dimanche 8 octobre 2017

Livres comme l’Air / Hommage aux écrivaines et journalistes détenues politiques


Laurence Ouellet Tremblay au micro, Danielle Dubé, Sophie Torris, Christiane Laforge

© Photo Sophie Gagnon-Bergeron



Livres comme l’Air
 Hommage aux écrivaines et journalistes 
détenues politiques


Vous dites oui sans hésiter, parce que la liberté inclut la liberté de s’exprimer. Vous dites oui, parce que notre réalité nord-américaine ne doit pas occulter la réalité d’ailleurs. Vous dites oui avec la raison… et c’est le cœur qui s’empare de tout ce qui va suivre.

Invitée à participer à l’activité Livre comme l’air – initiée en l’an 2000 par Amnistie internationale et l’Union des écrivains professionnels du Québec à l’occasion de la Journée internationale des écrivains emprisonnés – je prenais conscience de tout un réseau dépassant les mots pour agir avec les mots. Avec le Centre québécois du P.E.N. international (Poètes, essayistes, nouvellistes pour la liberté d’expression) et l’APES (association professionnelle des écrivains de la Sagamie), Livre comme l’air franchissait les portes du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

L’objectif du Centre Le P.E.N.,  tel que décrit sur la page Facebook de l’organisme, se décrit comme suit : « La mission spécifique du Centre québécois du P.E.N. international est de protéger la liberté d’expression écrite et, dans la foulée, d’apporter une aide à la fois morale et matérielle à des écrivains dont les droits sont bafoués, ne sont pas le privilège de leurs seuls frères et sœurs écrivains. On encourage le public en général, plus particulièrement ceux que l’indignation face à l’injustice incite à l’engagement, ceux que des expériences de lecture ou de voyage, ou un simple coup d’œil sur les nouvelles arrivent à indigner et à motiver, à joindre leurs efforts aux nôtres. » (Source : https://www.facebook.com/centrepenquebec/ ).

« C'est la manière du PEN de dire aux 900 écrivains prisonniers, harcelés, assassinés et disparus : vous n'êtes pas réduits au silence. Vous n'êtes pas oubliés. Nous sommes avec vous, et nous luttons. »

Qui choisir ?

Membre du P.E.N. et très active au sein de l’UNEQ et de l’APES, Danielle Dubé est, depuis un temps déjà jumelée à l’écrivaine turque Asli Erdogan. Impossible de résister à sa quête lorsqu’elle a invité trois auteures d’ici à suivre son exemple. Laurence Ouellet Tremblay, Sophie Torris et moi-même avons reçu un bref résumé de la vie de quatre femmes emprisonnées pour leurs écrits en faveur des droits de l’Homme. Qui choisir ? À trop réfléchir, je fus la dernière à confirmer mon choix. La difficulté étant de se dire, laquelle ne pas choisir, tant le drame de ces prisonnières m’interpellait.

Lors d’une répétition préparatoire à notre prestation sur la scène du Salon du livre, j’ai compris que nous avions chacune été touchée par cette femme inconnue à laquelle nous devions écrire notre soutien. Avec Danielle, Laurence et Sophie, toutes étaient entre bonnes mains, toutes avaient trouvé une voix. Et quelle serait la mienne, tandis que mes recherches me révélaient l’injustice, l’horreur, la cruauté ainsi que la beauté, le courage et une volonté indéfectible d’affirmer sa liberté ?

Voici, les textes présentés le dimanche 1er octobre au Salon du livre SLSJ. 

LETTRE À ASLI ERDOGAN
 
Asli Erdogan


Bonjour Asli,
Je m’appelle Danielle Dubé,

En décembre dernier, nous apprenions que tu étais libérée de la prison turque de Barkikoy mais assignée à résidence, de santé fragile et en attente de procès. Un procès qui ne vient pas malgré plus de douze mois d’attente sous les verrous ou dans ta chambre. Et cela, malgré des milliers et milliers d’appuis que tu as reçus de partout dans le monde, y compris du P.E.N., de l’UNEQ, d’Amnistie international, et de ton éditeur Actes Sud. Comme si on voulait que tu te résignes, abandonnes…

Jusqu’à maintenant on a laissé tombé deux chefs d’accusation, «celui de propagande » et «d’incitation au désordre». On t’accuse malgré tout «d’appartenance à une organisation terroriste », ce qui n’a jamais été démontré. Passible d’une sentence d’emprisonnement à perpétuité parce que tu as défendu des victimes, dénoncé dans ton journal et dans ton livre Le bâtiment de pierre, les terribles conditions  des prisonniers kurdes.
Depuis le coup d’état d’août 2016, des centaines de journalistes comme toi ont été incarcérés, des centaines de journaux, magazines, radio et stations de télé sont fermés.

Tu fais partie d’une espèce aussi rare que précieuse, Asli. Écrivaine reconnue dans le monde, traduite en une quinzaine de langues, traductrice d’un monde bouleversé et dur, tu as toujours défendu la liberté d’opinion. Tu dis que tu t’accroches aux mots, aux mots de ceux qui t’appuient partout dans le monde. Quel courage cela demande, espérer encore !

