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Céder à la passion des mots, prendre la parole et laisser vivre les émotions d'un esprit en ébullition constante.Parler de tout. M'enthousiasmer, m'indigner et prendre le temps de le dire.
mercredi 1 août 2018
L'AMI EN VACANCES
L’Ami, après l’école
samedi 14 avril 2018
UN CADEAU D'ANNIVERSAIRE INATTENDU
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| L'AMI VOL 4 No 2 24 mars 2018 |
Lorsqu'Élika m' a parlé du prochain numéro de L'AMI, il y avait une petite lumière malicieuse dans son regard.
- Cela va être un numéro spécial, m'a-telle dit.
- Ah! oui? Quel sera le sujet ?
- Un numéro spécial.
- Mais encore ?
- Je pense que je vais parler de ma meilleure amie. Ça va être sa fête.
- Je suis sûre qu'elle va être contente.
- Je pense aussi.
- Dès que tu seras prête, tu me le dis et on travaillera la mise en page.
- Mmmm
Et les jours passaient. Je me suis dit, pas de pression, elle doit y aller selon son rythme. Ce journal doit demeurer un plaisir.
Puis ce fut mon anniversaire. Une belle fête dans tous les sens où la tendresse, les rires et des mets délicieux et une belle surprise étaient au rendez-vous. Mais aucune allusion au journal L'AMI. Seulement une confidence : « Mamieke, j'ai un cadeau pour toi, mais je n'ai pas eu le temps de le préparer. »
- Ce n'est pas grave ma chérie. Ce sera toujours le temps et comme ça la fête continue.
Le jour de Pâques fut jour de la livraison. Pendant que je préparais le repas de mes 16 convives, je reçois une enveloppe brune. Je m'attends à un dessin, voire un poème. C'était plus qu'un poème. Un déferlement de mots plus émouvants les uns que les autres. J'ai attendu d'être seule pour en savourer toutes les lettres. Le journal L'AMI a fait de moi sa vedette. Et j'en suis très fière.
Seule Isyëv n'a pu contribuer à ce numéro spécial. Elle a compensé son absence en me donnant un dessin. Elle m'a dit, c'est comme ça que je te vois.
dimanche 18 février 2018
L'opéra Faust de la SALR en vedette dans le journal L'AMI
L’Ami va à l’opéra
Pour la 7e année consécutive, Élika a assisté à la production de la Société d’art lyrique du royaume. Rien de moins que Faust de Charles Gounod.
Elle tenait à en faire l’article principal de la première publication du journal L’AMI en 2018 qui commence sa quatrième année de publication.
Du haut de ses 10 ans, elle devient de plus en plus autonome, même pour la mise en page. Quant aux textes, ils sont totalement de son cru. On constate que son langage évolue… ma tâche consiste essentiellement à réviser pour traquer les fautes d’orthographes.
Elle a entrepris de faire du recrutement. C’est ainsi que Victor, 8 ans, vient de faire sa première contribution. Pour l’apprivoiser Élika lui a confié la pensée du jour, devenue le souhait du jour.
Je suis heureuse de voir qu’elle persévère dans ce beau projet. Et ses lecteurs la motivent beaucoup. Merci à vous qui la lisez et lui laissez un commentaire.
Pour la 7e année consécutive, Élika a assisté à la production de la Société d’art lyrique du royaume. Rien de moins que Faust de Charles Gounod.
Elle tenait à en faire l’article principal de la première publication du journal L’AMI en 2018 qui commence sa quatrième année de publication.
Du haut de ses 10 ans, elle devient de plus en plus autonome, même pour la mise en page. Quant aux textes, ils sont totalement de son cru. On constate que son langage évolue… ma tâche consiste essentiellement à réviser pour traquer les fautes d’orthographes.
Elle a entrepris de faire du recrutement. C’est ainsi que Victor, 8 ans, vient de faire sa première contribution. Pour l’apprivoiser Élika lui a confié la pensée du jour, devenue le souhait du jour.
Je suis heureuse de voir qu’elle persévère dans ce beau projet. Et ses lecteurs la motivent beaucoup. Merci à vous qui la lisez et lui laissez un commentaire.
Les coups de cœur d'Élika
Antonio Figueroa a interprété Faust
© Photo Andrée-Anne Lachaine
Nathalya Thibault, jouait le rôle de Marthe
© Photo Andrée-Anne Lachaine
vendredi 16 février 2018
Faust de la SALR : de la haute voltige visuelle, vocale et lyrique
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Antonio Figueroa (Faust) et Gino Quilico (Méphistophélès)
© Andrée-Anne Lachaine photographie
Impressionnant! La version de l’opéra Faust de Gounod présentée par la Société d’art lyrique du royaume est remarquable. Même en mettant les bémols, indispensables lorsqu’on assiste à une répétition générale la veille de la grande première, tous nos sens sont fortement et agréablement imprégnés par cette interprétation. Une mise en scène étonnante très contemporaine de Guylaine Rivard, des décors ingénieux dont la sobriété s’habille d’éclat sous les jeux de lumières et les trouvailles astucieuses, un orchestre qui traduit toutes les nuances sous la direction de Jean-Philippe Tremblay et des solistes… ah! les solistes!
