samedi 1 juillet 2017

Redécouvrir le peintre Guy Tay : rétrospective de 50 ans de carrière au CNE

Guy Tay au vernissage de sa rétrospective  présentée au CNE

 Guy Tay fait partie des personnages qui ont marqué le début de ma carrière de journaliste. J'avais 22 ans. Le Centre culturel de Jonquière, inauguré en 1967 allait devenir un lieu où l'art du Saguenay¬Lac-Saint-Jean déployait ses ailes. Guy Tay y a été pour beaucoup. Le dynamisme et l'audace ont ouvert grand la porte à l’innovation. Cette rétrospective présentée par le Centre national d'exposition de Jonquière permettra à ceux qui l'on connu sous cet aspect sérieux d'artiste peintre de constater à quel point il a su maintenir une constance dans son travail en art visuel : la qualité certes, mais plus encore un don véritable de mettre l'image au service de l'expression.  Pour ceux qui ne le connaissaient pas, c'est l'occasion de le découvrir.

Jonquiérois de naissance, Guy Tay ne se résume pas. Il est à la fois professeur d'arts plastiques, peintre, décorateur, illustrateur, concepteur d'évènements spéciaux, animateur, comédien, acteur, metteur en scène, maître de piste (cirque), clown, sculpteur de ballons, magicien, illusionniste.Une énumération que l'on retrouve sur son tout nouveau site Web officiel.

La rétrospective est fort bien conçue. Sur des présentoirs fermés, une peinture du jeune Guy à ses débuts, quelques livres qu'il a illustrés dont  Alexis Le Trotteur de Jean-Claude Larouche. Puis les tableaux, par ordre chronologique, démontrant une démarche en évolution, dominée par le souci de la protection de l'environnement, privilégiant les matières recyclées dans ses créations.


 Rétrospective de 1967 à 2017 des œuvres de Guy Tay Tremblay au CNE



Dans l'édition du Progrès du vendredi 30 juin 2017, Anne-Marie Gravel relate :

« Le parcours de Guy Tay Tremblay en dévoile beaucoup sur l'artiste. Amoureux de l'art sous toutes ses formes, le Jonquiérois a œuvré à travers le Québec et même au-delà au gré des projets qui l'animait. À l'image de ses créations, il ne s'est jamais laissé imposer de barrières. 

GuyTay Tremblay est plus qu'heureux de voir ses œuvres au CNE. « Je me pince. Il y a 50 ans, j'étais ici, sur le mont Jacob, comme directeur de l'animation », affirme d'emblée celui qui en plus d'avoir donné des ateliers de peinture à l'Institut des arts au Saguenay, a enseigné les arts plastiques et le théâtre dans différents établissements de la région.

« Je me rends compte qu'on laisse des traces importantes. Je le constate par la rencontre d'individus à qui j'ai enseigné. C'est la plus belle récompense. »

On peut lire son reportage ICI

On peut aussi lire la présentation de cette exposition sur le site La vitrine culturelle de Saguenay ICI


Lors du vernissage au CNE


L'Homme de pierre - 1967


Tout de suite à notre gauche, en entrant dans la salle d'exposition, j'ai été captivée par cette œuvre. Les couleurs chaudes, les forment se chevauchant et nous entraînant à les voir à la fois morcelées et dans un tout où le côté sombre nous attire comme dans une caverne à l'intérieur de laquelle surgissent des formes renouvelées. On perçoit l'homme ainsi que des personnages, têtes d'oiseaux, feuilles d'arbres... l'œil cédant ou dépassant l'imaginaire. 

Dans sa description Guy Tay précise : 

Rien n'existe jusqu'au moment laissant couler l'encre faire son chemin sur le canevas, des formes sineuses cheminent et serpentent dans toutes les directions.

Syncronisé au geste, l'œil de l'artiste reste vigilent pour faire naître l'inattendu. Puis, tout s'éclaircit, le décor se précise laissant place à un personnage dissimulé dans le roc.

Silence...
Encore une fois, l'œuvre se fixe dans le temps.

La lumière et les couleurs transparentes viennent alléger la composition et les ombres indiquent que l'artiste, parfois, peut créer à l'ombre de son imagination.


 Atome & Galaxie - 1965

Adepte des films de science-fiction, me voici projeté dans un monde inconnu et à découvrir la technique du crayon de cire jumelé à l'encre noire. Dans un premier temps, les couleurs parcourent la toile dans toutes les directions, puis c'est la noirceur totale avec l'encre qui masque tout. Finalement, c'est l'opération que j'appellerais magique, car grâce à des outils appropriés (grattoir, lame plate ou pointe fine) la toile s'illumine de nouveau. Opaques ou transparentes, des formes et des objets hétéroclites apparaissent, se figent dans le temps.

Isolée, une boule de feu nous rappelle que, tout autour, des zones sombres se cachent encore bien des mystères dans les galaxies lointaines. (Guy Tay)



1976 - Forêt de totems

La planète crie « Au secours! ». Elle a besoin d'amour.
Les temps modernes nous ont fait apparaître des monstres mécaniques qui ont systématiquement ébranlé l'écho système par une déforestation sans limite.

Pour suppléer à ce décor dénudé, voici « FORÊTS DE TOTEMS  » figée dans le temps.
Solidement plantés comme des sentinelles, ses arbres, aux figures gravées dans l'écorce, sont habillés de pastel et d'encre de couleurs comme pour cacher certaines blessures laissées par la main de l'homme.

Au loin, à bout de souffle, j'entends encore chanter Diane Dufresne : « Donnez-moi de l'oxygène ». (Guy Tay)



1970 - Éclatement


 1983 - Les divines divaguent

 Il y a quelque chose d'émouvant dans cette toile. La beauté des oiseaux superposant la beauté des vagues dont on ne sait si elles sont un danger ou un attrait. Tout est mouvement et bruissement. Une danse des formes.