La première fois que je t’ai écrit, je t’ai dédicacé mon roman Les olives noires. Le long cri de libération d’une femme qui peine à sortir de son enfermement alors que l’Espagne est sous le joug du franquisme et que le Québec subit une loi des mesures de guerre. Cette fois, je t’offre Ciel de Kyoto, puisque c’est ce que tu souhaites le plus : retrouver le ciel. Ton ciel, le ciel d’Istanbul si beau dans la nuit étoilée des coupoles et des minarets.

Ciel de Kyoto, c’est le récit de voyage de dix  femmes libres qui ont le droit de lire, de penser, d’écrire et voyager pour découvrir le monde. La chance que nous avons, je te la souhaite. La liberté, le plus beau cadeau que puisse se faire l’humanité avec la solidarité et la démocratie !

Je t’admire Asli, et tu le sais. Les thèmes de  tes écrits me rejoignent. Ta langue, ton écriture est un cri qui nous interpelle dans la nuit d’un monde guerrier, cruel et barbare. Il est temps que tu retrouves ta vie, ta liberté comme des centaines de tes concitoyens journalistes.  Ton droit même le plus fondamental, celui de vivre et respirer est menacé. Il y a péril en ta demeure, dis-tu, même dans toute l’Europe… Il est encore temps pour ton pays comme pour ses chefs de se resaisir.

La Turquie pour nous occidentaux, ce fut déjà un rêve. Istanbul, un conte des mille et une nuits. Le premier mandat du président Récep Erdogan était prometteur, annonciateur de jours meilleurs, même d’une entrée dans l’Union européenne. Comme d’autres, nous y avons crû. Ne tuons pas la beauté du monde. La beauté de ta voix pas plus que l’espérance d’une démocratie !

La dernière fois, au Salon du livre de Montréal, je demandais au ministre Stéphane Dion d’intervenir. Cette fois je le demande à la ministre des Affaires étrangères Christya Freeland, à Justin Trudeau lui-même, celui dont le monde aime tellement l’image. Une image qui doit servir à aller au delà des mots dits, améliorer le fonctionnement de nos démocraties, voire servir de modèle aux pays récalcitrants.

Avec Amnistie, le PEN Québec, l’UNEQ et maintenant l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES), j’en appelle à ta libération, au sens de la justice et à l’humanisme des dirigeants turcs qui savent que tu n’as jamais cautionné le terrorisme. Pas plus que les exactions des troupes de Daesch. Je t’interpelle dans ta nuit en espérant le retour de l’aube : « Courage Asli ! Espère Asli ! Nous pensons encore à toi. »

© Photo Sophie Gagnon-Bergeron

Danielle Dubé,
écrivaine jumelée à Asli Erdogan
par l’UNEQ et  le P.E.N  




LETTRE À SHAMAEL AL-NUR 

Shamael Al-Nur

Seule ma propre main peut véritablement me réduire au silence.
Et pourtant, ma voix, tu l’entends, a tous les accents de la différence.
Toi, c’est une autre main que la tienne qui bâillonne ton existence. 
Simplement parce que ta voix, je l’entends, veut faire acte de résistance.

Je t’appelle, sur cette scène, je t’appelle- Shamael Al-Nur, journaliste et soudanaise.
Je m’appelle, sur cette scène, je m’appelle Sophie Torris, enseignante canadienne d’origine française.
Je nous appelle, sur cette scène, je nous appelle, Sophie et Shamael, le temps d’une parenthèse, d’une conversation en absence.

Moi au Québec et toi, au Soudan, dans cet ailleurs improbable.
Moi ici et toi, au loin, présumée coupable.

Le verdict est tombé et ton crime est passible de la peine mort.
User de mots justes et pacifiques, est-ce possible que ça entraine la mort?
Dénoncer un gouvernement vétuste qui ne consacre à l’éducation et à la santé que 3% de ses recettes et sans remords
mérite-t-il d’être jugé et condamné? Qui peut ainsi décider de ton sort?
Peut-on éradiquer une âme parce qu’il n’y a pas que l’Islam sous son tchador?

Coupable d’Apostasie. Pour avoir écrit dans un journal des mots.
Coupable d’Apostasie. C’est un Imam extrémiste qui veut te faire la peau.
Et voir se balancer au bout d’une corde ta tête
surtout parce que c’est celle d’une femme libre et pas si bête.
T’étrangler avec les liens de ta propre éloquence
et faire exemple de cette sentence.

Combien sont-ils ces ministres incultes d’un culte qui se croit tout permis
et dont la parole, quand elle se fait extrême, exulte la misogynie?
C’est si facile de répondre par la haine et la violence
quand on est en face d’une femme qui pense.

Je vis dans un pays qui défend la liberté d’expression et le droit de parole.
J’enseigne la beauté et la puissance des mots sur les estrades des écoles.
Sur les tableaux noirs, librement, mes élèves s’épanchent.
La craie est la plus pacifique des armes blanches.
Je t’offre, Shamael, une de mes pièces de théâtre écrite pour et par des tout petits
en souhaitant qu’un jour, le Soudan investisse un peu plus dans l’éducation et dans ce genre d’outil.

Parce que c’est quand on n’a pas appris à écrire, qu’on se défend avec les mains.
Parce que c’est quand on n’a pas les mots pour dire, qu’on use de ses poings.

