mercredi 25 mars 2015

L'AMI VOL.1 No 2 L'aventure continue


L'aventure continue 
Maintenant disponible. Cliquer sur l'image.

Élika vit intensément l’aventure de ce  journal. Le soir du lancement de L’AMI, elle était aussi fébrile que peut l’être un adulte à la publication de ses écrits.
Son enthousiasme ne se dément pas. Pendant son congé de la Relâche, elle a écrit son reportage sur l'AMI du jour. À son retour de vacances, elle s'est installée devant mon ordinateur et a entrepris de faire les changements auxquels elle avait pensé depuis la sortie du premier numéro.

Hier, nous procédions au lancement du second numéro. Elle avait plein d'étoiles dans les yeux.

Pour le moment, nous en sommes à peaufiner les chroniques. Mais, nous envisageons à aborder la nouvelle, le reportage, la promotion aussi d'activités autres que les nôtres. Je veille à ce que ce journal demeure le sien. Cela demande de la confiance et de la patience. Elle est et doit être une petite fille qui apprend. Bien que parfois, je crois que c'est moi qui reçoit une leçon. Et j'aime cela.

L'AMI aura bientôt sa propre adresse pour recevoir vos suggestions et vos commentaires.

À travers cette initiative, je vois grandir ma petite-fille.Par votre accueil et votre intérêt, vous y contribuez. Merci.





mardi 24 mars 2015

Une mort annoncée... Gatien Moisan

Avant propos : Ce texte a d'abord été lu par Gatien qui, non seulement, en a autorisé la publication sur ce blogue mais dit l'espérer accompagné de sa photo, une mise en scène qu'il avait lui-même réalisée il y a plusieurs années et publiée ce matin dans son journal Facebook.

 Gatien Moisan

Devant l’inéluctable il se tient debout. N’a-t-il pas fait cela toute sa vie? Il la regarde en face, l’esprit plus lucide que jamais.

   - Tiens, te voilà toi.
   - …..

Se tait la grande faucheuse

   - Tu arrives un peu tôt, non?
   - Il est plus tard que tu ne penses.


L’amitié se fout du temps. Elle naît dans la complicité, la confiance et s’installe dans le cœur pour ne jamais en partir. L’amitié, c’est une histoire d’amour entre personnes qui se reconnaissent et se choisissent. Et passent les années. Le lien se tisse au fil des souvenirs. On finit par croire que la source du fil qui nous lie l’un à l’autre est sans fin. Il l’est. Oh! Oui. Il l’est dans le sentiment. Mais il fera quand même très froid, là, dans cette absence qui va suivre ton départ.

Les nœuds de ma gorge sont tellement serrés depuis que j’ai appris la très mauvaise nouvelle. Ton cerveau si génial, si ordonné, si créatif est envahi par un crabe mortel. Et toi, l’artiste mathématicien, le perfectionniste des formes géométriques, l’apôtre de la règle d’or, tu ris de te savoir bientôt à la merci du désordre.

    -  Moi, qui étais toujours si mathématique, je vais devenir tout désordonné, me dis-tu de l’autre côté de la ligne téléphonique.

Et ton rire continue de couler sur ma peine.

Jusqu’à ce que je découvre cette photo de toi. Cette photo qui gifle ton destin. Cette photo à la fois terrible et sublime. Une fosse. Toi étendu au fond tandis que les racines s’étirent par-dessus ton corps immobile.

Mise en scène photographique réalisée par Gatien Moisan
© Photo Gatien Moisan

Devant l’inéluctable, l’artiste s’empare de son destin. N’as-tu pas fait cela toute ta vie? Tu le regardes et le défies… L’art est ton rempart. Te voilà confronté à la toile noire de ta fin de vie et toi, Gatien Moisan, sous nos yeux ébahis, tu es en train d’en faire une œuvre d’art.

Te connaissant, tu vas transformer nos larmes en fleuve pour t’en aller naviguer dans cet espace si bellement peint par toi sur tant de toiles. Toiles devenues voiles gonflées des vents sans temps.

Christiane Laforge
24 mars 2015




***

Ami de longue date de Gatien, Guy Bouchard a écrit la lettre suivante


Le géomètre de Ste-Rose

« Dieu conçoit en géomètre »
Platon
C’était l’été 1980… Nous venions d’acheter le chalet que nous avons démoli en 2013 pour le remplacer par la maison que nous occupons maintenant. Nous avions deux enfants : Félix, 2 ans et Judith, 3 mois. L’héritage des parents de Louise, décédés quatre années plus tôt, nous avait permis d’acheter la propriété pour laquelle  nous avions eu un coup de cœur. La beauté des lieux nous envahissait et nous avions le sentiment qu’elle profiterait à ceux qui nous sont proches. Pourtant… Lorsque, pour la première fois, nous avons franchi la porte du chalet pour nous y installer avec nos deux jeunes enfants, nous nous sentions bien petits et loin du monde. Nous étions de jeunes parents sans expérience et il nous fallait apprendre à dompter la puissante et sauvage beauté qui s’imposait à nous.  
 
C’est dans ce contexte que nous avons rencontré nos voisins : Gatien, Gilberte et Mira. Sarah n’était pas encore née. Je venais de compléter ma formation en mathématiques et j’enseignais au collégial. La carrière de Louise, à titre de pianiste accompagnatrice, était bien amorcée.  
 
À l’université, j’ai appris beaucoup sur la géométrie. À Ste-Rose, j’ai vu le géomètre à l’œuvre. Je l’ai vu saisir les éléments et les placer exactement là où il le fallait pour en dégager la beauté intrinsèque. Cette citation du mathématicien et philosophe Bertrand Russell alors pris tout son sens : 
 
 Les mathématiques, considérées à leur juste mesure, possèdent non seulement la vérité, mais la beauté suprême, une beauté froide et austère, comme celle d'une sculpture, sans référence à une partie de notre fragile nature, sans les effets d'illusion magnifiques de la peinture ou de la musique, pourtant pur et sublime, capable d'une perfection sévère telle que seulement les plus grands arts peuvent la montrer. L'esprit vrai du plaisir, l'exaltation, l'impression d'être plus qu'un homme, qui est la pierre de touche de l'excellence la plus élevée, doit être trouvé dans les mathématiques aussi sûrement que la poésie.  
 
L’œuvre de Gatien est l’illustration de cette citation. Il n’était pas que peintre, il était aussi mathématicien.  
 
La rencontre que nous avons eue avec lui dans le décor sauvage du fjord du Saguenay est celle de la musique, des mathématiques, de la peinture, incarnée en beauté géométrique. Les liens d’amitiés qui se sont progressivement tissés par la suite se sont prodigieusement agencés et ordonnés à la manière des arêtes d’un polyèdre. 
 
Guy Bouchard 
27 mars 2015
 

jeudi 26 février 2015

L'AMI quand une idée devient réalité



Lancement du journal L'AMI
Mamieke éditrice, Élika rédactrice en chef


Une idée comme ça, lancée dans un moment de tendresse complice entre une grand-maman et sa petite-fille de 7 ans. Une petite fille qui prend sans cesse des notes dans un carnet qu'on a trop rarement la chance de partager.