La SALR résume la trame narrative de sa production en quelques lignes : « Le docteur Faust, au déclin de sa vie, voudrait retrouver la jeunesse. Il invoque Satan qui, sous les traits de Méphistophélès, l’invite à boire la coupe de la Vie qui le transforme en jeune homme. En échange, Faust acceptera d’être son serviteur pour l’éternité… Faust tombe en amour avec la belle Marguerite qui, séduite par ses bijoux, lui déclare sa flamme et aura un enfant de lui. Rivalités amoureuses, emprisonnement, crimes passionnels s’ensuivent à travers une série d’intrigues captivantes, alimentées par des personnages attachants, et enveloppées par une musique envoûtante! »
Présentée en cinq actes, cette interprétation de Faust a un petit quelque chose qui n’est certainement étranger à la qualité de ses solistes. Tous sont excellents. Après une ouverture que les jeunes auditeurs, avec raison, ont écoutée dans un silence rare, les rideaux s’ouvrent sur un Dr Faust courbé sous le poids de son âge et de ses regrets. La voix superbe d’Antonio Figueroa s’empare de toute la salle. Il se donne vocalement comme physiquement, campant un Faust intense dont la passion nous convaincrait de devenir sa Marguerite. « Je veux la jeunesse » lance-t-il à un Méphistophélès superbement campé par Gino Quilico. Un personnage spectaculaire, satanique à souhait, dont la direction artistique a su exploiter tout le talent. Il livre avec Antonio Figueroa un duo d’une grande beauté. « La jeunesse t’aveugle, ose la regarder » chante Méphistophélès à Faust éperdu, alors qu’il hésite à vendre son âme. La beauté de Marguerite vaincra sa résistance. « À moi ces plaisirs » défie le vieux Faust qui, sa jeunesse retrouvée, n’hésite plus à faire sombrer la dame de son désir avec lui.
L'acte II met le chœur en vedette. Une joyeuse assemblée de jeunes du village et de soldats lors d’une collation de grade au cours de laquelle on découvre Caroline Gélinas. Dans le rôle touchant de Siebel, elle se dresse en rival contre celui qui convoite Marguerite interprétée avec retenue par France Bellemare. C’est ce soir, vendredi 16 février, que le public connaîtra leur pleine mesure, car la veille la prudence était de rigueur pour préserver les cordes vocales. Ce qui n’a pas empêché d’en apprécier certaines envolées en confirmant la richesse. À souligner aussi, la scène du veau d’or avec un Quilico flamboyant qui mènera le bal, bal de plus en plus endiablé où tous ne sont plus que des marionnettes.
Caroline Gélinas dans le rôle de Siebel
© Andrée-Anne Lachaine photographie
Au IIIe acte, on se retrouve dans le jardin de Marguerite, où tout est suggestion dans la disposition : là un salon, là une chambre, là un présentoir de bijoux. Une mise en scène de l’illusoire où la symbolique des lieux coïncide avec celle des sentiments. L’amour de Siebel qu’expriment les fleurs contre l’attrait des parures d’or qui est le piège de Méphistophélès afin de satisfaire la passion de Faust. « Si les fleurs l’emportent, je veux bien perdre tous mon pouvoir. » Comme s’il n’allait pas l’utiliser contre la candeur de Marguerite et l’hésitation de Faust troublé par un sentiment amoureux véritable qui pourrait dominer son désir. L’aveu de la victoire à venir sera fait devant le miroir alors que France Bellemare nous offre une version très personnelle de l’Air des bijoux. Un moment suave. Elle est convaincante chantant « Ce n’est plus moi, c’est la fille d’un roi qu’on salue au passage. » Comme si elle venait tout juste de découvrir sa beauté.
©Andrée-Anne Lachaine photographie
Tandis que Marguerite prend conscience de sa nature féminine, se joue une scène de séduction incroyable entre Méphistophélès et Marthe, incarné par Nathalya Thibault, ce phénomène de scène pour ses qualités vocales comme pour son jeu toujours expressif et efficace. Elle a un sens du théâtre qui nous ravit chaque fois. Elle se livre sans pudeur, avec une touche d’humour de bon aloi.
France Bellemare, Marguerite
©Andrée-Anne Lachaine photographie
L’entracte sera suivie des actes IV et V où l’intensité dramatique va croissant. De beaux tableaux se succèdent réunissant solistes et chœur. Marguerite dans l’église pour prier, cherchant le pardon et le réconfort après la naissance de son enfant et l’abandon de son amant. Méphistophélès s’y révèle dans toute sa puissance satanique. Gino Quilico a une telle prestance que l’on se sent envoûté par tout ce qui se dégage de sa stature et de sa voix. Le décor crée l’ambiance solennelle du lieu où les objets comme les personnes fusionnent pour évoquer à la fois le sacré et le diabolique.