Tu vis dans un pays qui censure les mots quand ils disent la vérité.
Tu vis dans un pays qui enseigne la vertu comme seul alphabet.
Les enfants y sont en majorité illettrés, un peuple ignorant est bien plus facile à mener.  
Les femmes y sont en majorité des poupées cigognes, à l’étroit dans un même sarcophage
étouffant leur rogne contre une charia que des hommes interprètent à leur avantage.

La religion prend le pas sur le politique pour menacer ton intégrité.
Et te voilà hérétique parce que tu défends les droits de ces minorités.
Mais tu continues de dénoncer le système. Alors, on t’accuse de blasphème.  
Le coran en devenant code civil met ta vie en péril.

Je salue l’encre qui coule dans tes veines et qui déverse ces flots de parole sans prudence.
Je salue l’encre qui dénonce la haine et qui lutte tout en hyperbole contre la violence.

Tu as porté plainte contre l’extrémiste religieux
Pour diffamation et propos calomnieux.

D’où te vient cette force, Shamael?
Au travers de toutes ces campagnes hostiles, tu te refuses à devenir servile.
D’où te vient cette force, Shamael?
Au travers d’un tel régime de peur, oserais-je moi, signer mes écrits de mon nom d’auteur?

Ta vie de femme et de journaliste est empêchée par une de ses voies :
la parole. Alors qu’elle est le plus sûr chemin pour défendre tes droits.

Permets que j’use de la mienne pour défendre cette liberté que je chéris :
la liberté d’expression, qui est non seulement, le pain qui te nourrit
mais aussi, le plus fier moyen de lutter contre toutes sortes d’agonies.

Seule ma main peut véritablement me réduire au silence.
Alors, j’ai dit « oui » quand Le Pen international m’a offert de vivre cette alliance.

Ta langue est belle, ta langue est forte, mon amie.
Vois comme elle traverse les frontières aujourd’hui.

Ici, au Saguenay, en ce 1er octobre 2017, dernier jour du salon du livre,
Je demande à la justice de ton pays qu’elle te délivre.


© Photo Sophie Gagnon-Bergeron
                             Sophie Torris 



 LETTRE À GOLROCKH EBRAHIMI IRAEE


Goldrockh Ebrahimi Iraee




Bonjour.
Je suis Christiane Laforge.
Auteure de plusieurs livres et journaliste de profession, j’ai utilisé les mots pour défendre deux grandes causes : la condition humaine, mais surtout les droits des femmes et l’expression artistique de toutes les disciplines. 

Si le choix de mes parents m’a amenée très jeune de la Belgique au Saguenay–Lac-Saint-Jean, cette région est devenue le choix de mon cœur et lieu de ma vie. J’y ai fait carrière en journalisme pour le Progrès du Saguenay pendant 38 ans. J’y ai écrit et publié une dizaine de livres. Par la suite, ne sachant pas le sens du mot retraite, j’ai continué, depuis 2009, à utiliser les mots pour défendre encore et toujours ces deux grandes causes. Ce qui aboutit, en toute logique, à me retrouver ici, ce soir, pour évoquer le drame de Golrockh Ebrahimi Iraee. Drame que subissent de nombreuses femmes écrivaines et journalistes de plusieurs pays. 

Mais avant d’aborder son drame, permettez-moi de lui offrir mon dernier livre, Cœur innombrable, cette parole de femme libre, qui n’aurait jamais pu publier ce livre dans le pays de Goldrockh.


Golrockh Ebrahimi Iraee, j’ose résumer ton drame.

Accusée d’avoir porté atteinte aux valeurs sacrées de l’Islam, notamment pour la rédaction d’un livre de fiction non publié, inspiré d’un fait réel relaté par le film américain La lapidation de Soraya M, te voilà condamnée à six ans de prison.

Défenseur des droits humains comme toi, ton compagnon Arash Sadeghi, lui-même condamné à 15 ans de prison, a voulu te défendre en s’imposant une grève de la faim de 72 jours, afin d’attirer sur toi le regard du monde libre. Tu as cru, un bref moment, retrouver ta liberté au prix de sa santé gravement compromise. Une liberté provisoire en attendant que la Cour Suprême puisse réviser les motifs de ton emprisonnement. Promesse bafouée 19 jours après la fin de sa grève de la faim. En effet, le 22 janvier 2017, tu étais de nouveau arrêtée et enfermée dans la prison d’Evine de Téhéran. 

Tandis que tu te consumes derrière les barreaux, ta peine et celle d’Arash attendent que la 33e Chambre de la Cour Suprême réexamine leur bien fondé.  Sachant pourtant que les « pasdarans », ou gardes de la révolution, empêchent le transfert des documents essentiels à cet examen. En janvier dernier, ce sont ces mêmes pasdarans qui avaient bloqué le transfert de ton compagnon à l’hôpital, forçant ton retour en prison.

Chère Golrockh,

Au-delà de la distance, malgré les silences et l’isolement, ton nom ne m’est plus étranger. Comme écrivaine, comme journaliste préoccupée par les droits des humains, je ne peux être indifférente à ton sort tragique, ni au bafouement de tes droits. Le droit à la liberté, liberté de parole, liberté d’écrire, liberté de revendiquer le respect de la valeur sacrée de la vie, liberté de dire que la lapidation est une insulte à l’humanité.