1983 - L'Envol

Guy Tay décrit l'Envol : Ma thématique des années 80 fut principalement marquée par des sujets animaliers. En tête, ce sont les oiseaux qui ont retenu ma recherche.

L'interprétation moderne du plumage avec ses tons tout en douceur, nous amène dans un espace où les forces de la nature sont en fusion : l'eau, l'air et même le feu qui semble rigir des entrailles de la terre.

L'ENVOL est un survol du passé, du présent et d'espoir pour l'avenir. Comme Jonathan Le Goéland, l'aventure se poursuit entre ciel et terre.


La rétrospectives des 50 ans de carrière du peintre Guy Tay Tremblay, est présentée au Centre national d'exposition de Jonquière jusqu'au 17 septembre. C'est à voir.



2001 - Villapolis



2016 - Le couple panache





vendredi 23 juin 2017

Création, collage, souvenirs et plaisir

2017 - Collage de Christiane Laforge


Résultat d'une demi-journée à me faire plaisir. Le collage fait avec des pages de la Une du cahier des arts de feu Progrès-Dimanche, au temps où j'y travaillais avec ma consœur Denise Pelletier.

Mes graphistes, Andrée Fortin et Bernard Gagné, mettaient toute leur créativité au service de la section des arts. Ce sont des bijoux que j'ai conservés, avec l'intention d'en faire des collages.

Celui-ci sera mon premier.

Le but, agrémenter l'arrière de mon meuble d'ordinateur qui ne payait pas de mine avec son aggloméré brun.

2017 - Collage de Christiane Laforge




mercredi 21 juin 2017

Une photo/Deux cents mots présenté au Musée amérindien de Mashteuiatsh



Christiane Laforge, écrivaine, membre de l'APES 
Carol Tremblay, photographe, membre du Club photo de Chicoutimi
jumelés pour le projet Une photo/Deux cents mots
© Photo Dolorès Lavoie


Le projet : Une photo/Deux cents mots

Au printemps 2016, 20 écrivains, membres de l’APES, ont reçu une invitation à relever un défi : écrire 200 mots, ni plus ni moins, inspirés d'une photographie. L’auteur était jumelé à un photographe sans en connaître le nom ni le contexte de sa photo.

Le jumelage a été fait par un tirage au sort. Chef d'orchestre de ces 20 duos, Céline Dion nous écrivait alors :

On dit souvent qu’une photo vaut mille mots… j’espère que celle-ci saura vous en inspirer du moins jusqu’à 200, pas plus (199 peut-être, mais pas 201). Il s’agit pour vous d’écrire un texte littéraire, poétique — en vers ou en prose — un micro récit, une micro fiction, une nouvelle, un fragment, « une épisodie », etc.) inspiré de ladite photo.

C’est tout un défi, beaucoup plus difficile à relever qu’on ne pourrait le croire à première vue... 200 mots, c’est à la fois court et long. Chaque mot compte, chaque mot a un poids, chaque mot a sa place. On est à la fois dans la précision et le flou, à la fois dans le dit et le non-dit, à la fois dans la certitude et l’impression. C’est un concentré. Quoi qu’il en soit, le défi vaut assurément la peine d’être relevé, pour le seul plaisir de l’écriture, comme un véritable exercice de style.

© Photo Carol Tremblay

Regardez bien votre photo — c’est la vôtre, elle est à vous. Examinez ses détails, ses nuances, son atmosphère… laissez-la se déposer sur votre rétine, dans votre tête, laissez-la agir en vous, laissez-la vous travailler au même titre que le langage vous travaille. Laissez aller votre imagination vers l’imaginaire du photographe; parce que c’est ça que ça donnera sur le panneau d’exposition: la rencontre de deux imaginaires!!!

Sur le moment, j'étais perplexe. Ce paysage évocateur de paix, de tranquillité pouvait-elle convenir à mon humeur guerrière, en révolte au vu de tous les saccages autorisés sur les terres de notre terre? Pendant plusieurs semaine, chaque jour je méditais devant ces champs qui m'inspiraient le calme. Et soudain, j'ai vu les nuages la couvrant et les mots sont nés.
Imagine

Temps immobile, capturé, captif, à jamais figé en noir et blanc.
Silence sur papier glacé, unique témoin d’un drame à venir.
Ère révolue sous les traits paisibles de champs balisés par rangées de pins.

Imagine le bruissement du blé mûr que fait tanguer le vent.
Ou sinon, des épis dressés, telles épées dérisoires
Contre un monde sourd au futur, le regard aveugle.

Vois cette belle image.
Et là, imagine. Imagine encore…


Une forêt vierge.
Arbres touffus de résineux et de feuillus.
Bouleaux, pins, érables aux branches enlacées
Uniquement blessés sous l’estoc d’une faune sauvage
Ou décimés par les feux des orages.
Jusqu’à ce jour de coups répétitifs et craquements de chute.
Arbres sacrifiés, racines arrachées
Pour creuser les sillons de champs féconds,
Aux rythmes des rides incrustées sur les visages d’hommes et de femmes
Semant leur avenir, un hier lointain.
Leur survie. Ton héritage.

Beauté. Temps immobile. Capturé.
À jamais figé en noir et blanc sur papier glacé.
Bâtiments des fermes dominent les grands champs bordés d’arbres courbés
Où les épis ondoient sous les vents en vagues dorées.
Témoins d’un rêve réalisé.

Imagine demain.
Rampant sous terre, l’avidité des minières et pétrolières souillant les eaux et saccageant ta terre.