Suit le retour de guerre des soldats chantant Gloire immortel de nos aïeux. Parmi eux, Valentin frère de Marguerite campé par Geoffroy Salvas, une autre belle voix de cette distribution, complétée avec assurance par Jean-Simon Boulianne dans le rôle de Wagner. La scène se termine par un duel opposant Faust et Valentin qui meurt sans accepter de pardonner sa sœur d’avoir été séduite : « Si Dieu te pardonne, soit maudite ici-bas. » Au dernier acte, l’opéra atteint son apogée. Toute la scène se transforme en prison. La scénographie de Chantale Boulianne, depuis le début, mais particulièrement dans cet acte est remarquable. Au centre, enchaînée, Marguerite attend l’exécution de la sentence pour infanticide. Faust tente en vain de la sauver. Chaque mouvement accompagne les voix dans ce combat des forces contraires. La disposition des personnages, le décor, les éclairages, le contraste des costumes, la robe blanche de Marguerite, le rouge et noir de Faust et Méphistophélès, le gris des figurants, tout cet ensemble forme un visuel équilibré, pur art d’un tableau de maître. C’est intense. Lorsque Marguerite, monte les marches de l’échafaud, ici suggéré par un escabeau, et que Faust tombe à genoux pour prier, l’émotion est palpable. Une finale saisissante, grandiose dans sa simplicité.
****
Acte II : avant de partir en guerre,
Valentin, Geffroy Salvas, implore Siebel de veiller sur Marguerite
© Andrée-Anne Lachaine photographie
Il y aura encore beaucoup à dire sur cette production. La présence de deux fillettes, Madeline Bossé et Annlou Morissette, symbole de pureté, naïves souvent, séductrices parfois comme s'approchant du piège tendu par Méphistophélès. Ou encore les maquillages de Guillaume Lavoie, les coiffures de Luc Ladouceur, la performance du chœur dirigé par Annie Larouche. Et plus... C'était la générale. Imaginez ce soir.
Le mieux, c'est d'aller voir, de vivre ce moment majeur dans l'histoire de la SALR. Au Théâtre Banque nationale de Chicoutimi, à 19 h30 les 16 et 17 février, à 14 h le 18 février.
dimanche 31 décembre 2017
En route vers 2018
2018 C’est demain
Chaque année est tissée de sourires et de larmes, d’espoir et de doute, de joies et de colères. Les forces se confrontent et, pourtant, se conjuguent. Faut-il désespérer face à ce mal qui ronge la planète et ignorer toute la générosité qui tente d’y faire obstacle? Vous le savez, je suis une optimiste. Je vois la douleur. Je m’y déchire. Mais je vois aussi que la beauté du monde subsiste et habite la majorité des êtres. Surtout en vous, mes amis, mes amies, surtout en vous qui m’êtes précieux chacun à votre façon. Que l’année 2018 puisse vous en convaincre. Mon vœu est que vous soyez ce que vous êtes, car, en chacun de vous je vois ce qui me permet de croire que la vie va survivre. Je ne ferme pas les yeux sur la certitude que j’ai de chacun de vous qui êtes dans ma vie parce que je choisis que vous y soyez. Je vous choisis pour vos certitudes, vos enthousiasmes autant que vos révoltes et votre volonté de défendre l’avenir.
OUI, QUE 2018 SOIT UNE AUBE ET NON UN DÉCLIN.
jeudi 28 décembre 2017
Le journal L'AMI commente le programme Sports-Arts-Études
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| Télécharger ICI |
L’Ami calme
Élika ne voulait pas terminer l’année 2017 sans publier un quatrième numéro du journal L’AMI.
Au cours de ces trois années, depuis la création de L’AMI, les passions de notre jeune rédactrice se sont multipliées. Elle doit faire des choix, ce qui ne lui plaît guère quand il s’agit de renoncer à une activité qu’elle aime. Comme elle l’exprime dans sa pensée du jour, cela risque de lui faire manquer des opportunités. Aussi, elle a choisi le compromis qui se traduit par ne rien perdre, mais mieux répartir son temps. Quoique, elle a dû suspendre ses cours de karaté. Un regret qu’elle ne pense pas supporter longtemps, mais largement compensé par la réalisation d’un rêve : accéder au programme Sports-Arts-Études afin de faire ce qu’elle aime le plus, danser.
Le 16 décembre, elle a participé à sa première audition. Elle avait beaucoup d’espoir et je me demandais comment elle accepterait de ne pas être choisie. Elle ne l’a pas été, mais elle est revenue avec le sentiment d’avoir été au bout de ses capacités. Ajoutant avec sagesse que la prochaine fois elle ne pourrait que s’être encore améliorée. Étant la plus jeune élève du groupe, elle est consciente avoir moins d’expérience que d’autres. Et ce qu’elle comprend, c’est qu’avec le temps et la persévérance elle atteindra, elle aussi, assez d’expérience pour figurer parmi les meilleures.
Je la regarde comme un oisillon ouvrant ses ailes. J’ai envie de dire, surtout que personne ne les lui coupe.
Élika ne voulait pas terminer l’année 2017 sans publier un quatrième numéro du journal L’AMI.
Au cours de ces trois années, depuis la création de L’AMI, les passions de notre jeune rédactrice se sont multipliées. Elle doit faire des choix, ce qui ne lui plaît guère quand il s’agit de renoncer à une activité qu’elle aime. Comme elle l’exprime dans sa pensée du jour, cela risque de lui faire manquer des opportunités. Aussi, elle a choisi le compromis qui se traduit par ne rien perdre, mais mieux répartir son temps. Quoique, elle a dû suspendre ses cours de karaté. Un regret qu’elle ne pense pas supporter longtemps, mais largement compensé par la réalisation d’un rêve : accéder au programme Sports-Arts-Études afin de faire ce qu’elle aime le plus, danser.