Je me sens impuissante devant les lourdes portes de ta prison. Révoltée de te savoir muselée, isolée de ta famille, de tes amis, privée de tes droits, même celui de te défendre. 

Impuissante mais pas désarmée, car la vigilance de nombreuses personnes préoccupées par ton sort a transmis l’appel courageux de ton époux ainsi que le tien. Et j’entends ta voix. Cette voix bouleversante qui évoque les interminables heures d’interrogatoire, les yeux bandés, interrogée et menacée sous prétexte d’insulte à l’Islam, tandis que dans la cellule voisine tu perçois les coups et la torture infligés à ton mari. Tu lui as écrit : 

« Ton combat est admirable mon très cher Arash. Je t'en prie, reste en vie, car je chéris ta vie si précieuse bien plus que ma propre liberté. » 


Le 8 juillet dernier, forte d’un esprit combatif qui refuse de se résigner, tu cosignais, avec Atena Daemi une lettre ouverte adressée aux ambassadeurs de 45 pays pour dénoncer les conditions inhumaines dans la prison d’Evine. Le 22 août, avec deux autres prisonnières, tu poursuivais ta lutte afin de soutenir les prisonniers politiques de Gohardacht au 20e jour d’une grève de la faim. Cette grève de la faim est devenue « le seul moyen pour les prisonniers d'exiger justice », précises-tu. Ajoutant, de concert avec tes sœurs de combat :

« Votre silence et votre inaction finiront par devenir une couverture politique pour les violations continues et généralisées des droits humains en Iran. »

 Et moi, géographiquement si loin de toi et pourtant si proche à t’entendre, je te le dis, Golrocks Ebrahimi Iraee, je veux parler, je veux agir, refusant que mon silence et mon inaction cautionnent l’horrible tragédie que tu vis, toi et les tiens, ces femmes et ces hommes qui luttent pour la valeur sacrée des droits humains.

Ce soir, je suis ta voix. Je porte ta parole qui réclame, avec raison, le droit de vivre libre.

Christiane Laforge          
© Photo Sophie Gagnon-Bergeron
Écrivaine, journaliste jumelée 
à Goldrockh Ebrahimi Iraee
par l’UNEQ, le P.E.N et l’APES.
1er octobre 2017







LETTRE À LIU XIA


Liu Xia



Mon nom est Laurance Ouellet Tremblay, j’ai 32 ans, je vis au Québec, un territoire en paix, je suis une poète ; je suis aussi une femme libre. J’ai écrit et publié à ce jour deux livres sans que personne ne me musèle ou menace de me faire taire et j’ai l’intention d’en écrire encore plusieurs autres.

La seule censure que je connaisse est celle de mes pairs, à qui je demande conseil et qui me disent « tu devrais changer ce mot-ci par celui-là, ajouter une virgule ici » C’est une censure choisie et c’en est une volontaire.

Je suis ici aujourd’hui pour vous parler de Liu Xia, une poète, peintre et photographe chinoise de cinquante-six ans assignée à résidence depuis 2009 par les autorités de son pays. Assignée à résidence, c’est-à-dire surveillée, c’est-à-dire épiée, c’est-à-dire punie. Depuis huit ans. Assignée à résidence, c’est-à-dire seule, profondément seule, sans contact avec ses amis, sa famille. Sans contact avec personne, elle est affaiblie, usée par l’isolement trop long, beaucoup trop long. Depuis huit ans, Liu Xia attend.

Vous me demanderez sans doute quel crime a été commis pour mériter une telle sentence. Eh bien, ce crime, il n’existe pas. Ta seule offense, Liu, a été d’aimer un homme et de partager avec lui une passion ardente pour la littérature. Je te comprends, Liu, je te comprends très bien. Je vis la même chose.

Ton seul crime a été d’aimer Liu Xiabo, un dissident chinois qui n’a jamais eu froid aux yeux, un prix Nobel de la paix, aussi. Ce seul amour t’a rendue menaçante aux yeux de ton gouvernement. Ce seul amour leur a permis de te confiner à la solitude de ta demeure. La peur et la petitesse de tes dirigeants, ici, m’apparaissent évidentes et me dégoûtent.

Ton amour, Liu Xiabo, est décédé le 13 juillet dernier.

Depuis les funérailles ayant eu lieu deux jours après sa mort, nulle nouvelle de toi, Liu, tu es disparue, tu t’es évanouie. Seule trace, une courte vidéo, une minute et c’est tout, où tu apparais affaiblie et demande à tes proches du temps pour faire ton deuil. Seule trace, une courte vidéo que tous tes amis croient avoir été tournée sous la contrainte. Une courte vidéo à laquelle je ne crois pas moi non plus.