Christiane Laforge
31 août 2016


Expositions itinérantes

Le but de ce projet de création Une photo/Deux cents mots de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES), en collaboration avec le Club photo de Chicoutimi, grâce au soutien du Conseil des arts de Saguenay consistait à faire à la fois œuvre littéraire et exposition. Réunir mots et photographies pour une exposition itinérante dont la première a eu lieu à la Bibliothèque de Chicoutimi, du 8 décembre 2016 au 22 janvier 2017. Par la suite à la Bibliothèque Georges-Henri-Lévesque de Roberval du 2 février au 25 mars; au Pavillon des croisières internationales à La Baie, au Musée Louis-Hémon de Péribonka et, depuis le 8 juin jusqu’au 3 septembre, à la salle Agora du Musée amérindien de Mashteuiatsh. 

Alors, si vous passez par là, allez lire ou relire les 4000 mots qui sont exposés et regarder au passage les 20 photos inspirées du texte La ronde de Marie-Andrée Gil » invite Céline Dion, membre associé et administratrice de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES). 

Marie-Andrée Gill a gagné le Prix littéraire Damase-Potvin 2015 dans la catégorie professionnelle pour son texte La Ronde .



En janvier, tout ce travail était publié sous la forme d’un calendrier de 20 mois, allant jusqu’en août 2018. Chaque mois agrémenté de la photo et de son texte. 

Les participants
 
Les photographes — membres du Club photo de Chicoutimi :

Emmanuelle Arth, Rodrigue Audet, Joane Dallaire, Stéphane Desmeules, Yvon Guignard, Mariane Lacroix, Dolorès Lavoie, Émilie Racine, Constance St-Gelais, Carol Tremblay, Catherine Tremblay, Pierre Tremblay, Régis Tremblay.

Les auteurs — membres de l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES) :

Anne-Marie Allard, Claude Bouchard, Dany Boudreault, Dany Côté, Claire Gagnon, Line Gaudreault, Martin Giguère, Rachel Gilbert, Marie-Andrée Gill, Keven Girard, Julien Gravelle, Cynthia Harvey, Carl-Keven Korb, Christiane Laforge, Alain Larose, Christine Martel, Laurance Ouellet Tremblay, Gérald Savard, Emmanuel Simard, Sophie Torris, Véronique Villeneuve

Idéation, coordination et gestion du projet — Céline Dion

Comité de lecture, dirigé par Jean-Pierre Vidal avec Marjolaine Bouchard et Sophie Gagnon-Bergeron

Conception graphique — Marie-Claude Asselin de Conception MC

 ***

Question 

Cette exposition ne mériterait-elle pas de se promener aussi hors de la région? Une tournée des bibliothèques et de lieux de culture? 


 

Festival Mots et Merveilles 22 avril 2010 : 3ième partie -Christiane Laforge





Des retrouvailles avec un moment de ma vie d'auteur que je redécouvre en furetant sur Youtube. L'Internet devient gardien ne nos souvenirs.

Une série orchestrée par l'APÈS : Les livres marquants - Christiane Laforge











Le défi était de choisir un livre qui nous a marqué comme auteur et comme auteur. Plusieurs livres ont eu une influence sur moi. Mais, ayant commencé très jeune à lire des romans d'adultes, troquant la Comtesse de Ségur pour Victor Hugo, j'ai sentis que beaucoup de mes choix et de mes convictions ont pris racines à la lecture de ce roman intemporel.

https://www.youtube.com/watch?v=zNQ2sNcXE_8

 

dimanche 30 avril 2017

UNE LETTRE MAGNIFIQUE D'ISABELLE LAROUCHE À SON PÈRE ALBERT LAROUCHE

Isabelle Larouche écrivaine

Isabelle m'a accordé la permission de publier cette lettre émouvante sur mon blogue. Samedi 29 avril avait lieu à Chicoutimi les funérailles d'Albert Larouche dont je parlais dans mon billet précédant. Une cérémonie où il fut beaucoup question d'amour et d'amitié.

Adresse pour papa (Albert Larouche) 29 avril 2017

Mon beau petit papa d’amour,
Comme il est difficile de trouver les mots pour exprimer un aussi gros chagrin…
Je voulais tellement être auprès de toi, au moment de ton départ. Pour une dernière fois, te tenir dans mes bras, te bercer, te réconforter et te dire combien je t’aime. Mais maman, Bernard, Hélène et les autres l’ont fait pour moi. Je savais que ta santé déclinait depuis quelques jours, même si au téléphone, on essayait de mettre un voile pour éviter de m’inquiéter. J’étais si loin… Et le temps me devançait…
Au moment où tes forces s’amenuisaient, je chevauchais cet oiseau de feu au-dessus des majestueuses Rocheuses avec leur tête perçant les nuages. J’admirais leur versant illuminé par cette journée qui venait à peine de naître. J’ignorais que cette journée allait être ta dernière… Si j’avais pu, j’aurais demandé au pilote pour qu’il aille plus vite. Mais c’était une chose impossible, tu le sais bien.
J’ai vu défiler les prairies et leurs longues routes linéaires sans savoir que tu t’apprêtais à emprunter un chemin qui n’est tracé sur aucune carte. J’ai reconnu le lac Supérieur encore prisonnier de son vaste écrin de glace alors que toi, tu te libérais peu à peu pour rejoindre l’infini. Quand j’ai enfin survolé le Québec avec ses centaines de lacs comme autant de yeux ouverts sur un printemps timide, j’étais loin de me douter que tu étais sur le point de refermer les tiens pour toujours, mon papa chéri.
Pour ce grand voyage, comme tu disais parfois, tu n’as pas eu besoin de valise ni de passeport. Mais tu étais prêt à franchir les frontières de ce grand mystère où nous nous retrouverons tous un jour. Et tu l’as fait avec dignité, tout en douceur et en élégance; fidèle à ce que tu as toujours été, mon beau papa adoré.
Mais avant d’embarquer pour cette grande traversée, nous marcherons sur tes pas, nous emprunterons les sentiers que tu as défrichés et les traces que tu as laissées. Nous poursuivrons tes lectures, irons à la rencontre des grands de ce monde, découvrirons des endroits inédits et meublerons nos esprits dans de véritables palais de connaissance, comme tu l’as fait toute ta vie.
Aussi bien que toi, nous serons tendres et amoureux, les bras chargés de roses et l’âme romantique. N’as-tu pas inspiré la plus belle et la plus longue histoire d’amour avec maman, ta petite reine tant aimée ?
Par ton exemple, nous serons les meilleurs parents au monde, justes et droits, généreux et complices. Nous consolerons ceux qu’on aime quand ils auront du chagrin. Je sais que tu nous souffleras la bonne parole, le geste à faire, le meilleur conseil et le brin de sagesse dans chaque épreuve à venir. Et grâce au courage et à la ténacité que tu nous as transmis, nous les surmonterons.