- Élika, toi qui aimes tant écrire et poser des questions, que dirais-tu de faire un journal?
- Un journal comme... ?
- Comme le journal où je travaillais. Pour raconter des évènements dont tu es témoin. Un peu comme ton carnet, mais que nous pourrions lire.
- Où je parlerais de ce que j'aime?
- Oui.
- Et je pourrais parler de ce que je fais. Et de la nature. Et de ma famille. Et de mon école, et ...
- Tout cela et plus.
- Oui, mais, moi, je sais pas faire ça un journal.
- Je serai l'éditeur. Je ferai la mise en page et toi tu écriras les textes. Je t'aiderai quand tu auras besoin d'aide.

Aussitôt, Élika a voulu mettre sur papier ses idées. Faire la maquette du futur journal. Elle est repartie la tête bouillonnante. Première mission : trouver le nom. Quelques jours de réflexion avant de se revoir pour une réunion de production. Son enthousiasme faisait plaisir à voir. Devant les étoiles dans ses yeux, pas question de lésiner sur les heures de travail investies dans ce projet qui vous est livré ici. Cliquez sur la Une qui vous mènera à la version PDF du journal.

https://drive.google.com/file/d/0B7m_CGeg3I_-TDM3U1I5RzVMb0E/view


Le lancement du journal L'AMI a eu lieu à l'occasion de l'anniversaire du Papili de la rédactrice. Un beau moment qu'elle a attendu avec grande impatience.


Les trois premiers lecteurs de L'AMI, 
Andrée-Anne, Papili et Ariel.




Des bulles pour le lancement de L'AMI

Maman regarde sa fille avec fierté. 
Réjean Leclerc n'en revient pas de faire la UNE du journal. 
Une grande première dans sa vie.

Élika, la rédactrice en chef regarde son œuvre avec attention.  
Elle a déjà des idées pour faire mieux au prochain numéro. 


 L'aventure continue. Le Numéro 2 est déjà en préparation. Aucune décision n'a encore été prise concernant le rythme des publications, pas plus que le nombres de pages. Pour moi, ce projet devenu réalité a été la source de moments magiques ... de beaucoup d'heures de travail. Que ne ferais-je pas pour voir des étoiles dans les yeux de cette enfant si ardente?


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vendredi 6 février 2015

L’Étoile de Chabrier, le charme et la modernité à la SALR





L'Étoile production de la SALR
© Andrée-Anne Lachaine photographie


Ne serait-ce que pour la musique et ce, dès les premières mesures de l’introduction de L’Étoile, quel dommage ce serait de rater ce rendez-vous de la Société d’art lyrique du royaume. Cette œuvre musicale d’Emmanuel Chabrier, est un régal. 

L’orchestre, dirigé pas le maestro Jean-Philippe Tremblay a su rendre toutes les nuances et la richesse de cette partition. « Rarement une œuvre lyrique n’a exigé autant de ses musiciens » affirme le directeur musical. J’étais là, séduite par la musicalité des vents et des cordes. Happée par la vivacité de cette musique, ses alternances entre la délicatesse et l’impétuosité, ses harmonies d’une intemporalité stupéfiante. Une musique pétillante brillamment rendue par l’orchestre de la SALR composé des musiciens de l’Orchestre symphonique du SLSJ.

Mise en appétit, voilà que se lève le rideau. Une masse sombre de personnages dissimulés derrière des parapluies. En fond de scène, une structure métallique où un homme seul scrute les astres dans l’œil d’un télescope. L’effet est percutant. Déstabilisé par la modernité de cette mise en scène, on se laisse emporter par ce début prometteur. Les choristes, en tout temps, manifesteront une discipline constante, une présence expressive, une maîtrise vocale qui nous conforte dans notre plaisir.



Le livret

Avant de commenter la performance des solistes, parlons du récit. Car, mettre en scène un opéra bouffe au XXIe siècle, est un défi chaque fois renouvelé à la SALR. Comment rejoindre ce public parmi lequel certains pourraient aspirer à une version plus traditionnelle tandis que d’autres souhaiteront l’inattendu?

 Le livret d'Eugène Leterrier et Albert Vanloo ne manque pas à la tradition : dans un royaume totalement loufoque, le roi, Ouf 1er,  va célébrer son anniversaire. Comme le veut le rituel royal, afin de plaire à son peuple, il se doit de leur offrir le spectacle annuel très prisé, soit l'exécution publique d’un sujet condamné pour malversation grave ou non. Ses sujets sont exemplaires et il désespère trouver le candidat idéal. Si bien qu’il tente de provoquer la populace, en se promenant déguisé à travers la ville. Pendant ce temps, l’ambassadeur Hérisson se rend à la Cour en compagnie de la fiancée du roi, la princesse Laoula qu’il prétend être son épouse, question diplomatique explique-t-il à sa femme Aloès qui en profite pour faire les yeux doux à son secrétaire Tapioca.



Croisant son chemin, Lazuli est ébloui par la belle Laoula qui l’est tout autant par le jeune colporteur. Déçu d’apprendre qu’elle est mariée, il supporte mal de se faire bousculer et gifle le malotru qui n’est autre que le roi, tout heureux du prétexte offert de condamner quelqu’un au supplice du pal. Hélas, son astrologue prédit qu’il mourra le jour suivant la mort de Lazuli.

Le roi ne veut pas mourir. Mais l’intrigue, corsée par tous les mensonges entourant chaque personnage, voit les quiproquos se multiplier avant que l’amour triomphe.

Ouf! Dira-t-on. La mise en scène a su tricoter tout cela avec sobriété. La bouffonnerie est dans le texte et suffit. Le metteur en scène a su donner de l’élégance à la caricature, ce qui sied bien à la grande qualité musicale de cet opéra. Musicale jusque dans les mots anodins répétés, sorte de prouesse vocale qui impressionne.


Les solistes

Je l’avoue, le roi m’a conquise. Éric Thériault, ténor, fort d’une voix ample et puissante a créé un Ouf! Truculent, attachant, aussi agréable à entendre qu’à voir jouer.

Marianne Lambert, princesse Laoula est superbe. Son jeu enjoué, son interprétation convaincante. Une voix d’une clarté qui nous fait vibrer.

Aloès ne démérite pas non plus. Un timbre de voix d’une belle maturité. Elle su donner du piquant à son personnage.

Lazuli, rôle masculin qui ne peut être chanté que par une femme, n’a pas donné toute sa mesure. Raison de santé et de se ménager pour la grande première de ce vendredi soir, explique la directrice artistique Louise Bouchard. Mais, à la générale, Maude Brunet a livré un Lazuli naïf auquel il n’était pas facile de croire. Trop de sourires, même dans sa colère. Trop de délicatesse dans l’agressivité. Et, une voix qu’il a été difficile d’entendre. Applaudie dans plusieurs rôles à sa mesure (Juditha Triumphans de Vivaldi, Sesto dans Giulio Cesare, ou encore dans Rosemarie), qui sait, ce soir elle peut surprendre.