Liu, je t’écris aujourd’hui pour te dire que je pense à toi. Tu dis que le gouvernement chinois extermine ses dissidents politiques dans l’indifférence générale, sans que l’Occident n’y prenne garde ou n’y fasse attention, et tu as bien raison. Tu dis que nous nous réveillerons un jour, alors que vous aurez tous disparus. Liu, j’espère que ce jour est une chimère, j’espère qu’il n’arrivera pas et je tiens à te dire que je suis réveillée, et que nous sommes plusieurs à l’être. Un nombre encore minime, peut-être, un nombre encore trop petit, mais nous nous disséminons comme du chiendent et n’avons pas l’intention de nous taire.

Liu, au cours des derniers jours j’ai traduit de l’anglais un de tes poèmes pour que les gens d’ici puissent entendre la force de ta voix, sa subtilité aussi. Pour que les gens d’ici puissent entendre ton immense talent d’écrivaine. Entendre ce poème de résilience et d’abandon qui se tient bien droit face à l’oppression. Le voici :

La femme de la maison d’à côté est assise
tout le jour dans le jardin, elle regarde droit
devant. Personne ne sait pourquoi.
À la tombée de la nuit où par soir de pluie
une jeune fille parfois l’aide à rentrer.
Si la jeune fille l’oublie, ou n’existe pas,
la femme peut demeurer dans le jardin
toute la nuit, sans bouger
peu importe la température.

Les voisins racontent
que cette femme a aimé un homme,
a porté son enfant et,
après que son amour ait disparu,
est devenue folle.
La guerre, maintenant, est terminée.
Personne n’a vu la femme
dans le jardin depuis des jours.

Dans l’obscurité

la femme tient son visage entre ses mains

longtemps,

la jeune fille est couchée dans son lit

nue,

les yeux fermés durs.



Au bout du compte, la maison brûle

et met un terme à tout.

C’est la seule conclusion que la femme peut tolérer.



Au-dessus des ruines

le soleil hurle.


Liu, je ne peux te blâmer d’écrire que la seule conclusion convenable soit celle des flammes, de la destruction et du chaos. Et je partage ta colère.

Mais au-dessus des ruines tu hurles, Liu, tu hurles et je t’entends.


© Photo Sophie Gagnon-Bergeron

           Laurence Ouellet Tremblay  






***

Commentaires

Céline Dion a écrit : Livres comme l’air… Un propos grave, un contenu dense, un dur rappel à la réalité, nécessaire, avec 4 femmes de grande qualité. Bref, un moment fort du Salon du livre.

L’activité a commencé avec le Cant de la Sibilla, la Sibilla catalane par Montserrat Figueras et La Capella Reial dirigée par Jordi Savall — 90 secondes de tambours… le temps de préparer la scène. Après la prestation, le chant de la Sibilla s’est poursuivi, soutenu par le chœur. 

Émouvant!
 ***

Danielle Dubé a écrit : Hommage très réussi à l’intention des écrivaines emprisonnées dimanche 1er octobre au Salon du livre de Saguenay. Plus de quarante personnes attentives. Un des plus beaux évènements du Salon, nous a-t-on dit. Émouvant, intense et qui interpelle vraiment... L’impression d’être au milieu d’un chœur de Troyennes Sagamiennes toutes vêtues de noir. Des textes touchants, une mise en scène sobre et élégante et d’excellentes lectrices. Comme si nous étions huit sur scène, en présence d’Asli, Liu, Golrokh et Shamaël. Chaque écrivaine a apprécié son expérience et l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES), grâce à l’implication de Céline Dion, a magnifiquement collaboré. Également Sylvie Marcoux, directrice du Salon du livre, qui a accepté d’intégrer l’Hommage à l’intérieur de sa programmation.

***

© Photo Sophie Gagnon-Bergeron



samedi 23 septembre 2017

Paroles de mères ou les mots du silence, essai de Mona Gauthier





Livré par la poste au printemps dernier, le dernier livre de Mona Gauthier a fait frémir ma boîte aux lettres de ces nombreux silences révélés. Le titre lui-même est révélateur opposant la parole au silence en huit mots :

Paroles de mère
ou les mots du silence

. 

Aborder un tel essai, alors que la signataire a une place très spéciale dans notre vie, ne peut être exempt d’une certaine subjectivité. 



1979




L’écriture a provoqué notre première rencontre. Mona et moi venions toutes deux de remporter un prix littéraire national à la Société d’Étude et de conférence. 

De cet événement propice au dialogue est née une amitié et, quelques années plus tard, l’envie de réaliser un projet d’écriture portant sur la petite histoire du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Mais, y a-t-il de petite histoire?

Lorsque j’ouvre la première page d’un livre, j’éprouve toujours une sorte de fébrilité semblable à celle qui m’anime quand je monte à bord d’un avion. À la différence que le livre est un transporteur qui ne dévoile pas tout de la destination. 




Avec Paroles de mères impossible d’occulter l’amie derrière l’auteure, pas plus que le fait de connaître son parcours universitaire en littérature et en psychanalyse. Autant d’expériences s’ajoutant à une érudition certaine qui allaient inévitablement teinter le propos.

 

Au fil des pages, je constate que Mona Gauthier n’a rien renié d’elle-même. Mais sa parole a puisé à la meilleure source qui soit pour livrer un essai d’une grande sensibilité : le cœur. Le sien, dont elle a osé suivre le chemin de nombreuses cicatrices, celui des femmes de sa vie (grand-mère, mère, filles), pour finalement étreindre toutes les femmes dans leurs silences comme dans leurs paroles.  Ce livre est à la fois intimiste et universel, personnel et publique.