Tout comme toi, nous reconnaîtrons la beauté pour la contempler au quotidien, pour s’en imprégner, s’en inspirer, et la propager à notre tour. Nous continuerons de rire de bon cœur et de s’émerveiller pour des petits riens. Nous cueillerons des graines de passion pour les semer dans notre jardin. À ta manière, nous apprivoiserons le bonheur pour en faire notre ami, en toute simplicité et authenticité. Nous chercherons la lumière et la vérité dans un monde qui en manque parfois, si cruellement.
Les jours de soleil, de neige ou de pluie, nous ouvrirons les fenêtres pour laisser entrer la musique. Nous apprendrons de nouveaux pas de danse, peut-être même des chants ou des poèmes lyriques ! Nous laisserons le vent nous décoiffer et nous humerons les parfums du large rien que pour toi. Nous apprécierons chaque instant, pour que tu les perçoives, dans l’éternité. De temps en temps, nous lèverons notre verre à la vie, entre amis et en famille parce qu’autant que toi, nous serons de bons vivants.
Et oui, ce jour viendra où nous allongerons à notre tour nos ailes pour viser le ciel, où tu nous attends déjà, mon beau papa rempli de merveilles.
Va ! Envole-toi ! Va poursuivre tes aventures dans l’au-delà ! Je sais que tu n’es pas seul mais enfin réuni avec ceux qui sont partis un peu avant. Tu as été un mari exceptionnel, un papa sans pareil, un inoubliable grand-père et un arrière-grand-père aux branches étendues et fortes comme le chêne que tu as planté au bout du terrain, au chalet. Avec le miracle de la vie, tu continueras de semer aux quatre vents de nombreuses petites pousses qui, avec beaucoup de chance, hériteront de tes fossettes, de tes yeux lumineux, de tes cheveux soyeux, de ta voix d’ange, de ta vivacité d’esprit, de ta grande sensibilité et même de tes bras ou tes sourcils hyper poilus !
Tu as mené une vie exceptionnelle et bien remplie. Tu as aussi tout donné. Il est maintenant venu le temps de te reposer, mon beau petit papa d’amour.
En ce jour, et pour le reste de ma vie, je te souffle ce doux baiser… La distance et le temps n’existent plus pour toi. Je sais que là où tu es maintenant, où que je sois, tu le recevras, car tu n’es plus où tu étais, mais partout où nous sommes.

Xxx Isabelle




Albert Larouche, papa d'Isabelle




N'ajoutons rien. C'est trop beau. 

dimanche 23 avril 2017

ALBERT LAROUCHE : CERTAINS ADIEUX N'EN SONT PAS

Albert Larouche 1925-2017



Vendredi 21 avril, Hélène Larouche que j'ai surnommée affectueusement Hélène Junior- en référence à sa mère artiste Hélène Beck - m'écrit quelques mots, lourds de sens, sur le départ imminent de son père Albert Larouche le bien aimé. C'est comme si tout devenait immobile autour de nous. Une vie se termine et, avec elle, malgré nous, une partie de la nôtre s'en va avec elle.

Ce qu'Hélène communique, c'est à la fois sa peine, sa sensibilité, sa force et sa conviction qu'Albert avait pour moi de l'importance. Assez pour que je fasse partie de la confidence et du partage de ce moment de vie... oui, je dis bien moment de vie. 

Dans ma tête, un tourbillon : le sentiment ressenti face à la peine de l'amie, des amis, le rappel des derniers moments de mon propre père, le deuil soudain qui va affecter tous ses amis si proches et dont certains sont les miens. Je pense à Jérémie Giles en particulier. Je pense aussi à sa fille Isabelle  l'écrivaine talentueuse et à son fils Bernard. Je pense à Hélène Beck, ce nom qui a superbement supplanté son patronime de naissance, Claire Boily, dont je n'ai eu connaissance qu'aujourd'hui fouinneuse que je suis sur Internet.

Déjà Membre des 21, le 19 juin 2010, Albert Larouche était reçu Membre de l'Ordre du Bleuet. J'écrivais alors ce texte que je me permets de reprendre, bien qu'il figure en évidence sur le site Web créé pour lui:

De sa naissance à Kénogami en 1925, de ses classes primaires à Jonquière, de ses études secondaires à Arvida et classiques à Chicoutimi, Albert Larouche est le parfait prototype de la fusion avant l’heure. À la géographie de sa jeunesse, il ajoute son mariage avec une audacieuse artiste peintre, Hélène Beck, des enfants très portés sur les arts et l’écriture, le tout additionné de sa propre curiosité archéologique et de l’influence incontestable des ses fréquentations professionnelles.