Le 16 décembre, elle a participé à sa première audition. Elle avait beaucoup d’espoir et je me demandais comment elle accepterait de ne pas être choisie. Elle ne l’a pas été, mais elle est revenue avec le sentiment d’avoir été au bout de ses capacités. Ajoutant avec sagesse que la prochaine fois elle ne pourrait que s’être encore améliorée. Étant la plus jeune élève du groupe, elle est consciente avoir moins d’expérience que d’autres. Et ce qu’elle comprend, c’est qu’avec le temps et la persévérance elle atteindra, elle aussi, assez d’expérience pour figurer parmi les meilleures.
Je la regarde comme un oisillon ouvrant ses ailes. J’ai envie de dire, surtout que personne ne les lui coupe.
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dimanche 8 octobre 2017
Livres comme l’Air / Hommage aux écrivaines et journalistes détenues politiques
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| Laurence Ouellet Tremblay au micro, Danielle Dubé, Sophie Torris, Christiane Laforge |
Livres comme l’Air
Hommage aux écrivaines et journalistes
détenues politiques
Hommage aux écrivaines et journalistes
détenues politiques
Vous dites oui sans hésiter, parce que la liberté inclut
la liberté de s’exprimer. Vous dites oui, parce que notre réalité nord-américaine
ne doit pas occulter la réalité d’ailleurs. Vous dites oui avec la raison… et c’est
le cœur qui s’empare de tout ce qui va suivre.
Invitée à participer à l’activité Livre comme l’air – initiée en l’an 2000 par Amnistie
internationale et l’Union des écrivains professionnels du Québec à l’occasion
de la Journée internationale des écrivains emprisonnés – je prenais
conscience de tout un réseau dépassant les mots pour agir avec les mots. Avec le
Centre québécois du P.E.N. international (Poètes, essayistes, nouvellistes pour
la liberté d’expression) et l’APES (association professionnelle des écrivains
de la Sagamie), Livre comme l’air franchissait
les portes du Salon du livre du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
L’objectif du Centre Le P.E.N., tel que décrit sur la page Facebook de l’organisme,
se décrit comme suit : « La mission spécifique du Centre québécois du P.E.N.
international est de protéger la liberté d’expression écrite et, dans la
foulée, d’apporter une aide à la fois morale et matérielle à des écrivains dont
les droits sont bafoués, ne sont pas le privilège de leurs seuls frères et
sœurs écrivains. On encourage le public en général, plus particulièrement ceux
que l’indignation face à l’injustice incite à l’engagement, ceux que des
expériences de lecture ou de voyage, ou un simple coup d’œil sur les nouvelles
arrivent à indigner et à motiver, à joindre leurs efforts aux nôtres. » (Source :
https://www.facebook.com/centrepenquebec/
).
« C'est la manière du PEN de dire aux 900
écrivains prisonniers, harcelés, assassinés et disparus : vous n'êtes pas
réduits au silence. Vous n'êtes pas oubliés. Nous sommes avec vous, et nous
luttons. »
Qui choisir ?
Membre du P.E.N. et très active au
sein de l’UNEQ et de l’APES, Danielle Dubé est, depuis un temps déjà jumelée à
l’écrivaine turque Asli Erdogan. Impossible de résister à sa quête lorsqu’elle
a invité trois auteures d’ici à suivre son exemple. Laurence Ouellet Tremblay,
Sophie Torris et moi-même avons reçu un bref résumé de la vie de quatre femmes
emprisonnées pour leurs écrits en faveur des droits de l’Homme. Qui choisir ?
À trop réfléchir, je fus la dernière à confirmer mon choix. La difficulté étant
de se dire, laquelle ne pas choisir, tant le drame de ces prisonnières m’interpellait.
Lors d’une répétition préparatoire à
notre prestation sur la scène du Salon du livre, j’ai compris que nous avions chacune
été touchée par cette femme inconnue à laquelle nous devions écrire notre
soutien. Avec Danielle, Laurence et Sophie, toutes étaient entre bonnes mains,
toutes avaient trouvé une voix. Et quelle serait la mienne, tandis que mes
recherches me révélaient l’injustice, l’horreur, la cruauté ainsi que la
beauté, le courage et une volonté indéfectible d’affirmer sa liberté ?
Voici, les textes présentés le
dimanche 1er octobre au Salon du livre SLSJ.