Observatrice avisée, l'auteure se met à l’écoute des silences passés et présents, ces deux temps où les femmes subissent la pression sociale jusqu’à la faire sienne. Elle dénonce l'oppression, elle questionne l'irrationnel. Elle oppose les certitudes des unes à celles des autres, démontrant les contrastes : avoir ou ne pas avoir d’enfants, s’objecter ou promouvoir la contraception et/ou l’avortement, valoriser la femme ou foyer ou lui préférer la femme de carrière. Un labyrinthe de concepts mis en évidence provoquant habilement la réflexion. 



Le souci de l’objectivité, de l’analyse où domine la raison, n’exclut pas l’émotion. Dans le chapitre Le deuil impossible, où elle décrit la longue et inconcevable agonie de sa fille aînée frappée par le cancer, la parole de la mère exprime à la fois la douleur devant la souffrance de son enfant, la révolte devant l’emprise de charlatans, l’impuissance devant des choix qui ne lui appartiennent pas.  « (…) J’ai compris que je n’en avais pas le droit [critiquer ses choix] et je me suis tue jusqu’à la fin. Je suis restée bouche bée devant mon impuissance à aider ma propre fille. »

 
 Paroles de mères ou les mots du silence  est un essai qui invite à poursuivre cette quête de la parole. Un livre courageux, où nous, lectrices, trouveront dans certains passages les reflets de notre propre histoire.


***

Paroles de mères ou les mots du silence est la toute première publication des éditions ALIAS. 



Mona Gauthier a également publié :
 
La métamorphose du sujet dans Fadette, Journal d’Henriette Dessaules 1884/1880, thèse de maîtrise ès arts. Lettres Françaises, Université d’Ottawa, 1987. 




Notre histoire à petits pas, Almanach historique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, coauteure avec Christiane Laforge, Saguenay, Les Éditions du Gaymont, 1987.



L’instant freudien : psychanalyse et culture, sous la direction de Gilles Dupuis, Mona Gauthier et Robert Richard, Montréal, VLB 1989.



La jouissance prise aux mots ou la sublimation chez Georges Bataille, Paris, L’Harmattan, coll. Sexualité humaine, 1996.



Les voies de la psychanalyse, sous la direction de Mona Gauthier, Paris, L’Harmattan, 1997.
 

***
Commentaires :

 


Vous avez présenté votre livre avec beaucoup d’élégance et de justesse. En vous écoutant, je me disais: « Comme elle a du talent, cette Mona ! » J’étais admiratif. Je suis convaincu que tous ceux qui étaient là sont partis avec l’envie de vous lire. C’est un fort beau livre. Il va faire son chemin. Ce n’est pas seulement votre histoire et celle de vos proches qui s’y trouvent décrites avec grande finesse et sensibilité, mais aussi une tranche de l’histoire du Québec.  ( G. )
***
Voilà qui est superbe!  […]. On peut même dire que c'était un livre attendu, mais sans que les gens l'aient attendu consciemment. C'est un livre qui devait être fait, et qui, on s'en aperçoit seulement après l'avoir lu, vient en quelque sorte remplir un vide. Un livre qui tombe pile, le tien!  (R.)
***
 J'ai trouvé ce livre un petit bijou, intéressant, touchant, agréable, chaleureux et habilement franc, mettant en mot son vécu et à travers elle le vécu des mères de sa famille, d'une grande portée, en essai libre, mais écrit par une psychanalyste.   (G.M.)

***
Dans les médias : entrevues


http://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/Les-matins-d-ici/segments/entrevue/27461/meres-livre-mona-fortier
 
http://uniquefm.ca/infos-unique/paroles-de-meres-ou-les-mots-du-silence-37008



Dans les médias Critiques


 Marc-Léopold Lévy, psychanalyste français directeur de l’École de psychanalyse laïque, membre du Cercle freudien et de l’Association psychanalyse et médecine. Directeur de l’École de psychanalyse laïque de Paris. Il a également publié plusieurs essais dont le dernier, Critique de la jouissance comme une, chez Érès.
 


Mères et paroles pleines   


« Tu choisiras la vie »
Genèse ch 30  V19



Ce livre tranche sur tout ce qui a été écrit sur la mère aussi bien comme récit que comme tentative d’explication  ou d’assignation à  un rôle.

Dans son essai, Paroles de mères ou les mots du silence, Mona Gauthier tente de donner la parole aux mères. Attentive au discours tenu sur elles, qu’il provienne de toute source possible elle en rend compte sans juger ni prescrire, tel un analyste, dont elle a longtemps occupé la fonction. De plus elle se laisse aller a dire son propre ressenti de mère et de fille, à l’aide d’un propos autobiographique illustré de photos de famille suivant une libre association, aussi bien de l’actualité que de ses propres souvenirs dans un temps non vectoriel, le présent ne servant qu’à inscrire des expériences de mères qui se déroulent et s’associent librement à travers les époques, l’espace et les générations dans la joie et le deuil. 
  