Dion Mazerolle (Hérisson), Jean-Sébastien Turgeon (Tapioca) et l’imparable astrologue Sirocco (Guillaume St-Cyr) ont su chacun, donner une touche personnelle et efficace à ce spectacle.

L’Étoile, production de la Société d’art lyrique du royaume, est à voir absolument. Charme assuré… et plus.

****


Au théâtre Banque nationale de Chicoutimi, les 6 et 7 février à 19 h 30 et le 8 février à 14 h. Mise en scène Dario Larouche. Direction artistique Louise Bouchard. Avec l’Orchestre symphonique du SLSJ sous la direction du directeur musical de Jean-Philippe Tremblay. Scénographe, Christian Roberge. Costumière, Jacinthe Dallaire, éclairagiste Alexandre Nadeau. Chef de chœur, Céline Perreault.


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 Une petite fille qui en redemande
Une quatrième opérette pour Élika, 7 ans 



 Depuis qu'elle a trois ans, Élika ne rate pas le rendez-vous annuel de la SALR. Et après chaque représentation, elle demande la permission d'aller rencontrer les artistes qui se prêtent avec grande gentillesse à une séance de signature. Pour sa quatrième opérette, elle avait apporté son premier carnet de notes... et pendant le spectacle, elle a écrit ses appréciations. La relève se prépare. 

Ici, elle montre à sa Mamieke les signatures de quelques célébrités de L'Étoile.

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samedi 24 janvier 2015

Voir un ami pleurer


Christian Gagnon musicien
1959 - 2015

Bien sûr, il y a nos défaites
Et puis la mort qui est tout au bout
Nos corps inclinent déjà la tête
Étonnés d´être encore debout

Mais voir un ami pleurer

Mais voir une amie pleurer


Je reviens tout juste de la cérémonie d'adieu en hommage à Christian Gagnon, l'amour de mon amie Josée. Une cérémonie sobre qui a connu deux moments particulièrement forts. Le témoignage de Josée évoquant cet amour partagé comme un voyage dans un univers magique, un monde de tendresse, de bonheur et d'amitié que Christian avait mis à ses pieds. Puis, à la fin, cet au revoir de son ami Karl Roos, son frère de musique et de scènes et sans doute son frère de larmes.

Des larmes, j'en avais plein le cœur cette semaine. La mort soudaine de ce musicien de 55 ans, ami par alliance – puisqu'il était l'ami de Karl et l'amour de Josée – a été comme un électrochoc. Comme si mes propres deuils s'emparaient de la douleur de mes amie et ami pour se raviver. Ma peine encore vive de la mort d'Édith et de Mady, il y a quelques mois, s'est fusionnée à l'effroi du chagrin inévitable des personnes aimées devant la brutalité de cette mort non annoncée. Ce matin, plus que jamais, le chant de Brel trouvait écho en moi. De tout ce qui se passe, de la rumeur assourdissante des souffrances en tout lieux de la planète et qui font mal, le plus lourd demeure la douleur de l'ami. Oui, il y a tant et tant de blessures... mais voir une amie pleurer.

Je n'ai pas fréquenté les chemins de Christian.  Le son de sa musique je l'ai entendue ce qu'en disait Karl. Je n'ai pas créé de lien avec Christian, sinon à travers les liens qui l'unissaient à Josée. J'apprenais à l'aimer à travers les mots de l'amoureuse heureuse. Des mots miroir d'un être bon, beau, généreux qui lui apprenait le bonheur. Cela me plaisait de me dire que j'étais à l'origine de cette rencontre en feux d'artifice.


Karl Roos et Christian Gagnon en 2008
© Photo Rocket Lavoie - Archives Le Quotidien

En fait, j'ai rencontré Christian Gagnon en 2008, lors d'une entrevue journalistique pour le Progrès-Dimanche. Il accompagnait le chanteur Karl Roos. Tous deux se préparaient à partir en Belgique pour une tournée de spectacles d'un mois. Depuis deux ans, Christian était l'accompagnateur et arrangeur attitré de Karl. C'est alors que Christian me confie avoir retrouvé son plaisir de jouer du piano émoussé par 17 années de prestations dans les bars : « En travaillant avec Karl, en composant sur ses chansons, cela m'a permis de mettre le bout de mes doigts au bout de son cœur. »

Aujourd'hui, parmi ses amis et sa famille j'ai compris que ses doigts de musiciens ont touché plus d'un cœur.

 ***

Josée et Christian, été 2014
Je souhaitais avoir l'autorisation de publier les textes de Josée et de Karl. Il serait dommage que leurs mots, si beaux, se taisent déjà. Tous deux me l'ont accordée.

Lettre de Josée

Mon chéri
Mon amour
Mon complice

Tu disais toujours, moi je suis le gars de musique, toi t’es la fille des mots.

Un exemple parmi tant d’autre qui prouve à quel point nous nous complétions.

Tu as su me charmer avec ta musique, me réconforter et même me faire chanter. 

C’est à mon tour maintenant de t’honorer.

Chéri, regarde tout ce monde ici venu te saluer.

Tu étais estimé et aimé Christian et tu as su toucher le cœur de bien des gens et de toutes les manières.

Dévoué
Généreux
Rassembleur
travaillant

Tu as été de tous les projets et de toutes les implications.

Tu ne disais jamais non mais plutôt…. quand?

Tu aimais les gens, tu aimais la vie…..Une vie intense, passionnée et riche ou il n’y avait jamais de place pour l’ennui.

Ton regard, ton sourire, ta joie vivre auront égayé bien des moments qui sont maintenant gravés dans nos mémoires.

Un homme de cœur
Un homme grand
Un homme au grand cœur.

Mais comme la vie nous joue parfois des tours, c’est justement ce grand cœur qui t’aura emporté.

Trop tôt
Trop jeune

Mon amour, notre vie à deux aura été de courte durée. Elle ne se calcule même pas en années.

Mais ces quelques mois avec toi, valent toute une vie.

Nous étions au paradis, sur terre et sur l’eau et nous avions des ailes.

Maintenant de retour à la maison auprès de mes garçons, de mes piliers, il n’est pas question de me laisser aller à la dérive même sans toi comme capitaine.

Je suis en paix en fait, car le souvenir de toi, de nous, de nos moments de bonheur, m’emplit la tête et le cœur de sérénité.

J’ai le sentiment de revenir à la maison après un voyage autour du monde avec toi, le meilleur des compagnons de route.

Un voyage autour du monde, autour de TON monde ou je n’aurai pas vu les plus belles merveilles du monde mais au cours duquel je les aurai vécues, grâce à toi.

Un voyage autour de TON monde qui m’aura permis de rencontrer tes enfants, et de partager de précieux moments avec eux.

De rencontrer ta sœur, tes parents, si aimant. Une famille précieuse qui m’a accueillie les bras ouverts.

Un voyage ou tu m’auras longuement parlé aussi de tes sœurs naturelles avec amour et que je connais déjà à travers toi.

Un voyage autour de ton monde  ou j ai pu rencontrer tes amis et qui sont devenus aussi les miens.