Comme réalisateur à Radio-Canada, Albert fréquente des célébrités : Maurice Chevalier, Tino Rossi, Luis Mariano, Jacques Brel, Gilles Vigneault, Claude Léveillé, Jean-Pierre Ferland, Ginette Reno, Claude Dubois, Jacques Michel, Robert Charlebois. Il devient le témoin privilégié de mémorables inaugurations : telles que le camp musical du Lac Saint-Jean et l’Université du Québec à Chicoutimi. Lors de l’Expo 67 à Montréal, il est requis pour la réalisation de grands reportages, dont la visite de la reine Élisabeth II, celle du Général de Gaulle, ainsi que le Festival d’Art dramatique réunissant à Saint-Jean de Terre-Neuve des comédiens de chaque province canadienne. La même année, à son retour à CBJ, il ouvre les ondes à la radio-théâtre mettant en scène des jeunes comédiens de la région interprétant nos auteurs. Louise Portal, Michel Dumont, Ghislain Tremblay en gardent souvenir tout comme nos musiciens se souviennent de la populaire série «Banc d’essai» où les finissants des Conservatoires de musique du Québec pouvaient être entendus sur les ondes canadiennes ; sans oublier Les grands concerts de Radio Canada qui captaient les concerts donnés dans notre région.



La personnalité d’Albert Larouche est tissée de tous ces fils reliés à l’histoire, la littérature, la musique, le théâtre, développant un véritable attachement à la mémoire. Incontestablement sa devise est «Je me souviens», tout comme se souvenaient les Anciens du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui ont alimenté pendant des années le contenu de sa série d’émission «Au Temps de la galette», un des trésors des Archives nationales.



Membre fondateur et président de la Société d’archéologie du Saguenay, président du Comité d’acquisition du Musée du Saguenay, il a terminé sa carrière en 1983, le temps de recevoir, en 1982, le Prix du Journalisme Auguste-Béchard (fondateur du premier journal de la région), prix décerné par la Société nationale des Québécois en reconnaissance de ses travaux et de la diffusion du patrimoine saguenéen. 


Nommé à juste titre membre honoraire de la Société historique du Saguenay, Albert Larouche met à profit ses longues vacances pour travailler comme bénévole pour cet organisme où il se consacre à l’identification et au classement des photographies accumulées pêle-mêle dans des cartons. En 20 ans, il en a classé plus de 60 000.



Albert a mené sa carrière de réalisateur avec bonheur. Il a su mettre la radio au service de la mémoire et de la culture. Aujourd’hui, adepte enthousiaste de l’ordinateur, il décrète que cet outil merveilleux est «un petit écran par lequel l’univers est entré dans sa maison». Homme modeste, il ne se rend pas compte que ce grand passionné, archiviste dans l’âme, qu’il est, contribue à sauvegarder l’histoire de notre population.



Albert Larouche et sa compagne de vie Hélène Beck, reçus tous deux Membre de l'Ordre du Bleuet le 19 juin 2010.

Je pourrais regretter de n'avoir pas assez souvent profité de sa présence. Je préfère garder précieusement chaque souvenir et me dire que ce fut un privilège que de partager avec Albert Larouche des heures de vie vibrantes comme ce repas festif à mon Refuge roserain où la joie, la poésie et les chansons étaient au rendez-vous. 

« Il y a des moments si merveilleux, qu'on voudrait que le temps s'arrête... » (Gilbert Bécaud)


Quelques saveurs belges pour le dessert comme cette crème vanille qui en a fait saliver plus d'un. Sur la photo on reconnaît Christine Bouchard, artiste peintre, Claude Bolduc et sa compagne Hélène junior, Albert Larouche et Hélène Beck. 


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En quise d'information : La famille accueillera les parents et amis à la Résidence funéraire
Gravel & Fils, Réseau Dignité au 825 Bégin, coin des Champs-Elysées à Chicoutimi.
Les heures d'accueil sont : le vendredi 28 avril 2017 de 14 h à 17 h et de 19 h à 22 h. Samedi, le salon sera ouvert à compter de 9 h. La célébration de la Parole aura lieu le samedi 29 avril 2017 à 10 h 30 à la chapelle Gravel & Fils.

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vendredi 17 mars 2017

L'OPÉRA CARMEN, HÉLÈNE GAUDREAULT ET LE DÉFI ARTISTIQUE FONT LA UNE DE L'AMI


l'AMI Disponible ICI en PDF

L'AMI donne beaucoup de place aux arts

Depuis sa création, le journal L’AMI a souvent parlé d’artistes. Élika vit dans une maison où il y a beaucoup de livres, de films et de toiles sur les murs. Dans sa jeune vie, elle a assisté à de nombreux spectacles : théâtre, opérettes, opéras, chansons populaires, danse. Immanquablement cela se reflète dans les sujets qu’elle aborde.

Mon plaisir est de la laisser aller à son rythme. Et même si je collabore intensément à la publication de son journal, les décisions lui reviennent quant aux sujets choisis et à l’espace donné. Pour une seconde fois, L’AMI atteint les 12 pages. Cela représente de nombreuses heures pour la rédaction de ses textes qu’elle tient à faire seule. Parfois à partir d’un brouillon manuscrit. Le plus souvent, directement sur le clavier.  

Je tremble un peu : Élika songe à recruter des journalistes.

Quant à ses entrevues enregistrées, nous faisons la transcription toutes les deux. On écoute. Puis, pour certains passages, elle choisit d’en faire un résumé. Pour d’autres, elle cite les propos enregistrés que je transcris pour elle, mes doigts étant, pour l’instant, plus rapides que les siens. Élika se prépare sérieusement avant de faire une entrevue. Je n’interviens aucunement dans ses questions… et elle me surprend agréablement.

L’AMI est un moment magique, un temps partagé de grande complicité. 