Cette écriture permet d’éviter une linéarité qui édulcorerait la charge des mots qui  cernent un réel dont une élaboration véritablement ordonnancée donnerait un sentiment d’intelligence qui ne servirait qu‘à s’en défendre. À partir de cette approche grâce à des mots pulsionnels chargés de signifiance, le lecteur est  saisi par le poids de chair et de jouissance que cet écrit met au jour sans fausse pudeur au plus juste du désir propre au nouage pulsionnel de l’auteure.



Si on est femme par posture, homme par attribut, père par fonction  et mère par état,  ce livre traduit parfaitement l’état de mère et c’est ce qui en fait un écrit vivant dans lequel nous sommes entraînés du début à la fin comme dans un roman captivant. Paroles de mères, paroles pleines qui disent le théâtre de la vie en toute simplicité, en toute vérité et qui nous invitent, tout comme le « Je » de l’auteure, à choisir  la  vie ainsi que le prescrit la Genèse.

Marc-Léopold Lévy
Paris, le 19 mai 2017
***

Librairie Pantoute

9Mai 2017


Christian Vachon
Essais



La vie pas si silencieuse de nos mères
 


Ce n’est pas une histoire de sa mère et de sa grand-mère que nous narre Mona Gauthier dans son ravissant et sensible Paroles de mères ou les mots du silence, publié cet hiver chez l’éditeur québécois Alias. Il s’agit plutôt de l’histoire de toutes nos mères et nos grands-mères, l’histoire courageuse de ces générations de femmes d’avant la révolution féministe de la fin des années 60 qui « sont parvenues à vivre et à survivre dans la résignation et l’abnégation ».
 


Mona Gauthier, psychanalyste de formation et enseignante universitaire, aurait pu faire de ces propos et non-dits, de cette « écoute flottante » des paroles de sa mère et de sa grand-mère, un texte savant. Elle propose plutôt, et c’est tant mieux, une œuvre intimiste, confidentielle, abordant « sans une rigide linéarité » une foule de sujets (des corsets à baleine à l’avortement, en passant par la chirurgie plastique, la retraite,…), sautant d’une époque à l’autre, allant vers l’avant, vers l’arrière, laissant s’épanouir la couleur des mots, passant du « rouge au noir », nous entraînant dans un « tourbillon », un peu comme une « peinture de Jackson Pollock ».

Le récit gagne en franchise, en humanité, bouscule nos émotions, suscite de multiples réflexions. Bien des tabous sont transgressés. Bien des idées reçues sont ébranlées. Des femmes résignées nos mères? « Ma mère n’était pas une sainte, elle n’a jamais prétendue l’être ». « Je l’ai maintes fois entendue se plaindre de la situation des femmes et de leur impuissance à contrôler leur vie (,,,), en particulier le nombre d’enfants qui se succédaient et faisaient que les pauvres mères finissaient par oublier qu’elles étaient femmes avant tout ». Le désir? Connaît pas. Il n’en était pas question : « bien peu de place au romantisme, et beaucoup d’espace aux névroses infantiles ». Nul doute, selon Mona Gauthier, la pilule anticonceptionnelle est la découverte médicale qui a constitué l’élément le plus important de l’histoire de la maternité depuis les origines, menant à cet acte libérateur : « décider si l’on voulait un enfant, quand on le voulait et aussi combien on en voulait ».


On peut être rebelle et ne pas renier sa foi. La mission la plus cruciale de la mère de Mona, la mission cruciale de bien de nos mères, demeurait l’enseignement religieux. La grande messe du dimanche représentait l’activité la plus importante de la semaine. Le plus grand défi de l’adolescente Mona était de « résister à la vocation religieuse qu’on lui faisait miroiter depuis sa naissance ».



Gardiennes de la foi, gardiennes de la santé : sa mère, en digne fille de sa grand-mère et nos mères, en dignes filles de nos grands-mères, se faisaient infirmières avec « les moyens du bord », affrontaient cette menace que représentait la maladie pour les grandes familles (Mona était la dernière d’une famille de treize enfants).
 


Sa mère, nos mères devaient vivre avec des secrets de famille. Le grand frère trop aimable de Mona, Roméo, rappelait trop à sa mère son propre frère Ange-Ainé qui avait « la fâcheuse réputation » de « trop aimer les femmes ». Il aura même un garçon hors-mariage.

Mona ose ce questionnement : « Ma mère avait-elle été amoureuse de mon père? ». Mona enquête, émet des doutes. « Je l’aurais tellement voulu cependant ». « Sujet délicat pour une fille (et – pourquoi pas! – pour un fils) que celui de la vie intime de sa mère ». Mona cherchera à expliquer pourquoi sa mère ne se montrait pas attirée par la présence de son père « plutôt bel homme, mince », « plus artiste qu’homme d’affaire », qui, après des absences répétées pendant de longs mois (gagne-pain oblige dans des chantiers forestiers), « semblait vouloir maintenant occuper son territoire ».
 