Des gens de cœur comme toi, que tu aimais tellement et que j’aime à mon tour.

Toi qui pensais à tout le monde et voulais leur bien, tu auras su m’entourer de la présence de TON monde,  afin que je ne sois pas seule après ton départ.

Notre voyage s’est terminé brusquement, alors que nos vols se sont séparés.

Tu as pris un long courrier vers des concerts à l’infini et moi je suis rentrée à la maison et j’ai défait mes valises.

Je ne suis pas triste car j’ai des tonnes de souvenirs de voyage qui m’habiteront encore longtemps et qui m’auront changée à jamais.

Je ne suis pas triste car tu m’as rendue heureuse et je me dois de le rester. Tu m’as appris à vivre tout simplement.

Mon chéri
Mon amour
Mon complice

Veille sur tes enfants, tes parents et tes sœurs et aime-les de la haut comme tu les aimais follement ici.

Trinque avec nous lorsque nous nous retrouverons entre amis en nous disant tes je t’aime sincères à l’oreille, entre deux accolades.

Aie un regard bienveillant sur tes compagnons musiciens tes compagnons de loisir et de travail. Ils en ont besoin. Tu leur manques terriblement.

Et parlant de travail fait taire le paget de temps à autre lors des gardes de nuit, afin de les laisser dormir :-))

Accompagne les voix des anges de tes chorales en pausant tes doigts sur leur cœur avec ta musique.

Amuse-toi, trinque à la vie que tu as eue et qui a été plus que bien remplie.

Et surtout

Veille sur moi.  Continue de m’aimer, me protéger, me guider et  me rendre heureuse, comme je ne l’avais jamais été.

Tu m’as comblée et le vide pour moi n’existera plus car je t’ai aimé et tu m’as aimé. Tu m’auras permis de grandir, de croire totalement en moi, tu m’as ouvert toutes les voies vers le bonheur.

Quand je te disais je t’aime, tu répondais toujours : fois 2

À mon tour de te dire, fois cent, fois mille et à l’infini.

Bon repos mon amour

Tu l’as mérité.


Ta perle adorée.

***
 Le mot de Karl Roos

Hommage à mon ami Christian Gagnon


Ce texte est une adaptation d’une chanson de Serge Lama et qui s’intitulait  Mon ami, mon maître que j’ai personnalisé pour l’occasion… le voici :

J'ai essayé plus de cent fois de vous parler de mon ami mais…
comment peut-on parler d'une église Dont l'accès vous est interdit?...

Pourtant.. aujourd’hui, j’ai un ressenti tellement familier que je me l’autorise….
D’ailleurs tu m’as appris que quand le soleil d’un cœur s'allume.. L'éteindre, ce serait un péché…

Il était mon ami, il a été mon frère…
il a été un merveilleux maître à travers un merveilleux ami…
Faire de la musique à ses côtés a été pour moi un voyage qui se termine
Physiquement aujourd’hui mais qui sera dans mon cœur et ma mémoire à jamais.
Je lui dois tellement…. Y compris, Ce que bien humblement je suis…

tu t’en vas, loin de nous, en emportant pour ton dernier voyage,
Quelques-uns de nos secrets qui me seront éternellement doux.

Ton amitié et ta fraternité étaient tellement grandes que même dans tes propres peines,
tu ne te souciais que de nous…

La vie ne t’a pas toujours fait de cadeaux, j’en suis malheureusement le témoin
je clame cependant haut et fort que je refuse de faire vivre ces choses dans ma mémoire,
Je préfère y faire survivre, le souvenir du dernier cadeau de Noël que tu m’as offert ainsi que ces merveilleux sourires que tu possédais au fond des yeux,,, si beaux et si doux….

C'était mon ami, il a été mon maître….
Je le vouvoierai encore longtemps dans mon cœur et dans mon esprit…
Quand j'avais mal en moi dans ma vie, Je passais une heure ou deux chez lui
parce que L'air que je respirais à ses côtés, malgré ses maudites cigarettes qui me faisaient peur,
C'était l'air le plus doux dans lequel il me faisait sentir important et son ami.

Il portait en lui, dur, comme une arme, Un orgueil au-delà de tout
Au point que même au bord de ses propres larmes, tout le monde pensait qu’il s’en foutait…
Mais ce n’était pas le cas et je le savais, je le sentais… nous étions des complices…
C'est lui qui a fortifié mon âme Et si je suis encore en vie
Je ne le dois pas à celle qui fait tout son possible pour me rendre heureux aujourd’hui,
Mais bien à lui…

En au revoir, je m’accorde la permission de dire devant vous tous ces mots que nous nous disions
A la fin de chacun de nos spectacles…. Belle prestation monsieur Gagnon.

Adieu frère, fais bon voyage
 Je t’aime

***





En complément, j'ose reprendre le texte de mon confrère et successeur à la direction des arts du journal Le Quotidien, disponible aussi sur le site Web de ce média, ici


Daniel Coté
Le Quotidien

Un musicien aussi généreux que doué
Christian Gagnon laisse un grand vide

(Chicoutimi) Le destin peut se montrer cruellement ironique. Le claviériste Christian Gagnon était l'un des piliers du spectacle bénéfice Des Bleuets et du cœur et justement, c'est ce cœur qu'il avait grand, ouvert à toutes les bonnes causes, qui lui a fait défaut dimanche.

Ce vétéran de la scène musicale est décédé à l'âge de 55 ans, dans sa résidence du lac Sébastien. Outre sa conjointe Josée Bourassa, il laisse dans le deuil une large communauté regroupant ceux qui ont partagé la scène avec lui, de même que le public qui l'a suivi dans ses différentes incarnations, de la chanson à texte au répertoire de Pink Floyd, en passant par le jazz.

« Christian a roulé à fond dans sa passion pour la musique. Tous ceux qui en font dans la région le connaissaient », a souligné Josée Bourassa hier, au cours d'une entrevue accordée au Quotidien. Présent à ses côtés, l'un des complices du disparu, Karl Roos, avait peine à contenir son émotion.
« Il était tout pour moi », a résumé le chanteur d'origine belge. Parmi les souvenirs qu'il chérira jusqu'à son dernier souffle, celui de leur première rencontre occupe une place de choix. C'était il y a 13 ans, alors que l'artiste se préparait à donner une première série de spectacles dans sa région d'adoption. Un pianiste lui avait fait faux bond à quelques jours d'avis et on l'avait mis sur la piste de Christian Gagnon, dont les états de service comprenaient une formation d'organiste au Conservatoire de musique de Chicoutimi, une belle carrière sur le circuit des pianos-bars, ainsi que des collaborations au sein de différents groupes.

« Ça prenait un homme de cœur pour surmonter le choc culturel découlant de mes origines belges. Ma façon de demander quelque chose peut être différente, par exemple, mais jamais Christian ne s'est impatienté. Lui qui ne voulait plus faire de scène a appris 22 chansons, dont plusieurs compositions. Il a été un frère pour moi », confie Karl Roos.