Par votre lecture et vos réactions vous encouragez cette belle expérience. 

Amis lecteurs, merci.


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Élika a reçu une belle lettre d'appréciation

Très chère Élika,

Je suis bouleversée par ton reportage touchant sur la SALR et à mon égard dans L'AMI de mars. Te rencontrer pour une entrevue fut fantastique et le résultat génial que tu as produit est au-delà de toutes mes attentes! MERCI au centuple d’avoir fait de moi “l’Amie du jour”! C’est un honneur dont je me souviendrai longtemps avec fierté! Merci également d’avoir consacré Doumou “mascotte” de ton journal d’exception, dans lequel tu es, pour nous tous qui le lisons avec intérêt, une RÉVÉLATION!

Tu es une écrivaine profonde qui analyse avec justesse les situations et tu pourrais déjà faire rougir d’envie bien des journalistes (pas ta Mamieke, évidemment, qui est une médaillée d’or dans le domaine!) Parlant d’elle, quelle chance tu as de pouvoir compter, dans ton équipe, une aussi merveilleuse et compétente “mentore”! Et en prime, une maman super photographe! Tu es choyée, belle  Élika, mais tu le mérites tellement!

Je te prends dans mes bras et t’embrasse bien fort!

XXXX (2 pour toi, un pour Mamieke et un pour ta maman)

Avec toute ma reconnaissance et les larmes aux yeux!

La marraine de Doumou, admiratrice sans borne de ton talent et de ton journal!

Hélène Gaudreault


vendredi 3 février 2017

J'AI VU LA BEAUTÉ DU MONDE




Ariel, né le 3 février 1983 à minuit moins trois.


Pour la 35e fois, le 3 février éveille en moi la certitude que rien au monde ne peut rivaliser avec l'amour que je te porte. 

Tu as 34 ans aujourd'hui mon fils. Mais, tout commence le jour premier de ta vie. Ce vendredi 3 février où tu es né à 23 h 57, mettant au monde la mère que tu as fait de moi. 

Et cette mère, enfant de mon âme et de mon cœur, n'a aspiré qu'à grandir avec toi. Tes yeux ont ouvert les miens. Tes mots m'ont apporté de nombreuses réponses. Ta gourmandise a amplifié les saveurs. Tes gestes ont ouvert mes bras aux autres. 

Aujourd'hui, alors que je pense à toi, je ne crains pas de dire que quoiqu'il arrive, quoiqu'il se passe, j'ai vu la beauté du monde. 

Heureux anniversaire Ariel.

dimanche 22 janvier 2017

ALEX NEVSKI, VEDETTE DU DERNIER NUMÉRO DU JOURNAL L'AMI

https://drive.google.com/file/d/0B7m_CGeg3I_-OWVxRzlWdlMwZGM/view?usp=sharing
Élika Laforge interviewe Alex Nevski   
©  Andrée-Anne Lachaine photographie

De plus en plus, Élika développe le réflexe journalistique. Elle n’est plus à la remorque de ce qu’elle vit comme enfant, mais s’ouvre davantage aux évènements dont elle est témoin et qu’elle croit intéressant de partager. 

C’est ainsi, qu’ayant reçu des billets pour le spectacle d’Alex Nevski, qu’elle connaît bien surtout depuis la Voix Junior, son réflexe a été d’y voir l’opportunité d’un bon reportage pour L’AMI. Sa maman photographe, Andrée-Anne Lachaine, a pressenti en même temps que sa fille que l’occasion se prêtait à une entrevue exceptionnelle.

Jusqu’à présent, Élika a vu bien des portes s’ouvrir devant elle, en allant voir des spectacle d’artistes de la région. La Société d’art lyrique du royaume, le Prisme culturel, Atchoum, Mordicus l’ont accueillie avec gentillesse. Mais en serait-il autant de la part d’une vedette où le sésame utilisée régionalement leur est inconnu? 

Débrouillarde comme pas une, la maman d’Élika a réussi à rejoindre le directeur de tournée d’Alex qui, malgré le très jeune âge de notre journaliste, a pris la demande avec sérieux et permis à une petite fille de 9 ans de vivre un moment inoubliable. 

Alex Nevski a touché le cœur de toute une famille.

Élika a préparé sa propre liste de questions. Ma seule intervention a été de les classer par thème. Ce qui a bien amusé Alex. 

C’est donc un numéro très spécial que cette première publication de 2017. La retranscription complète de l'entrevue a nécessité 8 pages. C’est ainsi que L’AMI du 20 janvier 2017 comptera exceptionnellement 12 pages.

Au nom du Journal L’AMI, je tiens à remercier toutes les personnes ayant permis à Élika de réaliser  cette entrevue.


Alex Nevski répond avec sérieux aux questions d'Élika Laforge 
©  Andrée-Anne Lachaine photographie

samedi 14 janvier 2017

JEAN-PAUL LAPOINTE : DÉJÀ 10 ANS, MAIS TOUJOURS PRÉSENT




La mémoire est l’antidote de la mort. Une personne continue de vivre tant qu’elle existe dans la pensée et dans le cœur de qui a pu l’aimer. Entre Jean-Paul et moi, c’est une amitié née dans les couleurs de sa palette. Palette lumineuse qui lui a valu bien des admirateurs. 