Mona découvrira qu’il n’y pas de prince charmant, de ce « un jour mon prince viendra » dans la réalité quotidienne d’une mère ordinaire à cette époque d’avant la pilule. « Ce n’était pas mon père comme mari, et père de ces enfants qu’elle n’aimait pas, ce qui lui déplaisait, c’était le côté sexuel de la chose (…). Elle ne faisait pas l’amour, elle ne faisait pas la haine, elle faisait son devoir d’État comme l’Église l’exigeait (…) contrainte de satisfaire le désir de l’autre, sans même éprouver pour sa part, la moindre satisfaction ». « Comment aurait-elle pu être heureuse du retour du mari quand arrivait le printemps? ». Constat dur, constat lucide, constat trop longtemps tabou.

Mona nous entretient aussi de sa propre expérience de mère pas toujours « enthousiasmante ». « S’il y a un moment que j’ai exécré dans mes maternités, c’est bien celui de l’arrivée du lait qui commençait aux derniers mois de ma grossesse et ne se terminait parfois que plusieurs mois après la naissance ». Elle subissait le « supplice du trop-plein », du « sevrage qui ne voulait pas se faire ».
 


La femme n’est pas nécessairement vouée à la maternité, il ne faut pas hésiter à le réaffirmer, mais Mona confesse tout de même que « s’il y a cependant quelque chose dont je demeure à jamais convaincue, c’est que mes enfants sont ce que j’ai fait de mieux de toute ma vie de femme. Tel était mon désir à moi, je le pense sincèrement ».
 


Elle se confie davantage, aborde le drame, parle de sa grande fille de 38 ans, de ce « Maman, j’ai le cancer », de ce « vide », de « l’après-coup du deuil », du vertige d’une mère qui voit son enfant partir avant elle. « Ce n’est pas de la fille sérieuse, professeure de droit, féministe engagée dont me parlait mes souvenirs, mais plutôt de la petite fille qu’elle avait été (..), c’est ma petite et non la grande femme qu’elle est devenue qui vient me consoler de son départ ».
Mona était grand-mère d’une petite fille qui venait d’avoir quatorze ans. « J’étais habituée à dorloter ma petite-fille, à avoir le meilleur, je devrais dorénavant occuper la position de mère ». Elles vont former un trio inséparable : « la marraine, la petite-fille et la maman grand-maman ».

Douloureux aveux, touchants aveux, des paroles de mère mettant fin à un tabou familial. « La consigne du silence », avoue finalement Mona, « a régné sur toute mon enfance (…) et une grande partie de ma vie ». Une forme de soumission, d’impuissance? « Ne pas parler ne veut pas dire ne pas penser, ne pas réagir à l’inacceptable et, surtout, ne pas désirer ».

Mona Gauthier, avec ce digne hommage à la vie pas si silencieuse de nos mères, gravant son désir de dire, ses pensées secrètes « sur son ardoise », nous enseigne merveilleusement bien les bienfaits de « l’écoute flottante ».


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jeudi 17 août 2017

L'AMI EST DE RETOUR


Après quelques mois de silence le journal L'AMI est de retour. Un numéro de 8 pages où Élika, la rédactrice s'exprime sur différents thèmes.

L'AMI en version PDF
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L’AMI silencieux

Les deux derniers numéros du journal L’AMI comptaient 12 pages. Un effort considérable pour une si jeune rédactrice. Compétitive, Élika a trouvé, sans peine, mille prétextes pour retarder la sortie du No 3. Je suis  certaine qu’elle ne pouvait pas se résigner à faire moins, tout en se disant que c’est beaucoup de travail pour une jeune fille très occupée. Il est vrai qu’elle mène une vie très active, passionnée qu’elle est, surtout pour la danse, le karaté et le théâtre. Autre motif que je devine : Élika a tellement de sujets qu’elle veut aborder qu’elle ne sait plus comment tout traiter en un journal.  Et cela, la paralyse un peu.


Alors, je lui ai suggéré de publier un No spécial, dans lequel, par des questions et réponses, elle pourrait s’exprimer sur un choix de thèmes. Cela lui rendrait la chose plus facile tout en lui permettant de se remettre en selle. Elle a souri et, avec enthousiasme, s’est installée devant l’ordinateur pour réaliser une entrevue de plus de 20 minutes.


J’étais curieuse de connaître ses thèmes et d’entendre les réponses d’une enfant de 9 ans. Réponses que je transcris le plus fidèlement possible (je vous épargne quelques euh!).

Je la savais passionnée. Je savais qu'elle aimait la danse. Mais je ne me doutais pas à quel point.Avec son langage, ses expressions, cette petite fille de 9 ans continue de m'enchanter. Son propos est parfois drôle, parfois émouvant. Sa sincérité est évidente. Élika ne triche pas. Et si jamais je tente d'amoindrir certains mots, elle le corrige quand elle fait une dernière lecture avant de donner son aval à l'impression.

Le lancement de la version papier a eu lieu à Sainte-Rose-du-Nord, dimanche 13 août en présence de 18 personnes. L'ambiance fort joyeuse a rendu la tâche difficile pour la photographe. Nous avons retenu une photo d'Élika avec son papa qui illustre bien la fierté.

Élika Laforge au lancement du journal L'AMI et son papa Ariel Laforge



Élika avait 7 ans lors du lancement du tout premier numéro de ce journal. Le 4 septembre prochain elle célèbrera son 10e anniversaire. Elle affirme n'avoir pas du tout l'intention de renoncer à SON journal.