L'expérience fut si gratifiante que le claviériste s'est associé à d'autres projets par la suite, qu'il s'agisse du groupe Black Side, spécialisé dans le répertoire de Pink Floyd, ou de la formation jazz dont faisait partie son collègue Denis Landry. En même temps, il accompagnait des chorales à tous les dimanches, à Saint-Honoré et Saint-David-de-Falardeau.

Karl Roos a bénéficié de ce réseau de contacts lorsqu'il a créé le spectacle Des Bleuets et du cœur, il y a sept ans. Cette initiative ayant pour but d'aider les démunis n'aurait pas vu le jour autrement. 
« Comme je n'étais pas connu, je n'avais aucune crédibilité lorsque j'ai fondé ça. C'est Christian qui m'a permis de démarrer la machine », relate son ami.

Leur ultime rencontre a eu lieu le 27 décembre, au lac Sébastien. Les deux hommes ont fait de la musique ensemble, accompagnés par leurs proches. « On s'est bien amusés », décrit Karl Roos, à qui il n'est jamais venu à l'esprit que cette séance improvisée tiendrait lieu de cérémonie des adieux.

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lundi 15 décembre 2014

LE FUTUR

Calielle Laforge et sa maman Andrée-Anne Lachaîne

Le 11 décembre 2014, à 13 h 29, mon fils écrivait cette phrase magistrale :
 
Aujourd'hui c'était l'examen final de mon cours d'histoire, mais au lieu d'y être, j'assistais à la naissance du Futur!

Ce Futur majuscule est une petite fille qui a pour prénom Calielle. Quatrième enfant de ce couple qui mise sur la vie humaine pour affirmer son espoir en l’avenir.

Hier, dimanche 14 décembre, ce Futur était dans mes bras tandis que son frère et ses sœurs virevoltaient autour de l’arbre de Noël pour y accrocher avec enthousiasme des boules rouges et or.

Je me suis endormie dans l’écho de leurs rires.

Et grâce à eux, je me suis éveillée ce matin le cœur heureux de croire, moi aussi, à la naissance du Futur.

Victor, Élika, Isyëv





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samedi 8 novembre 2014

Exposition rétrospective de Jean-Marie Laberge



« Il s’empare du geste musical d’un concertiste, occultant le corps du musicien pour n’en tailler que les membres essentiels, les mains ou une partie d’un visage, suggérant plutôt que de représenter afin de donner corps à la seule musique. » 



Combien de temps faut-il à l’artiste pour créer une œuvre? Une vie, pourrait répondre Jean-Marie Laberge. Un demi-siècle assurément confirme l’imposante rétrospective de ce peintre, portraitiste, graveur et sculpteur présentée à la salle d’exposition de La Maestria. Ce dont témoigne cette centaine d’artefacts rassemblés, c’est la démonstration d’un esprit libre qui refuse de s’installer dans sa propre maîtrise des formes et des couleurs. La formation classique acquise dans les écoles d’art de Londres, Washington et Québec n’aura été que le fer de lance d’une exploration sans fin, propice à des trouvailles surprenantes dont l’originalité explose au regard, dans plusieurs peintures certes, mais surtout dans ses sculptures remarquables par la beauté du mouvement, la pureté des formes.

La chronologie de ce parcours visuel auquel nous invite cette rétrospective évoque une démarche artistique dédiée plus à la quête en soi qu’à l’objet de la quête. Que cela aboutisse à un portrait, un nu, une nature morte, un paysage ou même à l’expression d’une vision onirique, voire ésotérique, ses compositions sont un moyen d’expérimenter un courant, un style, un médium, ne craignant ni la figuration ni l’abstraction, capable du plus pur traditionalisme comme d’un modernisme sans complexe. La technique est au service d’une vision faisant fi du conformisme voulant qu’un artiste ressemble à lui-même, préférant créer selon son plaisir du moment, puisant aux différents langages, classicisme, romantisme, fauvisme, pointillisme, réalisme, cubisme et plus.

Le choix - peinture de Jean-Marie Laberge

Derrière la main qui tient le crayon, la craie, le burin ou le pinceau, le sculpteur n’est jamais loin. L’effet 3D de ses dessins s’insère dans le mouvement et s’épanouit avec bonheur lorsqu’il s’abandonne à la troisième dimension. Murales ou objets utiles comme ses miroirs pour lesquels il privilégie l’aluminium, bas-relief à la géométrie symbolique ou reprenant les mains de la Création d’Adam de Michel-Ange, monuments ou multimédia aux alliances surprenantes, comme un poing brandit sortant d’une vitre cassée, Jean-Marie Laberge s’empare aussi facilement de l’intériorité d’un personnage qui habite ses bustes que du mouvement qu’il maîtrise incontestablement. Pour preuve, ses bronzes superbes aux courbes dansantes comme s’enroulant sur elles-mêmes en formes de corps minces à la Giacometti avec la sensualité d’un John Arp.

Toute la magie de son art réside dans cette habilité à modeler une vision, intense dans l’expression et pourtant si épurée qu’elle captive au premier regard. Il saisit toute la grâce d’une volée d’outardes (L’envol), la séduction émouvante de la démarche singulière des empereurs de l’Arctique (L’heure du bain) ou l’intensité du doigté musical (Le pianiste). Il s’empare du geste musical d’un concertiste, occultant le corps du musicien pour n’en tailler que les membres essentiels, les mains ou une partie d’un visage, suggérant plutôt que de représenter afin de donner corps à la seule musique.

« La création est un défi, il faut en dire le plus possible avec le moins de matière, comme un poème où l’on dit beaucoup avec peu de mots. Il faut saisir l’âme de la musique. »

Comment mieux dire que par ses propres mots? Mais surtout comment mieux voir? Sinon par ces pièces témoins de toute une vie de cet artiste. Une rétrospective qui en surprendra plus d’un.

Christiane Laforge
2 octobre 2014



Lespugue - 1981- Bronze


Des alliances surprenantes - Aluminium et vitre, œuvre de Jean-Marie Laberge

Près de 120 personnes ont assisté au vernissage de la rétrospective des œuvres de Jean-Marie Laberge, à la salle d'exposition de La Maestria de la rue Racine à Chicoutimi. L'ensemble des pièces, portraits, gravures, peintures, sculptures, soit une centaine d'artefacts témoignaient de 50 ans de carrière. L'exposition, d'une durée beaucoup trop courte a eu lieu du 24 octobre au 2 novembre 2014.

Voici ce qu'en a dit Jérémie Giles, peintre et sculpteur
AVEC LES MAINS DU COEUR
Avec les mains du coeur. Quel beau titre évocateur (d'exposition) pour décrire le parcours de cet artiste créateur qu'est Jean-Marie Laberge. Un artiste que l'on connaît assez bien pour les nombreuses œuvres sculpturales réalisées au cours des dernières décennies. Cependant, quelle ne fut pas la surprise, parmi la centaine d'invités à l'ouverture de la rétrospective de sa démarche, de constater l'incroyable diversité de ce créateur.