Il y a dix ans, le 14 janvier 2007, il franchissait la dernière marche. Son épouse Rina m’avait demandé d’écrire son avis de décès afin de dire autrement notre tristesse. J’écrivis alors : 

« Le peintre de la lumière a terminé la toile de sa vie. Désormais, il faudra lever les yeux vers le ciel pour le voir rivaliser avec les étoiles. À 6 h 00, le matin du 14 janvier 2007, le peintre Jean-Paul Lapointe est décédé au Centre de santé et de services sociaux de Chicoutimi, Pavillon Saint-Vallier, à l’âge de 71 ans.
 Né à Saint-Charles-de-Bourget, très tôt séduit par les couleurs, il a délaissé le milieu hospitalier et les longs trajets sur les routes du Québec pour planter son chevalet devant les plus beaux paysages. La magie de son pinceau n’aura pas seulement magnifié la lumière caractéristique de ses toiles car, très souvent, son art a été mis aux services de nombreuses causes caritatives. »


Photo Rocket Lavoie

En ce dixième anniversaire, permettez-moi de publier ici, ce reportage où mon ami Jean-Paul Lapointe a accepté d’ouvrir le jardin secret de sa douleur, mettant fin au silence insupportable qu’il s’imposait face à sa mort inéluctable et si proche. C’était en septembre 2006.  Cette entrevue demeure un des moments parmi les plus intenses et les plus émouvants de ma carrière. Ce que j’ignorais, c’est que dix ans plus tard, en remettant à jour ce texte, j’éprouverais une émotion aussi vive, la gorge nouée, comme si les mots de 2017 avaient le même écho puissant qu’en 2006 et 2007.  

Progrès-dimanche

Dimanche 17 septembre 2006

Après deux ans de lutte contre le cancer
L'ultime saison du peintre Jean-Paul Lapointe
 

Laforge, Christiane



Chicoutimi - Sur le chevalet, une toile en chantier... quelques maisons esquissées sous un ciel aux couleurs de nuit. Un bleu mauve, ensevelissant la lumière du jour, s'étire en larges traits d'une douceur si prenante que l'on dirait le bruit du silence.

- C'est tout ce qu'il me reste, déclare Jean-Paul Lapointe. Le silence.



Le cri capable d'arrêter la marche implacable du temps n'existe plus à la mort annoncée. Deux ans d'angoisse, de traitements douloureux, de patience, d'espoir. Deux ans d'une lutte acharnée contre le cancer. Il a perdu son combat. Le verdict médical est sans appel. Depuis le premier jour de septembre, le cœur de Jean-Paul sonne le glas. 


- Je ne verrai pas l'été 2007, confie-t-il. Je crois que je vais passer l'hiver, mais je n'irai pas plus loin.
 


L'état de choc



Alors que tout semble lui réussir, qu'il mène avec brio une carrière d'artiste de plus en plus internationale, que les amitiés, les honneurs et les projets lui sourient, Jean-Paul apprend que le cancer s'attaque à lui. 


Les statistiques pour ce type de cancer sont un an de survie.

- Sur le moment, je me suis senti en état de choc. Plus rien n'était pareil. Plus rien n'a jamais plus été pareil!
 


Pour ne pas donner prise à l'angoisse, il se réfugie dans la certitude qu'il peut combattre la maladie, la tenir en respect, obtenir un sursis. Il se soumet à tous les soins, radiologie, chimiothérapie, convaincu d'une rémission dont il saura profiter pour vivre encore plus intensément.



La fatigue, les effets secondaires des traitements, la perte de poids, rien ne lui fera admettre qu'il arrive au bout du voyage. Derrière le sourire et la détermination qu'il affiche, l'angoisse le ronge. Il s'isole à l'intérieur. Il ne parle pas de ce qu'il éprouve, ni de l'espoir, ni du doute, préférant donner le change. À tant vivre comme si tout allait bien, le bien triomphera peut-être, imagine-t-il.
 
- Au fond, confie Jean-Paul, il y a surtout la peur. On sait que le désir de vivre, lui, il est là, mais on n'a pas réussi à le faire mourir... pas réussi à le tuer, le mal.

La peinture aidait Jean-Paul à croire en l'impossible.




Le gouffre



Sporadiquement, la douleur revient sous une forme ou une autre. Fier d'aborder une troisième année, là où d'autres ne lui en donnaient qu'une, l'illusion était encore possible. Y croyait-il vraiment?
 

- J'y arrivais. La peinture m'y aidait.
 


Pour de nombreuses bonnes raisons, il y a deux semaines, la vérité lui a été dite, avec douceur, avec empathie, avec compréhension... ce qui n'enlève rien à sa cruauté.
- Je suis encore sous le choc.

 
Et tandis qu'il se tait, son regard plonge droit dans le regard de l'autre (le mien en l'occurrence), s'y accroche longuement comme s'il voulait montrer l'ampleur du gouffre qui l'aspire.
 


- J'aurais préféré ne pas le savoir, avoue-t-il. J'aurais voulu qu'on me laisse partir avant de vivre cela... Tu peux l'écrire. Je dis à tous que cela va, que c'est pas si pire. Je continue de peindre tous les jours, je vais encore faire quelques symposiums, L'Anse-Saint-Jean, Tadoussac, Baie Saint-Paul, la Rencontre des Arts à Saint-Jean de Richelieu et je participe à la Route des artistes de la Maestria. Ça m'aide à oublier. De brefs moments, cela me distrait. Mais les pensées reviennent; je pense qu'il va arriver un temps où je vais souffrir, que je vais avoir si mal qu'on va m'hospitaliser pour soulager mes souffrances. Et c'est tout ce que je voudrai alors, qu'on ne me laisse pas souffrir. Et je ne dis rien de tout cela. Je ne parle pas. C'est tout ce que j'ai maintenant, tout ce que j'ai... le silence.
 
 

Le temps de dire



Aujourd'hui, Jean-Paul Lapointe, artiste peintre reconnu, franchit ses dernières marches. Ce grand amoureux, dont la joie de vivre a jailli en lumière dans les milliers de paysages qu'il a peints au cours de ses 34 ans de carrière, vit l'ultime saison de son existence.

