, évidemment, qui est une médaillée d’or dans le domaine!) Parlant d’elle, quelle chance tu as de pouvoir compter, dans ton équipe, une aussi merveilleuse et compétente “mentore”! Et en prime, une maman super photographe! Tu es choyée, belle  Élika, mais tu le mérites tellement!

Je te prends dans mes bras et t’embrasse bien fort!

XXXX (2 pour toi, un pour Mamieke et un pour ta maman)

Avec toute ma reconnaissance et les larmes aux yeux!

La marraine de Doumou, admiratrice sans borne de ton talent et de ton journal!

Hélène Gaudreault


vendredi 3 février 2017

J'AI VU LA BEAUTÉ DU MONDE




Ariel, né le 3 février 1983 à minuit moins trois.


Pour la 35e fois, le 3 février éveille en moi la certitude que rien au monde ne peut rivaliser avec l'amour que je te porte. 

Tu as 34 ans aujourd'hui mon fils. Mais, tout commence le jour premier de ta vie. Ce vendredi 3 février où tu es né à 23 h 57, mettant au monde la mère que tu as fait de moi. 

Et cette mère, enfant de mon âme et de mon cœur, n'a aspiré qu'à grandir avec toi. Tes yeux ont ouvert les miens. Tes mots m'ont apporté de nombreuses réponses. Ta gourmandise a amplifié les saveurs. Tes gestes ont ouvert mes bras aux autres. 

Aujourd'hui, alors que je pense à toi, je ne crains pas de dire que quoiqu'il arrive, quoiqu'il se passe, j'ai vu la beauté du monde. 

Heureux anniversaire Ariel.