En effet, ses œuvres peintes et dessins révèlent à quel point il ne se sent pas obligé de toujours voir les choses du même angle. Il peut changer de style et en créer à sa guise tout en maintenant la signature Jean-Marie Laberge.
Cette très impressionnante exposition (s'est déroulée) à l'Espace La Maestria, de Chicoutimi jusqu'à dimanche dernier. Il est dit que: l'artiste qui peut donner de l'expression et de l'élégance aux mains est un artiste accompli. C'est le constat que vous ferez en voyant plusieurs de ces oœuvres sculptées. Je pense ici à Quatuor à corde et à Colonnes de sons. 
En tant qu'artiste qui en a vu bien d'autres, je tiens à féliciter très chaleureusement Jean-Marie Laberge pour l'ensemble de son œuvre.

Jérémie Giles
lundi 3 novembre

Jonquière

Jean-Marie Laberge
Dans l'édition du 26 octobre, le Progrès-Dimanche consacrait deux pages à Jean-Marie Laberge. Voici un extrait d'un des textes signés par Daniel Côté.

Les Arts, dimanche 26 octobre 2014, p. 28

Jean-Marie Laberge présente une exposition rétrospective
Autoportrait d'un artiste heureux

Daniel Côté

[...] Près de lui, le long du corridor qu'empruntent les visiteurs après avoir franchi la porte d'entrée, on remarque des sculptures faites de bois nu, ainsi que d'une matière résineuse dont la blancheur évoque le marbre. Ce sont les oeuvres les plus récentes du Chicoutimien dont la réserve d'audace n'est manifestement pas épuisée, comme en témoigne son ingénieux Quatuor à cordes (voir autre texte).
On le sent fier d'avoir préservé une certaine fraîcheur, lui qui fait carrière depuis un demi-siècle et qui affiche 80 ans au compteur. Les cheveux ont blanchi, mais son regard est demeuré vif, autant que ses gestes et ses paroles, qui suivent à peine le flot de sa pensée. À l'évidence, sa rétrospective, la première depuis 1976, ne marque qu'une étape dans son cheminement. On est encore loin du mot FIN.
"Je suis reconnaissant envers la nature qui m'a donné un don, en même temps que la santé. Comme je ne peux pas rester une semaine à ne rien faire, j'ai encore plein de projets", assure Jean-Marie Laberge qui, depuis quelques années, partage son temps entre la sculpture et la peinture à l'huile.
[...] Aux toiles de facture classique ont succédé des oeuvres abstraites, le temps que le peintre et sculpteur trouve sa manière à lui, servie par une technique irréprochable.
Vinrent ensuite l'âge du bronze, puis celui de l'aluminium, les années d'enseignement et celles de la retraite, avec pour dénominateurs communs la créativité artistique et le soutien indéfectible de son épouse Marguerite Lapointe. On ne voit sa signature nulle part, mais son esprit imprègne l'exposition, autant que la vie de son vieux complice. "Elle a été indispensable", confirme Jean-Marie Laberge.
***




samedi 1 novembre 2014

Les filles Berg ne sont plus, Mady est morte


Mady, l'aînée des filles Berg.

Elle était la fée attendue avec impatience. Lorsque, petite fille de 3 ans, brutalement séparée de sa famille, je me suis retrouvée dans les bras de tante Hélène, la blonde et superbe Mady m’apparaissait comme une fée dont la présence enjolivait la vie.

De tous les enfants de passage dans la famille Berg, j'ai été la dernière et la seule avec qui la possessive Madeleine a accepté de partager sa mère. Pendant six ans, jusqu'à mon départ pour le Canada dans le but de réunir la famille Laforge, Mady a été la grande sœur protectrice. Il lui suffisait d'être là pour que tout devienne plus lumineux. Elle s'appropriait parfois mes maladresses pour m'éviter d'être punie, mais surtout, elle ouvrait toute grande la boîte aux permissions. Celles de rester plus longtemps sur le carrousel à la foire, de manger des frites à la baraque du télésiège de Dinant ou une crème glacée sur les bords de la Meuse.

Elle subtilisait les chicons amers de mon assiette sachant que je les détestais. Et elle ne me trahissait jamais quand, gourmande, je mettais plus de fraises dans ma bouche que dans mon panier. J'avais 7 ans quand elle m'a emmenée à la mer; une semaine sur la plage de Blankenberg dont le souvenir demeure vivace. J'avais vidé ma tirelire pour ce voyage et elle m'a laissé croire bien longtemps que j'avais payé moi-même mon billet de train, ma chambre d'hôtel et tous les repas. J'en étais si fière que devant cet orgueil naïf, ni oncle Émile ni tante Hélène n'ont démenti ce si joli mensonge de Mady. D'autant plus que je revenais du Plat pays le cœur amoureux, grâce à elle, après y avoir vu et entendu au cinéma Gilbert Bécaud, dont je devins à jamais une admiratrice inconditionnelle. 

Plus tard, après bien des années séparées par un océan, chacune de nos retrouvailles n'ont que resserré ce lien fraternelle.  Nos différences dégénéraient parfois en confrontations passionnées, mais bien plus souvent elle était la grande confidente, la conseillère éclairée et l'amie avisée guidant les premiers pas d'une jeune femme en devenir. Inévitablement, ma bonne fée ne pouvait que se pencher sur le berceau de mon fils et devenir sa marraine.

En 2001, lorsque je lui ai dit au revoir à l'aéroport de Zaventem, j'ignorais que je l'embrassais pour la dernière fois. Après... après, la vie a dévoré le temps et le rêve d'un aller-retour fut reportée année après année. Puis 2012 a sonné le glas d'une dernière promesse. Une lutte à finir contre le cancer me retenait loin d'elle.

- Tu vas te battre, répétait-elle au téléphone à chacun de ses appels. Tu ne dois pas te laisser faire.

Je l'imaginais, le doigt pointé sur moi, le regard fusillant le moindre signe de faiblesse.

Aujourd'hui, j'ai souvenir que ces mêmes mots, elle les dressait comme un rempart entre moi et les épreuves de la vie. 

- Tu ne dois pas te laisser faire. Elle me le dirait sûrement aujourd'hui, alors que je pleure cette femme magnifique, si farouchement désireuse de vivre libre, autonome, jamais résignée à vieillir, encore moins à mourir. Et pourtant...

Fin août, une chute dans un escalier. Une hospitalisation de trois semaines. Et finalement un placement définitif dans une maison d'hébergement, obligée de partager l'espace d'une chambre avec une inconnue. Et personne, personne ne m'a prévenue... sinon quand il fut trop tard.

Lundi, 27 octobre 2014, Mady est morte. Elle ne s'est pas laissée faire. Elle est partie.


 1980 : Je suis entourée de tante Hélène, 
qui a su protéger et rendre belle mon enfance, et de Mady.
L'ami taquin, Constant, décédé trot tôt, 
nous avait surnommées « Les filles berg ».


Madeleine Berg 1926-2014

Quand on apprend qu'un être, si cher à notre cœur meurt loin de nous, sans nous avoir donné le temps d'être là, comment on fait?





samedi 11 octobre 2014

Mots d'enfants qui font chavirer

Élika


Depuis sept ans, Élika ne cesse de harponner mon cœur avec sa manière bien à elle d'exprimer ses sentiments. Cette enfant me fait chavirer. Permettez-moi de partager deux anecdotes récentes.

