lundi 12 novembre 2007

Salon des Métiers d'art


Progrès-dimanche
Arts Édito, dimanche 11 novembre 2007, p. 40


L'occasion de valoriser le travail des artisans

Laforge, Christiane

Le Salon des Métiers d'art est le moment propice pour de nombreux artisans de la région de faire valoir leur travail. L'artisan existe depuis des milliers d'années, précédant de loin la machine. Ce qui est réjouissant, ce 11 novembre 2007, jour de tous les souvenirs, c'est de constater que le talent de l'humain s'incarne encore et toujours dans l'objet qu'il fabrique. La matière prend forme par la pensée et par les mains.

Ils sont des travailleurs autonomes, des créateurs, des artistes pour qui l'objet a une âme. Poètes de la matière, ils investissent une part de leur humanité dans la chose fabriquée manuellement. Le Salon des Métiers d'art a bien raison de dérouler le tapis rouge pour ces artistes de la première heure. Quelques jours de gloire pour d'innombrables heures de travail.

Marraine de l'évènement pour une dixième année, Marie-Lise Pilote exprime bien la pertinence de souligner la présence de ces travailleurs artistes. Propos que rapportait notre journaliste Anne-Marie Gravel dans Le Quotidien de mercredi : "J'aime les créateurs et ceux qui font partie de la catégorie des artisans ne sont pas toujours appréciés à leur juste valeur. C'est difficile pour eux de se vendre et de vendre leurs œuvres. Ils peuvent créer mais ils ne sont pas nécessairement à l'aise pour communiquer."

Dans le cadre d'un Salon des Métiers d'art, la parole est à l'objet. Il témoigne du talent, de l'originalité et de la tradition. Reflet d'une culture, d'une époque, il identifie l'origine par le matériau choisi et suggère la destination par le client qui l'acquiert. L'objet de l'artisan est unique, cela ajoute à sa valeur qui n'est pas seulement monétaire.

Des artisans solitaires

Sur le tapis rouge, les artisans demeurent bien solitaires. Leur travail est loin d'occuper la place qui lui est due sous les feux de la rampe et dans les préoccupations des subventionneurs. Le modeste dépliant de la Corporation des Métiers d'art et l'absence d'un site internet en disent long sur leurs moyens financiers, malgré une contribution de la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC) et le soutien technique et financier de la ville de Saguenay.

À l'ère d'une conscience en éveil sur l'urgence de préserver l'environnement, les artisans méritent les lauriers de la persévérance et de la survivance. Ne sont-ils pas les défenseurs indéfectibles du développement durable, de l'objet qui s'ajoute au patrimoine culturel par sa nature artistique plutôt que de figurer parmi les jetables qui polluent nos terres. Ce n'est pas de l'or, de la fibre, de la terre ou du bois que les artisans nous proposent, mais un savoir-faire, une valeur ajoutée insufflant à l'objet matériel le sens noble du travail artistique au service de l'utile.

L'incarnation du savoir-vivre humain

Comment mieux dire que le céramiste Luc Archambault, récipiendaire du Prix Jean-Marie-Gauvreau en janvier dernier, quand il déclare : "Les praticiens en métiers d'art sont l'incarnation fragile et vivante d'un savoir-vivre humain en voie de disparition. Il est de toute première instance que cela soit et perdure.

Dans un monde nucléarisé, compartimenté, sur-spécialisé, savoir encore fabriquer un objet matériel ou abstrait, de bout en bout, de la matière terre à la théière, du lingot d'or au bijou, de la fibre végétale ou animale au textile ou au vêtement est aujourd'hui, unique, exceptionnel. Ce savoir-là ne doit pas se perdre. Il se perdra à force si l'on n'y prend garde. Il existe encore parce qu'une poignée de fous y voient leur bonheur, mais cela ne peut durer si l'avenir est bouché..."

Le combat mené par les artisans est inégal dans un monde où le déséquilibre fait loi dans nos médias entre les différentes disciplines artistiques. Un prix donné en arts visuels (idem pour les livres) n'a jamais l'attention télévisuelle de la chanson, du théâtre, du cinéma, de la télévision ou du rire. Une discrétion qui s'ajoute à celle de nos élus à l'inauguration du Salon des Métiers d'art.

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Doc. : news·20071111·PD·0016








2 commentaires:

  1. hboivin56@hotmail.com12 novembre 2007 à 13 h 38

    Bon dimanche madame Laforge,

    Merci beaucoup pour votre article sur les métiers d'art de ce matin. Vous ne pouvez savoir comment, à la lecture, j'ai été remplie d'émotions. Vous avez si bien décrit le quotidien, tant pour l'artisan, que pour la Corporation elle-même.

    Vous avez bien mentionné le peu d'encouragement des subventionneurs et que dire de leur innombrables critères d'accessibilité qui en éloignent nos artisans. Et je rajouterais le problème des ressources qui s'essoufflent?

    Encore merci en ce dimanche, comme vous le rappelez, du souvenir, je me souviendrai longtemps de votre estime.

    Au plaisir,

    Hélène Boivin
    Chargée de projets

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  2. Ma chère Christiane,
    Je m'étais dit que si une seule personne tentait, dans un commentaire écrit, de me dissuader d'abandonner les contributions à mon blogue, je pourrais reconsidérer ma décision.
    Or il se trouve que cette personne, c'est toi. Tu as pris la peine de m'envoyer ta demande, avec ton savoir-écrire habituel, dans des mots qui m'ont touchée.
    Alors je continue, moins souvent, juste à l'occasion d'une idée ou d'une chose dont je veux parler,
    viens me visiter de temps à autre.
    Denise Pelletier

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