Photo Rocket Lavoie


Devant la mosaïque des photos souvenirs, images témoins d'heureux moments, fixées au mur de l'atelier, il se tait. Son passé danse sous le regard du visiteur, une sarabande joyeuse dans laquelle entrent des personnages connus, des amis, Tex Lecor, Vladimir Horick et Rina, sa femme, son amour.

- Tu sais ce qui fait le plus mal? C'est de penser à la peine qu'elle va avoir. Cela me terrifie de la laisser seule...

 Il sait de quoi il parle. Il a vécu un double deuil: sa petite fille de 7 ans et sa première épouse.


- De cela je ne parle pas. Mais je sais, je sais, fait-il, tout en levant la flûte du champagne versé pour trinquer à la vie. Je sais que l'enfer existe. L'enfer, c'est ça... C'est ce que je vis.
 

Et malgré lui, malgré tout le courage dont il fait preuve, la perspective de la mort domine. Obsédante, envahissante, anéantissant le moindre élan.

- Je n'ai plus de plaisir! Non, je ne connais plus le plaisir. La présence des amis, leur chaleur, être entouré, j'ai tout cela. Et ils ne doivent rien faire de plus, rien faire de moins…
 
Juste prendre le temps de dire « Je t'aime! »

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En complément à ce texte, plus personnelle, la lettre écrite à mon ami Jean-Paul Lapointe et publiée ICI.

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Progrès-dimanche

Dimanche 17 septembre 2006

Symposiums et Route de la Maestria

Fidèle au rendez-vous


Laforge, Christiane


Chicoutimi - En suivant la Route de La Maestria, laquelle depuis vendredi mène les pas des amateurs d'arts visuels dans le secret des ateliers des quinze artistes de cette association, on aboutit inévitablement sur la rue Comtois du secteur nord de Chicoutimi. La porte blanche s'ouvre sur le monde coloré du peintre Jean-Paul Lapointe. Quelques marches à descendre avant de découvrir, dans un ordre impeccable, les toiles les plus récentes de cet autodidacte qui a fait ses classes depuis longtemps.


Près du chevalet, des carnets de croquis révèlent quelques esquisses de paysages familiers. Les petits villages du fjord Saguenay, la région de Charlevoix, espaces, montagnes, forêts, routes de campagne et voies navigables, c'est tout un pays qui danse sous ses coups de crayon.


Le garçon de douze ans qui aimait flâner devant la vitrine d'une galerie d'art, rêvant de pouvoir un jour maîtriser les couleurs, a fait un long détour, via le milieu de la santé et la vente avant d'exposer ses premières toiles. C'était à l'Hôtel de Ville d'Arvida, sous les conseils et l'œil averti de Claire Frêve. Aujourd'hui, ses toiles se vendent dans plusieurs pays du monde, il a présidé tous les grands symposiums, son nom a été donné à des prix de reconnaissance, dont le Prix Jean-Paul Lapointe, remis à celui qui est considéré par ses pairs comme étant le plus rassembleur au Symposium de Danville à Victoriaville.
Exubérance et luminosité


Grand admirateur du Groupe des sept, l'artiste en devenir des années 1970 subit leur influence bénéfique que remarque Jacques de Roussan dans Jeux de lumière et de rêve, livre illustré, consacré à l'œuvre de Lapointe, publié en 1990. Dans la préface, Gilles Vigneault raconte l'impression ressentie lors de sa découverte des toiles de Jean-Paul Lapointe, exposées à la galerie Zanettin de Québec: « ... C'est frais, c'est neuf, et en même temps comme serein... C'est comme d'entendre jouer, par un violoneux raffiné, une vieille gigue que l'on connaissait par cœur et qu'on redécouvre d'une façon qui donne le goût de danser... »


D'exposition en exposition, le peintre affirme l'originalité de sa palette, fortement inspiré par tout ce qui le fait vibrer. Grand sportif, les toiles sont l'expression de sa vitalité et de ses multiples expériences dont la voile et le ski souvent intégrés dans les paysages des régions qu'il chérit : Charlevoix, le Saguenay–Lac-Saint-Jean, la Côte-Nord. « Je réinvente les paysages. Ce que je vois, je le transforme. Près de la moitié de mes paysages sont imaginaires. »


Homme entier, grand pacifiste et rassembleur, tout ce qui gravite autour de lui prend source à ses propres passions. Président d'honneur de nombreux événements, il a assumé la direction de certains regroupements d'artistes. Son nom, associé à la plupart des symposiums tenus au Québec, l'est aussi à plusieurs Fondations caritatives (Rêve d'enfant, Maison Notre-Dame du Saguenay, Fondation de ma vie, Croix Rouge, Pali-Aide, Sclérose en plaque, leucan). Il a conçu et dirigé le Symposium international de peinture Challenge Saguenay et, participé à la fondation de La Maestria qu'il préside depuis l'an 2000. Cette association régionale multidisciplinaire, fondée en 1998, regroupe encore aujourd'hui quinze artistes professionnels: trois sculpteurs et douze peintres.

Sa carrière


Depuis 1973, Jean-Paul Lapointe a réalisé plus de 50 expositions en solo au Québec, en Ontario, en France, (Paris et Angoulême), en Suisse, en Belgique (Bruxelles) et au Mexique.


Membre de l'Institut des arts figuratifs, de nombreux prix et distinctions ont souligné la qualité de son travail.


Ses toiles ont illustré de nombreuses publications de prestige et figurent parmi des collections importantes dont celles de la compagnie Alcan, Bombardier, Lavallin, Loto Québec, Téléglobe Montréal, Musée du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Musée Maria-Chapdelaine à Péribonka, La Compagnie Enixum de Montréal.

Son nom figure dans le dictionnaire Larousse 2006, Drouot cotation des artistes modernes et contemporains.

Photo Rocket Lavoie

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