La plus récente :

Cette semaine, terrible branle-bas de combat dans la Maison heureuse, alors que simultanément frappés par un même mal, la maman et le papa d'Élika, de Victor et d'Isyëv se retrouvent à l'hôpital. Les petits ont 7 ans, 5 ans et 2 ans. En grands-parents fous d'eux que nous sommes, nous prenons la relève... à la grande joie des enfants, malgré leur inquiétude bien légitime sur l'absence de leurs parents.

Élika qui, comme nous, se réjouit de savoir que papa et maman sont bien soignés nous regarde avec cette intensité qu'elle a souvent et dit :

- On a beaucoup de chance de vous avoir.

Un grand silence suit, puis elle continue.

- Mamieke, heureusement que toi et Papili vous n'êtes pas morts.


L'été dernier :

Élika est intriguée par une mappemonde que je fais tourner sur elle-même. Je lui explique les mers et les continents. Je lui montre l'Amérique du Nord, puis le Québec et le Saguenay où elle est née. Je la mène vers l'Europe, lui montre la Belgique où je suis née et l'océan Atlantique que j'ai traversé enfant pour venir vivre ici. Elle semble impressionnée.

Quelques instants plus tard, je l'entends expliquer à son frère que sa Mamieke vient de très loin.

- Hé Vic, c'est tellement loin la Belgique. Eille! on a été vraiment chanceux que Mamieke vienne jusqu'ici. Autrement, on ne l'aurait jamais rencontrée.








lundi 28 juillet 2014

Coupures à Radio-Canada : Requiem pour les régions



En parallèle avec ce blogue, je navigue sur le site Mauvaise herbe depuis septembre 2013. J'y accoste au moins une fois par mois. Lorsque je publie une nouvelle chronique sur MH, je redonne un second souffle à la chronique du mois précédent.

Mon texte, publié le 28 juin 2014 : Requiem pour les régions

La radio a une place importante dans mon univers audible. Elle m’accompagne en voiture ou lorsque je suis fourmi ménagère ou abeille cuisinière. La radio m’informe sur ce qui se passe dans le monde (du moins c’est ce que j’en attends), sur ce qui se passe dans mon pays et, le plus important, dans ma région. La radio m’offre souvent le plaisir de découvrir de nouvelles voix, une autre façon de dire, mais aussi la parole qui survit au-delà du temps, la musique de toutes les époques.

Hier, la voiture a été mon lieu de vie majeur. De multiples déplacements agrémentés par cette radio qui est la mienne depuis très longtemps, Radio-Canada. Ma préférée parce qu’il n’y a pas de publicité. Et je suis prête à payer de mes impôts pour avoir une radio sans publicité. Ce que je fais d’ailleurs.

Hier, j’écoutais Radio-Canada… de moins en moins d’ICI. Il y avait PM avec Philippe Masbourian, lequel a finalement réussi à m’apprivoiser. Jusqu’à ce que des nouvelles en continu occupent toute la place pour parler des embouteillages sur les routes métropolitaines. Je me suis dit, c’est vraiment pour cela que j’ai renoncé à syntoniser les nouvelles télévisées, tout poste confondu qui semble ignorer qu’il y a de la vie aussi en dehors de Montréal. Ras-le-bol de tout ce temps consacré à parler de la circulation sur les routes. Je compatis et comprends que cela intéresse les usagers de cette partie du Québec, mais pour plus de 3 millions de Québécois, il y a bien d’autres sujets de préoccupations. Je préfère, et de beaucoup, le 18 h au Saguenay-Lac-Saint-Jean qui est, à mon oreille, une des meilleures émissions télévisées d’information avec un contenu varié, international, national et surtout régional incluant une chronique culturelle et sportive équilibrée.

Bref, j’étais à l’écoute de mon poste favori, patiente malgré tout, sachant qu’à 16 h, j’allais avoir enfin des nouvelles de ma région. L’Heure de pointe est toujours au programme. Encore heureux! Je tremble à l’idée que la gangrène lacroisienne, après ses ravages à Espace Musique, atteigne cette émission et aille ensuite s’attaquer à Café, boulot, dodo.

Hélas! Je n’avais pas anticipé combien ce samedi matin me laisserait un goût amer. Un sentiment de deuil. Une colère aussi. Ici Radio-Montréal qui ignore tout de vous. La voix, cette voix magnifique de Paule Therrien, s’est tue. Plus personne pour nous rappeler les activités en cours au Saguenay–Lac-Saint-Jean, par exemple, le 175e de Saint-Fulgence où on a le sens de l’Histoire, du Camp musical du Lac-Saint-Jean, de cette surprenante Folk Sale de Sainte-Rose-du-Nord, de nos théâtres d’été. En dépouillant les régions du temps d’antenne, déjà très réduit, qui leur était alloué, c’est notre existence qui est ainsi niée. Si personne ne parle de vous, de ce que vous faites, de ce que vous dites, vous n’exister pas dans la pensée des autres. Votre parole, votre opinion, votre créativité, tout cela est occulté. Le paysage médiatique devient monochrome.

Les hommes de main des fossoyeurs de la radio d’État peuvent aller de l’arrière allègrement. Ils ont choisi la bonne saison pour leur travail de sape. Avec l’appui - totalement désintéressé??? – des postes privés qui ne se vantent pas, on le comprend, d’être eux-mêmes généreusement subventionnés par nos impôts. Des subventions de 900 millions aux privés contre un milliard à SRC/CBC.

Le plus odieux dans ces coupes, est la destruction des emplois. D’ici 2 ans à Radio-Canada, 657 postes suprimés dont 312 au service français. On prévoit 1500 postes perdus en 2020. Cela s’ajoute au rapport fédéral du printemps 2014 qui dénombre l’abolition de 20 000 emplois dans la fonction publique et en annonce 10 000 autres avant 2017.  L’économie que l’on croit ainsi réaliser ne tient pas compte que ces travailleurs retournent une partie substantielle de cette « dépense » en impôts et taxes. Radio-Canada (et donc le gouvernement) ne semble pas comprendre que des Canadiens au travail sont une richesse. Sinon pourquoi subventionner les entreprises privées sous le prétexte qu’elles créent, ou du moins, maintiennent les emplois? 

Selon une étude publiée le 13 mai 2014 par l’Institut Fraser : les subventions au privé ont été de 24,4 milliards de dollars en 2009 seulement. 

On y apprend que, de 1980 à 2009, « Le total des subventions, soit 684 milliards de dollars, est constitué de subventions fédérales (342,6 milliards de dollars), provinciales (287 milliards de dollars) et locales (54,2 milliards). L’examen de leur évolution au fil du temps révèle qu’elles ont atteint un pic de 34,8 milliards de dollars en 1984 et un point bas de 11,6 milliards de dollars en 1998, pour remonter à 24,4 milliards de dollars en 2009. Cette année-là, les subventions représentaient 1 507 $ par contribuable.