LETTRE À ASLI
ERDOGAN
![]() |
| Asli Erdogan |
Bonjour Asli,
Je m’appelle Danielle Dubé,
En décembre dernier, nous apprenions que tu étais libérée
de la prison turque de Barkikoy mais assignée à résidence, de santé fragile et
en attente de procès. Un procès qui ne vient pas malgré plus de douze mois
d’attente sous les verrous ou dans ta chambre. Et cela, malgré des milliers et
milliers d’appuis que tu as reçus de partout dans le monde, y compris du P.E.N.,
de l’UNEQ, d’Amnistie international, et de ton éditeur Actes Sud. Comme si on
voulait que tu te résignes, abandonnes…
Jusqu’à maintenant on a laissé tombé deux chefs d’accusation,
«celui de propagande » et «d’incitation au désordre». On t’accuse malgré tout
«d’appartenance à une organisation terroriste », ce qui n’a jamais été
démontré. Passible d’une sentence d’emprisonnement à perpétuité parce que tu as
défendu des victimes, dénoncé dans ton journal et dans ton livre Le bâtiment
de pierre, les terribles conditions
des prisonniers kurdes.
Depuis le coup d’état d’août 2016, des centaines de
journalistes comme toi ont été incarcérés, des centaines de journaux,
magazines, radio et stations de télé sont fermés.
Tu fais partie d’une
espèce aussi rare que précieuse, Asli. Écrivaine reconnue dans le monde, traduite
en une quinzaine de langues, traductrice d’un monde bouleversé et dur, tu as toujours
défendu la liberté d’opinion. Tu dis que tu t’accroches aux mots, aux mots de
ceux qui t’appuient partout dans le monde. Quel courage cela demande, espérer
encore !
La première fois que
je t’ai écrit, je t’ai dédicacé mon roman Les
olives noires. Le long cri de libération d’une femme qui peine à sortir de
son enfermement alors que l’Espagne est sous le joug du franquisme et que le Québec
subit une loi des mesures de guerre. Cette fois, je t’offre Ciel de Kyoto,
puisque c’est ce que tu souhaites le plus : retrouver le ciel. Ton ciel,
le ciel d’Istanbul si beau dans la nuit étoilée des coupoles et des minarets.
Ciel de Kyoto, c’est le récit de voyage de dix femmes libres qui ont le droit de lire, de
penser, d’écrire et voyager pour découvrir le monde. La chance que nous avons,
je te la souhaite. La liberté, le plus beau cadeau que puisse se faire
l’humanité avec la solidarité et la démocratie !
Je t’admire Asli, et
tu le sais. Les thèmes de tes écrits me
rejoignent. Ta langue, ton écriture est un cri qui nous interpelle dans la nuit
d’un monde guerrier, cruel et barbare. Il est temps que tu retrouves ta vie, ta
liberté comme des centaines de tes concitoyens journalistes. Ton droit même le plus fondamental, celui de
vivre et respirer est menacé. Il y a péril en ta demeure, dis-tu, même dans
toute l’Europe… Il est encore temps pour ton pays comme pour ses chefs de se
resaisir.
La Turquie pour nous
occidentaux, ce fut déjà un rêve. Istanbul, un conte des mille et une nuits. Le
premier mandat du président Récep Erdogan était prometteur, annonciateur de
jours meilleurs, même d’une entrée dans l’Union européenne. Comme d’autres,
nous y avons crû. Ne tuons pas la beauté du monde. La beauté de ta voix pas
plus que l’espérance d’une démocratie !
La dernière fois, au
Salon du livre de Montréal, je demandais au ministre Stéphane Dion
d’intervenir. Cette fois je le demande à la ministre des Affaires étrangères Christya
Freeland, à Justin Trudeau lui-même, celui dont le monde aime tellement
l’image. Une image qui doit servir à aller au delà des mots dits, améliorer le
fonctionnement de nos démocraties, voire servir de modèle aux pays récalcitrants.
Avec Amnistie, le PEN Québec,
l’UNEQ et maintenant l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie
(APES), j’en appelle à ta libération, au sens de la justice et à l’humanisme
des dirigeants turcs qui savent que tu n’as jamais cautionné le terrorisme. Pas
plus que les exactions des troupes de Daesch. Je t’interpelle dans ta nuit en
espérant le retour de l’aube : « Courage Asli ! Espère Asli ! Nous pensons encore
à toi. »
écrivaine jumelée
à Asli Erdogan
par l’UNEQ
et le P.E.N
Seule ma
propre main peut véritablement me réduire au silence.
Et
pourtant, ma voix, tu l’entends, a tous les accents de la différence.
Toi, c’est
une autre main que la tienne qui bâillonne ton existence.
Simplement
parce que ta voix, je l’entends, veut faire acte de résistance.
Je
t’appelle, sur cette scène, je t’appelle- Shamael Al-Nur, journaliste et
soudanaise.
Je
m’appelle, sur cette scène, je m’appelle Sophie Torris, enseignante canadienne d’origine
française.
Je nous
appelle, sur cette scène, je nous appelle, Sophie et Shamael, le temps d’une
parenthèse, d’une conversation en absence.
Moi au
Québec et toi, au Soudan, dans cet ailleurs improbable.
Moi ici et
toi, au loin, présumée coupable.
Le verdict
est tombé et ton crime est passible de la peine mort.
User de
mots justes et pacifiques, est-ce possible que ça entraine la mort?
Dénoncer
un gouvernement vétuste qui ne consacre à l’éducation et à la santé que 3% de ses
recettes et sans remords
mérite-t-il
d’être jugé et condamné? Qui peut ainsi décider de ton sort?
Peut-on
éradiquer une âme parce qu’il n’y a pas que l’Islam sous son tchador?
Coupable
d’Apostasie. Pour avoir écrit dans un journal des mots.
Coupable
d’Apostasie. C’est un Imam extrémiste qui veut te faire la peau.
Et voir se
balancer au bout d’une corde ta tête
surtout
parce que c’est celle d’une femme libre et pas si bête.
T’étrangler
avec les liens de ta propre éloquence
et faire
exemple de cette sentence.
Combien
sont-ils ces ministres incultes d’un culte qui se croit tout permis
et dont la
parole, quand elle se fait extrême, exulte la misogynie?
C’est si
facile de répondre par la haine et la violence
quand on
est en face d’une femme qui pense.
Je vis
dans un pays qui défend la liberté d’expression et le droit de parole.
J’enseigne
la beauté et la puissance des mots sur les estrades des écoles.
Sur les
tableaux noirs, librement, mes élèves s’épanchent.
La craie
est la plus pacifique des armes blanches.
Je
t’offre, Shamael, une de mes pièces de théâtre écrite pour et par des tout
petits
en
souhaitant qu’un jour, le Soudan investisse un peu plus dans l’éducation et
dans ce genre d’outil.
Parce que
c’est quand on n’a pas appris à écrire, qu’on se défend avec les mains.
Parce que
c’est quand on n’a pas les mots pour dire, qu’on use de ses poings.
Tu vis
dans un pays qui censure les mots quand ils disent la vérité.
Tu vis
dans un pays qui enseigne la vertu comme seul alphabet.
Les
enfants y sont en majorité illettrés, un peuple ignorant est bien plus facile à
mener.
Les femmes
y sont en majorité des poupées cigognes, à l’étroit dans un même sarcophage
étouffant
leur rogne contre une charia que des hommes interprètent à leur avantage.
La
religion prend le pas sur le politique pour menacer ton intégrité.
Et te
voilà hérétique parce que tu défends les droits de ces minorités.
Mais tu
continues de dénoncer le système. Alors, on t’accuse de blasphème.
Le coran
en devenant code civil met ta vie en péril.
Je salue
l’encre qui coule dans tes veines et qui déverse ces flots de parole sans
prudence.
Je salue
l’encre qui dénonce la haine et qui lutte tout en hyperbole contre la violence.
Tu as
porté plainte contre l’extrémiste religieux
Pour
diffamation et propos calomnieux.
D’où te
vient cette force, Shamael?
Au travers
de toutes ces campagnes hostiles, tu te refuses à devenir servile.
D’où te
vient cette force, Shamael?
Au travers
d’un tel régime de peur, oserais-je moi, signer mes écrits de mon nom d’auteur?
Ta vie de
femme et de journaliste est empêchée par une de ses voies :
la parole.
Alors qu’elle est le plus sûr chemin pour défendre tes droits.
Permets
que j’use de la mienne pour défendre cette liberté que je chéris :
la liberté
d’expression, qui est non seulement, le pain qui te nourrit
mais aussi,
le plus fier moyen de lutter contre toutes sortes d’agonies.
Seule ma
main peut véritablement me réduire au silence.
Alors, j’ai
dit « oui » quand Le Pen international m’a offert de vivre cette
alliance.
Ta langue
est belle, ta langue est forte, mon amie.
Vois comme
elle traverse les frontières aujourd’hui.
Ici, au
Saguenay, en ce 1er octobre 2017, dernier jour du salon du livre,
Je demande
à la justice de ton pays qu’elle te délivre.
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| © Photo Sophie Gagnon-Bergeron |
LETTRE À GOLROCKH EBRAHIMI IRAEE
![]() |
| Goldrockh Ebrahimi Iraee |
Bonjour.
Je suis
Christiane Laforge.
Auteure de
plusieurs livres et journaliste de profession, j’ai utilisé les mots pour
défendre deux grandes causes : la condition humaine, mais surtout les
droits des femmes et l’expression artistique de toutes les disciplines.
Si le
choix de mes parents m’a amenée très jeune de la Belgique au
Saguenay–Lac-Saint-Jean, cette région est devenue le choix de mon cœur et lieu
de ma vie. J’y ai fait carrière en journalisme pour le Progrès du Saguenay
pendant 38 ans. J’y ai écrit et publié une dizaine de livres. Par la suite, ne
sachant pas le sens du mot retraite, j’ai continué, depuis 2009, à utiliser les
mots pour défendre encore et toujours ces deux grandes causes. Ce qui aboutit,
en toute logique, à me retrouver ici, ce soir, pour évoquer le drame de
Golrockh Ebrahimi Iraee. Drame que subissent de nombreuses femmes écrivaines et
journalistes de plusieurs pays.
Mais avant d’aborder son drame, permettez-moi
de lui offrir mon dernier livre, Cœur
innombrable, cette parole de femme libre, qui n’aurait jamais pu publier ce
livre dans le pays de Goldrockh.
Golrockh
Ebrahimi Iraee, j’ose résumer ton drame.
Accusée
d’avoir porté atteinte aux valeurs sacrées de l’Islam, notamment pour la
rédaction d’un livre de fiction non publié, inspiré d’un fait réel relaté par
le film américain La
lapidation de Soraya M, te voilà condamnée à six ans de prison.