Pour les seules pétrolières, selon une étude de l'Institut international du développement durable (Le Devoir 9 novembre 2013), les gouvernements fédéral et provinciaux subventionnent ces compagnies à raison de 2,8 milliards de dollars par année.

Tout cela pour créer des emplois? Allez comprendre…

Évoluer, progresser, s’adapter, s’ouvrir aux nouvelles technologies, on y croirait, avec un peu de naïveté, s’il n’était pas si évident que l’objectif ultime est d’abord de favoriser une idéologie politique, en l’occurrence celle des conservateurs, qui ne peut s’instaurer sans heurt si le peuple, trop bien informé, revendique son droit de parole, voire son droit de contester.



samedi 28 juin 2014

Nous sommes responsables de la survie de nos institutions culturelles



En parallèle avec ce blogue, je navigue sur le site Mauvaise herbe depuis septembre 2013. J'y accoste au moins une fois par mois. Lorsque je publie une nouvelle chronique sur MH, je redonne un second souffle à la chronique du mois précédent.

Mon texte, publié le 28 avril 2014 : Nos choix déterminent notre avenir


Samedi dernier, 25 avril, l’Orchestre symphonique du Saguenay–Lac-Saint-Jean présentait La Traviata devant une salle comble. Pendant que tout en moi exultait de plaisir à entendre le magnifique mariage des voix de la soprano Aline Kutan et du baryton Jean-François Lapointe, j’ai anticipé le fracas d’une fissure menaçant l’avenir de notre conservatoire.  Victime d’une décroissance, où le nombre de 125 élèves en 1980 est de 45 en 2014, l’institution est-elle appelée à disparaître? Une des options envisagées par le ministère de la Culture, dont les médias ont fait état au début d’avril, consisterait à exiler les élèves du collégial et de l’université à Montréal et à Québec, tandis que ceux du cours préparatoire devraient s’inscrire au privé. 

Jacques Clément, directeur artistique
Chef de l'Orchestre symphonique du Saguenay–Lac-Saint-Jean

Les conséquences seraient désastreuses, confirment en chœur Claude Tanguay, président du syndicat des professeurs de l’État du Québec et Jacques Clément, chef de l’Orchestre symphonique SLSJ.  « On pourrait mettre aussi en péril l'avenir des orchestres en région, parce que dans toutes les régions, les professeurs et les étudiants participent à la vie de l'orchestre symphonique. »

Opter pour une amputation « curative » provoquera certes des pertes d’emplois – encore! – mais pire, dépouillera la région de cet ancrage nécessaire au maintien d’une vitalité musicale que tant de parents ont contribué à construire pour nos enfants. Que deviendraient notre orchestre symphonique, notre chœur symphonique et notre Quatuor Alcan? Peut-on poser la question?

Avant de tuer le corps, sous prétexte d’une décroissance, ne devrait-on pas d’abord s’interroger sur la cause de cette décroissance? Qu’avons-nous fait de nos cours de musique dans nos écoles? Quelle culture musicale proposons-nous dans nos radios?

Hier se continue

Ce matin, furetant dans les archives de 38 ans de carrière journalistique dans le domaine des arts, un texte, publié dans le Progrès-Dimanche du 1er mai 2005, a surgi sur mon écran.  Hier se continue. Le propos de 2005 n’a rien perdu de son sens. J’en reprends les grandes lignes (en italique), adaptant certains énoncés aux faits présents.
 
Devant le déferlement des fermetures et pertes d’emplois au Saguenay–Lac-Saint-Jean serons-nous assez lucides pour, plutôt que de gémir, se demander si nous n’avons pas chacun notre part de responsabilité. Quand les présidents des grandes entreprises, banques et sociétés d’état, du haut de leur salaire de plusieurs millions consentis par des administrateurs complaisants (et actionnaires reconnaissants), ferment les yeux sur les conséquences des emplois sacrifiés sur l’autel de la croissance du profit, ne fait-on pas la même chose en demeurant sourds aux appels répétés de ces toutes petites entreprises qui demandent si peu pour donner beaucoup à notre région. Des exemples?  Les entreprises culturelles.

Certaines sont des PME (petites et moyennes entreprises), la majorité sont des PTPE (petites et très petites entreprises).


Samedi soir, 25 avril 2014, au dernier concert de l’Orchestre symphonique, j’ai vu quelques 800 personnes applaudir à tout rompre devant la prestation remarquable d’artistes de la région, musiciens et choristes accompagnant des solistes réputés sur la scène internationale. En achetant leurs billets, ces personnes auront contribué individuellement à donner leur soutien à ces artistes. Une contribution tangible qui s’ajoute à celle, oh! combien indispensable!, des commanditaires. Par sa présence, lors d’une production régionale, le public contribue au maintien de nos sociétés artistiques, que ce soit en musique, en théâtre, en danse ou, lors d’événement honorifiques dédiés aux artistes de la région comme le Gala de l’Ordre du Bleuet. Imaginons une présence accrue à chaque production locale. Combien d’emplois assurés?

Pour chaque production, pensons au nombre de personnes qui ainsi travaillent. Aux artistes engagés pour pratiquer leur métier, là où ils veulent vivre et élever leurs enfants. Aux enseignants des écoles privées et publiques dévoués à la formation de la relève. Somme toute, ce sont des millions de dollars qui circulent ici, en région. Vous voulez parlez d’économie? Les productions artistiques ont une réelle importance dans notre économie régionale.

Nous sous-utilisons nos forces et nos talents. Même dans nos célébrations historiques nous réservons les cachets les plus généreux à des artistes de l’extérieur. Nous surexploitons nos artistes résidents. Et, à si mal les rétribuer, ils doivent trop souvent s’exiler pour survivre. Nous avons des comédiens, des auteurs, des musiciens, des scénographes, des danseurs, des metteurs en scène (oh! combien talentueux!). Ils sont jeunes, créatifs, doués. Qui plus est, ils veulent rester dans leur région. Ils ne demandent rien. Ils nous offrent ce qu’ils sont, ce qu’ils font, provoquant par leur présence des retombées économiques et culturelles. Sur la glace d’une patinoire ou sur les planches d’une scène le spectacle prend son sens dans le regard du spectateur qui, pour le prix d’un billet, permet à l’artiste comme à l’athlète de continuer sa quête.

Bien sûr, la richesse collective croît parce que nos artistes créent. Est-il encore besoin de dire que les œuvres d’art, les créations littéraires et musicales, les arts de la scène, sont l’héritage de nos sociétés depuis des millénaires. Nos grands pontifes de la finance devraient, les premiers, favoriser le soutien aux arts, corporatif ou individuel, permettant de déduire, au même titre que les dons, les sommes déboursées pour les billets de spectacle (productions surtout régionales). Le but ultime étant l’émergence et le développement d’une société où les entreprises culturelles seront reconnues pour leur force économique au service de l’enrichissement du patrimoine collectif. L’objectif immédiat et non le moindre sera de maintenir et de multiplier des emplois pour nos jeunes artistes.
 
Finalement, l’avenir du Saguenay-Lac-Saint-Jean, c’est nous. Ce serait bien d’en être conscients!