Défenseur des droits humains comme toi, ton compagnon
Arash Sadeghi, lui-même condamné à 15 ans de prison, a voulu te défendre en
s’imposant une grève de la faim de 72 jours, afin d’attirer sur toi le regard
du monde libre. Tu as cru, un bref moment, retrouver ta liberté au prix de sa
santé gravement compromise. Une liberté provisoire en attendant que la Cour
Suprême puisse réviser les motifs de ton emprisonnement. Promesse bafouée 19
jours après la fin de sa grève de la faim. En effet, le 22 janvier 2017, tu
étais de nouveau arrêtée et enfermée dans la prison d’Evine de Téhéran.
Tandis
que tu te consumes derrière les barreaux, ta peine et celle d’Arash attendent
que la 33e Chambre de la Cour Suprême réexamine leur bien fondé. Sachant pourtant que les « pasdarans », ou
gardes de la révolution, empêchent le transfert des documents essentiels à cet
examen. En janvier dernier, ce sont ces mêmes pasdarans qui avaient bloqué le
transfert de ton compagnon à l’hôpital, forçant ton retour en prison.
Chère
Golrockh,
Au-delà de
la distance, malgré les silences et l’isolement, ton nom ne m’est plus
étranger. Comme écrivaine, comme journaliste préoccupée par les droits des
humains, je ne peux être indifférente à ton sort tragique, ni au bafouement de
tes droits. Le droit à la liberté, liberté de parole, liberté d’écrire, liberté
de revendiquer le respect de la valeur sacrée de la vie, liberté de dire que la
lapidation est une insulte à l’humanité.
Je me sens impuissante devant les
lourdes portes de ta prison. Révoltée de te savoir muselée, isolée de ta
famille, de tes amis, privée de tes droits, même celui de te défendre.
Impuissante mais pas désarmée, car
la vigilance de nombreuses personnes préoccupées par ton sort a transmis
l’appel courageux de ton époux ainsi que le tien. Et j’entends ta voix. Cette
voix bouleversante qui évoque les interminables heures d’interrogatoire, les
yeux bandés, interrogée et menacée sous prétexte d’insulte à l’Islam, tandis
que dans la cellule voisine tu perçois les coups et la torture infligés à ton
mari. Tu lui as écrit :
« Ton combat est admirable mon très cher Arash. Je t'en prie, reste en vie, car je chéris ta vie si précieuse bien plus que ma propre liberté. »
Le 8
juillet dernier, forte d’un esprit combatif qui refuse de se résigner, tu cosignais,
avec Atena Daemi une lettre ouverte adressée aux ambassadeurs de 45 pays
pour dénoncer les conditions inhumaines dans la prison d’Evine. Le 22 août,
avec deux autres prisonnières, tu poursuivais ta lutte afin de soutenir les
prisonniers politiques de
Gohardacht au 20e
jour d’une grève de la faim. Cette grève de la faim est devenue « le seul moyen
pour les prisonniers d'exiger justice », précises-tu. Ajoutant, de concert avec
tes sœurs de combat :
« Votre silence et votre
inaction finiront par devenir une couverture politique pour les violations
continues et généralisées des droits humains en Iran. »
Et moi, géographiquement si loin de toi et pourtant
si proche à t’entendre, je te le dis, Golrocks Ebrahimi Iraee, je veux parler,
je veux agir, refusant que mon silence et mon inaction cautionnent l’horrible
tragédie que tu vis, toi et les tiens, ces femmes et ces hommes qui luttent
pour la valeur sacrée des droits humains.
Ce soir, je suis ta voix. Je porte
ta parole qui réclame, avec raison, le droit de vivre libre.
Christiane Laforge
par l’UNEQ, le P.E.N et l’APES.
1er octobre 2017
Mon nom est Laurance Ouellet Tremblay, j’ai 32 ans, je vis
au Québec, un territoire en paix, je suis une poète ; je suis aussi une
femme libre. J’ai écrit et publié à ce jour deux livres sans que personne ne me
musèle ou menace de me faire taire et j’ai l’intention d’en écrire encore
plusieurs autres.
La seule censure que je connaisse est celle de mes pairs,
à qui je demande conseil et qui me disent « tu devrais changer ce mot-ci
par celui-là, ajouter une virgule ici » C’est une censure choisie et c’en
est une volontaire.
Je suis ici aujourd’hui pour vous parler de Liu Xia, une
poète, peintre et photographe chinoise de cinquante-six ans assignée à
résidence depuis 2009 par les autorités de son pays. Assignée à résidence,
c’est-à-dire surveillée, c’est-à-dire épiée, c’est-à-dire punie. Depuis huit
ans. Assignée à résidence, c’est-à-dire seule, profondément seule, sans contact
avec ses amis, sa famille. Sans contact avec personne, elle est affaiblie, usée
par l’isolement trop long, beaucoup trop long. Depuis huit ans, Liu Xia attend.
Vous me demanderez sans doute quel crime a été commis pour
mériter une telle sentence. Eh bien, ce crime, il n’existe pas. Ta seule
offense, Liu, a été d’aimer un homme et de partager avec lui une passion
ardente pour la littérature. Je te comprends, Liu, je te comprends très bien.
Je vis la même chose.
Ton seul crime a été d’aimer Liu Xiabo, un dissident
chinois qui n’a jamais eu froid aux yeux, un prix Nobel de la paix, aussi. Ce
seul amour t’a rendue menaçante aux yeux de ton gouvernement. Ce seul amour
leur a permis de te confiner à la solitude de ta demeure. La peur et la
petitesse de tes dirigeants, ici, m’apparaissent évidentes et me dégoûtent.
Ton amour, Liu Xiabo, est décédé le 13 juillet dernier.
Depuis les funérailles ayant eu lieu deux jours après sa
mort, nulle nouvelle de toi, Liu, tu es disparue, tu t’es évanouie. Seule
trace, une courte vidéo, une minute et c’est tout, où tu apparais affaiblie et
demande à tes proches du temps pour faire ton deuil. Seule trace, une courte
vidéo que tous tes amis croient avoir été tournée sous la contrainte. Une
courte vidéo à laquelle je ne crois pas moi non plus.
Liu, je t’écris aujourd’hui pour te dire que je pense à
toi. Tu dis que le gouvernement chinois extermine ses dissidents politiques
dans l’indifférence générale, sans que l’Occident n’y prenne garde ou n’y fasse
attention, et tu as bien raison. Tu dis que nous nous réveillerons un jour,
alors que vous aurez tous disparus. Liu, j’espère que ce jour est une chimère,
j’espère qu’il n’arrivera pas et je tiens à te dire que je suis réveillée, et
que nous sommes plusieurs à l’être. Un nombre encore minime, peut-être, un
nombre encore trop petit, mais nous nous disséminons comme du chiendent et
n’avons pas l’intention de nous taire.
Liu, au cours des derniers jours j’ai traduit de l’anglais
un de tes poèmes pour que les gens d’ici puissent entendre la force de ta voix,
sa subtilité aussi. Pour que les gens d’ici puissent entendre ton immense
talent d’écrivaine. Entendre ce poème de résilience et d’abandon qui se tient
bien droit face à l’oppression. Le voici :
La femme de la maison d’à côté est assise
tout le jour dans le jardin, elle regarde droit
devant. Personne ne sait pourquoi.
À la tombée de la nuit où par soir de pluie
une jeune fille parfois l’aide à rentrer.
Si la jeune fille l’oublie, ou n’existe pas,
la femme peut demeurer dans le jardin
toute la nuit, sans bouger
peu importe la température.
Les voisins racontent
que cette femme a aimé un homme,
a porté son enfant et,
après que son amour ait disparu,
est devenue folle.
La guerre, maintenant, est terminée.
Personne n’a vu la femme
dans le jardin depuis des jours.
Dans l’obscurité
la femme tient son visage entre ses mains
longtemps,
la jeune fille est couchée dans son lit
nue,
les yeux fermés durs.
Au bout du compte, la maison brûle
et met un terme à tout.
C’est la seule conclusion que la femme peut tolérer.
Au-dessus des ruines
le soleil hurle.
Liu, je ne peux te blâmer d’écrire que la seule conclusion
convenable soit celle des flammes, de la destruction et du chaos. Et je partage
ta colère.
Mais au-dessus des ruines tu hurles, Liu, tu hurles et je
t’entends.
![]() |
| © Photo Sophie Gagnon-Bergeron |
Laurence Ouellet Tremblay
***
Commentaires
Céline Dion a écrit : Livres comme l’air… Un propos
grave, un contenu dense, un dur rappel à la réalité, nécessaire, avec 4 femmes
de grande qualité. Bref, un moment fort du Salon du livre.
L’activité a commencé avec le Cant de la Sibilla, la
Sibilla catalane par Montserrat Figueras et La Capella Reial dirigée par Jordi
Savall — 90 secondes de tambours… le temps de préparer la scène. Après la
prestation, le chant de la Sibilla s’est poursuivi, soutenu par le chœur.
Émouvant!
***
Danielle Dubé a
écrit : Hommage
très réussi à l’intention des écrivaines emprisonnées dimanche 1er octobre au
Salon du livre de Saguenay. Plus de quarante personnes attentives. Un des plus
beaux évènements du Salon, nous a-t-on dit. Émouvant, intense et qui interpelle
vraiment... L’impression d’être au milieu d’un chœur de Troyennes Sagamiennes
toutes vêtues de noir. Des textes touchants, une mise en scène sobre et
élégante et d’excellentes lectrices. Comme si nous étions huit sur scène, en
présence d’Asli, Liu, Golrokh et Shamaël. Chaque écrivaine a apprécié son
expérience et l’Association professionnelle des écrivains de la Sagamie (APES),
grâce à l’implication de Céline Dion, a magnifiquement
collaboré. Également Sylvie Marcoux, directrice du Salon du livre, qui a
accepté d’intégrer l’Hommage à l’intérieur de sa programmation.
***
Libellés:
Apes,
Asli Erdogan,
Goldrockh Ebrahimi Iraee,
Liu Xiu,
Livres comme l'air,
P.E.N.,
Salon du Livre,
Shamael Al-Nur,
Uneq
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